«Paris, le 4 décembre 1831.
»Mon prince,
»Il y a longtemps que j'éprouve le besoin de vous adresser de nouveau
l'expression de la gratitude que nous devons à vos soins dans le cours
difficile des négociations au milieu desquelles vous avez assuré au
représentant de la France le rang et l'influence qui lui
appartiennent.
»Le gouvernement n'attendait pas moins de cette haute expérience dont
les inspirations ont si heureusement préparé le traité qui vient
de fonder les relations des grandes puissances sur le pied d'une
égalité politique et d'une communauté d'intérêts désormais
incontestable pour tout le monde.
»Je me félicite, mon prince, d'avoir à vous remercier à la fois comme
président du conseil du roi, comme député, comme Français, de la part
notable que vous avez prise à cette importante transaction qui
commence, en quelque sorte, l'ère nouvelle d'un autre droit public
dont l'unique objet sera d'assurer le repos des peuples et le
développement paisible des bienfaits de la civilisation.
»Mais l'Europe, mon prince, entrée ainsi dans cette voie, ne peut plus
permettre à personne, vous le sentez comme moi, d'y semer des
obstacles. Je ne doute donc pas que vous n'ayez insisté, et que vous
n'insistiez encore avec persévérance, pour écarter les vaines
difficultés que le roi de Hollande semble essayer d'opposer encore aux
déterminations des puissances. Il est temps d'en finir. Le roi le veut
aussi sincèrement que ses alliés qui se sont engagés, comme lui, à
assurer l'exécution des vingt-quatre articles, et j'ose réclamer de
votre part les soins les plus actifs pour ajouter cette dernière
garantie à l'oeuvre de pacification dont l'affermissement doit d'autant
plus vous tenir à coeur que vous y avez eu le plus de part. C'est
l'accompagnement indispensable du désarmement général qui est dans la
volonté et dans l'intérêt de tous et dont un incident isolé ne doit
pas contrarier plus longtemps l'exécution.
»Je ne puis, mon prince, vous parler des intérêts de l'État sans y
trouver, avec empressement, l'occasion de m'applaudir des relations
plus étroites qu'ils ont établies entre nous deux et que la
présence de mon fils près de vous me rend si précieuse. Je suis
heureux de penser qu'il contribue, par son assiduité et son zèle, à
vous rappeler sans cesse les sentiments de son père, et je fais des
voeux ardents pour que son avenir témoigne à tous, un jour, sous quels
auspices il est entré au service du roi et du pays....»