LE PRINCE DE TALLEYRAND A LA PRINCESSE DE VAUDÉMONT.

«Londres, le 15 septembre 1831.

»Vous êtes étonnée qu'ici on n'entre pas plus dans les convenances du

ministère français. On vous trompe quand on vous dit cela. Le

ministère français est aimé et soutenu ici par les gens qui comptent,

dans quelque parti qu'ils soient. Cela est positif. Mais on trouve que

nous avons trop d'activité et que nous sommes trop faiseurs; et un

gouvernement nouveau qui est faiseur inquiète tout le monde. Nous

avons besoin de nous vieillir, et l'action produit l'effet contraire.

Quand on est conquérant, l'action continuelle s'explique; mais quand

on arrive par le choix populaire, c'est la tranquillité que l'on

demande au souverain. Les passions ne peuvent être étouffées par lui

qu'au moyen de la paix. Il faut ne parler que de paix, la mettre dans

tous les discours, dans tous les actes. C'est là, ce qui établit, et

cela uniquement. On ne peut trop repousser toutes les fantaisies

militaires des personnes qui entourent notre famille royale. Ces

gens-là ne veulent et ne savent que cela; ce n'est pas notre intérêt

de jamais les écouter. Il faut être bien pour eux, mais ne leur

donner aucun crédit. Établissons-nous. Le roi et sa famille ont de

quoi être aimés par la France; on a besoin d'eux. S'il y a paix, c'est

par eux que le bien-être vient; s'il y a guerre, c'est par les hommes

d'armée qui veulent plaire aux vanités du pays, et ces vanités-là ne

durent qu'un temps. Le roi fonde, et la paix est son seul moyen.

»Adieu...»

Mémoires du prince de Talleyrand, Volume 4 · 第 84 / 211 题