Cette après-midi, au sortir des mains de Julie, la marquise, vêtue
d'une délicieuse toilette polonaise, est allée patiner. Elle patine
adorablement.
Il faisait, au bois, un froid de loup, une bise qui piquait le nez et
les lèvres de ces dames, comme si le vent leur eût soufflé du sable
fin au visage. La marquise riait, cela l'amusait d'avoir froid. Elle
allait, de temps à autre, chauffer ses pieds aux brasiers allumés sur
les bords du petit lac. Puis elle rentrait dans l'air glacé, filant
comme une hirondelle qui rase le sol.
Ah! quelle bonne partie, et comme c'est heureux que le dégel ne soit
pas encore venu! La marquise pourra patiner toute la semaine.
En revenant, la marquise a vu, dans une contre-allée des
Champs-Élysées, une pauvresse grelottant au pied d'un arbre, à demi
morte de froid.
--La malheureuse! a-t-elle murmurer d'une voix fâchée.
Et comme la voiture filait trop vite, la marquise, ne pouvant trouver
sa bourse, a jeté son bouquet à la pauvresse, un bouquet de lilas
blancs qui valait bien cinq louis.