_Légataire_, à la scène du testament:
Il fait trop cher mourir.]
[Note 52: Il faut encore entendre Marigny faisant expliquer
par les marguilliers de Saint-Paul les détails d'un convoi
de _première classe_, avec les beaux ornements que leur
avoit donnés M. de la Rivière, évêque de Langres, leur
riche paroissien de la place Royale. La grosse sonnerie n'y
est pas non plus oubliée:
Tout le convoi fut fort heureux,
Aucun critique n'y peut mordre;
Les enfants, gris, rouges et bleux,
Marchèrent dans un fort bel ordre.
Grande cour, chambres, escalier
Bien garnis de tapisserie,
Vous eûtes nos grands chandeliers
Et notre belle argenterie.
Nos beaux ornements bien brodés,
Que monsieur de Langre a donnés;
Et puis qu'il faut qu'on vous le die,
La croix de Fieubet a marché
_Avec sa grosse sonnerie_.]
[Note 53: C'est aussi le propos de Marigny:
Cette sorte d'exaction
Est un infâme monopole
Honteux à la Religion.]
[Note 54: Les frais du crieur étoient compris dans ceux de
l'enterrement:
Vous ignorez, pour le certain,
Qu'il faut les droits de la fabrique,
D'un _crieur_ et du sacristain.
C'étoit lui qui apportoit dans les maisons l'_attirail_ des
convois, comme dit Regnard dans le _Légataire_, acte IV,
scène dernière, et qui régloit le tarif, comme on le voit
ici.]
[Note 55: On sait qu'alors tout paroissien d'importance se
faisoit enterrer dans l'église.]
[Note 56: Sur cette expression, v. notre t. 5, p. 250,
note.]
[Note 57: Alors on prononçoit _craire_. C'est ce qui donne
raison à la singulière rime qui se trouve ici. Toutefois,
dans les vers il étoit d'usage d'employer la prononciation
qui a prévalu. V. _Journal de l'Académie françoise_, par
l'abbé de Choisy (1696), fol. 7. On ne vouloit pas sans
doute que l'accident qui arriva un jour à une actrice de
province pût se renouveler. Elle avoit à dire ce vers:
Le prince vit encore! ô ciel! puis-je le croire?
Elle le prononça suivant la mode admise dans la
conversation; aussi son interlocuteur, pour ne pas manquer
la rime à _craire_, riposta tout aussitôt:
Oui, princesse, il arrive, et tout couvert de _glaire_.]
[Note 58: V. l'une des notes précédentes.]
[Note 59: _Mais_, dit encore Marigny, dans la discussion
qu'il établit entre les marguilliers de Saint-Paul et un
parent révolté de la somme énorme des frais:
--Mais, s'il meurt sans laisser de bien,
Qu'avez-vous coutume de faire,
Suivant votre honnête métier
De ne faire rien pour rien?...
--Sans prière ni luminaire
On le fait porter, comme un chien,
Dans quelque coin du cimetière;
Et, de plus, sachez qu'en ce cas
L'exactitude est si précise,
Que même nous ne souffrons pas
Que le corps passe par l'église.]
[Note 60: La fête des _Saints-Innocents_ étoit au nombre de
celles qu'on avoit retranchées. V. notre t. 6, p. 249.]
_La Requeste presentée à Nosseigneurs de Parlement par les
Marchands, bourgeois et artisans de cette ville de Paris, pour la
diminution d'une demie année des loyers des maisons, chambres et
boutiques.--Fait en Parlement, le 19 juin 1652._
* * * * *
_A Nosseigneurs de Parlement_[61].
[Note 61: Cette pièce, qui n'a été publiée que par le
_Journal de l'Institut historique_, avril 1841, p. 133-134,
n'est pas la seule du même genre que nous trouvions dans la
première moitié du 17e siècle. Lorsque les temps devenoient
durs pour les pauvres gens, il n'étoit pas rare de voir
s'élever de pareilles requêtes, et, comme on en va voir
la preuve, le Parlement y faisoit presque toujours droit,
du moins dans une certaine mesure. Voici, par exemple, ce
que nous trouvons à l'une des époques les plus difficiles
du règne de Louis XIII: _Sentences et réglement donnés par
monsieur le prevost de Paris ou monsieur le lieutenant
civil, le present mois d'aoust mil six cent vingt deux,
contenant les diminutions ordonnées pour les loyers des
maisons de la ville et fauxbourgs de Paris_. A Paris,
_chez la veuve Hubert Velut, rue de la Tannerie, près de
la Grève_, 1628, in-8. Il s'agit d'un certain nombre de
maîtres de logis et chambres garnies qui, après avoir
demandé vainement à leurs propriétaires une diminution pour
le loyer des maisons qu'ils sous-louoient en détail, ont
adressé au Parlement la même rère, exaucée alors, mais à
condition toutefois que la diminution accordée entraîneroit
d'elle-même la résiliation des baux. Les demandeurs,
pour appuyer la requête à laquelle on faisoit droit
ainsi, avoient dit: «Que, pour essayer à gagner quelque
chose pour subvenir à leurs familles, ils avoient pris à
ferme les logis où ils sont, demeurant siz au quartier
du Louvre, pour y loger en chambre garnie et prendre des
pensionnaires; mais, à cause de la longue absence du roy
qui rend ledit quartier du Louvre, voire toute la ville de
Paris, déserte de monde, au prix de ce qu'il y en a lorsque
Sa Majesté est résidente, ils n'ont personne de logé chez
eux, soit en pension, soit en chambre garnie, tellement
que lesdits logements, dont ils payent de grands loyers,
leur sont du tout inutiles et à grandes charges.» La même
année parut _Sentence de monsieur le prévost de Paris, ou
monsieur son lieutenant civil, commissaire député de la
Cour, portant réglement sur la diminution des loyers des
maisons de celle ville et faulxbourgs de Paris, requise
par les locataires contre les propriétaires_. A Paris,
chez Isaac Mesnier, rue Saint-Jacques, 1622. L'année
suivante, autre arrêt, mais d'une importance plus grande:
_Règlement général pour le rabais des loyers des maisons_.
_A Paris, chez P. Rocolet, libraire et imprimeur de la
ville_, 1623, in-8. Il est rendu, «veu l'arrêt de la Cour
de Parlement obtenu sur la requeste présentée par les
pauvres locataires qui tiennent logis et chambres garnies
en la dicte ville de Paris, le 27 octobre 1623, portant
que, pour leur estre pourveu sur la diminution par eux
requise à cause de la maladie contagieuse advenue en ceste
dite ville et fauxbourgs, ils se pourvoyroient par devers
nous, et que ce qui seroit par nous ordonné seroit exécuté,
nonobstant opposition ou appellation quelconques... et,
tout veu, nous disons, par délibération du conseil, ouy
sur ce le procureur du roy, que diminution est faicte
aux dits locataires qui n'ont payé, du quart du terme de
Saint-Jean à la Saint-Remy, et du demi-quart du terme de
Saint-Remy à Noël prochain.» Deux ans après, un arrêt
du même genre fut encore rendu, mais nous ne savons sur
quels motifs; nous ne le connoissons, en effet, que par
son titre, reproduit ainsi, sous le nº 818 du _Catalogue
des livres_ de M. Leroux de Lincy: _Règlement général pour
le rabais des loyers des maisons du 22 août 1625, signé
Musnier_. Paris, 1625, in-8.--Au temps de la Fronde, les
plaintes recommencèrent avec la misère des pauvres gens,
et le Parlement, plus que jamais souverain, ne manqua pas
d'y faire droit. La pièce donnée ici est de cette époque,
mais dans la dernière période. Les années qui avoient
précédé furent celles où les arrêts de cette nature se
multiplièrent le plus. Nous n'en comptons pas moins de cinq
pour la seule année 1649. En voici les titres et le résumé:
1º _Arrêt de la Cour de parlement pour la diminution
des loyers des maisons dans la ville et fauxbourgs de
Paris, du 10 avril 1649_, in-4. Il est rendu sur neuf
requêtes présentées par les locataires des maisons du
faubourg Saint-Antoine; par quelques habitants du faubourg
Saint-Marcel; par les pauvres bourgeois et _chambrelans_
(logeurs en chambre) de cette ville et fauxbourgs; par
les marchands de la salle Dauphine et des autres parties
du Palais, notamment Réné Autié; par les hôteliers du
quartier Saint-Martin; par les locataires des environs du
Palais-Royal, rues des Petits-Champs, Coquillière, des
Vieux-Augustins; par ceux qui louent en chambre garnie
au quartier du Louvre et du Palais-Royal; enfin par les
habitants du faubourg Saint Germain.--2º _Arrêt de la Cour
de Parlement pour la descharge entière des loyers des
maîtres du quartier de Pasques, en la ville et fauxbourgs
de Paris, rendu en interprétation de celui du 10 avril
dernier, avec réglement pour les baux du 14 avril 1649_,
in-4. Cette sentence, que M. Moreau a consignée sous le
nº 264 de son excellente _Bibliographie des mazarinades_,
est rendue sur requête présentée par des habitants de
la _Draperie_, de la _Barillerie_, par des marchands
du Palais, «par Florent Martel, chirurgien ordinaire
du roy en son artillerie, et autres, tous particuliers
demeurant en l'isle Notre-Dame»; par les locataires des
maisons sises rues Saint-Honoré, Frementeau (_sic_),
des Bons-Enfants; par Jean Lemoine et autres locataires
principaux des maisons «baties sur le pont Marie et esles
d'iceluy»; et ceux qui louent en chambres garnies rues des
Poulies, du Louvre, du Coq, de Champfleury, du Chantre, de
Jean-Saint-Denis, Frementeau, de Beauvais, Saint-Thomas
du Louvre; par les cabaretiers de la place Maubert et
environs; par les pauvres bourgeois «demeurant en la
Villeneuve-sur-Gravois, les Petits-Carreaux aboutissant
en la rue Mont-Orgueil, cour de Miracle, rue appelée la
rue Neuve-Saint-Sauveur, rues de Cléry, de Bourbon, et
autres rues adjacentes, sur le chemin qui conduit vers la
Nouvelle-France et Montmartre».--3º _Arrest de la Cour
de Parlement en faveur des locataires et sous-locataires
des maisons de la ville et fauxbourgs de Paris, pour leur
descharge du loyer de Pasques dernier, avec reglement pour
les baux, rentes foncières et autres constituées pour la
construction des bâtiments, donné sur les requestes des
proprietaires des dites maisons, et pour l'execution des
arrêts precedents, des 10 et 14 du present mois et an, du
27 avril 1649_, in-4.--_4º Arrêt de la Cour de Parlement
portant confirmation des arrêts des 10 et 14 de ce mois,
pour la descharge du terme de Pasques, avec deffense aux
propriétaires de presenter aucune requeste. Paris, Michel
Metayer, demeurant isle Notre-Dame, sur le pont Marie, au
Cygne_, in-4. C'est d'abord la supplique de P. Chaoues,
marchand fripier, artisan bourgeois de Paris, locataire
d'une portion de maison sise au coin de la Petite-Friperie.
Elle est dirigée contre maître Charles Fustel, bourgeois
de Paris, qui, «en depit des arrêts precedemment rendus
pour la descharge du loyer echu à Pasques», a fait saisir
les meubles du requérant. Vient ensuite l'arrêt qui donne
droit à la supplique, dans un dispositif où se trouve
cette phrase, dejà en substance sur le titre: «Faict
deffense de presenter aucune requeste en nom collectif des
propriétaires.»--_5º Arrest de la Cour de Parlement pour
la descharge entière des loyers des maisons du quartier de
Noël, escheu à Pasques dernier, du 19 may 1649._ A Paris,
_chez Jean Brunet, rue Neuve-Saint-Louys, au Canon-Royal,
près le Palais_. Il est rendu sur une requête signée par
un grand nombre des marchands qui figurent aussi dans
celle que nous reproduisons. Ils ont leurs boutiques au
Palais, aux grandes et petites salles, aux galeries des
prisonniers en la Cour, «et aux environs des gros murs du
Palais, rue Barillerie, et sur le Pont-aux-Changeurs». Ils
objectent que ce qui les a engagés à se charger desdits
loyers «a esté l'esperance qu'ils ont eue que le commerce
et les manufactures, ausquels ils se sont appliqués les
années dernières, continueroient comme du passé; mais il
en arrive autrement dans les rencontres des barricades,
suivies du blocus de Paris; et le malheur de ce temps a
esté tel que tout le commerce des suppliants a esté ruiné;
ils ont mesme perdu l'occasion des foires Saint-Germain,
de Rennes et de Caen, pour lesquelles ils auroient preparé
et où ils avoient accoustumé de debiter grand nombre de
marchandises, qui leur sont demeurées inutiles pour estre
changées de mode et de prix; et les suppliants ont encore
souffert beaucoup de pertes au sujet des assemblées presque
continuelles de la Cour, occupée aux affaires publiques,
pendant lesquelles lesdits suppliants ont esté obligés
de tenir presque toujours leurs boutiques fermées.»--En
1652, époque de la dernière Fronde, qui fut signalée par
une nouvelle crise de misère, les requêtes des locataires
recommencent. Celle que nous publions ici en est un
exemple. Mais nous n'avons pu trouver l'arrêt qu'elle dut
motiver, non plus que celui qui donna sans doute raison
à une autre supplique du même genre, signée de Lefèvre,
avocat au Conseil. Voici le titre de cette pièce, rappelée
par M. Moreau, sous le nº 3504 de sa _Bibliographie des
mazarinades: Requête presentée au roi, en son château
du Louvre, par les pauvres locataires de la ville et
faubourgs de Paris, le jeudi 24 octobre 1652, pour les
exempter du paiement des termes de Pâques, Saint-Jean et
Saint-Remy derniers_. Paris, _Noël Poulletier_, 1604, in-4.
On ne s'en étoit pas tenu alors à ces requêtes contre
les propriétaires; quelques uns, notamment un nommé de
Verneuil, avoient eu le projet de les faire financer par
force pour les fonds nécessaires à l'expulsion du Mazarin.
M. Moreau (nº 2772) a donné une curieuse analyse du placet
où se trouve émise cette singulière idée: _Placet presenté
à Son Altesse Royale par Jean Le Riche, sieur de Verneuile_
(sic), _bourgeois et habitant de Paris, sur le moyen qu'il
a donné à messieurs les princes de faire le dernier effort
pour chasser le cardinal Mazarin sans fouler les peuples_.
Paris, _veuve Marette_, 1652, 7 pages, très rare, signé
Verneuil. «Ce Verneuil, dit M. Moreau, propose de prendre
aux propriétaires le quart du quartier échu à Pâques
dernier, et offre d'en faire la recette. Il offre en outre
de vendre deux maisons, l'une à la ville et l'autre à la
campagne, pour les frais de la guerre et pour le prix de la
tête de Mazarin!»]
Suplient humblement Jacques Motteron, Jacques Rouguon, Guillaume
Bourgeois, Jean Nansse, Joseph Boutiffard, Marin David, Edme Farcy,
Desprez Jouvellet, François Maurice, Jacques Le Fresne, Jacques
Raymault, Jullien de Bray, Claude Mignot, Charles Vaillant, Pierre
Bourgeoin, François Philippart, Françoise Chaudun veufve Charles de
Combes, Jean Corriasse de Barry, Jacques Mallasye, Michel Filassier,
Jacques Bazin, François Vincent, Charles Godefroy, Nicolas le Dreux,
Pierre Desmarres, Georges Guillard, Jacques Migoullet, Jacques
Chuppin, Jacques de la Mare, Guillaume Dufour, Romain Boutelleux,
Pierre Danisy, Dantan, Chenard, Vatin, Mazé, R. Morin, Charles
Dutol, Thomas le père, Micloul Maire, Isaac le Fébure, Jean du Foua,
Jean Parlot, Antoine Vailly, Gabrielle Bouche, Jacques Prevost,
Alexandre Chenet, Hubert Chandellier, Jean Mouppellon, Jérémie
Blanchard, Charles Sanse, Lucas Dupuis, Jean Desert, Jean Granveau,
Claude Vallerin, Gilbert Charton, Claude Tiphane, Nicolas Lambert,
Ctenon, Feuche, Jacques Delihu, Coustellier et Michel Guillaume,
Pierre Isenbert, P. Besson, Charles de Lievre, Germain Gobert,
Martin Fontaine, Luc Navarte, François Norquier, Pierre Cointerel,
Jean Olive, Charles Barbereau, Simon Barteau, Pierre Fromantin, Jean
Forestier, Louis Denis, Jacques Tatou, Antoine Mansart, Louis Denis,
Alexandre Lesselin, Pierre Poncet, Jeanne Amiot, Nicolas de Combes,
Denis Mesnidrieu, Louis Lami, Jean Maglin, Nicolas Lambert, Simon
Baudin, François Leclerc, Isaac de l'Estang, Jean Lesselin, Jean
Joly, touts marchands bourgeois et artisans de cette ville de Paris,
demeurant tant sur les ponts Sainct-Michel, au Change, rue de la
Barillerie et ès environs du Palais et lieux adjacents, principaux
locataires et sous-locataires des maisons, chambres et boutiques
scizes et scituées ès-dits lieux; disans que quelques particuliers,
au mois de mars dernier, auroient présenté leur requeste à la Cour,
tendante à ce qu'à cause des troubles qui sont dans le royaume et
que le commerce a cessé universellement par tout ledit royaume
et en autres lieux circonvoisins d'iceluy, au moyen de quoy les
supplians, qui n'ont autres revenus pour le maintien de leur famille
que leur traficq ordinaire, et lequel n'ayant plus de lieu, ils
sont reduits à une extrême disette, ne pouvant avoir moyen de vivre
et subsister. Pour raison de quoy ils requeroient par la susdite
requeste qu'ils fussent deschargez des loyers qu'ils pouvoient
debvoir du terme de Noël à Pasques; mais, la Cour n'ayant voulu
prononcer deffinitivement, elle auroit renvoyé lesdits particuliers
à eux pourvoir pardevant le prevost de Paris, qui auroit donné
jugement tout ambigu et insoustenable, puisque par iceluy il est
favorable aux uns, et non aux autres; ce qui auroit donné sujet
d'appel tant d'icelle sentence que des exécutions faites sur les
biens des supplians; et par ainsi la Cour sera toujours importunée si
elle n'en retient la connoissance et ne donne arrest deffinitif. Ce
considéré, nos seigneurs, attendu qu'il vous appert de la necessité
publique causée par l'effet de la guerre que les supplians n'ont
autre moyen de vivre et entretenir leur pauvre famille que leur
traficq ordinaire, et lequel ayant cessé, comme il est notoire, ils
sont reduits à une disette extrême, joint que la pluspart du temps
leurs boutiques sont fermées, estant obligés d'avoir les armes sur
le dos et faire garde aux portes; aussi que les proprietaires des
maisons et boutiques qu'ils occupent, tirant des louages excessifs,
pouvant mieux subsister qu'eux; aussi qu'il ne seroit pas raisonnable
qu'ils fussent exempts d'essuyer en partie le mauvais temps present,
il vous plaise de vos graces ordonner que lesdits suppliants seront
deschargez des loyers dudit terme de Pasques passé, comme aussi de
celui de Sainct-Jean mil six cent cinquante-deux, avec deffence
ausd. propriétaires et sous-locataires de faire faire aucune
contrainte pour lesdits termes de Pasques et Sainct-Jean jusques à ce
qu'autrement par la Cour en ayt esté ordonné. Et vous feres bien.
Parlent sommairement les parties à maistre Le Nain, conseiller du roy.
Fait en Parlement, le 19 jour de juin 1652.
A la requeste de maistre François Parent le jeune, procureur en
parlement, et de... soit sommé et interpellé maistre... de comparoir
à dix heures du matin à la barre de la Cour pardevant monsieur
Le Nain, conseiller, pour estre oüys et réglez sur la requestre
présentée à ladite Cour le dix-neuf du present mois et an par
ledit..... et les y desnommez; de laquelle coppie a esté baillée à ce
que ledit..... aye à deffendre si bon luy semble. Dont acte.
_Reproches du capitaine Guillery[62] faits aux Carabins, Picoreurs et
Pillards de l'armée de Messieurs les Princes._
_A Paris, de l'imprimerie d'Anthoine du Brueil, entre le pont
Saint-Michel et la rue de la Harpe, à l'Estoille couronnée._
M.DC.XV. In-8.
[Note 62: V. sur ce chef de bandes une pièce de notre
t. 1er. Celle-ci contient quelques faits nouveaux sur
lui et sur les bandits qui pilloient à son exemple et
renchérissoient même sur ses ravages. On peut voir, au
sujet de ces _picoreurs_ du parti des princes, notre t. 5,
p. 215, et le t. 6, p. 324, note 2.]
Ha! mes frères, vous deshonorez l'Estat. Est-ce ainsi qu'on se
comporte à la guerre, où tout d'un coup le vallet veut estre maistre,
où le pigeon veut voller avant qu'avoir des aisles, où l'escolier
veut sortir de l'escolle avant que d'avoir rendu les actes et les
preuves de sa profession?
Du temps que Guillery j'estois, on me voyoit marcher sous les
cornettes du feu duc de Mercoeur[63], et je me fis tellement sous la
conduitte d'un chef si important que je devins fort grand conseiller,
suptil aux entreprises, et fort grand de courage; bref, ayant acquis
toutes les marques d'un bon soldat, on me donna une compagnie, en
la conduite de laquelle je m'acquitay de ma charge avec autant de
modestie et vaillance que capitaine de mon temps. J'estois tousjours
le premier aux escarmouches, et ne demandois qu'à remuer le fer
tousjours au milieu du feu et du sang, et jamais ne m'amusois au
pillage, l'estimant une chose indigne de ma valeur.
[Note 63: V. t. 1er, p. 293, note.]
Ce n'est pas là la vie que vous voulez mener, frères: car je voy
bien, par les procedures que vous tenez au commancement de ceste
guerre, que vous n'avez le coeur qu'à la volerie, qu'au pillage
et butin, poltrons que vous estes, soldats de rapine, oyseaux de
proye[64]; aussi ne vous fussiez-vous jamais enrollé sous les chefs
qui vous conduisent, n'eût esté la belle esperance qu'on vous donna
de demeurer maistres de la campagne et vous laisser vivre avec toute
sorte de liberté. O pendards! on en pendra tant[65]!
[Note 64: Ce que fit le brigand Carrefour, enrôlé quelque
temps dans le parti du duc de Nevers, est bien une preuve
de la vérité de ce qu'on lit ici.]
[Note 65: Cette exclamation revient comme une sorte de
refrain à la fin de plusieurs paragraphes.]
Quant Guillery j'estois, combattans sous les enseignes de mon maistre
et bon seigneur, je n'avois du sang et de la vie que pour despendre
liberallement à son service, esperant qu'après avoir souffert une
infinité de playes, passé et traversé dix mille dangers, le residu de
ma meilleure fortune consisteroit en sa bonne affection. Mais quoy!
je fus malheureux: car, pour avoir bien et fidellement servy, le sort
de ma fortune me rendit miserable et me precipita aux hazards peu
honnestes qui, finallement, m'ont conduit au supplice.
Mais vous ne commencez encore qu'à travailler, et desjà vous vous
payez par vos mains; servans vos maistres et chefs par vos actions
et menées, vous leur acquerez les plus glorieux tiltres du monde;
lesquels, au lieu qu'ils croyent avoir des gens de bien avec eux, ils
n'ont que des larrons, que des volleurs et des pendars, qui ne se
soucient ny du service ny de la bonne affection de leurs chefs. En
recognoissance de leur merite, on leur en pendra tant!
Ainsi, me voyant frustré de mes esperances, m'ayant delaissé, je me
laissé emporter au desespoir, laissant abastardir mon courage, ne
trouvant plus durant la paix où l'exercer genereusement; je feis
ma retraicte, de rage et de despit, aux bois et aux forests, pour
avancer ma main sur les passans et abandonner mes desirs aux pillages
sur les moyens d'un chacun; mais ce ne fut qu'après avoir perdu la
saison et le temps de pouvoir exercer ma valleur.
Mais vous autres qu'on conduit aux exercices des armes, qu'on
mène sur les lieux au pretendu service du roy, où vous avez l'ame
poltronne et coyonne, qu'au lieu de ce faire vous espiez les pauvres
paysans: on en pendra tant!
Bien que Guillery je fusse plongé en ce desespoir et en ce dernier
despit, comme fort robuste et redouté, je me trouvay assisté de
beaucoup de gens qui attachèrent leur vie et leur fortune au mesme
hazard que la mienne, où ramassant l'escume de toute la haute et
basse Bretagne, Poictou et autres pays; je me trouvay accompagné de
plus de quatre cens hommes, tous de faict et de mise[66].
[Note 66: C'est à peu près ce qu'on lit textuellement dans
la pièce de notre t. 1er, p. 294.]
Mais vous autres estes trop lasches et gourmands: vous avez la
peau trop tendre pour l'estendre si loing et pour attirer à vous
tant d'adjoints; vous ne voulez pas tant de suitte pour faire vos
pilleries; aussi auriez-vous peur que le butin de vol ne fût assez
ample; si vous estes seulement douze ou quinze d'une bande après la
maison de quelque laboureur, vous entre-mangez encore, comme chiens
et chats et villains, à qui montera le premier dessus la fille ou la
chambrière de la maison et à qui aura la bourse. Au diable soit la
canaille! On en pendra tant!
Quant Guillery j'estois, je me rangeay premierement dans la forest
de Machechou en Ray, où je dressé ma puissante forteresse pour la
retraicte seure de moy et des miens au retour de nos chasses.
Mais pour vous, vous n'avez pour retraictes bien seures que la
campagne et quelques meschantes tavernes, où vous arrivez aujourd'huy
en l'une, demain en l'autre, sans prendre garde si les prevosts
ne vous suivent point. O frères, vous estes trop impudents en ce
mestier! On en pendra tant!