«Bruxelles, le 4 octobre 1831.
»Mon cher prince,
»J'avais chargé le baron de Stockmar[305] d'une lettre pour vous;
comme il a été malade, il se peut bien qu'il n'ait pu encore vous la
remettre.
[305] Christian-Frédéric baron de Stockmar, né à Cobourg en 1787,
était médecin dans cette ville. Il y fut connu du prince Léopold
qui en 1815 l'attacha à sa personne et l'emmena à Londres. Il
demeura auprès de lui durant tout son séjour en Angleterre, fut
choisi comme médecin par la famille royale et vécut
particulièrement dans l'intimité du duc de Kent, père de la reine
Victoria. Sa situation devint bientôt importante. Il fut le
conseiller et le confident influent et très écouté de la reine
Victoria. Aussi ses souvenirs et notes historiques qu'il a
laissés sont-ils une source d'informations très précieuses pour
l'histoire de cette époque. M. Saint-René-Taillandier en a tiré
matière pour une série d'articles qui ont paru dans la _Revue des
Deux Mondes_ de 1876 à 1878. Après être resté de longues années à
Londres, M. de Stockmar se retira à Cobourg où il mourut en 1863.
»Nous nous trouvons ici dans l'attente du courrier de La Haye. Le
temps pressant, j'ai dû faire mes arrangements militaires comme si la
guerre était certaine, mais que faire? Je ne puis pas attendre le
dernier moment. Poussez la conférence à quelque mesure _énergique_; il
est évident que le roi de Hollande voudrait embrouiller les affaires
pour y gagner. Cependant, il est bien désirable pour tout le monde que
cette guerre ne se fasse point. Vous pouvez compter sur mes
sentiments, vous les connaissez; je puis me flatter d'avoir contribué
au maintien de la paix, et je ne cesserai de le faire. Mon objet a
toujours été de maintenir la bonne harmonie entre la France et
l'Angleterre; j'y ai réussi jusqu'à présent; soutenez-moi de votre
côté. J'y trouve le _véritable salut_ de l'Europe entière. Il faut
cependant que, dans la crise actuelle, la conférence montre de
_l'énergie_; sans cela, la confusion dans les affaires _va être
grande_.
»Offrez mes hommages à madame de Dino; conservez-moi un peu de
bienveillance, et agréez l'expression de mes sentiments distingués.
»LÉOPOLD.»