«Paris, ce samedi 19 novembre 1831.
»Mon cher prince,
»Le traité de Londres du 15 novembre 1831 sera une grande époque dans
l'histoire. Plus ses conséquences se développeront, plus la
France appréciera le grand service que vous venez de lui rendre, et je
suis pressé de vous témoigner combien je m'associe à cette
appréciation et à tous les sentiments que ce grand succès doit
inspirer pour vous. C'est une belle réponse à toutes les attaques par
lesquelles on a vainement essayé de fausser la marche de mon
gouvernement et la vôtre pendant le cours de ces longues et
laborieuses négociations. C'est pour moi la plus douce récompense de
la constance et de la ténacité avec lesquelles je vous ai soutenu
ainsi que le général Sébastiani dans toutes les phases de cette longue
lutte. La voilà enfin terminée d'une manière aussi solide
qu'honorable, car je regarde le traité que vous venez de signer comme
la fin des coupables espérances de ceux qui se croyaient certains de
tout bouleverser par la guerre et qui ne la proclamaient inévitable
qu'afin de se donner plus de moyens de l'allumer. Il est remarquable
que c'était à la fois le langage des absolutistes et celui des
propagandistes dans tous les pays, et ne vous dissimulez pas que pour
achever de paralyser leurs efforts, il faut encore obtenir que le roi
de Hollande signe et exécute le traité dans le plus court délai.
»Vous nous donnez l'assurance qu'il va s'y décider et j'en accepte
l'augure avec d'autant plus de plaisir que je crois que ce n'est pas
seulement notre intérêt particulier et même l'intérêt général de
l'Europe qui doivent le faire désirer, mais que c'est éminemment le
sien propre et celui de la Hollande qui lui prescrivent de renoncer au
système de procrastination pour lequel il paraît pencher, et duquel je
pense qu'on ne peut attendre que des malheurs pour lui-même et pour
ses voisins. Il me semble que l'heureux accord qui s'est établi
entre tous les plénipotentiaires de la conférence et que vous avez si
efficacement contribué à maintenir, devrait suffire pour lui faire
sentir que c'est le meilleur parti qu'il puisse prendre aujourd'hui.
«Vous connaissez, mon cher prince, tous les sentiments....»