«Paris, le 27 août 1831.
»Mon prince,
»Le trente-quatrième protocole nous place dans une situation dont il
est impossible de calculer les résultats. Le plus probable et le plus
imminent est, sans doute, la dissolution du ministère. Il est
impossible que nous résistions à l'évacuation immédiate de la
Belgique, sans autre garantie que celle d'une suspension d'armes de
six semaines, lorsque la Hollande conserve et augmente son armée de
cent mille hommes et vient de montrer si peu d'égards pour les
engagements qu'elle prend envers les puissances.
»Il ne suffit pas que nous soyons convaincus que la suspension d'armes
proposée nous conduirait, sans nouveaux dangers pour le roi Léopold, à
une paix prochaine et durable; il faut encore que la nation et les
chambres partagent cette conviction, et nous ne saurions l'espérer. La
Belgique est dans l'anarchie; son armée est dissoute; le roi Léopold
ne peut réorganiser ni son armée ni l'administration publique,
s'il n'est pas protégé par une force quelconque. L'affaire des places
nous donne des soupçons que trop de circonstances font naître.
»L'indulgente et obligeante désapprobation dont le roi de Hollande est
l'objet ne nous rassure pas. Tous les ministres des puissances à La
Haye, y compris M. Bagot[281], ambassadeur d'Angleterre, se rendirent
chez madame la princesse d'Orange pour la féliciter sur les victoires
du prince, aussitôt que la nouvelle de la bataille de Louvain parvint
dans cette résidence. Nous vous envoyons le général Baudrand pour vous
faire connaître l'état actuel de nos affaires; vous nous le renverrez
le plus tôt que vous le pourrez; il est à votre disposition.
Arrangez-nous cette affaire si vous voulez prévenir la formation d'un
ministère belliqueux. Nous attendons tout de votre habileté et de
votre amour pour la paix. Nous sommes dans une véritable crise...»
[281] Sir Charles Bagot, né en 1781, membre du conseil privé,
ministre plénipotentiaire à La Haye, plus tard gouverneur général
du Canada. Il mourut en 1843.
En même temps que le général Baudrand m'apportait ces cris d'alarme,
on avait expédié M. de Latour-Maubourg à Bruxelles pour y faire signer
par le roi Léopold et son gouvernement une convention dans laquelle
ils s'engageraient à la démolition de certaines forteresses. J'avais
été prévenu assez à temps, mais pas par mon gouvernement, pour pouvoir
avertir M. de Latour-Maubourg des difficultés qu'il rencontrerait et
des pièges qu'on lui tendrait.
Aussi m'écrivit-il de Bruxelles le 28 août: