LE PRINCE DE TALLEYRAND A LA PRINCESSE DE VAUDÉMONT.

«Londres, le 2 décembre 1831.

»... Je ne sais rien de cette affaire de Lyon que par les

journaux[319]; elle inquiète ici. Le souvenir de Bristol et la crainte

de Manchester[320] ne laissent pas le pays sans quelque souci. On

désire ardemment que cela finisse et que l'on trouve quelque

arrangement qui, sans être trop une concession, satisfasse les gens

qui n'ont pas de quoi vivre avec la journée qui leur est payée dans

les grandes fabriques. C'est un problème qui est difficile à

résoudre. Mon opinion n'est pas que la population soit trop nombreuse

pour la totalité du territoire, mais elle n'est pas bien distribuée et

c'est de cette distribution dont le gouvernement devrait s'occuper.

Et, pour le faire, au lieu de donner des secours en masse dans tel

endroit, dans une grande ville, il faut ordonner un travail dans un

département où il y a beaucoup de défrichements à faire, beaucoup de

marais à dessécher. Ce travail-là, on le payerait à des hommes d'un

autre département qui y viendraient, car on vient toujours où il y a

un travail et un salaire. Ainsi en Auvergne, en Limousin, en

Nivernais, en Berry, on n'a pas les bras suffisants; il faut faire des

efforts là pour y appeler du monde. Cela soulagerait des provinces où

il y a trop, et cela enrichirait les provinces qui manquent. En Berry,

par exemple, nous avons besoin de trois cent mille âmes; en Nivernais,

on manque aussi. Des avantages accordés à ceux qui iraient en

appelleraient beaucoup: c'est là de la bonne administration....»

[318] Allusion à l'ordonnance du 20 novembre qui créait

trente-six nouveaux pairs. Cette ordonnance avait pour but de

modifier la majorité de la Chambre haute et la rendre favorable

au projet de loi voté par la Chambre des députés qui décidait

l'abolition de l'hérédité de la pairie.--Le 27 décembre suivant,

en effet, la Chambre des pairs se prononçait contre l'hérédité à

la majorité de trente-trois voix.

[319] Une insurrection avait éclaté à Lyon le 21 novembre,

provoquée par une baisse de prix sur les soies. Le mouvement

n'avait rien de politique. Après deux jours de combat les troupes

durent évacuer la ville. Il fallut attendre une armée de

trente-deux mille hommes commandée par le maréchal Soult et le

duc d'Orléans pour y rentrer.

[320] On craignait à Manchester une répétition des scènes de

Bristol.

Mémoires du prince de Talleyrand, Volume 4 · 第 114 / 211 题