Les orfrayes et les corbeaux

Tiendront le haut bout à vos tables;

Vous n'oirez point des chants plus beaux

Que leurs cris très espouvantables;

Dans ces contagieux festins,

Vous serez serviz de lutins,

De Mégère et de Tysiphone,

Qui, vous presantant du poison,

Vous feront dire avec raison:

«Jusqu'au bord pleine tasse on donne.»

Vostre dessert sera du fiel

Force pommes de colloquinte;

L'on vous presentera le miel

Qui se rencontre dans l'absinte,

Et, quoy que pour n'en goûter pas

Vous meditiez de grands combats,

Votre deffence sera vaine:

L'on a delibération

Non par commemoration

Que vous ferez ainsi la cène.

Là on viendra vous inviter

A faire compagnie à Baize

Qui disne du corps de Luther

Qu'on a fait rostir sur la braize;

Vous verrez l'infame Astarot

Traitter le confrère Marot

Avec une main meurtrière;

C'est là qu'il dit à ce boureau:

«Je suis fait semblable à un veau

Qui boult au fond d'une chaudière.»

Luy-mesme se ronge le coeur

Et fulmine contre ses crimes,

Et cet escervelé mocqueur

Pleure au plus profond des abismes.

Les seuls dont il oit les sermons

Sont les Furies, les Demons,

Qui luy livrent dix mille allarmes,

Et dans son chaleureux tourment

Il n'a de rafraîchissement

Que le seul torrent de ses larmes.

Et moy, malheureux apostat,

Qui ay fait passage a leurs vices,

L'on m'a reduit en un estat

Où je les surpasse en supplices;

Eux-mêmes me lancent des dars,

Et, tournant leurs affreux regars

Vers mon corps brulant et difforme,

Ils crient à perte de voix

Que c'est dans l'enfer où je dois

Faire une seconde réforme.

Je le voudrois, mais je ne puis;

La justice veut que je souffre

Les misères et les ennuis

Que vomit cet horrible gouffre,

Où je suis mort pour les plaisirs,

Où mes horreurs et mes desirs

Me tiennent toujours dans l'orage,

Où tout bute[223] à me désoler,

Où rien ne vient me consoler

Que le désespoir et la rage.

Mes yeux ardans et enfumez

N'aperçoivent que des potences

Des roües, des feux allumez,

Instruments de mes pénitences.

Les cyclopes de ces fourneaux

Ne mettent l'acier en carreaux[224]

Qu'afin d'en escraser ma teste;

Mon esprit s'abisme en des flots

Sur qui le vent de mes sanglots

Fait souslever une tempeste.

Les gesnes qu'on me fait sentir

Emplissent d'horreur ma caverne,

Mes desespoirs font retentir

Toutes les places de l'Alverne,

Les Mores, les Egyptiens,

Les Barbares, les Indiens,

Sont icy sains et sans divorce,

Car tous les maux rongent mes os

Et les demons dessus mon dos

Lassent leur colère et leur force.

Ces antres nourrissent des ours

Qui conspirent mes funerailles,

Et, pour les haster, les vautours

Viennent arracher mes entrailles.

J'envie une seconde mort;

Mais celuy qui regist mon sort

Avec le fer et la balance

Me fait vivre, et, tout irrité,

Il veut bien que l'éternité

Soit plus courte que ma souffrance.

O tourment! ô rage! ô fureur!

O parents qui me vistes naistre,

Que ne m'arrachiez-vous le coeur

Au moment que je receus l'estre.

Mère qui m'avez enfanté,

Vous m'eussiez alors exempté

Des malheurs sous qui je succombe

Si par le tranchant d'un cousteau

Vous m'eussiez tiré du berceau

Pour me porter dessous la tombe.

Que faisiez-vous dans les deserts,

Tygres, où cherchiez-vous des vivres,

Alors que mon esprit pervers

Diminuoit les sacrez livres?

Quand je voulus les effacer,

Et que je les osay placer

Au rang des choses apocriphes,

Vous deviez déchirer mon flanc;

Ce forfaict de mon propre sang

Devoit estre escrit par vos griffes.

Helas! si je pouvois trouver

La sortie de ce dedale

Où mon sort me fait repreuver

Tout ce que l'on feint de Tantale,

J'irois vous revoir, ô mortels!

Pour immoler sur vos autels

Mon coeur et mon visage blesme.

Ils brusleroient au lieu d'encens

Et de tout le cours de mes ans

Je ne ferois qu'un seul caresme.

Vous qui recevrez cet escrit

Cherchez desormais les saints temples,

Recognoissez y Jesus-Christ;

Servez à vos troupeaux d'exemples;

Embrassez la devotion;

Quittez vostre religion

Très mal fondée et mal acquise;

Qu'elle ne soit plus vostre but,

Puisqu'on ne trouve aucun salut

Separé du seing de l'Eglise.

[Note 222: _Viande_ alors, comme _victus_, dont il est le

dérivé, se prenoit pour toute espèce de vivres. V., pour

divers exemples, L. de Laborde, _Glossaire_, p. 541.]

[Note 223: _Buter_ dans le sens de _tendre à_. Quelquefois

on se servoit d'une autre expression dont celle-ci n'est

que l'abréviation:

Voilà bien _frappé en la butte_

Pour les faire tous tourmenter.

(_L'Apocalypse saint Jean Zébédée_, etc.

1541, in-fol. goth., feuillet X.)]

[Note 224: C'est-à-dire en _foudres_. Les _carreaux_

étoient de grosses flèches à fer carré qui se lançoient

avec l'arbalète. Les _carreaux_ du jeu de cartes viennent

de là; comme les _piques_, ils ont été empruntés aux

armes de la chevalerie. On leur a donné la couleur rouge,

parceque le trait qu'ils rappellent étoit souvent rougi

au feu avant d'être lancé. Le _vireton_ et le _matras_

étoient des projectiles d'une plus grande force encore que

les _carreaux_. V. _Etudes sur le passé et l'avenir de

l'artillerie_, par Louis-Napoléon Bonaparte, t. 1er, p. 18.]

_Discours de la Prinse du capitaine Chapeau et du capitaine la

Callande[225], de par Monsieur le Prevost de l'hostel, grand prevost

de France, ensemble l'execution qui en a esté faicte dans la ville

de Montargy, pour avoir lever des compagnies sans commission et pour

avoir voller et ransçonner les bourgs et villages tant de autour de

Montargy que du chasteau Renard[226] et Osouay[227], dont les testes

des capitaines ont esté apportées devant le chasteau du Louvre, à

Paris._

_A Paris, pour Laurens du Coudret, maistre imprimeur._

1586. In-8.

[Note 225: C'étoient deux des capitaines de ces troupes

ligueuses qui l'année précédente s'étoient emparées du

château de Montargis.]

[Note 226: Chef lieu de canton du département du Loiret,

arrondissement de Montargis; Anquetil en étoit prieur.

On montre encore la tour du château où il écrivit une

partie de son _Histoire de France_. (Boyard, _Statist. de

l'arrondiss. de Montargis_, p. 67.)]

[Note 227: Commune du même arrondissement, canton de

Lorris.]

La perfection de l'homme (sans laquelle il ne peut estre politique,

et moins apte pour se nommer membre du corps mystique de

Jesus-Christ) consiste en l'obeyssance deue à Dieu, et par consequent

à ceux lesquels il a establis sur nous, quels sont les prelats

et ministres de l'Eglise, les roys, princes et aultres par eux

deleguez pour la vengeance des malfaiteurs et asseurance de ceux qui

chemineront selon la loy. De sorte que ceux qui, ou de fait ou de

propos, contreviennent à ceste ordonnance, semblent d'autant indignes

du nom chrestien qu'ils se reculent de la trace de l'Escriture

saincte, et refusent suyvre celuy Jesus-Christ duquel ils se

denomment et glorifient, voire mesme se bandent contre Dieu, autheur

et protecteur de la dignité royale. Quand tu viendras en la terre que

le Seigneur ton Dieu te donne, et que tu possederas, et y demeureras

et diras: «Je mettray un roy sur moy comme toutes les nations qui

sont à l'entour de moy», lors tu constituras sur toi le roy que le

Seigneur ton Dieu eslira du nombre de tes frères. Quoy considerant,

l'homme chrestien rejettera tout pretexte et couleur que puissent

prendre les rebelles, puisque, suyvant la doctrine de l'apostre

sainct Pierre, les subjets se doivent en toute crainte soubmettre à

leurs maistres, non seulement bons et humains, mais aussi rigoureux.

Car cela est aggreable si quelqu'un, à cause de la conscience qu'il

a envers Dieu, endure fascherie, souffrant injustement: car ne

permet aucunement nostre Dieu se bander contre son maistre, ne le

vassal prendre les armes contre son roy. Qu'ainsy soit pour le vous

donner à entendre de deux capitaines: ne craignant Dieu, ne roy, ny

justice, se sont mis à lever des hommes sans permission ni commission

du roy (nostre très souverain seigneur et maistre), et pilloient,

ransçonnoient tous les pauvres laboureurs d'entour la ville de

Montargy, jusques à violer femmes et filles, et mesme jusque à battre

et tuer et meurdrir leurs hostes et hostesses.

Dont Dieu ne lessans les meschans impunis, et la sainte justice

en estant advertie, M. le prevost de l'hostel et grand prevost de

France, ayant entendu les plaintes et advertissement des pauvres

laboureurs des cruaultez et tirannies faites par Jehan Bellange, dict

capitaine Chapeau, et par Jehan du Dont, dict capitaine La Calande,

et les soldats de leurs suittes, les a fait prendre trois lieues près

Montargy, près Osouy, et furent amenez dans la ville de Montargy,

et condamnez par juste sentence de M. le prevost de l'autel, grand

prevost de France:

Que le capitaine Chapeau-Rouge et le capitaine La Calande seroient

rompus dans la halle, le lundy dix-septième jour de mars mil cinq

cens quatre vingts six, et leurs testes apportées devant le chasteau

du Louvre à Paris.

_Remonstrance._

Que pourront donc alleguer les rebelles, veu que les exactions que

les princes pourroient faire ne sont suffisantes causes d'esmouvoir

leurs sujets contr'eux? On peut faire des remontrances, requerir

des estats et rechercher autres voyes raisonnables, non lever les

armes, assassiner son prince; joinct que, quand on auroit regardé

toutes choses d'oeil sain et droict, on verroit que plusieurs causes

légitimes, voire comme necessitez urgentes, contraignent quelquefois

les rois requerir de leurs sujets aides et subsides plus que de

coustume, parquoy il faut que ceux qui se glorifient du nom de

chrestien, qu'ils regardent à prier Dieu pour leur roy, selon la

doctrine de sainct Paul.

_Sur l'enlevement des reliques de saint Fiacre, aportées de la ville

de Meaux pour la guerison du derrière du C. de R[228]._

[Note 228: Nous trouvons cette pièce dans le _Tableau de la

vie et du gouvernement de messieurs les cardinaux Richelieu

et Mazarin et de monsieur Colbert, representé en plusieurs

satyres et poésies ingenieuses_, etc. Cologne, P. Marteau,

1694, in-12, p. 29-33. Elle avoit été publiée séparément,

sous un titre moins atténué que celui qui se lit ici: _Sur

l'enlevement des reliques de saint Fiacre, pour la guerison

du cul de M. le cardinal de Richelieu_, 1643, in-8.]

Miracle, citoyens! celuy dont la fureur

Remplit toute l'Europe et de sang et d'horreur,

Met les grands à l'aumône et le peuple en chemise[229],

Profane les autels et ravage l'Eglise,

Bourrelé de l'excès de son ambition,

S'alambique l'esprit de la religion,

Recherche les saints lieux, reclame les reliques,

Couvre de pieté ses humeurs tyranniques.

Demons, souffrirez-vous que ce faux Capelan

Puisse vivre en repos, qui commande en tyran?

Que ce fameux ingrat, cet infame corsaire,

Loge dedans les cieux son ame sanguinaire?

Non, je n'estime pas que ce soit son dessein;

Vous êtes ses tuteurs, il suit votre destin.

Tous les deguisemens sont de votre fabrique;

Il sçait tous les secrets de votre politique,

Embrasse vos conseils, se régit par vos loix,

Et brouille comme vous l'etat des plus grands roys.

Sous luy les plus vaillans conduisent les armées,

La France a pris le nom des Isles fortunées.

Un moine, un renégat, l'un blanc et l'autre gris[230],

Servent insolemment ce cruel Phalaris;

Le plus gros des voleurs dispose des finances,

Et le plus corrompu tient en main la balance.

Enfin la cruauté, la rage et le depit

Ont mis sous ce bon chef les bourreaux en credit;

Mais toutes les vertus de cette ame bien née,

Ne se pouvant asseoir, s'en iront en fumée.

Les rares qualitez de ce grand favory

S'etoufferont bientôt, s'il a le cul pourry[231].

Chirurgiens affronteurs, dont la vaine science

A trompé ce puissant ministre de la France,

Vous ne meritez pas d'avoir part aux honneurs,

Vous n'aurez plus ce digne objet de vos labeurs:

Vos consultations ne sont que des chimères.

Pour guerir ce derrière, il faut de grands mystères.

La terre ne peut plus soulager ses douleurs,

Elle ne peut souffrir l'eclat de ses grandeurs.

Le ciel, qui seul fournit à ses hautes pensées,

Prolongera le cours de ses belles années,

Forcera les destins, fera cesser ses maux,

Luy rendra la santé pour prix de ses travaux.

Il importe fort peu que le peuple malade

Des corps resçuscitez nous presente en parade.

Retirez-vous d'icy, podagres et teigneux,

Saint Fiacre[232] n'a plus de vertu dans ces lieux.

Membres cicatrisez par des anciens ulcères,

Vous n'aurez plus de quoy soulager vos misères;

Ce bon saint, delaissant son temple et ses autels[233],

Abandonne le soin du reste des mortels.

Encor son entremise et sa sainte prière

Auront assez de peine à sauver ce derrière.

Son ulcère, vengeur du sang des innocens,

De leurs rudes prisons, de leurs cruels tourmens,

Ne peut quitter son maitre en luy laissant la vie,

Ny amoindrir son mal, augmentant sa folie.

Ce traitre neanmoins, en depit de son sort,

Et malgré le destin, fait un dernier effort,

Implore les secours d'une main souveraine,

Puisqu'elle a rendu son esperance vaine.

Nogent[234], le plus falot de tous les favoris,

Avec un plein pouvoir est party de Paris,

Pour ravir cet ancien protecteur de la Brie,

Enlever saint Fiacre du sein de sa patrie.

Mechant! c'etoit assez de ruiner tant d'estats,

De troubler le repos de tant de potentats,

Qu'un prêtre scelerat eût ravagé la terre,

Qu'il eût porté partout le flambeau de la guerre;

Ton insolence va jusques dedans les lieux,

Tu fais venir les saints au lieu d'aller à eux,

Tu les assujettis aux loix de ton caprice,

Tu veux qu'ils soient temoins de tes noires malices.

Mais, helas! tout fait joug sous cet enlevement;

L'evêque, le clergé, sont sans ressentiment,

Et les peuples, reduits à un triste servage,

Souffrent sans murmurer voler leur heritage,

Piller leurs saints tresors, prendre leurs ossemens,

Fouiller au plus sacré de tous leurs monumens.

Deux graves deputez chargez de la conduite

Mettent par les chemins tous les galleux en fuite,

Reservant la vertu de ce vol pretieux

Pour donner guerison à ce cul glorieux.

Thetis, doyen de Meaux, en habit magnifique,

Doit estre le premier porteur de la relique;

Le bon docteur Julien, quoy qu'en très grand emoy,

Suivra cet harangueur au mepris de sa foy,

Et, quoy qu'il soit le plus zelé de la Sorbonne,

Quitte son serieux, et prend l'humeur boufonne,

Prête son ministère à ce plaisant esbat,

Qui ressemble à celui qui se fait au Sabbat.

Armand dedans son lit reçoit cet ambassade,

Et, la face tournée, offre son cul malade,

Surpassant la fierté des princes ottomans,

Qui presentent leurs dos à leurs chers courtisans.

L'orateur, étonné de cette pourriture,

Ateste ciel et terre et toute la nature;

Dit que l'on fait grand tour à la vertu du saint;

Du voyage inutile et du travail se plaint;

Qu'il est vray qu'un teigneux, un galeux, un podagre,

Sont objets du pouvoir de monsieur saint Fiacre;

Mais qu'il ne guerit pas un phantôme sans corps;

Que sa vertu ne peut resusciter les morts;

Qu'il ne peut pas ôter le butin à la terre,

Ny sauver ce mechant, plus digne de tonnerre;

Que ce cul est dejà le partage des vers,

Et que l'ame d'Armand est le prix des enfers.

Ainsi, tous murmurans, deputez et reliques

Crient qu'on les a pris pour de vrais empiriques;

Qu'on les a fait venir pour soulager un mal

Dont le ciel, juste auteur, punit ce cardinal,

Dompte ce furieux et venge l'arrogance

Qui lui fait mepriser les princes de la France,

Qui fait porter son trône au dessus de nos lys;

Mais l'insolent ne peut y demeurer assis.

Ce cruel Philistin a senty la vengeance

Du grand Dieu protecteur de l'arche d'alliance,

Cet impie est frappé, mais non pas dans le coeur:

Un poltron n'eut jamais cette marque d'honneur;

Son dos, son cul, rongez, serviront de victimes

Et d'expiation aux horreurs de ses crimes.

[Note 229: C'est le mot de François Ier sur les Guise, mot

mis ainsi en quatrain par Passerat:

Françoys premier predit ce point,

Que ceux de la maison de Guise

Mettroient ses enfants en pourpoinct

Et son pauvre peuple en chemise.]

[Note 230: Je n'ai pas besoin de faire remarquer qu'il

s'agit ici du P. Joseph, l'_éminence grise_.]

[Note 231: «Le cardinal estoit sujet aux hemorroïdes,

dit Tallemant, et Juif l'avoit une fois charcuté à

bon escient.» (Edit. in-12, t. 2, p. 229.) C'est de

Jean-Jacques Juif que Tallemant parle ici. Il étoit

chirurgien du roi, et célèbre pour ces sortes d'opérations.

Il en avoit fait une pareille à Voiture, qui l'en remercia

dans ces vers:

J'ai reçu deux coups de ciseau

Dans un lieu bien loin du museau,

Landerirette

Je m'en porte mieux, Dieu merci!

Landeriri.

Juif mourut en 1658.]

[Note 232: La maladie dont souffroit le cardinal se

rapprochoit de celle qu'on appeloit _fic_ ou _ficus_, et

que la ressemblance de son nom avec celui de saint Fiacre

avoit fait placer sous l'invocation de ce patron. V.

_Gloss._ de du Cange, au mot _Ficus_, t. 3, p. 280, col.

3, et Le Duchat, remarques sur le chap. 2, liv. 2, de

la _Confession de Sancy_. On lit dans l'_Etymologie des

proverbes françois_ de Fleury de Bellingen, p. 317, un

plaisant passage de l'_Hippocrate dépaysé_, au sujet de

cette maladie et de son opération:

Grand bien fait ce mal de saint Fiacre.

Qui veut dire autant que fi atre

Quand on vuide le sang du cul

A gens mornes comme un cocu,

A la phrenesie arrangée;

Par le cul la teste est purgée.]

[Note 233: Saint Fiacre avoit vécu en solitaire dans le

diocèse de Meaux, et c'est dans cette ville que sont encore

ses reliques. V. Mabillon, _Acta SS. Benedict._, t. 2, p.

599.]

[Note 234: C'est Bautru, l'un des amuseurs du cardinal. Sa

femme, qui craignoit que la reine Marie de Médicis et plus

tard Mazarin ne prononçassent son nom à l'italienne, ne se

faisoit appeler que madame de Nogent. (_Menagiana_, 1715,

in-8, t. 1, p. 267. Fr. Barrière, _La Cour et la ville_, p.

32-33.)]

_Institution de l'Ordre des chevaliers de la Joye, sous la protection

de Bachus et de l'Amour, etablie à Mezières le 18 janvier 1696[235]._

[Note 235: Cette pièce est citée dans les _Curiosités

littéraires_; Paris, Paulin, 1845, in-12, p. 373. C'est la

seule chose que nous connoissions de l'ordre burlesque dont

elle est la charte. Ces sortes de chevaleries bouffonnes

étoient alors un amusement à la mode. Nous en citerons

quelques unes des moins connues, sans nous éloigner de la

fin du XVIIe siècle et du commencement du XVIIIe: _Les

Chevaliers de la Grappe_, institués à Arles par Damas de

Gravaison; les statuts ont été publiés en 1697, in-12;

l'_Ordre de la Meduse_, fondé à Toulon par M. de Vibray,

et dont les prouesses se trouvent racontées dans le rare

petit volume: _Les agreables divertissemens de la table,

ou Le reglement de l'illustre societé des frères et soeurs

de l'Ordre de Meduse_; Marseille, de l'_imprimerie de

l'Ordre_, s. d., in-12. _Mère Meduse_, c'est la bouteille.

Les _mystères_ ou banquets de l'ordre avoient lieu tous

les mois; chaque membre avoit un surnom significatif, par

lequel seul on devoit le désigner. Il étoit défendu de se

servir des mots _vin_, _boire_, _monsieur_ et _madame_; on

les remplaçoit par _huile_, _lamper_, _mon frère_ et _ma

soeur_. Citons encore l'_Ordre de la mouche à miel_, créé

à la cour de madame la duchesse du Maine, à Sceaux, et

sur lequel on peut lire de très curieux détails dans les

_Mémoires_ de madame de Staal, édit. Collin, in-12, t. 1,

p. 129; l'_Ordre des Allumettes_, le moins connu de tous,

fondé vers 1643 à Chaumont en Bassigny, dans la société de

la marquise d'Eseau (V. _Mém._ de l'abbé Arnauld, coll.

Petitot, 2e série, t. 34, p. 209-210); enfin l'_Ordre des

Baise-Cul_, qui ne nous est connu que par un passage des

_Lettres_ de madame du Noyer, t. 1, p. 304.]

Comme le carnaval a été de tout temps la saison de la joye et des

divertissemens, il semble que ce seroit être ennemi de soy-même que

de passer dans la tristesse un temps consacré aux jeux et à la bonne

chère; c'est dans cette pensée que le sage instituteur de cet ordre

a pretendu bannir par une agreable societé la melancolie qui règne

si fort dans cette ville, et faire couler cet heureux temps dans des

plaisirs continuels et toujours nouveaux.

Pour eviter la confusion dans une si belle entreprise, il a luy même

donné les règles qui suivent, telles qu'elles luy ont eté inspirées

par Bacchus et par l'Amour, protecteurs de cet ordre.

On a d'abord jugé à propos d'establir trois dignitez, qui seront

remplies par trois personnes d'un merite distingué, ennemies

mortelles du chagrin et capables d'inspirer de la joye dans les

coeurs qui en sont les moins susceptibles. Ceux qui possederont ces

dignitez enivrantes seront:

L'eminentissime grand maistre, le grand commandeur de l'ordre, le

grand prieur.

Ils seront distinguez: le grand maistre, par un ruban vert, large

de deux doigts, qu'il portera en bandoulière, au bout duquel sera

attachée une medaille d'argent, relevée des armes de l'ordre,

qui representera Bacchus et l'Amour avec leurs attributs, qui

s'embrasseront pour marque de leur union et seront couronnés d'une

mesme couronne, composée de pampre et de mirthe, avec cette devise

autour de la medaille: _La joye nous unit_.

Le grand commandeur et le grand prieur porteront une mesme

medaille[236] au bout d'un ruban vert qui leur pendra au col. Les

simples chevaliers et officiers subalternes la porteront aussi avec

un ruban vert, attaché à la boutonnière du juste-au-corps; sur les

revers de la médaille de l'ordre les chevaliers feront graver la

devise qui conviendra le plus à la disposition de leurs coeurs.

[Note 236: L'ordre de la _Mouche à miel_ avoit aussi

sa médaille; elle a été gravée dans les _Récréations

numismatiques_ de Duby.]

L'eslection des trois premières dignitez de l'ordre se fera à la

pluralité des voix dans la première assemblée, où, après une ample

effusion de vin, on implorera le secours et l'inspiration des

divinitez protectrices.

_Règles des Chevaliers de la Joye._

I.

Ceux qui voudront être reçus dans l'Ordre de la Joye seront obligés

de fournir des certificats en bonne forme de leur belle humeur, de

leur gayeté et de leur honnesteté avec les dames, et s'obligeront

d'executer à la lettre les statuts de l'Ordre.

II.

Chacun des chevaliers fera choix d'une dame qu'il fera recevoir

chevalière avec luy; elle donnera les mêmes preuves et jouira des

prerogatives de son chevalier, sera obligée de porter comme lui une

medaille et de se conformer religieusement aux statuts.

III.

L'on ne recevra dans l'Ordre aucun chevalier qui ne soit

gentil-homme, ou qui ne vive noblement.

IV.

Pour entretenir la bonne union, qui fait une des principales parties

de l'Ordre, les chevaliers s'assembleront deux fois la semaine, le

dimanche et le jeudy, pour deliberer sur les affaires de l'Ordre.

V.

Les jours d'assemblée, les chevaliers regaleront leurs confrères

chacun à leur tour, avec abondance de vin, de toutes sortes de

liqueurs, de violons et de bonne chère; surtout la joye fera

l'ornement de leur repas.

VI.

Pour eviter la confusion, l'on donnera un bouquet au chevalier qui

sera obligé par son tour de regaler ses confrères.

VII.

Dans les repas que se donneront les chevaliers, feront un carillon

perpetuel de verres, qui ne sera interrompu que par des chansons

bachiques, et les plus divertissantes.

VIII.

Les chevaliers porteront toute sorte de respect au grand maistre,

et à ses officiers, lesquels seront assis, dans les repas, par

distinction, sur des chaises élevées au dessus du reste des

chevaliers, et le grand maistre aura la sienne au dessus de la leur.

IX.

La dame du grand maistre et celles des premiers officiers observeront

la mesme elevation des rangs que leurs chevaliers auront dans les

assemblées.

X.

Lorsque le grand maistre commandera à quelqu'un de chanter ou de

regaler la compagnie par quelques comptes agréables, il ne s'en

pourra defendre sous quelque pretexte que ce puisse estre.

XI.

La dame du grand maître aura le même empire sur les chevaliers.

XII.

Les chevaliers et leurs dames vivront dans une parfaite union et

soutiendront envers eux et autres tout l'honneur de l'ordre, au peril

de leur vie et de leurs biens.

XIII.

S'il arrivoit par malheur quelque different entre les chevaliers

ou leurs dames, le grand maître et ses officiers le termineront

sur le champ de leur propre authorité, et ceux qui ne voudront pas

obeir à leur decision seront chassés honteusement de l'ordre comme

perturbateurs de la joye publique.

XIV.

Variétés Historiques et Littéraires (07/10) Recueil de pièces volantes rares et curieuses en prose et en vers · 第 13 / 21 段