[112] Dépêche officielle déjà publiée.
«Londres, le 13 mars 1831.
»Monsieur le comte,
»La conférence que nous devions avoir hier a été encore ajournée, et
c'est seulement demain que nous nous réunirons au Foreign Office. Je
vous ferai connaître ensuite le résultat de la communication de votre
lettre ostensible aux membres de la conférence, ainsi que les
résolutions qui seront proposées. Je prendrai _ad referendum_ ce qui
sera adopté par les autres membres, et le gouvernement du roi ayant
fait des réserves aux protocoles des 20 et 27 janvier, je ne dois
point signer sans ordres une pièce de laquelle il résulterait qu'il y
a du dissentiment entre mon gouvernement et la conférence.
»Je me suis rendu hier chez lord Palmerston pour l'entretenir des
divers objets traités dans vos dernières dépêches. Je lui ai d'abord
parlé des événements de Varsovie et des conséquences dangereuses
qu'ils pouvaient avoir pour le repos de l'Europe, si l'empereur
Nicolas n'adoptait pas envers les Polonais des principes de modération
et de générosité. Lord Palmerston est entré entièrement dans nos idées
à ce sujet: l'ambassadeur d'Angleterre à Pétersbourg sera chargé de
demander au cabinet russe le maintien des stipulations de 1814, en
vertu desquelles le royaume de Pologne a été joint à l'empire de
Russie; il insistera surtout pour que la Pologne ne cesse pas de
former un État distinct, et qu'elle ne puisse être réunie comme
province russe. Lord Palmerston apprécie comme nous l'importance
qu'il y a pour l'Europe à faire écouter la voix de la raison à
Pétersbourg et je dois être assuré par son langage que les
instructions envoyées à l'ambassadeur d'Angleterre en Russie, seront
d'accord avec celles que vous avez données à M. le duc de Mortemart.
»J'ai fait part ensuite à lord Palmerston des observations contenues
dans votre lettre du 7, relative aux affaires de la Grèce. Il m'a
répondu que le prince de Lieven venait précisément de lui communiquer
une dépêche de sa cour, qui explique l'espèce d'embarras qu'éprouve la
Russie dans la question de l'agrandissement des frontières de la
Grèce. Comme il y aura, sur le prêt fait aux Grecs, une portion
employée à indemniser le gouvernement turc pour le territoire qu'il
perdra par l'effet de la nouvelle délimitation, la Russie à qui cet
argent reviendra en définitive, puisqu'il servira à acquitter la
contribution imposée par le traité d'Andrinople, a trouvé plus délicat
de ne pas paraître en première ligne lorsqu'il s'est agi de réclamer
une augmentation de territoire en faveur des Grecs. Voilà, m'a dit
lord Palmerston, la raison qui a décidé le cabinet de Pétersbourg à
laisser faire les premières démarches par l'Angleterre et la France
réunies; mais il est disposé à y joindre les siennes pour appuyer la
demande en faveur de la Grèce quand le moment en sera jugé opportun.
Le prince de Lieven m'a fait demander un entretien pour une
communication; j'ai lieu de croire que ce sera la même qu'il a faite à
lord Palmerston et dont je viens de vous rendre compte.
»Quant à la situation du Portugal et aux questions qui s'y rattachent
et qui faisaient l'objet de votre dépêche du 4 de ce mois, lord
Palmerston, auquel j'en ai parlé, m'a développé les raisons qui
s'opposent à ce que l'Angleterre agisse en commun avec la France pour
obtenir le redressement des griefs que ces deux puissances ont à faire
valoir contre le gouvernement portugais. L'Angleterre a des traités
particuliers avec le Portugal qui lui donnent des avantages dont nous
ne jouissons pas, et qui l'obligent à agir seule dans les affaires et
les rapports qu'elle a avec ce pays. Ainsi, pour vous citer un
exemple, lorsqu'il s'élève une difficulté au sujet d'une affaire qui
intéresse essentiellement un Anglais, le gouvernement anglais a le
droit, s'il le trouve convenable, de la faire juger par un magistrat
portugais désigné par lui seul. Du reste, je puis vous dire que la
reconnaissance de dom Miguel est plus éloignée que jamais, et que,
quels que soient les projets futurs de l'Angleterre sur le Portugal,
elle ne fera rien sans nous prévenir...
»La question de la réforme a fait des progrès ces jours derniers; les
pétitions en sa faveur arrivent de toutes parts et le ministère se
croit assuré de la majorité dans le parlement...»
Ainsi que je le disais précédemment, un nouveau ministère s'était
formé le 13 mars à Paris, à la tête duquel était M. Périer, dans
l'intervalle des négociations dont je viens de rendre compte. Le duc
de Dalberg m'écrivait au sujet de ce ministère: