II

Il a donc été poëte, mais à sa façon, façon étrange, semblable à celle

dont il a vécu. Il y avait en lui des tempêtes intérieures, des

avalanches d'idées qui ne trouvaient d'issue que par l'écriture. «Me

fuir moi-même, ç'a été là toujours mon vrai, mon unique, mon seul

motif pour barbouiller du papier et pour publier.--Publier est la

continuation du même effet par le mouvement que cela donne à l'esprit,

qui, sans cela retomberait sur soi-même[314].»--Il a écrit «par

trop-plein, dit-il encore, par passion, par entraînement, par beaucoup

de causes, mais jamais par calcul,» et presque toujours avec une

rapidité étonnante: _le Corsaire_ en dix jours, _la Fiancée d'Abydos_

en quatre jours.--Pendant l'impression, il ajoutait, corrigeait, mais

sans refondre. «Je vous ai déjà dit que je ne puis jamais refondre. Je

suis comme le tigre: si je manque mon premier bond, je rentre en

grondant dans ma jungle; si je le fais juste, il est écrasant[315].»

Sans doute il bondit, mais il a sa chaîne: jamais, dans le plus libre

élan de ses pensées, il ne se détache de soi. C'est de lui-même qu'il

rêve et c'est lui-même qu'il voit partout. C'est un torrent qui

bouillonne, mais que des rocs endiguent. Il n'y a point d'aussi grand

poëte qui ait eu l'imagination aussi étroite; il ne peut pas se

métamorphoser en autrui. Ce sont ses chagrins, ses révoltes, ses

voyages, à peine transformés et arrangés, qu'il met dans ses vers. Il

n'invente pas, il observe; il ne crée pas, il transcrit. Sa copie est

poussée au noir, mais c'est une copie. «Je ne puis écrire sur quoi que

ce soit, dit-il, sans quelque expérience personnelle et sans un

fondement vrai[316].» Vous trouverez dans ses lettres et dans son

livre de notes, presque trait pour trait, ses descriptions les plus

frappantes. La prise d'Ismaïl, le naufrage de don Juan, suivent pas à

pas deux récits en prose. S'il n'y a que des badauds capables de lui

attribuer les crimes de ses héros, il n'y a que des aveugles capables

de ne point voir en lui les sentiments de ses personnages; cela est si

vrai, qu'en somme il n'en a fait qu'un seul. Childe Harold, Lara, le

Giaour, le Corsaire, Manfred, Sardanapale, Caïn, son Tasse, son Dante

et le reste sont toujours un même homme, représenté sous divers

costumes, dans plusieurs paysages, avec des expressions différentes,

mais comme en font les peintres, lorsque par des changements de

vêtements, de décors et d'attitudes, ils tirent du même modèle

cinquante portraits. Il était trop replié sur soi pour s'éprendre

d'autre chose: le roidissement habituel de la volonté empêche l'esprit

d'être flexible; sa force, toujours concentrée pour l'effort et tendue

vers la lutte, l'enfermait dans la contemplation de lui-même, et le

réduisait à ne jamais faire que l'épopée de son propre coeur.

Dans quel style allait-il écrire? Avec ces sentiments concentrés et

tragiques, il avait l'esprit classique. Par le plus singulier mélange,

les livres qu'il préférait étaient ou les plus violents ou les plus

réguliers, la Bible d'abord: «J'en suis grand lecteur et grand

admirateur, je l'avais lue et relue avant d'avoir huit ans; je veux

dire l'Ancien-Testament, car le Nouveau, pour moi, était une tâche,

mais l'Ancien un plaisir[317].» Remarquez ce mot; il ne goûte point le

mysticisme tendre et abandonné de l'Évangile, mais la roideur atroce

et les cris lyriques des vieux Hébreux. À côté de la Bible, ce qu'il

aime, c'est Pope, le plus correct, le plus compassé des hommes: «Je

l'ai toujours regardé comme le plus grand nom de notre poésie. Comptez

là-dessus, les autres sont des barbares.... Vous pouvez appeler

Shakspeare et Milton des pyramides, je préfère le temple de Thésée ou

le Parthénon à des montagnes de briques brûlées[318].» Et aussitôt il

écrit deux lettres avec une verve et un esprit incomparables pour

défendre Pope contre les mépris des écrivains modernes. Ce sont ces

écrivains, à son avis, qui ont gâté le goût public. Les seuls d'entre

eux qui valent quelque chose, Crabbe, Campbell, Roger, imitent le

style de Pope; quelques autres ont du talent, mais, à tout prendre,

les nouveaux venus ont perverti la littérature; ils ne savent plus

leur langue; leurs expressions ne sont que des à-peu-près, au-dessous

ou au-dessus du ton, forcées ou plates. Lui-même il se range parmi les

corrupteurs[319], et l'on voit bien vite que cette théorie n'est pas

une improvisation échappée à la mauvaise humeur et à la polémique: il

y revient. Dans ses deux premiers essais, _Hours of idleness_,

_English Bards and Scottish Reviewers_, il a essayé de la suivre. Plus

tard et presque dans toutes ses oeuvres, on en trouvera l'effet. Il

recommande et pratique la règle des unités dans les tragédies. Il aime

la forme oratoire, la phrase symétrique, le style condensé. Il plaide

volontiers ses passions. Sheridan l'engageait à se tourner vers

l'éloquence, et la vigueur, la logique perçante, la verve

extraordinaire, l'argumentation serrée de sa prose, prouvent que parmi

les pamphlétaires[320] il eût été au premier rang. S'il y monte parmi

les poëtes, c'est en partie grâce à son système classique. Cette forme

oratoire, où Pope resserre sa pensée à la façon de La Bruyère,

multiplie la force et l'élan des idées véhémentes; comme un canal

étroit et droit, elle les rassemble et les précipite sur leur pente;

il n'y a rien alors que leur assaut n'emporte, et c'est ainsi que lord

Byron, du premier coup, à travers les critiques inquiètes, par-dessus

les réputations jalouses, a percé jusqu'au public[321].

Ainsi perça _Childe Harold_. Du premier coup, chacun fut troublé.

C'était plus qu'un auteur qui parlait, c'était un homme. En dépit de

ses désaveux, on sentait bien que l'auteur ne faisait qu'un avec le

personnage; il se calomniait, mais il s'imitait. On le reconnaissait

dans ce jeune noble voluptueux et dégoûté, prêt à pleurer au milieu de

ses orgies, qui «seul errait perdu en de mornes rêveries, et, gorgé de

plaisirs, aspirait presque à la douleur[322],» qui, fuyant sa terre

natale, portait parmi les splendeurs et les gaîtés du Midi la

persécutrice infatigable, «la pensée, comme un démon,» acharné après

lui. On reconnaissait les paysages: ils avaient été copiés sur place.

Et qu'est-ce qu'était tout ce livre, sinon son journal de voyage? Il y

disait ce qu'il avait vu et ce qu'il avait senti. Quelle fiction

poétique vaut la sensation vraie? Qu'y a-t-il de plus pénétrant que la

confidence volontaire ou involontaire? Véritablement chaque mot ici

notait une émotion des yeux ou du coeur. «Cet azur tendre de la mer

unie; ces mousses des montagnes brunies par un ciel ardent[323],» ces

îles «dans leurs robes de brume, rayées de bandes brunes et

pourprées,» toutes ces beautés imposantes ou sereines, il en avait

joui et parfois souffert, et c'est pour cela que nous les voyons à

travers ses vers. Quelque objet qu'il touchât, il le faisait palpiter

et vivre; c'est qu'en le regardant il avait palpité et vécu. Lui-même,

un peu plus tard, laissant le masque d'Harold, reprenait son récit en

son propre nom, et qui n'eût été touché d'aveux si passionnés et si

entiers?

Oui, il faut que je pense moins violemment; j'ai pensé--trop

longtemps et lugubrement, jusqu'à ce que mon

cerveau,--bouillonnant et épuisé par son propre

tourbillon,--soit devenu un gouffre tournant de rêves et de

flamme.--Voilà comment, n'ayant point appris tout jeune à

dompter mon coeur,--les sources de ma vie ont été

empoisonnées. Il est trop tard!--Pourtant je suis changé,

quoique toujours le même en force--pour endurer ce que le

temps ne peut amoindrir,--et pour me nourrir de fruits

amers, sans accuser la destinée....

Harold s'était bientôt reconnu le plus impropre des

hommes--à vivre dans le troupeau des hommes. Il était--trop

différent, incapable de plier ses pensées--à celles des

autres, quoique son âme eût été foulée--dans sa jeunesse par

ses propres pensées; toujours retranché dans son

indépendance,--refusant de livrer le gouvernement de son

esprit--à des âmes contre lesquelles la sienne se

révoltait,--fier jusque dans un désespoir qui savait

trouver--une vie en lui-même, et respirer en dehors de

l'humanité!....

Comme le Chaldéen, il tenait ses yeux fixés sur les

étoiles,--jusqu'à ce qu'il les eût peuplées d'êtres aussi

brillants--que leurs propres rayons, et que la terre, et ses

discordes fangeuses,--et les fragilités humaines fussent

oubliées toutes.--S'il avait pu maintenir son âme dans cet

essor,--il eût été heureux; mais notre argile étouffe--son

étincelle divine, enviant à l'homme la lumière--vers

laquelle il monte, comme pour briser sa chaîne--enchaîné

loin du ciel qui là-haut nous ouvre ses plages.

Cependant, dans les demeures de l'homme, il était devenu une

créature--anxieuse et harassée, sombre et

déplaisante,--languissant comme un faucon sauvage dont

l'aile est coupée,--pour qui l'air sans bornes serait la

seule patrie.--Alors son accès lui revenait, et pour le

dompter,--aussi ardemment que l'oiseau emprisonné heurte--sa

poitrine et son bec contre le treillage de fer--jusqu'à ce

que le sang teigne son plumage;--ainsi la chaleur de son âme

captive allait dévorant le sang de son coeur[324].

Voilà les sentiments avec lesquels il parcourait la nature et

l'histoire, non pour les comprendre en s'oubliant devant elles, mais

pour y chercher ou y imprimer l'image de ses propres passions. Il ne

laisse pas parler les objets, il les force à lui répondre. Au milieu

de leur paix, il n'est occupé que de son trouble. Il les monte au ton

de son âme, et les force à répéter ses propres cris. Tout est tendu

ici, comme en lui-même; la vaste strophe roule emportant dans son lit

comblé le flot des idées véhémentes; la déclamation s'étale, pompeuse

et parfois artificielle (c'est sa première oeuvre), mais puissante, et

si souvent sublime que les vieilleries de la rhétorique qu'il garde

encore disparaissent sous l'afflux des magnificences dont il la

charge. Wordsworth, Walter Scott, à côté de cette prodigalité de

splendeurs accumulées, semblaient pauvres et ternes; on n'avait point

vu depuis Eschyle une pompe aussi tragique, et on suivait avec une

sorte de saisissement le cortége des figures gigantesques qu'il

amenait en files lugubres du fond du passé jusque sous nos yeux.

J'étais à Venise, sur le pont des Soupirs,--un palais et une

prison de chaque côté.--Je voyais, du sein de la vague, ses

monuments se lever--comme à l'attouchement d'une baguette

magique.--Dix siècles étendent leurs ailes brumeuses--autour

de moi, et une auréole mourante rayonne--jusque sur ces

temps lointains où mainte contrée sujette--tenait ses yeux

fixés sur les bâtisses de marbre du lion ailé,--quand

Venise, assise dans sa pompe, posait son trône sur ses cent

îles.

Elle semble une Cybèle des mers sortie de

l'Océan,--s'élevant avec sa tiare de tours

orgueilleuses,--dans le vague lointain, d'un mouvement

majestueux,--souveraine des eaux et de leurs

puissances.--Elle l'était jadis; ses filles avaient leur

douaire--dans les dépouilles des nations, et l'inépuisable

Orient--versait dans son giron les pierreries en pluies

éblouissantes.--Elle trônait dans sa pourpre, et à ses

fêtes--les monarques invités croyaient leur dignité

accrue[325]....

La Bataille géante[326] est debout sur la montagne;--le

soleil brunit l'éclat de ses tresses sanglantes;--dans ses

mains de feu, les boulets flamboient,--et ses yeux brûlent

tout ce que leur éclair a touché.--Çà et là, sans repos,

elle roule, un instant fixe, puis au loin,--lançant sa

flamme. Devant ses pieds de fer,--le Meurtre s'est blotti

pour compter les oeuvres de mort.--Car ce matin trois

puissantes nations se rencontrent--pour verser devant son

autel le sang qu'elle trouve le plus doux.

Par le ciel! c'est une splendide vue--pour celui qui n'a

point là d'ami ni de frère--de voir leurs écharpes rivales,

aux broderies bigarrées,--de voir leurs armes variées qui

étincellent dans l'air!--Les vaillants dogues de la guerre

se lancent hors de leur repaire,--et grincent de leurs

crocs, et hurlent haut après la proie.--Tous se joignent à

la chasse, mais peu auront part au triomphe;--le tombeau

prendra pour soi le plus précieux du butin,--et le Massacre

assouvi peut à peine, à force de joie, compter leurs

files[327]....

Quel fruit retirerons-nous de notre maigre et pauvre

être?--Nos sens étroits,--notre raison fragile,--la vie

courte,--la vérité, une perle qui aime l'abîme,--toutes les

choses pesées dans la fausse balance de la

coutume;--l'opinion, souveraine toute-puissante, qui

jette--sur la terre le manteau de ses obscurités, jusqu'à ce

que le juste--et l'injuste semblent des accidents, et que

les hommes pâlissent--de la crainte que leurs propres

jugements n'éclatent au jour,--et que leurs libres pensées

ne soient des crimes, et que la terre n'ait trop de lumière.

Voilà comme ils fouissent leur sillon dans leur misère

inerte,--pourrissant de père en fils et d'âge en âge,--fiers

de leur nature foulée. Voilà comme ils meurent,--léguant

leur rage héréditaire--à une race nouvelle d'esclaves-nés,

qui recommenceront la guerre--pour garder leurs chaînes, et,

plutôt que d'être libres,--saigneront en gladiateurs, et

toujours iront s'assaillant--dans cette même arène où ils

voient--leurs compagnons tombés avant eux, comme les

feuilles du même arbre[328].

Jamais style a-t-il mieux exprimé l'âme? On la voit ici qui travaille

et s'épanche. Longuement et orageusement les idées y ont bouillonné

comme les pièces de métal entassées dans la fournaise. Elles y ont

fondu sous l'effort de la chaleur intense; elles y ont mêlé leurs

laves avec des frémissements et des explosions, et voilà qu'enfin la

porte s'ouvre: un lourd ruisseau de feu descend dans le canal ménagé

d'avance, embrasant l'air qui frissonne, et ses teintes flamboyantes

brûlent les yeux qui s'obstinent à le regarder.

[Note 314: I have written from the fulness of my mind, from

passion, from impulse, from many motives, but not «for their sweet

voices.»

To withdraw myself from myself has ever been my sole, my entire, my

sincere motive in scribbling at all--and publishing also the

continuance of the same object, by the action it affords to the mind,

which else recoils upon itself.]

[Note 315: I told you before that I can never recast any thing. I

am like the tiger. If I miss the first spring, I go grumbling to my

jungle again. But if I do it, it is crushing.]

[Note 316: I could not write upon any thing without some personal

experience and foundation.]

[Note 317: I am a great reader and admirer of those books (the

Bible) and had read them through and through before I was eight years

old.--That is to say the Old Testament, for the New struck me as a

task, but the other as a pleasure.]

[Note 318: As to Pope, I have always regarded him as the greatest

man in our poetry. Depend upon it. The rest are barbarians. He is a

Greek temple, with a gothic cathedral on one hand and a turkish

mosque, and all sorts of fantastic pagodas and conventicles about him.

You may call Shakspeare and Milton pyramids, but I prefer the temple

of Theseus or the Parthenon to a mountain of burnt brick-work.... The

grand distinction of the under forms of the new school of poets is

their vulgarity. By this I do not mean they are coarse, but shabby

genteel.]

[Note 319: All the styles of the day are bombastic. I don't except

my own, no one has done more through negligence to corrupt the

language.]

[Note 320: Voyez le pamphlet qu'il fit contre les lakistes.]

[Note 321: On vendit du _Corsaire_ 13000 exemplaires en un jour.]

[Note 322:

And now Childe Harold was sore sick at heart,

And from his fellow bacchanals would flee;

'Tis said, at times the sullen tear would start,

But pride congeal'd the drop within his ee:

Apart he stalk'd in joyless reverie,

And from his native land resolved to go,

And visit scorching climes beyond the sea;

With pleasure drugg'd he almost long'd for woe.]

[Note 323:

The tender azure of the unruffled deep,

The mountain moss by scorching skies imbrown'd....

The orange tints that gild the greenest bough....]

[Note 324:

Yet must I think less wildly:--I _have_ thought

Too long and darkly, till my brain became

In its own eddy boiling and o'erwrought,

A whirling gulf of phantasy and flame:

And thus, untaught in youth my heart to tame,

My springs of life were poison'd. 'Tis too late!

Yet I am changed; though still enough the same

In strength to bear what time cannot abate,

And feed on bitter fruits without accusing fate.

.... But soon he knew himself the most unfit

Of men to herd with man, with whom he held

Little in common; untaught to submit

His thoughts to others, though his soul was quell'd

In youth by his own thoughts; still uncompell'd,

He would not yield dominion of his mind

To spirits against whom his own rebell'd;

Proud though in desolation, which could find,

A life within itself, to breathe without mankind.

.... Like the Chaldean, he could watch the stars,

Till he had peopled them with beings bright

As their own beams; and hearth, and earthborn jars

And human frailties, were forgotten quite:

Could he have kept his spirits to that flight,

He had been happy; but this clay will sink

Its spark immortal, envying it the light

To which it mounts, as if to break the link

That keeps us from yon heaven which woos us to its brink.

But in man's dwellings he became a thing

Restless and worn, and stern and wearisome,

Droop'd as a wild-born falcon with clipt wing,

To whom the boundless air alone were home:

Then came his fit again, which to o'ercome,

As eagerly the barr'd-up bird will beat

His breast and beak against his wiry dome

Till the blood tinge his plumage, so the heat

Of his impeded soul would through his bosom eat.]

[Note 325:

I stood in Venice, on the Bridge of Sighs;

A palace and a prison on each hand:

I saw from out the wave her structures rise

As from the stroke of the enchanter's wand:

A thousand years their cloudy wing expand

Around me, and a dying glory smiles

O'er the far time, when many a subject land

Look'd to the winged lion's marble piles,

When Venice sat in state, throned on her hundred isles.

She looks a sea-Cybele fresh from Ocean,

Rising with her tiara of proud towers

At airy distance, with majestic motion,

A ruler of the waters and their powers:

And such she was;--her daughters had their dowers

From spoils of nations, and the exhaustless East

Pour'd in her lap all gems in sparkling showers:

In purple was she robed, and of her feast

Monarchs partook, and deem'd their dignity increased....]

[Note 326: Talavera.]

[Note 327:

Lo! where the giant on the mountain stands,

His blood-red tresses deepening in the sun,

With deathshot glowing in his fiery hands,

And eye that scorcheth all it glares upon;

Restless it rolls, now fix'd, and now anon

Flashing afar,--and at his iron feet

Destruction cowers, to mark what deeds are done;

For on this morn three potent nations meet,

To shed before his shrine the blood he deems most sweet.

By Heaven! It is a splendid sight to see

(For one who hath no friend, no brother there)

Their rival scarfs of mix'd embroidery,

Their various arms that glitter in the air!

What gallant war-hounds rouse them from their lair,

And gnash their fangs, loud yelling for the prey!

All join the chase, but few the triumph share:

The grave shall bear the chiefest prize away,

And Havoc scarce for joy can number their array....]

[Note 328:

.... What from this barren being do we reap?

Our senses narrow, and our reason frail,

Life short, and truth a gem which loves the deep,

And all things weigh'd in custom's falsest scale;

Opinion an omnipotence,--whose veil

Mantles the earth with darkness, until right

And wrong are accidents, and men grow pale

Lest their own judgments should become too bright,

And their free thoughts be crimes, and earth have too much light.

And thus they plod in sluggish misery,

Rotting from sire to son, and age to age,

Proud of their trampled nature, and so die,

Bequeathing their hereditary rage

To the new race of inborn slaves, who wage

War for their chains, and, rather than be free,

Bleed gladiator-like, and still engage

Within the same arena where they see

Their fellows fall before, like leaves of the same tree.]

Histoire de la Littérature Anglaise (Volume 4 de 5) · 第 43 / 62 题