L'ENFANT

I

«A Monsieur l'Abbé Joziers

«Curé de Buis-la-Dame (Oise).

«26 décembre.

«Mon cher ami,

«Maître Mougin, sur la demande de Madame Barois, vient de me rappeler,

qu'au terme de nos conventions, je suis en droit d'exiger que ma fille

passe un an auprès de moi, puisqu'elle atteint dans quelques semaines

sa dix-huitième année. Je veux éviter que ma réponse ne soit transmise

par voie de notaire: ai-je eu tort de penser que vous ne refuseriez

pas ce rôle d'intermédiaire?

«Je vous serais donc reconnaissant de remercier Madame Barois de

l'initiative qu'elle a prise, et de lui exprimer, sous la forme que

vous jugerez la meilleure, les raisons qui me font décliner cette

offre.

«Ces raisons, je vous les donnerai avec ma sincérité coutumière.

«Au moment de notre rupture, j'ai voulu me réserver la possibilité

d'intervenir, à un moment donné, dans l'éducation de ma fille. Mais

les circonstances ont bien changé. Depuis dix-huit ans, vous le savez,

je n'ai revu ni ma femme, ni l'enfant. J'abuserais vraiment de mon

droit, en réclamant aujourd'hui la moindre parcelle d'une existence

dans laquelle je n'ai tenu jusqu'ici et ne tiendrai jamais aucune

place. D'ailleurs, pour vous dire toute ma pensée, les sentiments

que ma fille doit nécessairement éprouver pour ce Père inconnu, lui

rendraient, comme à moi-même, un pareil rapprochement intolérable.

«Il n'y a donc pas lieu de changer quoi que ce soit à nos situations

respectives, et j'ai compté sur vous pour délier ma femme de tout

engagement à ce sujet.

«Je vous prie de croire à ma gratitude, et d'accepter l'assurance de

ma sympathie dévouée.

Jean Barois · 第 141 / 165 题