LE DUC DE DALBERG AU PRINCE DE TALLEYRAND.

«Paris, le 4 octobre 1831.

»Mon cher prince,

»M. de Mortemart est arrivé (de Pétersbourg). On répand qu'il a été

très bien traité par l'empereur Nicolas à son départ. N'en croyez

rien: l'empereur a été poli, voilà tout. Croyez encore que Pozzo n'a

plus la confiance de son maître. L'empereur voulait le rappeler.

Nesselrode l'a soutenu en priant l'empereur de consentir qu'il se

retirât également de son poste de ministre des affaires étrangères.

L'empereur, alors, a suspendu sa décision.

»Si on ne met ici la plus grande prudence dans les relations avec la

coalition, nous aurons la guerre au printemps. C'est mon opinion qu'on

finisse l'affaire batave, ou _La Haye_ reste une boîte de Pandore.

»A Berlin, le roi seul se refuse à faire la guerre; Flahaut y a fait

une pauvre figure.

»Ici, l'affaire de la pairie tourne vers l'adoption du projet de M.

Teste[306], invention de Sémonville. On l'espérait hier. Je crois

qu'on n'est sûr de rien.»

[306] M. Teste avait proposé un amendement aux termes duquel la

pairie se transmettait au fils aîné du pair à condition qu'il

serait déclaré _digne_ par un collège électoral. Cet amendement

fut repoussé.

Jean-Baptiste Teste, né en 1780, avait été avocat à Paris, puis à

Nîmes et commissaire général de police à Lyon sous les Cent-jours.

Proscrit à la deuxième Restauration il se réfugia à Liège où il

demeura jusqu'en 1830. Il revint alors à Paris, fut élu député en

1831, devint vice-président de la Chambre, puis garde des sceaux

en 1839, ministre des travaux publics en 1840, pair de France et

premier président de la Cour de cassation en 1843. Impliqué en

1847 dans le procès intenté au général Cubières, il fut traduit

devant la Cour des pairs, et condamné à trois ans de prison. Il

mourut en 1850.

Mémoires du prince de Talleyrand, Volume 4 · 第 100 / 211 题