LE GÉNÉRAL SÉBASTIANI AU PRINCE DE TALLEYRAND.

«Paris, le 7 septembre 1831.

»Mon prince,

»Je reçois dans cet instant vos dépêches du 5, sous les numéros 215 et

216. Il paraît que la conférence et le cabinet de Londres ne se

doutent pas de la situation de la France. Veuille le ciel que le fruit

de tant de soins ne soit pas perdu! Le ministère whig pourrait bien

avoir immolé à ses convenances le repos du monde. Je vais communiquer

vos lettres au roi; le conseil se réunit demain. Dans quelques moments

j'aurai un entretien avec M. Périer. Je suis bien fâché que votre voix

ait été impuissante pour ramener aux conseils de la raison.

Aurions-nous été seuls modérés et de bonne foi? Dieu seul pourrait

nous dire où nous conduiront les affaires de la Belgique.

»Tout à vous...»

«Paris, le 10 septembre 1831.

»Mon prince.

»Parmi les raisons qui nous portent à différer jusqu'au 30 de ce mois

l'évacuation complète de la Belgique, il en est une qui ne pouvait

trouver place dans ma dépêche officielle, mais que je ne veux pourtant

pas vous laisser ignorer. Nous touchons au moment où les débats

législatifs doivent s'ouvrir sur la question de la pairie.

Nécessairement, ces débats mettront de nouveau les passions en jeu.

Nous avons pensé que ce serait leur donner un aliment ou un prétexte

de plus, si nous faisions coïncider avec cette discussion la rentrée

en France de notre armée tout entière; et c'est ce que nous avons

voulu éviter. Vous pourrez, mon prince, faire confidentiellement usage

de cette considération près de vos collègues, dans le cas où vous le

jugeriez nécessaire pour empêcher qu'il n'y eût réclamation de leur

part contre l'époque assignée par nous à l'évacuation.

»Je quitte à l'instant la Chambre. Quelques membres de l'opposition

ont ramené sur le tapis les affaires de Belgique, la question de la

Pologne, et celle de la conduite de la Prusse, à l'égard des Polonais.

Nous avons évité de nous laisser entraîner sur ce terrain, et nous

avons jugé d'autant plus inutile de répondre à nos adversaires, que la

grande majorité de la Chambre se montrait fatiguée de les voir

éternellement reproduire des opinions et des assertions, dont nous

avions déjà fait bonne et complète justice...»

Mémoires du prince de Talleyrand, Volume 4 · 第 83 / 211 题