«Paris, 5 juin 1831.
»Mon cher prince,
»Je ne sais rien du _congrès_ que ce qu'en disent les journaux. A mon
avis, il ne conduirait à rien qu'à embrouiller les affaires et à finir
par la guerre. Le véritable _congrès_ est à Londres. Qu'on y reste
d'accord; qu'on ne fasse pas de nouvelles intrigues ici, et nous
garderons la paix; sinon,--non!
»La coalition est entière; et on se trompe si on croit ici que les
_voltigeurs de l'empire_ ramèneront les victoires de Bonaparte. Le
goût que Louis-Philippe a pour ces gens est inexplicable. Le duc de
Rovigo dit qu'il a sa parole pour aller comme ambassadeur à
Constantinople. Je sais qu'au conseil Sébastiani et Soult le
soutiennent et que les autres ministres le repoussent comme une
insulte que l'on ferait à l'Europe. C'est dans ce sens que j'en ai
parlé à l'un d'eux. Le roi peut-il oublier la catastrophe du duc
d'Enghien, et les négociations d'Espagne, et tant d'autres faits? Si
on le nomme à la Chambre des pairs, je me demande si un galant homme
peut y rester.
»La question de l'hérédité de la pairie perd tous les jours des
appuis. La fureur de l'égalité tourmente tellement les esprits qu'on a
manqué avoir une émeute parce que l'administration des musées a donné
des billets qui servent à d'autres heures qu'à celles où la foule
rend impossible de se tenir dans les galeries. Pauvre pays! Restez à
Londres.....»
Ce dernier conseil de Dalberg était très bon et je ne l'avais pas
attendu pour me décider à rester à Londres aussi longtemps qu'il me
serait possible d'y être utile et d'assurer le maintien de la paix, de
cette paix qui semblait toujours fuir devant nous au moment où nous
croyions l'atteindre. C'était alors les Belges qui, par leurs folles
prétentions, menaçaient de compromettre le prix de nos efforts. Ceci
me ramène à la suite de mes dépêches adressées à Paris[223].
[223] Les dépêches qui vont suivre jusqu'à la page 236 sont des
dépêches officielles au département et ont déjà été publiées.