«Paris, le 3 novembre 1831.
»Je n'ai pas besoin de vous dire, mon prince, combien j'ai ressenti de
satisfaction en recevant les dernières lettres que vous m'ayez fait
l'honneur de m'écrire. Le retour de mon fils, porteur de la première
de ces lettres, ne devait me rien laisser à désirer, puisque je
recevais à la fois de vos nouvelles et la certitude que l'oeuvre si
importante et si difficile confiée à votre haute sagesse était enfin
accomplie.
»Cette oeuvre, mon prince, vous l'avez menée à fin à notre plus grande
satisfaction possible; elle est et demeurera, malgré les attaques des
passions et des vils intérêts qu'elle déjoue, un nouvel et immense
service rendu au pays. L'effet s'en est promptement fait sentir, bien
que les partis aient cherché, comme ils cherchent encore, à inspirer
des craintes sur l'accueil réservé à cette grande détermination par
les parties qu'elle intéresse directement.
»La paix maintenue, la paix reposant désormais sur de solides bases,
est un événement qui ne peut avoir pour la France que des résultats
favorables, sous le double rapport de sa politique au dehors et de son
état intérieur; et cet événement, qui justifie si bien votre opinion
sur l'utilité de la conférence, nous le devons, la France le doit, mon
prince, à vos nobles efforts; et ce n'est pas ce qui me cause le moins
de satisfaction. La postérité vous rendra cette justice entière que,
dans les temps d'agitations sociales, les hommes chargés des intérêts
publics ne doivent point attendre des contemporains.
»Ainsi, mon prince, je vous le dis avec plaisir, notre situation est
sans nul doute améliorée par le maintien de la paix en Europe; mais
nous ne devons pas nous dissimuler qu'il nous reste beaucoup à faire
encore; que le problème n'est pas encore résolu, et qu'il faut trouver
le point d'appui.
»Parmi les difficultés intérieures qui nous restent à surmonter, celle
de la pairie n'est pas la moins ardue. Diverses considérations non
sans gravité, et qui ne sauraient échapper à vos lumières, nous
faisaient désirer de pouvoir éviter, jusqu'après l'adoption de la
loi, de faire une adjonction à la Chambre des pairs, mais nous avons
reconnu que cela n'était pas possible et qu'une promotion immédiate
était indispensable....
»Nous avons reçu hier la nouvelle de l'acceptation des vingt-quatre
articles par la Chambre des représentants de la Belgique; tout annonce
que le Sénat suivra immédiatement cet exemple[310]. La Hollande, nous
devons le croire, acceptera. Ainsi vont se trouver aplanies les
difficultés périlleuses du dehors; ainsi se trouvera accompli ce grand
devoir qui, dans l'état actuel des peuples de l'Europe, était imposé
aux hommes placés à leur tête: celui de prévenir entre eux toute
collision. Heureux effet, mon prince, de cette confiance que vous avez
su inspirer dans les vues franches et loyales du gouvernement du roi.
[310] Le traité des vingt-quatre articles fut adopté le 1er
novembre par la Chambre des députés à la majorité de 59 voix
contre 38, et le 3 novembre par le Sénat par 35 voix contre 8.
»La fatigue que vous avez éprouvée, mon prince, pouvait me faire
craindre pour votre santé. Vos dernières nouvelles, en se taisant à
cet égard, me font espérer que vous ne vous en ressentez plus. Je ne
puis, toutefois, me défendre de vous engager à ménager beaucoup une
santé si précieuse à l'État et qui m'est particulièrement bien
chère....»