LE PRINCE DE TALLEYRAND AU GÉNÉRAL SÉBASTIANI[50].

[50] Dépêche officielle déjà publiée.

«Londres, le 9 février 1831.

»Monsieur le comte,

»J'ai l'honneur de vous adresser copie du protocole de notre

conférence d'hier. Nous avons dû, comme vous le verrez en en

prenant lecture, réclamer l'exécution de l'armistice qui continue à

être violé par les troupes belges aux environs de Maëstricht.

L'ouverture de l'Escaut par le roi de Hollande ne laisse au

gouvernement provisoire aucune justification pour la violation

évidente d'un engagement pris envers les puissances. Les termes de cet

engagement sont positifs. «La faculté sera accordée de part et d'autre

de communiquer librement par terre et par mer, avec les territoires,

places et points que les troupes respectives occupent hors des limites

qui séparaient la Belgique des Provinces-Unies des Pays-Bas, avant le

traité de Paris du 30 mai 1814.»

«Lorsqu'il s'est agi de transmettre aux commissaires à Bruxelles les

instructions dont vous trouverez également une copie jointe, on a

encore considéré M. Bresson comme commissaire de la conférence; c'est

un peu par égard pour moi, qu'on a fermé les yeux sur ce qui s'était

passé à Bruxelles, mais cette situation ne peut pas durer. Je vous

engage à renvoyer M. Bresson ici, où je lui ferai reprendre en bien

peu de temps la position dans laquelle il était.

»Nos conférences vont se ralentir un peu; il sera convenable de les

suspendre pour donner aux esprits le temps de se calmer. Quand les

Belges ne trouveront, soit à Paris soit à Londres, que de la froideur,

il est probable que le langage de la raison se fera entendre, et c'est

alors que des agents adroits pourront leur mettre dans l'esprit le

choix du prince Charles de Naples que vous désirez, et auquel

l'Angleterre ne s'oppose pas. Je crois que ce moment de relâche est

utile pour arriver à la paix qui est et continuera d'être ici mon

unique but...»

«Londres, le 10 février 1831[51].

[51] Dépêche officielle déjà publiée.

»Monsieur le comte,

»Vous m'avez chargé de témoigner au gouvernement anglais les

inquiétudes que pouvaient donner les démarches que continuait à faire

à Bruxelles lord Ponsonby dans l'intérêt du prince d'Orange. J'ai eu à

ce sujet un entretien avec lord Palmerston à qui j'ai dit le motif que

nous avions pour que des efforts, dont le résultat ne pouvait être

qu'une guerre civile, ne fussent pas continués. Lord Palmerston m'a

très bien compris et m'a dit que des ordres allaient être expédiés à

lord Ponsonby pour qu'il eût à cesser de se mêler, à l'avenir, de ce

qui concernait les affaires du prince d'Orange...

»J'ai reçu[52] ce matin votre dépêche du 8, par laquelle vous

m'annoncez que Sa Majesté, dans le but de prévenir, à Bruxelles, de

fâcheuses scènes de trouble et de désordre, s'est déterminée à

différer la communication officielle de son refus à la députation

belge[53], venue à Paris pour offrir à M. le duc de Nemours la

couronne de Belgique. Comme cette détermination est en tout point

contraire aux déclarations que M. de Flahaut et moi avons faites aux

ministres anglais pour obtenir l'exclusion du duc de Leuchtenberg, je

me suis décidé à ne point parler de votre dépêche de ce matin à

lord Palmerston. Quelles que puissent être les raisons qui ont motivé

la résolution du roi, tout retard dans le refus ne sera ici qu'une

occasion de soupçon; et je crois que nous devons par-dessus tout les

éviter. Depuis l'arrivée des journaux de Paris, j'ai reçu ce matin

trois lettres de membres du cabinet anglais, les mieux disposés pour

nous, qui me témoignent le désir qu'un refus net et ferme du

gouvernement français fournisse une nouvelle preuve de sa loyauté et

mette fin à toutes les incertitudes...»

[52] Seconde dépêche officielle du 10 février déjà publiée.

[53] Cette députation était composée de dix membres: MM. Surlet

de Chokier, Félix de Mérode, d'Arschot, Gendebien, Lehon, de

Brouckère, Marlet, l'abbé Bouqueau, Barthélémy et de Rodes. Les

députés arrivèrent à Paris le 6 février. Ce n'est que le 17

qu'ils furent reçus officiellement, et que leur roi leur notifia

son refus. (Voir les _Débats_ du 19 février.)

Mémoires du prince de Talleyrand, Volume 4 · 第 27 / 211 题