«Paris, le 13 août 1831.
»Mon cher prince,
»Je n'ai que le temps de vous dire que la Providence veille sur la
France plus que ceux qui la gouvernent. On s'occupe à faire
l'éducation de deux cents nouveaux députés appelés plus convenablement
à régir les affaires d'une commune qu'à décider celles d'un empire. Je
crois qu'il y a depuis deux jours amélioration dans les esprits.
L'invasion hollandaise donne un immense avantage, abat le caquet des
révolutionnaires belges et français, fournit l'occasion au
gouvernement de montrer un peu de vigueur, et prouve que l'Angleterre
ne se sépare pas des intérêts créés par la révolution de Juillet. Je
conseille de hâter un arrangement final entre la Hollande et les
Belges, et de tenir une balance juste et équitable pour _la première_.
Il vous faut le consentement du roi de Hollande, ou vous n'avez rien
fini.
»Le bavardage qui éclate de la tribune française devient insipide.
D'un autre côté, il est plus que temps que la _camaraderie_ du
Palais-Royal avec l'ordure de la révolution cesse. On se demande en
Europe comment l'autorité peut se retremper ainsi. MM. d'Appony et
Pozzo se plaignent du langage que tiennent hors de France, en Italie
et en Allemagne, les agents français. Vous pouvez être sûr que, dès
qu'en Italie il y a un autre mouvement insurrectionnel, les
Autrichiens tomberont dessus. A mon avis, ils feront bien.
»Cet excellent Casimir Périer que nous avons tenu par les cheveux pour
qu'il ne nous échappe pas, ne parle que de sa retraite. Les plus
plates intrigues s'ourdissent maintenant pour composer un ministère
qui doit lui succéder. Les chefs en sont Odilon Barrot, Salverte,
Clauzel[276] auquel on a donné bêtement le bâton de maréchal pour
augmenter son influence. Tout cela s'écarte de toute raison; et vous
pouvez vous croire heureux d'être éloigné de tant de folies...»
[276] Bertrand Clauzel, né en 1772, capitaine à la légion des
Pyrénées en 1792, devint général de brigade en 1799, et fit
toutes les campagnes de l'empire notamment en Espagne. Condamné à
mort par contumace en 1815 pour sa conduite pendant les
Cent-jours, il s'enfuit en Amérique, revint en France après
l'amnistie (1820) et fut élu député en 1827. En 1830, il reçut le
commandement de l'armée d'Algérie, fut rappelé en 1831 et nommé
maréchal de France (30 juillet). Nommé gouverneur général en
1835, il revint en France l'année suivante à la suite de l'échec
de l'expédition de Constantine. Il mourut en 1842.
Le duc de Dalberg indiquait dans cette lettre l'idée à laquelle
j'avais résolu de m'attacher, aussitôt que nous serions sortis de la
crise actuelle des affaires belges: c'était de poursuivre sans relâche
la conclusion d'un traité définitif qui réglerait ces affaires;
seulement, j'étais bien décidé, si le roi de Hollande persistait
dans son système d'opposition à un arrangement final, à me contenter
d'un traité solennel entre les cinq grandes puissances et la Belgique,
convaincu que j'étais qu'un pareil traité mettrait les Belges à l'abri
d'une nouvelle invasion hollandaise et assurerait le maintien de la
paix. Mais il fallait, avant d'en arriver là, apaiser les
effervescences de Paris, et satisfaire aux exigences de la situation
vraiment embarrassante du cabinet anglais; dans ce but, j'écrivis à
Madame Adélaïde: