«Londres, le 20 juillet 1831.
»Mademoiselle aura sûrement reçu du prince Léopold lui-même une lettre
écrite sur le sol français qu'il a voulu traverser pour avoir une
occasion de plus de témoigner au roi son respect et son attachement.
Ses dernières paroles, la veille au soir du jour où il est parti pour
Bruxelles, ont exprimé son désir d'appartenir au roi par les liens les
plus plus directs[264]. J'ai laissé sans réponse aucune ce qu'il me
disait, mais je dois l'écrire à Mademoiselle.
[264] M. de Talleyrand insistait sur ce point dans une
lettre à madame de Vaudémont. (Voir à l'Appendice, p. 493.)
Dom Pédro avait la plus grande envie d'aller à Paris; il trouve dans le nom
de sa femme quelques motifs qui l'en empêchent et il ne veut
pas être un embarras[265]. Je lui donne à dîner demain; sa pente
actuelle est toute française.
[265] L'empereur dom Pedro avait épousé en secondes
noces (1829) la princesse Amélie-Augusta-Eugénie de Beauharnais,
fille du prince Eugène.
On est ici encore bien froid sur la cause polonaise. Les Russes abondent
depuis l'arrivée de la grande-duchesse Hélène[266] et de madame de
Nesselrode; ils font une course de vingt-quatre heures à Sidmouth
où la grande-duchesse prend les bains, et ils reviennent à Londres
parler contre la Pologne. Le prince Paul de Wurtemberg a été voir
sa fille, et actuellement il est ici où il cherche à prouver que
personne n'est plus propre que lui à être roi de Grèce. Je ne crois
pas qu'aucun membre du corps diplomatique soit de son avis.
[266] Frédérique-Charlotte-Marie (Hélène-Pawlowna) née
en 1807, fille du prince Paul de Wurtemberg, mariée en 1824 à
Michel Pawlowitch, frère de l'empereur Nicolas.
J'attends avec impatience le discours du roi; je crois que les places
fortes de la Belgique y figureront d'une manière qui sera agréable
à Mademoiselle. Le roi de Hollande se montre très difficile; j'ai
été très fâché que pendant que M. de Wessenberg a été à La Haye, il
ne s'y soit trouvé aucun ministre français. M. de Wessenberg l'a
beaucoup regretté. Un Français avait des motifs différents à faire
valoir pour amener l'acceptation. Nous éprouverons par la Hollande
encore bien des difficultés. Des pertes réelles et une humeur
naturelle rendent les bons conseils lents à se faire jour...»
Les nouvelles de La Haye étaient, en effet, assez gênantes pour la
conférence. M. de Wessenberg n'avait pu parvenir à surmonter la
mauvaise humeur du roi, qui, après toutes les concessions qu'il
avait faites précédemment, ne voulait plus en ajouter de nouvelles, et
qui avait nettement refusé de consentir à celles que renfermaient les
dix-huit articles préliminaires envoyés au congrès belge et adoptés
par celui-ci. Il fallait donc chercher quelque biais pour sortir de
l'impasse où nous nous trouvions arrêtés; il n'y en avait pas d'autre
que de proposer un traité définitif, quoique les préliminaires ne
fussent pas acceptés: cela était fort peu correct, mais les
circonstances étaient assez extraordinaires pour obliger à sortir des
voies ordinaires. Seulement, il était difficile d'espérer que
l'Autriche, la Russie, la Prusse voudraient nous suivre sur ce
terrain, qui, il faut le reconnaître, n'était pas précisément celui du
droit; et il est probable que nous ne serions pas parvenus à maintenir
la bonne harmonie sur ce point dans la conférence, si le roi Guillaume
n'était venu lui-même à notre secours, en commettant, comme on le
verra bientôt, une faute qui devait achever de gâter sa position.
Il y avait du moins un fait résultant de ce refus du roi de Hollande:
c'est que la conférence n'avait pas sacrifié les intérêts de la
Belgique, ainsi que le prétendaient et les journaux français et
l'opposition dans notre Chambre des députés. En attendant, voici la
réponse que Madame Adélaïde me fit à la lettre que j'ai citée plus
haut: