[49] Dépêche officielle déjà publiée.
«Londres, le 8 février 1831.
»Monsieur le comte,
»J'ai eu l'honneur de recevoir hier soir quelques instants après le
départ de M. le comte de Flahaut, votre dépêche du 5 de ce mois. Je
puis juger par son contenu, que vos inquiétudes se sont renouvelées au
sujet de la Belgique. Je n'en suis point surpris. La position dans
laquelle s'est placé le gouvernement, doit nécessairement lui créer
chaque jour de nouveaux embarras. Il est un moyen facile, à ce que je
crois, d'en sortir, mais il faut qu'il soit employé avec une
résolution prompte et ferme.
»Le refus de la couronne de Belgique pour M. le duc de Nemours fait à
Paris, et l'assurance donnée à Londres que M. le duc de Leuchtenberg
ne serait pas reconnu par les puissances, mettent le gouvernement du
roi en état de déclarer que, comme il est d'accord avec la conférence
sur la nécessité de régler les affaires de la Belgique d'une manière
propre à concilier les intérêts de toutes les puissances, il abandonne
désormais à la conférence le soin d'y pourvoir.
»En faisant une telle déclaration, vous vous débarrassez d'une
question qu'il est hors de votre pouvoir de terminer sans le concours
des autres puissances. Si vous le tentiez, vous les indisposeriez
contre vous et vous soulèveriez de nouvelles difficultés. Il est
impossible, dans mon opinion, qu'aucune puissance puisse se charger
seule de diriger la Belgique, tandis que les pouvoirs réunis dans
les mains de la conférence lui donnent l'espoir d'y parvenir. Cette
conférence laissera divaguer, sans s'en embarrasser, sur les limites
du droit d'intervention ou de non intervention; et elle croira avoir
rempli religieusement ses devoirs si elle conserve la Belgique
indépendante, la Belgique n'inquiétant pas ses voisins, et avec tout
cela la paix en Europe.
»Il me semble, monsieur le comte, que le roi ne doit trouver aucun
inconvénient grave à la démarche que je conseille aujourd'hui; elle
s'accorde tout à la fois avec sa dignité et avec ses intérêts.
»Du reste, je dois vous dire que si cette démarche n'avait pas lieu,
ma présence ici cesserait d'être utile au service du roi et aux
affaires de la France. J'ai dû supporter les circonstances,
désagréables pour moi, de la publication faite par M. Bresson à
Bruxelles, parce que j'étais sûr que si je me retirais de la
conférence, les quatre autres plénipotentiaires l'auraient quittée
immédiatement; et je n'aurais pas voulu être cause d'un événement qui
aurait eu les suites les plus fâcheuses. Mais vous devez comprendre
qu'à l'avenir il me serait impossible de jouer ici un autre rôle que
celui qui convient à l'ambassadeur du roi!...