M. CASIMIR PÉRIER FILS AU PRINCE DE TALLEYRAND.

«Paris, le 5 juillet 1831.

»Mon prince,

»Porteur de bonnes nouvelles, et jaloux, suivant le désir de Votre

Altesse, d'être le premier à les annoncer, j'ai fait bonne diligence

et rien n'était encore su avant mon arrivée. M. le ministre des

affaires étrangères et mon père, que j'ai vu peu d'instants après lui,

m'ont accueilli avec une satisfaction marquée et m'ont paru heureux de

voir, au moment des élections, la question de Belgique, sinon

terminée, du moins beaucoup simplifiée. Quoi qu'en puissent dire les

journaux du _mouvement_, l'opinion de la majorité s'est déclarée ici

en faveur des résultats de cette longue et fatigante négociation. Les

gens raisonnables, et il y en a encore, malgré ce qui se voit tous les

jours, savent rendre hautement hommage à ce que la France doit à son

ambassadeur.

»Quant aux affaires de l'intérieur, j'ai trouvé le ministère moins

inquiet sur le résultat des événements de ce mois que je ne

devais m'y attendre. On prend des mesures pour prévenir des scènes

fâcheuses; des fêtes seront sans doute destinées à occuper le peuple

en célébrant les anniversaires d'une révolution que quelques gens

voudraient lui faire recommencer. Il n'y a rien encore de bien arrêté

sur ces projets.

»D'un autre côté, à la veille des élections, les partis sont en

présence, sans qu'aucun d'eux ose se promettre la victoire. A Paris,

mon père a beaucoup de chances dans le premier arrondissement; mais il

est à craindre que les autres collèges se montrent moins modérés.

»Au reste, le ministère, quel que soit le résultat de la lutte

électorale, paraît décidé à se présenter devant les Chambres. Il sait

que les hommes réunis en assemblée ne sont souvent plus les mêmes

qu'ils se montraient isolément, et il sent trop bien à quel point la

partie est sérieuse, pour ne pas voir s'évanouir, avant de se retirer,

toutes les chances de succès...»

Mémoires du prince de Talleyrand, Volume 4 · 第 66 / 211 题