«Paris, le 12 février 1831.
»Mon prince,
»Votre lettre du 8 m'indique deux vérités dont depuis longtemps mon
esprit est pénétré: l'une que les cinq puissances seules, d'accord
entre elles, doivent dicter la loi aux Belges, livrés par leurs
turbulentes passions à l'influence de nos jacobins de Paris;--l'autre,
que d'ici partent de misérables intrigues, parce que ceux qui nous
régissent sont désunis et incapables.
»Vous avez bien fait d'avaler la couleuvre qui s'est élevée contre la
conférence de Londres et ses actes. On vous en saura gré, parce que la
France ne veut de la guerre, ni pour la réunion de la Belgique, ni
bien moins pour l'élection du duc de Nemours.
«Si la combinaison du prince de Naples peut réussir, tant mieux; mais
j'en doute. Les députés belges ne la goûtent pas. Ce qui m'est resté
des paroles que j'ai entendues des plus capables d'entre eux, c'est:
1º que les trois quarts du pays ne se soucient pas de la réunion avec
la France; 2º qu'à l'exception de ceux qui se sont compromis dans la
révolution, tous désirent la séparation complète de la Hollande, en
admettant la souveraineté de la maison de Nassau, pour reprendre les
liens de commerce et d'industrie établis entre les deux pays.
»Le prince de Naples ne les flatte pas, parce qu'ils disent qu'il
n'écarte aucun des embarras qui naissent pour eux des douanes qui les
resserrent et les asphyxient...»
Deux jours plus tard, le duc de Dalberg m'écrivait encore à la suite
des scandaleux événements qui avaient eu lieu à Paris, le pillage et
l'incendie de l'archevêché[59]... Sa lettre est caractéristique.
[59] Une émeute avait éclaté à Paris le 14 février à l'occasion
de l'anniversaire de la mort du duc de Berry. Un service avait eu
lieu à Saint-Germain-l'Auxerrois. Le peuple dévasta cette église
et l'archevêché.