[Note 253: Tous ces détails semblent avoir été pris

textuellement dans une pièce publiée quelques années avant

celle-ci: _Le reveil du chat qui dort, par la cognoissance

de la perte du pucellage de la pluspart des chambrières

de Paris; avec le moyen, de le raccoutrer, suivant le

rapport des plus signalées matrones, tant béarnoises

que françoises, appelées à cet effet; avec les noms des

ustencilles par elles trouvées dans leurs bas guichets;

mis en lumière en faveur des bons compagnons à marier_. _A

Paris, jouxte la copie imprimée par Pierre Le Roux_, M.

DC. XVI, in-8. Le passage si curieusement technique qu'on

a repris ici se trouve après ces mots: «Voyons maintenant

la deposition des Parisiennes qui font leur rapport d'une

qui estoit deflorée: «Nous Marie Teste, Jane de Meaux, Jane

de la Guignans et Magdelaine la Lippue, matrones jurées de

la ville de Paris, certifions à tous qu'il appartiendra

que, le quatorzième jour de juin dernier, par ordonnance

de ladicte ville, nous sommes transportées en la rue de

Frepault, où pend pour enseigne la _pantoufle_, où nous

avons veue et visitée Henriette Pelicière, jeune fille

aagée de dix-huit ans ou environ, sur la plaincte par elle

faicte à justice contre Simon le Bragard, duquel elle dict

avoir esté forcée et deflorée, et le tout veu et visité au

doigt et à l'oeil, nous trouvons, etc.» Le reste est comme

ici.]

--Voylà comme en font les capitaines de deux liarts, dit une femme de

medecin; tout nostre trafic n'est attaché qu'à ces cures; quand ils

sont dans une maison, ils croyent qu'ils ont permission de faire tout

ce qu'ils voudront.»

La niepce du docteur Rabelais aloit dire son mot; mais on

vint advertir l'assemblée qu'il y avoit une grande rumeur en

l'Hostel-de-Ville; aussi tost les femmes sortirent de leur

congrégation pour participer au conseil qui se tenoit en la ville.

Cela fust cause que je ne peus escrire davantage de leurs babils.

_Discours de la fuyte des impositeurs italiens et des regretz

qu'ilz font de quicter la France, et de leur route vers les pays de

Barbarie._

_A Paris, pour Jacques Gregoire, imprimeur._

M.D.LXXXIX. In-8[254].

[Note 254: Cette pièce est dirigée, comme son titre le

donne à entendre, contre les intrigants d'Italie qui

étoient venus à la suite des Médicis, et qui infestoient

la cour et la ville. On y apprend, au sujet de leurs

manoeuvres, notamment contre les revenus de l'Hôtel-Dieu de

Paris, des choses qui ne se trouvent point ailleurs.]

Les sectaires mahometans ne se montrèrent jamais en si grand'

contumelie ny outrage contre la nation des chrestiens, ny si

temeraires, que se sont monstrez parmy la France en plusieurs

malignes actes ces barbares Italiens: car, combien qu'en plusieurs

raisons ayent essayé par quelques alleguations fardées tascher à

se pouvoir esgaler aux Romains, qui de tout temps se sont montrez

preux, vaillans et magnanimes, ainsi que mesmement par les histoires

du temps jadis nous cognoissons par le lustre des antiques Romains,

lesquelz estoient si adextres[255] en leurs faictz que leurs

gestes demonstroient et signifioient pouvoir commander sur toutes

les nations du monde, que seulement par leur ombre et prudence

demonstroient estre invincibles, par ce qu'en leurs entreprinses

sçavoient juger jusques à la fin d'une cause à qui le droict pouvoit

appartenir de la cause qui leur estoit proposée, et se gouvernoient

en toute qualité et preeminence de justice, qui est la vraye force

de pouvoir dompter et vaincre en tout et par tout à qui en faict

l'exercice, tant aux grandz que aux petitz, que celuy qui mesme s'y

attend et s'y appuye ne luy reste en semblable qualité plus que

la force, qui est de Dieu, pour pouvoir vaincre et dompter seul

en son particulier celuy à qui elle defaut, sans attenter contre

l'autruy, que contre celuy qui lui faict temeraire poursuyte, ou qui

ne luy rend ce qu'il luy a usurpé à tort et sans cause, et se sçait

maintenir en telle action de grace que pour la deffense de sa maison

mesme, de tout temps agitée, n'attend autre force que celle de Dieu

mesme, qui est la cause que le delinquant est pour le jourd'huy en

route[256], et en la plus grande confusion ou jamais ilz se virent,

s'estans eux-mesmes mis la hart[257] au col, ne pouvans trainer

après eux un si pesant fardeau de rapines, larrecins et volleries;

dont pour le jourd'huy se trouvans prins au piége, fuyent de nuict

des lieux où ils s'estoient habituez; mais comme ayanz encore la

corde au col, ne pouvant trainer les maisons où ilz s'estoient

liez, d'où ilz ont ravy les tresors et richesses qui estoient en

icelles et en celles de leurs voisins, il s'en pourroit par aventure

bien recourre quelque chose; le malefice des dessusdictz Italiens

vient mal à propos pour le terme allegué des somptueux Romains et

de leur justice, à l'injustice de telle canaille: car les Romains

publient la justice aux humains, les Italiens vilains; les Romains

usent de droicture, Italiens de forfaicture; Romains sont de grand

renom, et les Italiens non; les Romains sont pleins de bombance,

Italiens prisent leur pance; les Romains sont vertueux, les Italiens

morveux; les Romains sont preux à l'espée, Italiens à la pipée; les

Romains font à chacun raison, Italiens de trahison; les Romains

sont magnanimes, Italiens font la mine; les Romains sont preux

et vaillans, Italiens malveillans; Romains ont conquis la toison

d'or, Italiens ont dérobé la mine d'or; les Romains constans en

toute saison, Italiens en toute poison[258]; les Romains ont acquis

victoire, Italiens perdent memoire; les Romains sont gens illustres,

Italiens de faux lustre; les Romains gardent equité, Italiens

l'iniquité; Romains amateurs de science, Italiens faux en conscience;

les Romains ont acquis loz immortel et louange de durée, l'Italie n'a

plus de durée.

[Note 255: Adroit. Il y avoit aussi le verbe _adextrer_. V.

Nicolas Pasquier, lettre 8, liv. 6.]

[Note 256: C'est-à-dire en déroute.]

[Note 257: Sur le mot _hart_, V. notre édition des _Caquets

de l'accouchée_, p. 172.]

[Note 258: _Poison_, comme on sait, étoit alors du féminin

(V. t. 4, p. 7). C'est d'Italie qu'on nous expédioit ces

substances dangereuses, avec la manière de s'en servir.

Bodin, dans son _Discours sur le rencherissement de toutes

choses_, dit avec raison que nous aurions bien pu nous

passer de faire de tels emprunts à l'Italie, en échange de

choses saines et profitables.]

Adieu France, adieu,

Qui estes le lieu

D'où iniquement

Avons prins la fuyte,

L'heure soit maudicte

De notre partement.

Les regretz que font ceste maudicte gent de quicter un si noble pays

en sont à la desesperade, car, combien qu'ilz en ayent emporté les

trésors, il leur fasche d'y laisser les maisons; et tout ainsi qu'ilz

ont traicté les François par leur injustice, Dieu les traicte par

sa justice. Car, de pleine arrivée qu'ilz entrèrent en France, le

moien qu'ilz conceurent en celuy pays pour se prevaloir, ce fut de

descouvrir les plus riches cuisines, et où gisoient les plus grandz

tresors, et faire tant par fas et par nefas que de s'y habituer, et

quelque chose qu'il y eust s'y faire tousjours les plus grands; non

obeyr, mais toujours commander; à l'appetit se renommer du Prince,

et par le tesmoignage de trois ou quatre pallefreniers atiltrez

pour ce faire, asseuroient qu'un gueux de leur pays estoit un grand

gentilhomme, lequel avoit esté destruict par fortune de gueule,

di-je de guerre; et mettoient en admiration si grande les faictz

et gestes de telz couards, que plusieurs croyans la vérité estre

telle qu'on leur rapportoit, estoient par aucuns subitement nommez

monsieur; lors, se sentans honorez si à coup de telz honneurs,

estoit par subite poursuyte enjoinct à leurs faux-tesmoings de venir

de fois à autre promptement leur dire qu'ilz vinssent incontinent

parler à la Royne, qui estoit un sujet envers le peuple de les

faire entrer en credit, car dès ceste heure là commencèrent à faire

de cent solz quatre livres, et de quatre livres rien, envers ceux

qui leur prestoient de leur bien, et eux ne se soucians point des

plainctifs et remonstrances qu'on faisoit, s'ingerèrent contrefaisans

les habiles à pindariser[259], sur tous les estatz et mestiers

de la France, comme par manière de soubresault, intentionner le

Roy et les Princes à la manutention et correction des abus qui se

pouvoient commettre en iceux, comme s'estimans gens plus capables et

cognoissans à telles faciendes[260] et subtilitez y prevenir les plus

habiles, plus capables et de meilleur esprit que les plus vaillans

qui s'y peussent rencontrer, s'estimant supportéz du Prince, devant

lequel on n'eust osé dire du contraire, combien qu'à chaque fois ilz

s'y trouvoient vaincuz: et pour autant que telles entreprinses ne se

faisoient par eux que pour descouvrir la source du traffic, procedant

du debit, se tailloient un revenu prins sur iceux, pour autant

qu'estans sortis et chassez de leur pays comme gens bandoliers[261]

et abandonnez à tous vices, et venuz en la France comme belistres,

pour se monstrer capables de respect plus qu'autres nations, pour

cause du grand support dont ilz estoient, appuyez par la benevolence

et bien-vueillance que la Royne mère leur portoit, donnoient à

entendre que sur le traffic de toutes sortes de marchandises il se

pouvoit lever certains deniers sans interesser les opposans qui se

pourroient complaindre, et pour mettre leur larrecin en evidence

sans pouvoir descouvrir leur felonnie et cautelle, accostoient un

banquier de Venise[262], lequel faisoit offre de grand somme de

deniers au Roy, à ce qu'il luy pleut luy octroier certain denier

sur cent de quelle marchandise que ce fust au poix pesant, ou tant

sur livre, lequel poix semblant de petite valeur, leur estoit

soudainement octroyé, et remonstrant aussi le dict suppliant, lequel

avoit sa part du butin, que c'estoit pour l'entretement d'iceux

belistres destruictz par fortune de gueule, di-je de guerre, pour la

vie et le vestement, lesquelz par ce moyen du petit venant au plus

grand, de serviteurs sont devenuz grands maistres, et ont tellement

poursuivy telz imposts et enchères sur les dictes marchandises, que

pour maintenant il s'en lève un denier inestimable, au detriment de

plusieurs personnes.

[Note 259: C'est-à-dire _faire les beaux parleurs_ sur des

choses dont ils ne savoient pas le premier mot. On a cru

longtemps que ce mot étoit de Ronsard. Jacques Pelletier,

dans son _Art poétique_, lui en a même fait honneur, mais à

tort. Le mot est dans Rabelais, liv. 2, ch. 6: «Seigneur,

sans nulle doubte, ce gallant veut contrefaire la langue

des Parisiens; mais il ne fait que escorcher le latin, et

cuide ainsi _pindariser_.»

MM. Burgaud des Marets et Rathery, dans leur excellente

édition de _Rabelais_, t. 1, p. 254, sont les premiers

qui lui ont fait cette restitution. Au 17e siècle, ce mot

avoit vieilli. (Vigneul-Marville, _Mélanges d'hist. et de

littérature_, 1re édit., p. 102.) M. J. Chenier le rajeunit

avec esprit dans son épigramme contre La Harpe, qui, «dans

un écrit sur la langue révolutionnaire, avoit proscrit le

verbe _fanatiser_, et avoit posé, comme règle générale,

qu'aucun adjectif en _ique_ ne peut produire un verbe en

_iser_»:

Si par une muse électrique

L'auditeur est électrisé.

Votre muse paralytique

L'a bien souvent paralysé;

Mais quand il est tyrannisé,

Souvent il devient tyrannique:

Il siffle un auteur symétrique,

Il rit du vers symétrisé,

D'un éloge _pindarisé_

Et d'une ode anti-pindarique.

Vous avez trop dogmatisé:

Renoncez au ton dogmatique;

Mais restez toujours canonique,

Et vous serez canonisé.]

[Note 260: _Intrigues_, _cabales_. Le recteur Rose, dans sa

_harangue_, dit au duc de Mayenne: «Ces politiques ont des

dragons sur les champs qui prennent tous vos pacquets et

devinent par politique tous vos chiffres..., si bien qu'ils

sçavent toutes vos _faciendes_, et à Rome, et à Madrid,

et en Savoye, et en Allemagne...» (_Satire Menippée_,

édit. Charpentier, p. 106.) De ce mot étoit venu celui

de faciendaire, que Pasquier (_Recherches de la France_,

liv. 6, ch. 27) a employé au sujet du pape Pie II: «Homme

grand _faciendaire_, dit-il, ainsi qu'il l'avoit bien fait

paroître par ses déportements.»]

[Note 261: Mot que celui de bandit a remplacé depuis. V.

notre t. 6, p. 323, note.]

[Note 262: Quoiqu'on eût mis des entraves à l'établissement

des banquiers italiens à Paris, ils s'y étoient bientôt

trouvés en grand nombre. Ils avoient payé la pension de

15,000 écus sols qu'on exigeoit d'eux au préalable, d'après

l'ordonnance de Saint-Germain-en-Laye de 1561, et ainsi

autorisés ils s'étoient mis en mesure de la reprendre

par fractions sur ceux qui vouloient bien se faire leurs

clients. Pendant la régence de Marie de Médicis, le

nombre des banques italiennes augmenta encore à Paris. V.

notre édition des _Caquets_, p. 40, note, et notre t. 6,

p. 279-280, note. Toutes les grosses affaires de France

étoient aux mains de ces hommes d'argent, «sortis du fin

fond de la Lombardie», comme il est dit dans une pièce de

notre t. 3, p. 174. Cette pièce, qui roule toute sur les

malversations des gens de finance à cette époque, Lombards

ou autres, a pour titre: _La rencontre merveilleuse de

Piedaigrette avec maistre Guillaume_, etc. Le nom de

l'auteur nous avoit échappé. Notre ami Ch. d'Héricault

nous a fait remarquer qu'il se trouve en acrostiche dans

les vers qui terminent la pièce. Toutes les initiales

réunies forment NOEL MAURAISIN.--Pour en finir avec

ces banquiers d'Italie, nous nommerons encore l'un des

plus célèbres, Lumagna, qui a déjà été cité au passage

dans une pièce de notre t. 2, p. 99. Mademoiselle de

Polaillon, veuve de notre résident à Raguse et fondatrice

de l'institut des filles de la Providence, au faubourg

Saint-Victor, en 1630 (Tallem., in-12, t. 10, p. 114-116),

étoit de cette famille, sur laquelle on trouvera de très

intéressants détails dans les _Oeuvres posthumes de

Grosley_, _Biographie des Troyens célèbres_, à l'article

des _Colbert_, qui furent les correspondants des Lumagna.]

De première arrivée qu'ilz entrèrent en France, s'estant faict

recevoir en grace envers la Royne mère[263] qui ne leur manquoit

de rien, se ruèrent sur les plus grands tresors qui fussent en la

France, ou les deniers estoient tous comptéz, sçachant qu'ayant ceux

là incontinent auroient les autres, sans dissimulation, et qu'ayant

les chemins ouverts à leur volonté, fust pour entrer ou pour sortir

de la France, ilz ne pouvoient manquer de mettre en execution tous

leurs desseins, et emporter d'iceluy royaume tout ce qu'ilz avoient à

souhait d'enlever et d'avoir.

[Note 263: Catherine de Médicis.]

Dont à leur arrivée ayant descouvert la plus belle prinse qui

fust en la ville de Paris, estans conduicts par celuy banquier de

Venise qui faisoit les premières advances au Roy, appuyez de la

Royne mère, s'advancèrent d'usurper et ravir les trois parts du

revenu de l'hostel Dieu de Paris, sans exception de ce que le reste

pourroit devenir, comme disant: «Si pour ce coup nous n'en avons

assez nous prendrons le reste.» Et avec les registres changez et

le numero aussi, rechangèrent les dattes pour au temps advenir ne

s'appercevoir de leurs larrecins, sans avoir aucun soucy de la

vie ou de la mort des pauvres malades qui y surviennent tous les

jours, qui a faute d'estre traictez humainement, ceux qui pourroient

eschaper y demeurent et meurent, mais non pas des Italiens, car il

ne s'en trouve point de pauvres, sinon que de François qui ont esté

appauvris par le pillage fait par telz goulfarins, lesquels pauvres

François errans ça et là par le pays, deshabituez de leurs maisons

par l'execrable outrage commis par iceux, que souz un semblant se

prevaloir de telles calamitéz, ont esté si rudement traictez par

ceux qui les soustenoient, qu'il a fallu que plusieurs ayent quicté

la terre pour le cens. Or, Dieu ayant maintenant sceu l'insolente

poursuyte que telle maligne gent exerçoient contre ses serviteurs,

les a rendus esvanouys de sa lumière, s'enfuyans plus tost de nuict

que de jour, sont tellement eshontez de leurs larcins si manifestes

que rien plus, qui est la cause de leur fuyte et route, sans avoir

nulle discretion du lieu où ilz se doivent arrester, et sont pour le

jourd'huy en telle confusion, que ne se sentans seurement en leur

pays, se delibèrent se retirer en Turquie, qui est le lieu où leur

devotion est du tout adonnée, pour lesquelz ilz ont tant deceuz de

chrestiens, parce que le schisme qui y est apposé, et le scandale par

eux y advenu, dont le Roy, le peuple et les princes sont en telle

dissention, n'est du commencement jusques à la fin provenu de leur

malefice, dont pour se sauver passent les mers pour s'en venir ès sus

dictz lieux de Barbarie, pource que c'est un pays propre à desniaiser

et là où il y a bien à prendre, et sans rendre compte sourdement

desrober, tromper et decevoir les plus fins et habiles, et à faire

sauts et gambades.

Ilz ont par leur ruse et cautelle

Deceu l'ame de maint fidelle,

Pippé le Roy, trompé les princes

Et pillé toutes les provinces.

_Les ceremonies faites dans la nouvelle chapelle du chasteau de

Bissestre[264], suivant l'ordonnance de Monseigneur l'Archevesque

de Paris, à l'establissement de la pieté et charité du Roy, en la

Commenderie de Sainct-Louis, soubs la conduitte de Monseigneur

l'Eminentissime cardinal duc de Richelieu, pair de France, le jour et

feste de sainct Louis, le 25 aoust 1634._

_A Paris, chez Jean Brunet, ruë Neufve-Sainct-Louis, au Trois de

chifre[265]._

1634. In-8.

[Note 264: Ce château, bâti au XIIIe siècle, sur

l'emplacement de la _Grange aux Queux_, par Jean, évêque de

Wincester, dont le nom, altéré dans le langage parisien,

devint celui de _Vicestre_ ou _Bicestre_, étoit passé,

au siècle suivant, entre les mains du duc de Berry,

frère de Charles VI, qui en avoit fait don au chapitre

de Notre-Dame. Jusqu'en 1632, il ne changea plus de

propriétaire. C'est Louis XIII qui l'acheta alors. Il

tomboit en ruine, et il fallut le rebâtir tout entier.

«L'an 1632, lit-on dans le _Supplément des Antiquités de

Paris_ de Du Breuil, 1639, in-4, p. 87, ce château fut

entièrement rasé jusqu'aux fondements, et de la grande

place où il estoit on desseigna y faire un lieu pour y

loger et recevoir les soldats estropiez aux guerres pour le

service du Roy, et, dès lors, on commença la closture des

murailles, avec quatre pavillons aux quatre coings, où on

fit bastir une chapelle qui fut béniste par l'archevesque.»]

[Note 265: Sur cette enseigne, V. notre t. 6, p. 5, note.]

Il faut confesser avec verité que la France et tous ceux de la lignée

de ce grand et très pieux Roy sainct Louis ont des graces et des

faveurs du ciel qui ne sont communiquées à aucun empire du monde, et

des prérogatives par dessus tous les autres princes de la terre.

Si jamais nous avons remarqué les effets de la providence divine dans

la conduitte d'aucuns de nos Rois, il nous faut admirer ceux que nous

voyons journellement dans les heureux succez des justes entreprises

et affaires (puis que d'autres il n'entreprend) de notre monarque

françois Louis XIII.

C'est Louis le Juste, autant heritier de la piété et de la devotion

de ce grand Roy sainct Louis, que de son sceptre et de sa couronne,

puis que par ses bonnes vie et moeurs, nous voyons autant et plus de

prosperitez dans la France que soubs ce grand sainct son ayeul.

Ce pieux Roy (parangon de toute saincteté) estoit grandement zelateur

de la justice, et judicieux à mesnager de son espargne pour le

soulagement de son peuple. Ne voyons-nous pas aussi que nostre cher

Louis a un singulier soing de ses sujets, tel que celuy qu'un bon

père a de ses enfans?

Toutes les nations de la terre sçavent combien il a ruiné de mauvais

desseins pour asseurer la paix dans son Estat, et la tranquillité

parmy ses peuples.

Sainct Louis, voyant quantitez de desordres et de dissolutions

effrenés de vivres, sans religion, sans justice, sans police, et

sans aucune consideration des sujects, voulut (comme il fit), ayant

donné la paix à son peuple, y apporter un meilleur ordre, ce qui

luy succeda doucement et heureusement: aussi Dieu fortifioit de son

assistance ses sainctes inspirations.

Ne voyons-nous pas les mesmes procedures en ce genereux Roy Louis

XIII, lequel par ses indicibles travaux a terrassé l'heresie qui

troubloit son royaume, et (ainsi que son ayeul S. Louis) a restably

la religion en sa gloire et donné la plus parfaite paix qui aye

jamais esté souhaitée à son peuple, et que maintenant avec ses très

illustres ministres, vrais conservateurs de son Estat, que sa Majesté

n'a plus grande recommandation que d'establir un bon ordre dans son

royaume, d'y entretenir la vraye religion de ses pères, et faire

regner la justice pour la conservation de ses sujets?

Ainsi par la consideration de ses belles, genereuses et pieuses

actions, son peuple le doit justement appeler leur père, la noblesse

son prince, les lois leur gardien et tuteur, la France son Roy, son

eglise galicane son protecteur et deffenseur, et les pauvres l'autel

commun des affligez.

Entre toutes les vertus de sainct Louis, son historiographe rapporte

qu'il estoit fort judicieux à bien recognoistre et recompenser les

bons offices, et services qui luy estoient rendus avec affection et

fidelité.

Se peut-il trouver aucun qui ayant tant soy peu manifesté son

affection au service de nostre bon prince qui n'aye reçu de sa

Majesté toutes sortes de contentement, d'amour et de recompenses, et

voire mesme plus que jamais ils n'en eussent esperé, tant son bon et

royal naturel est porté à recognoistre par ses bienfaits ses bons et

fidèles serviteurs?

Se peut-il voir encore un plus grand amour de charité que celuy

que sa Majesté a de nouveau estably d'une commenderie fondée au

nom de son ayeul sainct Louis, au lieu et place du chasteau de

Bissestres[266], en laquelle, par l'ordre et conduitte de ce prudent

et très genereux cardinal duc de Richelieu, judicieux pilote de son

Estat, y doit estre admis pour estre nourris et entretenus tous les

pauvres soldats que le sort de la guerre a rendu infirmes, et hors de

pouvoir gaigner leurs vies[267]?

[Note 266: «L'an 1633, lit-on encore dans le _Supplément_

de Du Breul, p. 87, le Roy fit une déclaration par laquelle

il se déclaroit fondateur d'une commanderie qui se

commençoit avoir lieu sous le nom de Sainct-Louys, et dès

lors les allignements furent pris pour les bastiments, qui

doivent être en quarré...»]

[Note 267: La maison de la _Charité chrestienne_, fondée

par Nicolas Houel, rue de Lourcine, avec le patronage

royal de Henri III et de son successeur, avoit été le

premier asile qu'on eût ouvert aux soldats invalides.

V. notre t. 6, p. 64-65, note, et Isambert, _Anciennes

lois franç._, t. 14, p. 599; t. 15, p. 301. Pendant la

Fronde, Bicêtre leur servoit encore de refuge; mais une

partie des bâtiments, qui s'étoient construits à grand

peine et surtout lentement, car en 1639 ils étoient loin

d'être achevés, souffrirent beaucoup des troubles: ils

furent presque démolis. Les invalides, réfugiés dans ce

qui avoit été respecté, furent sollicités à la révolte

par les Frondeurs. Ils s'y seroient laissé entraîner

si, lit-on dans une _mazarinade_, l'influence factieuse

n'eût été heureusement combattue «par un ecclésiastique

de grande maison, qui, avec un autre ecclésiastique et un

maréchal de France, avoit été chargé de la conduite de

Bicêtre.» (_Remontrance au peuple par L. S. D. N. L. S.

C. E. T._, 1649, in-4.)--Jusqu'en 1656 les invalides y

restèrent. Cette année-là, par ordonnance royale en date

du 27 avril, les _enfants trouvés_ durent prendre leur

place, «en attendant, lit-on dans l'ordonnance, que les

pauvres fussent renfermez, à quoy les lieux et bastiments

de Bicestre ont été par nous affectez, revoquant, en tarit

que de besoin seroit, tous autres brevets et concessions

qui pourroient en avoir été obtenus en faveur des _pauvres

soldats estropiez_.» Quelque temps après, Bicestre

recevoit sa part des dix mille pauvres dont on avoit fait

raffle dans les rues de Paris. V. notre édit. du _Roman

bourgeois_, p. 311, note.]

Variétés Historiques et Littéraires (07/10) Recueil de pièces volantes rares et curieuses en prose et en vers · 第 15 / 21 段