«Londres, le 29 juin 1831.
»Monsieur le comte,
»Les plénipotentiaires hollandais se sont rendus hier soir chez lord
Grey et lui ont exprimé des plaintes fort vives contre la conférence,
mais ils ne lui ont pas remis de protestation par écrit, comme le
bruit s'en était répandu. Aujourd'hui, au surplus, les
difficultés ne peuvent plus venir de leur part; elles se développeront
à La Haye; c'est par cette raison que nous devons être satisfaits que
les articles joints au protocole numéro 26 y arrivent avec la
signature des plénipotentiaires des cinq puissances; cette
circonstance fera sentir au roi des Pays-Bas qu'il ne pourra être
appuyé ouvertement, dans sa résistance, par aucun cabinet ayant de
l'influence en Europe.
»Si le gouvernement de Sa Majesté se détermine à reconnaître le prince
Léopold comme roi de la Belgique, immédiatement après l'adoption des
articles par le congrès de Bruxelles, je crois que cette
reconnaissance sera utile à l'établissement de ce pays, et je crois
aussi qu'il serait avantageux pour la France de pouvoir ranger les
affaires de Belgique, sauf quelques questions de détail, au nombre des
affaires terminées...»
Les affaires de Belgique étaient moins _terminées_ que je le disais
dans cette dépêche, et on ne le verra que trop par ce qui suit, mais
j'aurais désiré que le gouvernement français s'en préoccupât moins et
employât son habileté à détourner l'attention publique de ce côté.
C'est à quoi tendait l'insinuation que je glissais dans ma dépêche,
qui, je dois en convenir, vint fort mal à propos, car, au moment même
où nous croyions toucher au terme de cette pénible négociation, de
nouvelles et plus graves complications surgirent tout à coup et purent
nous faire penser qu'elle allait nous échapper. J'ai donné
précédemment de trop longs extraits, peut-être, de mes dépêches, mais
je l'ai fait dans le double but, de bien éclairer les divers points
qui se rattachaient aux affaires que j'avais à traiter, et aussi
d'enseigner aux jeunes négociateurs entre les mains desquels ces
souvenirs peuvent tomber un jour, que la patience doit être un des
premiers principes de l'art de négocier. Je serai plus sobre désormais
dans les citations de mes dépêches; les lettres que je recevais
offriront sans doute plus d'intérêt et appuieront mieux mes récits.
J'avais expédié mes dernières dépêches à Paris par un des secrétaires
de l'ambassade, M. Casimir Périer fils, qui, aussitôt après son
arrivée, m'écrivit: