LE PRINCE DE TALLEYRAND A LA PRINCESSE DE VAUDÉMONT.

«Londres, le 23 septembre 1831.

»Je ne vous ai pas écrit ces jours-ci parce que la ville de Londres et

tous les journaux étaient remplis des choses les plus effrayantes

arrivées à Paris. Aujourd'hui, il paraît, par les lettres, que l'on

est un peu plus calme et j'écris. J'envoie par le courrier

d'aujourd'hui un protocole signé le 19[289], et qui, dans mon opinion,

replace le gouvernement français dans la position que les derniers

jours de faiblesse lui ont ôtée. La route ouverte par ce protocole est

la route du salut. Je désire que le roi en sente toute la valeur, et

je crois qu'il le fera. C'est un protocole de principes qui nous met

d'accord avec ce que nous avons fait, et qui établit que c'est

l'ordre et la paix qui nous ont conduit. De plus, nous sommes d'accord

avec tous les traités existants. Les Belges ont leurs droits, mais ils

ne peuvent pas attaquer ceux des autres.

[289] Protocole numéro 41, signé le 15 septembre et non le 19. Il

prend acte de la déclaration du prince de Talleyrand qui annonce

que le gouvernement français retire de la Belgique le dernier

corps de troupes, lequel n'y avait été laissé que sur la demande

expresse du souverain de ce pays, et que la retraite de ce corps

commencera le 25 septembre pour être entièrement effectuée le 30.

En réponse à cette déclaration, les plénipotentiaires des quatre

cours «ont témoigné au plénipotentiaire de France, la satisfaction

avec laquelle ils la reçoivent. Cette nouvelle manifestation des

principes élevés que la France fait présider à sa politique et de

son amour pour la paix avait été attendue par ses alliés avec une

confiance entière, et les plénipotentiaires prient le prince de

Talleyrand d'être persuadé que leurs cours sauront apprécier à sa

juste valeur la détermination prise par le gouvernement français.»

»Depuis les événements de Juillet, rien n'avait causé à Londres

une pareille inquiétude à celle qui, dans toutes les classes, a

existé pendant trois jours, et cela n'est pas encore tout à fait

fini. Adieu, je suis fatigué. Dites bien à Mademoiselle que c'est

par une marche de principes que l'on prend une situation forte et

honorable. Sans cela, on est entouré d'intrigants de tous genres.

Je crois que le protocole d'aujourd'hui met le roi à son aise sur

toutes les affaires de la Belgique. Il peut toujours dire: «Ce

n'est pas moi, c'est la conférence.» Il vaudrait encore mieux ne

rien dire du tout. Ne perdez pas de temps pour voir Mademoiselle.»

Mémoires du prince de Talleyrand, Volume 4 · 第 88 / 211 题