«Paris, le 7 octobre 1831.
»J'ai été plus longtemps que je ne voulais, mon cher prince, sans vous
écrire; mais nous avons été dans un tel culbutis pour nous installer
aux Tuileries, et j'y suis si en l'air encore et si mal établie, que,
pour moi, et jusqu'à ce que je puisse aller dans le logement du
capitaine des gardes que l'on arrange, autant que cela est possible,
je suis, à la lettre, en campement. Mais, toute affaire cessante, j'ai
besoin de vous exprimer combien je jouis du triomphe que vous venez
d'avoir dans le parlement d'Angleterre, et de m'en féliciter de tout
mon coeur avec vous. Maintenant, ce qu'il nous faut à la suite de cela,
c'est un bon traité pour la Belgique, qui donne sécurité et assurance
que le roi de Hollande n'aura plus autant de facilité pour inonder ce
malheureux pays, ou y rentrer si la fantaisie lui en revenait, qu'il
désarme, et que vous puissiez vous reposer un peu de toutes vos
fatigues, que je vois avec peine, d'après ce que vous me mandez de
votre santé qui nous est bien nécessaire. J'espère cependant que vous
ne vous ressentez plus de cet accès de fièvre dont vous me parliez
dans votre dernière lettre. Il me tarde bien d'en avoir l'assurance
par vous-même. Nous attendons aussi avec impatience le résultat de la
seconde lecture du bill de réforme.
»Notre installation dans ces tristes et détestables Tuileries produit,
à ce qu'on assure, un excellent effet. Nous avons bien besoin de cette
consolation, car cela a été un bien grand sacrifice pour notre cher
roi, de quitter son beau et charmant Palais-Royal, notre berceau, et
que nous aimons tant, pour venir dans ce triste palais, le plus
incommode du monde, où il est impossible de s'arranger d'une manière
commode et agréable, sans y faire de grands changements et de grands
travaux. Mais, patience! il ne faut avoir en vue que le but et y
marcher sans s'arrêter à ce qui plaît ou ne plaît pas, et faire tous
les sacrifices pour l'atteindre. C'est ce que fait notre bien-aimé
roi, de la meilleure grâce du monde et d'une manière admirable et
touchante; et j'ai toujours la confiance qu'il en sera amplement
récompensé, ce dont j'ai un grand besoin, quand je vois que sa vie,
depuis qu'il est roi, n'a été qu'une succession de sacrifices et de
privations. Heureusement, au milieu de tout cela, sa santé se soutient
très bonne; il me charge de mille et mille choses pour vous ainsi que
la reine, qui trouve, avec trop de raison, une immense différence du
logement qu'elle quitte au Palais-Royal, à celui qu'elle trouve ici:
c'est celle du bien au mal. Chartres et Nemours sont partis dimanche
dans la nuit pour Maubeuge; nous avons de très bonnes nouvelles de
leur arrivée....»