M. DE LATOUR-MAUBOURG AU PRINCE DE TALLEYRAND.

«Bruxelles, le 28 août 1831.

»Mon prince,

»La lettre que vous avez bien voulu m'adresser ici m'est arrivée

récemment. L'objet spécial pour lequel je suis venu en Belgique n'est

point encore terminé; ici, sont des gens craintifs, méfiants,

empressés d'obtenir plus que de donner, et préoccupés du soin

d'assurer leur responsabilité contre les attaques futures de la

tribune. On m'assurait, à mon départ de Paris, qu'il s'agissait d'une

chose simple; à mon arrivée, j'ai pu me convaincre qu'elle était très

compliquée. Je pressentais l'écueil que m'ont signalé vos paroles

transmises par Paris; je l'ai évité avec soin, heureux d'avoir vos

directions, et je crois y avoir réussi... Le ministre d'Angleterre, M.

Adair[282], est mécontent des alarmes que montre le ministère belge, à

l'occasion du dernier protocole numéro 34. Si les six semaines de

l'armistice s'écoulent sans qu'on ait pu terminer la négociation, nous

resterons désarmés, disent les ministres, et sans garantie contre les

attaques de notre ennemi. La France ne pourra plus, comme elle l'a

fait à présent, nous secourir de l'aveu de toutes les puissances et

sans compromettre la paix générale. Nous leur disons que dans ce cas,

un nouvel armistice protecteur comme les autres les mettra à l'abri

des tentatives de la Hollande. Nous ne réussissons pas à les

convaincre. Ils assurent que le roi Guillaume continue à recruter; que

le Rhin est couvert de bateaux conduisant en Hollande des hommes sans

uniforme, mais complètement équipés et provenant, selon eux, de

régiments licenciés par la Prusse. Il est certain que, jusqu'au moment

où la conférence aura réussi à amener la réduction de l'armée

hollandaise, nous aurons de la peine à leur inspirer de la

sécurité...»

[282] Sir Robert Adair, diplomate anglais, né en 1763, entra tout

jeune au parlement où il siégea dans les rangs des whigs, fut

chargé d'une mission spéciale à Vienne en 1806, puis à

Constantinople. De 1831 à 1851, il fut accrédité à Bruxelles. A

son retour, il fut nommé membre du conseil privé. Il mourut en

1855.

Je m'étais mis en mesure, même avant de recevoir les lettres du roi et

du général Sébastiani du 27 août, de satisfaire autant du moins qu'il

était possible de le faire, aux demandes que contenaient ces lettres;

et sur mes très vives instances, la conférence consentit à fermer les

yeux sur la prolongation du séjour des troupes françaises en Belgique,

sans toutefois exprimer le consentement par écrit: c'était tout ce

qu'il nous fallait. Après avoir obtenu de la conférence cette nouvelle

concession, j'attendis quelques jours pour laisser au général Baudrand

le temps de juger l'état des esprits à Londres et je répondis par lui,

au roi Louis-Philippe, la lettre suivante:

Mémoires du prince de Talleyrand, Volume 4 · 第 79 / 211 题