«Londres, le 30 septembre 1831.
»Lisez le _Times_ d'aujourd'hui 30. Il faut le lire dans l'original,
parce que les journaux français le défigureront, avec ou sans mauvaise
intention. Lord Londonderry[295] m'a attaqué sur l'influence que
j'exerçais sur la conférence et sur le ministère anglais; et tout cela
avec des épithètes d'adresse et de finesse qui étaient plutôt
malveillantes. Le duc de Wellington s'est levé et a vivement repoussé
les attaques faites contre moi; il a surtout insisté sur ce que
je défendais avec fermeté les intérêts de la France, sans que jamais
personne ait pu attaquer la loyauté et la franchise de mon caractère.
(Cela vous apprendra que cet homme qui vous aime est très franc et
très loyal). Lord Rolland a parlé après le duc de Wellington; il a
parlé dans le même sens et avec beaucoup de force. Ainsi, tous les
partis ce sont réunis d'une manière très flatteuse pour moi[296].
[295] Charles-William Stewart, marquis de Londonderry, le frère
de lord Castlereagh: on l'a déjà connu au congrès de Vienne sous
le nom de lord Stewart. Voici le passage de son discours qui a
trait à M. de Talleyrand.--Chambre des pairs; séance du 29
septembre: _Le marquis de Londonderry._--«La France cherche tous
les moyens de diminuer l'influence de l'Angleterre et de la
forcer à plier sous son ascendant. L'astucieux diplomate qui la
représente ici n'est pas plus tôt battu à un poste qu'il se
replie sur l'autre... Je me suis servi d'une forte expression en
parlant du personnage qui dirige maintenant chez nous les
négociations de la France. Je ne crois pas qu'on puisse trouver
dans le monde entier un caractère semblable à celui de ce
personnage. Il a été successivement ministre de Napoléon, de
Louis XVIII et de Charles X. Quand on voit les ministres de
l'Angleterre courir l'un après l'autre consulter un tel
personnage, on éprouve un dégoût qui est tout naturel. Si vos
seigneuries veulent savoir sur quelle base est fondée mon opinion
sur le prince de Talleyrand, je les invite à lire le mémoire
qu'il a adressé au premier consul le 15 brumaire an XI».
[296] Voici l'extrait du _Times_ avec la traduction dont il est
question dans ce passage: