II

Triste vie, et qui est le plus souvent celle des précurseurs; il n'est

pas sain de marcher trop vite; Burns était si fort en avant, que l'on

mit quarante ans à le rejoindre. À ce moment, en Angleterre, les

conservateurs et les croyants primaient les sceptiques et les

révolutionnaires. La constitution était libérale, et semblait la

garantie des droits; l'Église était populaire, et semblait le soutien

de la morale. La capacité pratique et l'incapacité spéculative

détournaient les esprits des innovations proposées, et les

rattachaient à l'ordre établi. Ils se trouvaient bien dans leur grande

maison féodale, élargie et appropriée aux besoins modernes; ils la

trouvaient belle, ils en étaient fiers, et l'instinct national comme

l'opinion publique se déclaraient contre les novateurs qui voulaient

l'abattre pour la rebâtir. Tout d'un coup une secousse violente avait

changé cet instinct en passion et cette opinion en fanatisme. La

révolution française, d'abord admirée comme une soeur, avait paru une

furie et un monstre. Pitt déclarait en plein Parlement, aux

applaudissements universels[238], «que les traits dominants du nouveau

gouvernement républicain étaient l'abolition de la religion et

l'abolition de la propriété.» Toute la classe pensante et influente se

levait pour écraser cette secte de jacques, brigands par institution,

athées par principes, et le jacobinisme, sorti du sang pour s'asseoir

dans la pourpre, fut poursuivi jusque dans son enfant et dans son

champion «Bonaparte, qui l'avait centralisé et intronisé[239].» Sous

cet acharnement national, les idées libérales s'effaçaient; les plus

illustres des amis de Fox, Burke, Windham, Spencer, le quittèrent: de

cent soixante partisans dans la chambre des communes, il ne lui en

resta que cinquante. Le grand parti whig sembla disparaître, et dans

l'année 1799 la plus forte minorité qu'on put rassembler contre le

gouvernement fut de vingt-cinq voix. Cependant le jacobinisme anglais

était pris à la gorge, et tenu à terre[240]; «l'_habeas corpus_ était

suspendu à plusieurs reprises; les écrivains qui avançaient des

doctrines contraires à la monarchie et à l'aristocratie étaient

proscrits et punis sans merci. Il était dangereux à un républicain de

faire sa profession de foi politique au restaurant, devant son

_beefsteak_ et sa bouteille, et l'on voyait en Écosse, pour des

offenses qui à Westminster eussent été qualifiées de délits

simples[241], des hommes d'esprit cultivé et de manières polies

envoyés à Botany-Bay avec le troupeau des criminels[242].» Cependant

l'intolérance de la nation aggravait celle du gouvernement. Quiconque

eût avoué des sentiments démocratiques eût été insulté. Les journaux

présentaient les novateurs comme des scélérats et des ennemis publics.

La populace, à Birmingham, brûlait les maisons de Priestley et des

unitaires. À la fin, Priestley fut obligé de quitter l'Angleterre.

Lord Byron s'exila sous la même contrainte, et quand il partit, ses

amis craignirent que la foule assemblée autour de sa voiture ne portât

les mains sur lui.

Ce n'est point dans ce monde armé en guerre contre les nouvelles

théories que les nouvelles théories pouvaient naître. La révolution y

entre cependant; elle y entre déguisée, et par une voie détournée, en

sorte qu'on ne la reconnaît pas. Ce ne sont point les idées sociales

qui se transforment, comme en France, ni les idées philosophiques

comme en Allemagne, mais les idées littéraires; la grande marée

montante de l'esprit moderne, qui renverse ailleurs tout l'édifice des

conditions et des spéculations humaines, ne parvient d'abord ici qu'à

changer le style et le goût. Médiocre changement, du moins en

apparence, mais qui en somme vaut les autres; car ce renouvellement

dans la manière d'écrire est un renouvellement dans la manière de

penser; celui-ci amènera tous les autres, comme le mouvement du pivot

central entraîne le mouvement de tous les rouages engrenés.

En quoi consiste cette réforme du style? Avant de la définir, j'aime

mieux la montrer, et pour cela il faut que l'on voie le caractère et

la vie de celui qui le premier l'a pratiquée sans système, William

Cowper; car son talent n'est que l'image de son caractère, et ses

poëmes ne sont que l'écho de sa vie. C'était un enfant délicat,

craintif, d'une sensibilité frémissante, passionnément tendre, et qui,

ayant perdu sa mère à six ans, fut soumis presque aussitôt au

_fagging_ et aux brutalités d'une école publique. Elles sont étranges

en Angleterre: un garçon d'environ quinze ans le prit comme victime,

et le pauvre petit, incessamment maltraité, conçut «une telle crainte

de son bourreau, qu'il n'osait lever les yeux sur lui plus haut que

les genoux, et le connaissait mieux par ses boucles de souliers que

par aucune autre partie de son habillement.» Dès neuf ans, la

mélancolie le prit, non pas la rêverie douce que nous appelons de ce

nom, mais le profond abattement, le désespoir morne et continu,

l'horrible maladie des nerfs et de l'âme qui produit le suicide, le

puritanisme et la folie. «Jour et nuit j'étais à la torture, me

couchant dans l'angoisse, me levant dans le désespoir.» Le mal

changeait d'aspect, diminuait, mais ne le quittait pas. Né dans une

grande famille, mais n'ayant qu'une petite fortune, il accepta sans

réflexion l'offre de son oncle, qui voulait lui donner une place de

clerc à la chambre des communes; mais il fallait subir un examen, et

ses nerfs se démontaient à la seule idée qu'il faudrait paraître et

parler en public. Pendant six mois, il essaya de se préparer; mais il

lisait sans comprendre; une fièvre nerveuse le minait. Ses sensations

étaient «celles d'un homme qui monte sur l'échafaud, toutes les fois

qu'il mettait le pied dans le bureau; pendant six mois il y vint tous

les jours[243].»--«Dans cet état, dit-il, j'étais saisi par moments

d'un tel accès de désespoir, que, seul dans ma chambre, je poussais

des cris et maudissais l'heure de ma naissance, levant mes yeux au

ciel, non pas en suppliant, mais avec un esprit infernal de haine

envenimée et de reproche contre mon Créateur[244].» Le jour de

l'examen approchait; il espéra devenir fou pour s'y soustraire, et

comme la raison tenait bon, il pensa même à se tuer. Enfin, dans un

moment de délire, la démence vint, et on le mit dans une maison

d'aliénés, «tout pénétré par un sentiment exalté de dégoût et

d'horreur pour lui-même et par la crainte d'un châtiment instantané,»

jusqu'à se croire damné, comme Bunyan et les premiers puritains. Au

bout de plusieurs mois, sa raison lui revint; mais elle se sentait des

étranges pays où elle avait voyagé toute seule. Il resta triste, comme

un homme qui se croit dans la disgrâce de Dieu, et se trouva incapable

d'une vie active. Cependant un ministre, M. Unwin, et sa femme, bonnes

gens bien pieux et bien réguliers, l'avaient recueilli. Il essayait de

s'occuper mécaniquement, par exemple en fabriquant des cages à lapins,

en jardinant, en apprivoisant des lièvres. Il employait le reste de la

journée, comme un méthodiste, à lire l'Écriture ou des sermons, à

chanter des hymnes avec ses amis, et à s'entretenir de matières

spirituelles. Ce régime, l'air salubre de la campagne, la tendresse

maternelle de mistress Unwin et de lady Austen amenèrent quelques

éclaircies. Elles l'aimaient si généreusement, et il était si aimable!

Affectueux, plein d'abandon, innocemment moqueur, avec une imagination

naturelle et charmante, une fantaisie gracieuse, une finesse exquise,

et si malheureux! Il était de ceux auxquels les femmes se dévouent,

qu'elles aiment maternellement, par compassion d'abord, par attrait

ensuite, parce qu'elles trouvent en eux seuls les ménagements, les

attentions minutieuses et tendres, les respects délicats que notre

rudesse ne sait leur rendre, et dont leur être plus sensible a

pourtant besoin. Ces doux instants ne durèrent pas. «Au mieux,

disait-il, mon esprit a toujours un fonds mélancolique; il ressemble à

certains étangs que j'ai vus, qui sont remplis d'une eau noire et

pourrie, et qui pourtant dans les jours sereins réfléchissent par leur

surface les rayons du soleil[245].» Il souriait comme il pouvait, mais

avec effort; c'était le sourire d'un malade qui se sait incurable et

tâche de l'oublier un instant, du moins de le faire oublier aux

autres. «Vraiment, je m'étonne qu'une pensée enjouée vienne frapper à

la porte de mon intelligence, encore plus qu'elle y trouve accès.

C'est comme si Arlequin forçait l'entrée de la chambre lugubre où un

mort est exposé en cérémonie. Ses gestes grotesques seraient déplacés

de toute façon, mais encore davantage s'ils arrachaient un éclat de

rire aux figures mornes des assistants. Néanmoins l'esprit longtemps

fatigué par l'uniformité d'une perspective monotone et désolée fixera

ses yeux avec joie sur tout objet qui mettra un peu de variété dans

ses contemplations, ne serait-ce qu'un chat jouant avec sa

queue[246].» Somme toute, il avait le coeur trop délicat et trop pur:

pieux, irréprochable, austère, il se jugeait indigne d'aller à

l'église, ou même de prier Dieu. «Ceux qui ont trouvé un Dieu et qui

ont la permission de l'adorer ont trouvé un trésor dont ils n'ont

qu'une idée bien maigre et bien bornée, si haut qu'ils le prisent.

Croyez-m'en, croyez-en un homme qui, ayant joui de ce privilége

pendant quelques années, en a été privé pendant un nombre d'années

plus grand encore, et _qui n'a point l'espérance de jamais le

recouvrer_.» Et ailleurs: «On peut représenter le coeur d'un chrétien

comme dans l'affliction et pourtant dans la joie, percé d'épines et

pourtant couronné de roses. J'ai l'épine sans la rose. Ma rose est une

rose d'hiver; les fleurs sont flétries, mais l'épine demeure[247].» Au

lit de mort, quand le ministre lui disait d'avoir confiance en la

miséricorde du Rédempteur qui veut sauver tous les hommes, il poussa

un cri passionné, le suppliant de ne plus lui proposer de consolations

pareilles. Il se croyait perdu, il s'était cru perdu toute sa vie. Une

à une, sous cet effroi, toutes ses facultés s'anéantirent. Pauvre et

charmante âme, qui périt comme une fleur frêle d'un pays chaud

transplantée dans la neige: la température du monde se trouva trop

rude pour elle, et la règle morale, qui eût dû l'abriter, la déchira

de ses aiguillons.

Un pareil homme n'écrit point pour le plaisir de faire du bruit. Il

faisait des vers comme il peignait ou rabotait, pour s'occuper, pour

se déprendre de lui-même. Son âme était trop pleine, il n'avait pas

besoin d'aller bien loin chercher des sujets. Représentez-vous cette

figure pensive, qui, silencieusement, au bord de l'Ouse, erre et

regarde. Il regarde et rêve: une fraîche paysanne avec son panier au

bras, une charrue lointaine qui avance lentement derrière l'attelage

en sueur, une source luisante qui polit les cailloux bleuâtres, en

voilà assez pour le remplir de sensations et de pensées. Il revient,

s'assoit dans son petit pavillon grand comme une chaise à porteurs,

dont la fenêtre donne sur le verger du voisin, et la porte sur un

jardin plein d'oeillets, de roses et de chèvrefeuilles. C'est dans ce

nid qu'il travaille. Le soir, auprès de son amie dont les aiguilles

courent pour lui sur la laine, il lit ou écoute les bruits

demi-assoupis du dehors. C'est de cette vie que naissent ses vers.

Elle lui suffit et suffit à les faire naître. Il ne lui en faut pas

une plus violente; moins unie et moins effacée, elle le

bouleverserait; les impressions qui sont petites pour nous sont

grandes pour lui, et dans une chambre, dans un jardin, il trouve un

monde. À ses yeux, les moindres objets sont poétiques. C'est le soir,

en hiver; le messager de la poste arrive, «héraut d'un monde affairé,

avec les nouvelles de toutes les nations qui ballotent sur son

dos[248].» Il ne s'en inquiète pas; «il siffle, pauvre gai bonhomme;»

toute son affaire est de les déposer à l'auberge. Enfin le voilà, le

précieux paquet; on l'ouvre, on veut entendre la multitude de voix

bruyantes qu'il apporte de Londres et de l'univers. «Maintenant

ranimez le feu, fermez bien les volets, laissez tomber les rideaux,

roulez le sofa, et, pendant que l'urne bouillante et sifflante élève

sa colonne de vapeur, souhaitons la bienvenue au soir pacifique qui

entre[249].» Et le voilà qui conte son journal, politique, nouvelles,

tout jusqu'aux annonces, non pas en simple réaliste, comme tant

d'écrivains aujourd'hui, mais en poëte, c'est-à-dire en homme qui

découvre une beauté et une harmonie dans les charbons d'un feu qui

pétille ou dans le va-et-vient des doigts qui courent sur une

tapisserie; car c'est là l'étrange distinction du poëte: les objets

non-seulement rejaillissent de son esprit plus puissants et plus

précis qu'ils n'étaient en eux-mêmes et avant d'y entrer, mais encore,

une fois conçus par lui, ils s'épurent, ils s'ennoblissent, ils se

colorent, comme les vapeurs grossières qui, transfigurées par la

distance et la lumière, se changent en nuages satinés, frangés de

pourpre et d'or. Pour lui, il y a de la grâce dans les rondeurs

mouvantes de cette vapeur que la bouilloire exhale; il y a de la

douceur dans cette concorde des hôtes d'une même maison assemblés

autour de la même table. Ce seul mot, _nouvelles de l'Inde_, lui fera

voir l'Inde elle-même, vieille reine empanachée, «avec son turban

emplumé, brodé de perles[250].» Cette seule idée, _l'impôt des

boissons_, mettra devant ses yeux «les dix milles tonnes incessamment

suintantes, et qui, touchées par le doigt de l'État comme par le doigt

de Midas, saignent de l'or pour la prodigalité des ministres.» À

proprement parler, la nature est comme un musée de tableaux

magnifiques et variés, qui pour nous, gens ordinaires, sont toujours

recouverts de leur serge. Tout au plus, çà et là, une déchirure nous

laisse soupçonner les beautés cachées derrière les monotones

enveloppes; mais ces enveloppes, le poëte les lève toutes et voit un

tableau là où nous ne découvrions qu'un surtout. Voilà la vérité neuve

que les poëmes de Cowper ont mise en lumière. Nous savons par lui que

nous ne sommes plus forcés d'aller chercher en Grèce, à Rome, dans

les palais, chez les héros et les académiciens, les objets poétiques.

Ils sont tout près de nous: si nous ne les voyons pas, c'est que nous

ne savons pas les voir; le défaut est dans nos yeux, non dans les

choses. Nous trouverons la poésie, si nous le voulons bien, au coin de

notre feu et parmi les planches de notre potager[251].

Est-ce bien le potager qui est poétique? Aujourd'hui peut-être, mais

demain, si j'ai l'imagination sèche, je n'y verrai rien que des

carottes et autres fournitures de cuisine. C'est ma sensation qui est

poétique, c'est elle que je dois respecter, comme la fleur la plus

précieuse de la beauté. De là un nouveau style. Il ne s'agit plus,

suivant l'ancienne mode oratoire, d'enfermer un sujet dans un plan

régulier, de le diviser en portions symétriques, de ranger les idées

en files, comme les pions sur un damier. Cowper prend le premier sujet

venu, celui que lady Austen lui a donné au hasard, un sofa, et il en

parle pendant deux pages; puis il va où son courant d'esprit le

conduit, décrivant une soirée d'hiver, quantité d'intérieurs et de

paysages, mêlant çà et là toutes sortes de réflexions morales, des

récits, des dissertations, des jugements, des confidences, à la façon

d'un homme qui pense tout haut devant le plus intime et le plus aimé

de ses amis. Voilà son grand poëme, _the Task_. «Comparés à ce livre,

dit Southey, les meilleurs poëmes didactiques sont comme des jardins

compassés auprès d'un vrai paysage boisé.» Si l'on entre dans le

détail, le contraste est plus grand encore. Il n'a point l'air de

songer qu'on l'écoute, il ne se parle qu'à lui-même. Il n'insiste pas

sur ses idées, comme les classiques, pour les mettre en relief et en

saillie par des répétitions et des antithèses; il note sa sensation,

et puis c'est tout. Nous la suivons en lui à mesure qu'elle naît, nous

la voyons sortir d'une autre, grandir, s'abaisser, puis remonter

encore, comme nous voyons la vapeur sortie d'une source s'élever

insensiblement, enrouler et développer ses formes changeantes. La

pensée, qui chez les autres était figée et roidie, devient ici mobile

et fluide; le vers rectiligne s'assouplit; le vocabulaire noble

élargit sa trame pour laisser entrer les mots vulgaires de la

conversation et de la vie. Enfin la poésie est redevenue vivante; ce

ne sont plus des mots qu'on écoute, mais des émotions qu'on ressent;

ce n'est plus un auteur qui parle, c'est un homme. Sa vie est bien là,

sous ses lignes noires, tout entière, sans mensonge ni apprêt; tout

son effort s'est employé à ôter l'apprêt et le mensonge. Quand il

décrit sa petite rivière, sa chère Ouse, «qui tourne lentement dans la

plaine unie parmi les spacieuses prairies çà et là tachées de

bétail[252],» il la voit intérieurement, et chaque mot, chaque coupe,

chaque son correspond à un changement de cette vue intérieure. Il en

est ainsi de tous ses vers; ils sont gros d'émotions personnelles,

véritablement éprouvées, jamais altérées ni déguisées, tout au

contraire exprimées avec leurs nuances et leurs ondulations fugitives,

en un mot telles qu'elles sont, c'est-à-dire _en train de se faire et

de se défaire_, non pas toutes faites, immobiles et fixes, comme

l'ancien style les représentait. En cela consiste la grande révolution

du style moderne. L'esprit, dépassant les règles connues de la

rhétorique et de l'éloquence, pénètre dans la psychologie profonde, et

n'emploie plus les mots que pour chiffrer les émotions.

[Note 238: Tome II, page 17, _Pitt's Speeches_.]

[Note 239: Discours de Pitt, 17 février 1800.]

[Note 240: _Life of William Pitt_, by Macaulay.]

[Note 241: _Misdemeanours._]

[Note 242: _Felons._ Ces termes légaux n'ont pas d'équivalent en

français.]

[Note 243: The feelings of a man when he arrives at the place of

execution are, probably, much as mine were every time I set my foot in

the office, which was every day for more than a half year together.]

[Note 244: In this situation such a fit of passion has sometimes

seized me, when alone in my chambers, that I have cried out aloud, and

cursed the hour of my birth; lifting up my eyes to heaven not as a

suppliant, but in the hellish spirit of rancorous reproach and

blasphemy against my Maker.]

[Note 245: My mind has always a melancholy cast, and is like some

pools I have seen, which, though filled with a black and putrid water,

will nevertheless in a bright day reflect the sunbeams from their

surface.]

[Note 246: Indeed I wonder that a sportive thought should ever

knock at the door of my intellects, and still more that it should gain

admittance. It is as if harlequin should intrude himself into the

gloomy chamber, where a corpse is deposited in state. His antic

gesticulations would be unseasonable at any rate, but more specially

so, if they should distort the features of the mournful attendants

into laughter. But the mind long wearied with the sameness of a dull,

dreary prospect, will gladly fix his eyes on any thing that may make a

little variety in its contemplations though it were but a kitten

playing with her tail.]

[Note 247: My device was intended to represent... the heart of a

Christian, mourning and yet rejoicing, pierced with thorns, yet

wreathed about with roses. I have the thorn without the rose. My brier

is a wintry one, the flowers are withered, but the thorn remains.]

[Note 248:

He comes, the herald of a noisy world,

With spattered boots, strapped waist, and frozen locks,

News from all nations lumbering at his back.

True to his charge, the close-packed load behind,

Yet careless what he brings, his one concern

Is to conduct it to the destined inn,

And, having dropped the expected bag, pass on.

He whistles as he goes, light-hearted wretch!

Cold and yet cheerful: messenger of grief

Perhaps to thousands, and of joy to some.]

[Note 249:

Now stir the fire, and close the shutters fast,

Let fall the curtains, wheel the sofa round,

And while the bubbling and loud-hissing urn

Throws up a steamy column, and the cups,

That cheer but not inebriate, wait on each,

So let us welcome peaceful evening in.]

[Note 250:

Is India free? And does she wear her plumed

And jewelled turban with a smile of peace?

Or do we grind her still?]

[Note 251: À cet égard, Crabbe est aussi un des maîtres et des

rénovateurs; mais il a le style classique, et on l'a fort bien appelé

«a Pope in worsted stockings.»]

[Note 252:

Here Ouse slow winding through a level plain

Of spacious meads, with cattle sprinkled o'er,

Conducts the eye along his sinuous course

Delighted.]

Histoire de la Littérature Anglaise (Volume 4 de 5) · 第 39 / 62 题