Il pense avec humeur: «Comme au confessionnal.»

Sa physionomie devient sérieuse.

BAROIS.--Je ne sais pas du tout ce que ... on vous a raconté sur moi...

Elle rougit brusquement, et l'interrompt par un geste de protestation.

Il heurte un regard qui résiste. Il continue, sur un ton camarade.

BAROIS.--En tous cas, puisque vous avez désiré me connaître

(Interrogation sous-entendue.), je suis décidé à m'expliquer

franchement. Je puis paraître avoir eu des torts irréparables vis-à-vis

de votre mère et de vous. Je ne nie pas que j'aie certains reproches

à me faire mais il y a du pour et du contre... Vous êtes bien

jeune, Marie, pour être mêlée à ces questions: je le ferai le plus

discrètement, le plus loyalement possible.

Au mot «loyalement» elle a relevé le front.

PASCAL (solennel).--Mademoiselle est servie.

Elle se tourne à demi, surprise.

BAROIS (souriant).--Vous voyez, je ne compte déjà plus... Vous êtes

chez vous. (Se levant.) Allons à table. Ce soir si vous n'êtes pas

fatiguée, nous causerons de tout ça.

* * * * *

Après le dîner.

La glace est rompue.

Marie entre la première dans le cabinet et aperçoit les fleurs

enveloppées.

MARIE.--Oh, il fallait les mettre dans l'eau...

BAROIS (à Pascal qui porte le café).--Tenez, Pascal, donnez-donc vos

fleurs à Julie, elle saura les...

MARIE (vivement).--Mais non, donnez... Avez-vous un vase assez grand?

Pascal lui apporte ce qu'elle demande; il la regarde faire le bouquet,

et sort sans cesser de sourire.

BAROIS.--Marie, vous avez fait la conquête de Pascal.

Elle rit.

BAROIS.--Du café?

MARIE.--Non, jamais.

BAROIS.--Eh bien, voulez-vous me servir le mien, puisque vous êtes

maîtresse de maison? Une demi-tasse... C'est tout ce qu'on me permet

maintenant... Merci.

Ils sourient, comme deux enfants qui jouent aux grandes personnes.

BAROIS (brusquerie affectueuse).--Voyez-vous, Marie, depuis que vous

êtes là, je me pose la même question: pourquoi a-t-elle désiré venir?

Un silence.

BAROIS (de sa voix chaude).--Oui, pourquoi?

Marie ne sourit plus. Elle subit, sans un clignement de cil, le regard

de Barois; puis elle secoue la tête. Elle semble dire: «Non. Plus tard

peut-être... Aujourd'hui, non.»

Jean Barois · 第 145 / 165 题