Parlant des soyes de la France, il sera représenté les belles

estoffes qui s'en fabriquent, et mesmes enrichies de l'or et argent

façon de Milan faict dans Paris[287], et les ouvriers qui font

lesdites estoffes sont aucuns d'iceux François et la pluspart enfans

de ceste ville. Ce qui monstre que ce royaume a esté grandement abusé

en toutes sortes de manufactures estrangères, attendu qu'il n'y a

sorte d'estoffe au monde, difficille qu'elle soit, que les dits

ouvriers françois ne facent en perfection.

[Note 287: V. notre t. 3, p. 112-113.]

IX.

Or est-il que depuis que Sa Majesté a veu le nombre et quantité des

belles soyes qui se sont faictes ceste année à luy présentées de

plusieurs eslections, et après en avoir veu les estoffes qui en sont

provenues, il en a esté fort satisfait, et ayant gousté ceste belle

et notable entreprise, se sont presentez des hommes cappables, et

de jugement, qui font réussir la fabrication des dites estoffes,

qui redondera par tout ce royaume, nonobstant les calomnies de

ceux qui n'ont l'entendement ny le courage de telles entreprises.

Et faut croire que toute la France aura une obligation perpetuelle

aux entrepreneurs et autres grands et notables personnages qui y

travaillent continuellement que sa dite Majesté y a commis.

X.

Ceste entreprise à Paris monstre le chemin sur ce qui se poura

dresser des magasins de toutes sortes de marchandises aux meilleures

villes des Provinces[288], ainsi que font tous les pays qui

fabriquent grand nombre d'estoffes, lesquels magasins se maintiennent

en richesses, attendu qu'ils ne prestent jamais, ains ce font les

marchans qui acheptent dans les dits magasins, qui font crédit aux

autres marchands forains, lesquels sont subjects aux naufrages de

banqueroutte, et non iceux magazins. C'est pourquoy leur fondz et

proffict est infaillible. Ce qui servira pour donner advis à ceux qui

voudront faire telles entreprises pour faire proffiter leur argent,

attendu qu'il sera en plus de seureté que non poinct les bailler aux

changes et rechanges damnables et autres usures contre Dieu et ses

lois.

[Note 288: A Lyon et à Tours, cette industrie étoit déjà

en pleine prospérité. Vers 1582, Catherine de Médicis

avoit voulu aussi en doter la ville d'Orléans, sa cité la

plus chère, «à laquelle, comme elle écrit de Fontainebleau

aux eschevins, le 4 août 1582, elle avoit toujours eu à

coeur de procurer en tout ce qu'elle a peu la décoration,

accroissement et enrichissement; depuis, ajoute-t-elle,

qu'il a pleu aux roys messieurs mes enfants m'en delaisser

la possession et jouissance»; mais les guerres de religion

mirent tout à néant. En 1585, la manufacture, déjà _bien

établie_, dut cesser son travail. «Ce qui accrut le mal,

selon Laffémas, ce fut la jalousie et les actes haineux

et coupables d'aucuns envieux estrangers ou revendeurs de

leurs dits draps de soie.» (_Lettres et exemples de la

feue royne mère_, Archives curieuses, 1re série, t. 9,

p. 123-136.) Laffémas ajoute que ces envieux «allèrent

jusqu'à jeter, d'animosité, en sa chaudière de teinture,

un pot de résine ou de poix, et gâtèrent toutes les soies,

ainsi qu'apert par les procédures sur ce faites, de sorte

qu'enfin les pauvres ouvriers furent contraints tout

quitter.» Ces ouvriers avoient été attirés de Flandre,

et ils avoient reçu des échevins Orléanois un excellent

accueil.]

XI.

Sur ce qu'il est traicté d'establir des bureaux publicqs et magazins

pour le traffic et negoce, sera faict une comparaison de sa police

à une ville, maison ou édifice ruiné qui se doibt rebastir jusques

aux fondements. Ainsi est-il de la police des marchands, arts et

mestiers, n'y voyant qu'abuz et tromperies aux marchandises, ne

les faisant bonnes ny loyalles, et les ouvrages et manufactures au

semblable. C'est pourquoy Messieurs les commissaires redressent les

reiglemens et polices avec tel ordre et douceur que le public en

sera soulagé, puis que Dieu par sa grâce a donné sa saincte paix,

par laquelle se remettra tout ledict commerce et negoce au bien et

soullagement du peuple et de l'Estat.

_Conspiration faite en Picardie, sous fausses et meschantes calomnies

contre l'edict de pacification._

M.D.LXXVI[289]. In-8.

[Note 289: Au mois de mai de cette année-là, la paix

s'étant faite entre le nouveau roi Henri III et les

huguenots, un édit de pacification, très favorable à

ceux-ci, avoit été rendu à Paris. Le prince de Condé, l'un

des chefs du parti calviniste, avoit obtenu, entre autres

avantages, le droit d'occuper Péronne, ce qui privoit

de son gouvernement M. d'Humières, déjà fort attaché à

la maison de Lorraine. Le due de Guise profita de cette

nouvelle cause de mécontentement pour envoyer au gouverneur

dépossédé la copie du _traité d'union_, qu'il avoit depuis

long-temps élaboré, et dans lequel se trouvoient jetées

les premières bases de la _Sainte-Ligue_. Il le prioit

d'y souscrire. M. d'Humières n'eut garde d'y manquer. Sa

signature entraîna celle de la plupart des gentilshommes

de la noblesse picarde. On en fit grand bruit dans le

parti du roi, car l'on crut voir dans cette adhésion une

sorte de révolte contre la volonté royale, dont l'édit

étoit l'expression. C'est alors que fut lancée, comme

justification et en même temps comme manifeste, la pièce

que nous reproduisons ici. Elle est la première qu'il

faille placer dans les archives de la Ligue. Elle précède

en effet l'acte d'_association faite entre les princes_,

_seigneurs_, _gentilshommes et autres_, _tant de l'état

ecclésiastique que de la noblesse et tiers etat_, _et

habitans du païs de Picardie_, acte signé à Péronne par

plus de deux cents gentilshommes, et qui fut la véritable

charte de l'Union. Maimbourg l'a donné à la fin de son

_Histoire de la Ligue_, 1683, in-4, p. 129; mais, comme

nous le montrerons plus loin, il semble avoir eu aussi

connaissance de ce premier manifeste. Dès lors, les progrès

de la Sainte-Union ne s'arrêtèrent plus. Du Midi, où

depuis 1550 on lui recrutoit des adhérents pour un premier

_formulaire_ conservé dans les _manuscrits de Béthune_,

nº 8823, elle s'étendit par toute la France. La nouvelle

charte, copiée sur parchemin, fut portée de maison en

maison et couverte de signatures. (Ruby, _Hist. de Lyon_,

liv. 3, ch. 64.) Ce fut à qui mettroit le ruban noir sur

son habit (L'Estoille, 6 juin 1591) et la croix blanche à

son chapeau. (Ruffi, _Hist. de Marseille_, liv. 7, ch. 2.)]

Les prelats, seigneurs, gentilshommes, capitaines, soldats, habitans

des villes et plat pays de Picardie, n'estimans estre besoin de

representer les preuves de leur très humble fidélité, servitude et

obeissance, dont leurs grands, anciens et recommandables services

ont rendu tant de suffisans et certains tesmoignages, que l'on n'en

peut aucunement douter, supplient tous les bons sujets du roy de

croire (comme la verité est) que le seul zèle et entière devotion

qu'ils ont à l'honneur de Dieu, service de Sa Majesté, repos public

et conservation de leur vie, biens et fortunes, et celles de leurs

femmes et enfans, avec la prevoyance de leur inevitable malheur et

ruine (s'il n'y estoit proprement pourveu), les a non seulement

induits et poussez, mais davantage necessitez, à la resolution

qu'ils ont esté contraints de prendre, laquelle ne tend à aucun

changement ou innovation de l'ancienne et première institution et

establissement de ce royaume, et pourtant ne peut estre notée et

sugillée d'aucune mauvaise façon, soupçon ou defiance, ains sera

tousjours cognu et demonstré par les effects que leurs conseils et

intentions ne regardent que la seule manutention et entretenement du

service de Dieu, de l'obeissance du roy et la seureté de son Estat.

Et voyant bien, par ce qui s'est passé jusques ici, que les ennemis

n'ont et n'eurent onques autre but, sinon d'establir leurs erreurs et

heresies en ce royaume, de tout temps très chrestien et catholique,

aneantir la religion ancienne, exterminer ceux qui en font inviolable

profession, miner peu à peu la puissance et auctorité du roy,

changer en tout et partout son estat, y introduire autre et nouvelle

forme, eux n'ont peu moins faire, pour le devoir de leur honneur et

conscience, que d'obvier, par commun accord et saincte union[290],

aux sinistres desseins des rebelles, conjurez ennemis de Dieu, des

majestés et de la couronne.

[Note 290: Voici bien déjà la Ligue toute créée et

baptisée.]

Mesme que pour le regard du faict particulier qui se presente, ils

ont esté bien advertis et informez par les gentilshommes et soldats

qui ont accompagné le prince de Condé, que si tost que la ville de

Peronne seroit saisie et emparée de ses troupes, le dessein estoit

d'y dresser le magasin des deniers et amas de ceux de la nouvelle

opinion.

Que de là l'on proposoit envoyer et elancer les ministres par toutes

les villes du gouvernement, despescher les mandemens et ordonnances,

en cas du moindre refus proceder par arrests, emprisonnement des

catholiques, saisies et degats de leurs biens, et toutes autres

rigueurs que ledict sieur prince cognoistroit la promotion et

avancement de sa cause le requerir.

De l'execution duquel dessein ne pouvans attendre que la totale

ruine de la province et conséquemment de la capitale ville de

Paris, le plus certain et ordinaire refuge du roy, et consideré

qu'avec l'interest de Sa Majesté et du public leur subsistance y

est très estroitement conjointe et que l'on peut dire Sa Majesté

et ses bons sujets courre inseparablement une mesme fortune, outre

ce qui est du zèle de l'honneur de Dieu, qui doit estre bien avant

engravé et imprimé en nos coeurs: pour ces raisons très justes et

plus que necessaires occasions, les susdicts prelats, seigneurs,

gentilshommes, bons habitans, tous confrères et associez en la

presente très chrestienne union, se sont resolu (après avoir

preallablement appelle l'aide de Dieu, avec l'inspiration de son

Saint-Esprit, par la communion et participation de son precieux

corps) d'employer leurs biens et vies jusques à la dernière goute

de leur sang, pour la conservation de ladite ville et de toute la

province, en l'obeissance du roy et en l'observation de l'Eglise

catholique, apostolique et romaine[291].

[Note 291: Dans cette résolution de la noblesse picarde

nous retrouvons les instigations de M. d'Humières, jaloux

de conserver le gouvernement que l'_édit de pacification_

faisoit passer au prince de Condé. «Il fit si bien, dit

Maimbourg, p. 26, par le grand crédit qu'il s'étoit acquis

dans toute la province, que, comme d'ailleurs les Picards

ont toujours été fort zelez pour l'ancienne religion,

il obligea presque toutes les villes et la noblesse de

Picardie à declarer hautement qu'on ne vouloit point du

prince de Condé, parceque, disoit-on dans le manifeste

que l'on publia pour justifier ce refus, on sçavoit de

toute certitude que ce prince avoit résolu d'abolir la foy

catholique et d'établir universellement le calvinisme dans

la Picardie. En effet, on ne voulut jamais le recevoir ni

dans Péronne, ni dans le reste du gouvernement; et pour

se maintenir contre tous ceux qui voudroient entreprendre

de faire observer par force cet article de paix, qu'on ne

vouloit pas accepter, les Picards furent les premiers à

recevoir d'un commun accord et à publier dans Péronne le

traité de la Ligue en douze articles, où les plus sages

mesme d'entre les catholiques, après l'illustre Christophe

de Thou, remarquèrent beaucoup de choses qui choquoient

directement les plus saintes loix divines et humaines.»]

Pour cest effect supplient Sa Majesté, avec toute l'humble reverence,

respect et humilité qu'ils doyvent, que son bon plaisir soit de se

ramentevoir avec quelle fidelité et devotion la noblesse de Picardie

et citoyens de Peronne luy ont conservé et à ses predecesseurs icelle

ville qui est frontière, tant contre les sieges et entreprises des

ennemis estrangers, que des embuches et conspirations domestiques.

Tellement que pour marque et recognoissance de cette ancienne et

incorruptible fidelité, les feus roys et Sa Majesté à present regnant

ont honoré les habitans de plusieurs grands et speciaux priviléges,

entre lesquels leur est ottroyé qu'ils ne peuvent estre distraits ny

desmembrez de la couronne.

C'est donc en substance qu'ils desirent demeurer très humbles, très

obeissans serviteurs et sujets du roy zelateur de l'ancienne et

vraye religion: en laquelle eux et leurs majeurs, depuis le règne de

Clovis[292], ont esté baptisez, nourris et enseignez, et pour ces

deux occasions protestent ne vouloir non plus espargner leurs vies

à l'avenir, comme nostre Sauveur très liberalement s'est offert à

exposer la sienne pour nostre redemption, nous conviant et appelant à

l'imitation de son exemple.

[Note 292: Dans l'acte signé le 10 février 1577, cette

époque de Clovis est aussi rappelée. Les associés jurent

de défendre la religion, «_de remettre les provinces aux

mêmes droits et franchises et liberté qu'elles avoient

au temps de Clovis_.» (Coll. Petitot, 2e série, t. 1, p.

66.) C'est une chose à remarquer que les ligueurs, dans

leurs actes solennels, affectoient toujours de parler des

dynasties mérovingienne et carlovingienne, et jamais de

celle de Hugues-Capet. Il étoit, en effet, dans les idées

des Guise de faire passer celle-ci pour usurpatrice et de

préparer ainsi l'avénement au trône de leur propre famille,

qu'ils donnoient pour la descendante directe de Charles

de Lorraine, dernier héritier de Charlemagne. Partout ils

faisoient répéter ce qui se trouvoit en substance dans

le _Discours_ qu'avoit prononcé l'avocat David, l'année

précédente, à la petite assemblée des quarteniers tenue

dans le Parloir aux Bourgeois: «Combien que la race

des Capet ait succédé à l'administration temporelle du

royaume de Charlemagne, elle n'a point toutefois succédé

à la bénédiction apostolique affectée à la postérité de

Charlemagne tant seulement, mais au contraire, en usurpant

la couronne par outrecuidance téméraire, elle avoit acquis

sur soi et sur les siens une malédiction perpétuelle... Au

contraire, les rejetons de Charlemagne sont verdoyants,

aimant la vertu, pleins de vigueur en esprit et en corps;

ils rentreroient dans l'ancien héritage du royaume avec le

gré, consentement et eslection de tout le peuple.» C'est

assez clair. Voici qui l'est davantage encore: «On fera

punition exemplaire du frère du roy, et finalement, par

l'advis et permission de Sa Sainteté, on enfermera le roy

et la reine dedans un monastère..., et, par ce moyen, M.

de Guise réunira l'héritage temporel de la couronne à la

bénédiction apostolique qu'il possède pour tout le reste

de la succession de Charles-le-Grand.» Tels étoient les

desseins, d'abord clandestins, puis bientôt hautement

déclarés, de la Ligue.]

C'est qu'ils somment et interpellent les bons sujets du roy de

continuer et perseverer en ceste mesme recognoissance de l'honneur de

Dieu et du service de Sa Majesté, sans ceder pour peu que soit aux

vents, orages et tempestes de rebellion et desobeissance, et encore

moins s'estonner des empeschemens et traverses que les ministres de

Satan donnent journellement à la liberté de la saincte catholique

religion, à l'authorité du roy et au repos de la France.

Pour lesquelles choses remettre et restablir en leur dict premier

estat, splendeur et dignité, et rompre toutes les pratiques qui se

bastissent à leur ruine, ils croyent leurs biens ne pouvoir estre

mieux employez ny leur sang plus justement et sainctement respandu;

et estant en ceste ferme deliberation, à laquelle l'evident

péril de cest estat les a finalement attirez, ils s'asseurent,

outre les graces et faveurs qu'ils esperent recevoir de Dieu,

suyvant ses infaillibles promesses et la profession du roy leur

souverain seigneur, d'estre assistez, soustenus, aidez et confortez

universellement par toutes les provinces, prelats, seigneurs de ce

royaume, d'autant que la mort des Majestez et de Monsieur fils et

frère de roy, l'aneantissement de la saincte religion, la ruine du

peuple françois estant conjurée, monopollée et designée par les

rebelles, et le royaume par eux exposé en proye à tous les barbares

du monde, il est desormais plus que temps d'empescher et destourner

leur finesse et conspiration par une saincte et chrestienne union,

parfaicte intelligence et correspondance de tous les fidèles, loyaux

et bons sujets du roy, qui est aujourd'huy le vray et seul moyen

que Dieu nous a reservé entre nos mains pour restaurer son sainct

service, et l'obeissance de Sa Majesté, pour la manutention de

laquelle nous ne pouvons que bien prodiguer nos vies et acquerir une

mort très glorieuse et asseuré repos à jamais.

_Fin._

_La Nouvelle defaitte des Croquans en Quercy, par Monsieur le

mareschal de Themines._

_A Paris, chez Jean de Bordeaux, rue Daufine, au bout du pont Neuf, à

la fleur de Lys[293]._

In-8.

[Note 293: Cette pièce est indiquée dans le _Catalogne

de la Bibliothèque Impériale_ (_Hist. de France_, t. 1,

p. 547, nº 1232). Sauf quelques variantes, et surtout

quelques amplifications de récit, elle n'est guère autre

chose qu'une reproduction de ce qui se lit, sur cette

même échauffourée, dans le _Mercure françois_, t. 10,

p. 473-478. De ci de là se trouvent pourtant quelques

détails nouveaux. Nous les noterons au passage. Cette

tentative des _croquants_ est la moins connue de celles

qu'ils hasardèrent; il n'en est parlé que dans cette

pièce et dans le _Mercure_. Leur entreprise du mois de

juin 1594 avoit été plus sérieuse et avoit eu plus de

retentissement. C'est alors que ces Jacques de la fin du

XVIe siècle avoient pris le nom qu'on leur donne ici, et

qu'ils gardèrent. L'Estoille, à la date que nous venons de

donner, parle de cette _Ligue des crocans_, «qui, dit-il,

fust presque aussitost dissipée qu'eslevée, comme les

vieilles Jacqueries de Beauvoisis et autres semblables,

sans teste et sans chef. Ils en vouloient surtout aux

gouverneurs et aux tresoriers, qui estoient cause que le

roy dit, jurant son ventre-saint-Gris et gossant à sa

manière accoustumée, que, s'il n'eust point esté ce qu'il

estoit, et qu'il eust eu un peu plus de loisir, qu'il

se fust faict volontiers crocan.» (L'Estoille, coll.

Michaud, t. 2, p. 239.) Palma-Cayet parle aussi de ce

grand _remuement_ qui eut lieu dans les pays de Limousin,

Périgord, Agenois, Quercy (coll. Petitot, 1re série, t.

42, p. 222): «Du commencement, dit-il, on appela ce peuple

mutiné les _tard-avisez_, parceque l'on disoit qu'ils

s'advisoient trop tard de prendre les armes, veu que chacun

n'aspiroit plus qu'à la paix, et ce peuple appeloit la

noblesse _croquans_, disant qu'ils ne demandoient qu'à

croquer le peuple; mais la noblesse tourna ce sobriquet

de _croquant_ sur le peuple mutiné, à qui le nom de

_croquant_ demeura.» Le P. Daniel admet cette étymologie

(_Hist. de France_, règne de Henri IV, t. 3, p. 1648). Le

_Dictionnaire_ de Trévoux pense, au contraire, que le nom

de ces révoltés vient du _croc_ dont ils s'étoient fait une

arme. Le plus probable, c'est qu'on les nomma ainsi à cause

d'une paroisse, non pas du Limousin, mais de la Marche

(arrondissement d'Aubusson), appelée Crocq, et qui auroit

été le point de départ du premier mouvement. En mai 1637,

ils s'agitèrent du côté de Bergerac, mais le duc de La

Valette les anéantit. On peut lire à ce sujet: _La prise de

la ville de Bergerac et entière dissipation des croquants

par le duc de La Valette_, 1637, in-8. Le mot _croquant_

resta pour désigner un paysan. V. La Fontaine, fable _la

Colombe et la Fourmi_.]

* * * * *

_La Defaicte des Croquans en Quercy, le vij juin 1624, par Monsieur

le mareschal de Themines._

Le Roy ayant estably une eslection au pays du haut et bas Quercy,

qui auparavant procedoient à l'assiette des tailles et département

d'icelles sur les parroisses de la dite province par assemblée

des Estats et aussi pour tout ce qui concernoit les affaires dudit

païs particulierement, quelques esprits de discorde, ennemis du

repos public, firent passer secrettement des avis de paroisse en

paroisse, figurant au pauvre peuple des chimères en l'air, disant

que le clergé, la noblesse et tiers estat leur tiendroient la main

si l'on vouloit prendre les armes et s'assembler pour abolir ceste

eslection, qu'on leur representoit estre la ruine du pays [comme si

c'estoit à ceste canaille de se devoir opposer aux volontez de Sa

Majesté, qui pour éviter tant de foulle qui se fait à l'imposition

des taxes desdites assemblées, et ce qui s'en ensuit, par l'advis de

son conseil, et pour soulager son pauvre peuple de la dite province,

qui a par cy devant receu assez d'incommoditez durant les derniers

troubles de la rebellion, avoit doncques creé et estably cette

eslection[294]].

[Note 294: Tout ce paragraphe manque dans le _Mercure

françois_.]

Variétés Historiques et Littéraires (07/10) Recueil de pièces volantes rares et curieuses en prose et en vers · 第 18 / 21 段