«Paris, le 13 août 1831.
»Mon cher prince,
»Vous avez fait beaucoup jusqu'à présent, et à merveille. Le roi le
mandait avant-hier dans une lettre au maréchal Gérard, et qu'il
attendait que vous feriez encore plus, et que votre habileté
parviendrait à obtenir ce qui est nécessaire pour obtenir une paix
stable; et maintenant la seule démolition des places fortes en
Belgique ne serait pas regardée comme une satisfaction suffisante, ni
une sécurité assez grande d'après la tentative que vient de faire le
roi de Hollande, qui, à la vérité, sans la décision prompte de notre
roi et l'arrivée de notre armée en Belgique, aurait eu succès, du
moins momentanément; cela est bien prouvé, le roi Léopold aurait été
détrôné. Nous voulons le soutenir autant que cela dépendra de nous;
mais pour que cela soit possible au roi, à son gouvernement, il faut
que vous parveniez à obtenir une réparation, un dédommagement qui
satisfasse l'amour-propre national et l'opinion générale à cet égard,
de notre propre pays. C'est avec une parfaite conviction, et en toute
amitié et confiance que je vous le dis: _c'est de la plus grande
importance_ pour notre cher roi, son gouvernement, et votre propre
existence comme son ambassadeur.
»Nous savons ce matin par dépêche télégraphique que mes neveux
Chartres et Nemours sont entrés hier à Bruxelles, à deux heures après
midi, aux acclamations et à la joie de toute la population qui les
attendait avec une impatience extrême, et qui était dans un tel état
de terreur de l'arrivée des Hollandais, que, la veille, M. d'Arschot
n'avait trouvé d'autre moyen de les calmer qu'en faisant préparer un
dîner pour mes neveux à l'hôtel d'Arenberg, en disant qu'ils allaient
arriver. Ici, la discussion de l'adresse dans la Chambre des députés
se continue; l'on espère qu'il y aura une bonne majorité; il est
certain que ces derniers événements ont été d'une grande utilité
pour le gouvernement et lui ont donné beaucoup de force; mais il ne
faut pas se dissimuler que tous ces avantages seraient perdus et nous
feraient même tomber plus bas que nous ne l'étions avant, si, à la
suite, il n'y avait pas un acte, un dédommagement qui satisfasse notre
nation. Cela ne peut être en meilleures mains que dans les vôtres, mon
cher prince; je sens que la tâche est difficile, mais vous la
surmonterez, j'en suis sûre, surtout ayant force et bon droit de votre
côté.»