La même année, quelques mois plus tard.
Barois hèle un fiacre, place de la Madeleine.
BAROIS.--Au _Semeur_, rue de l'Université.
Il claque la portière.
La voiture ne démarre pas. Coup de fouet; une ruade.
BAROIS.--Allons! je suis pressé...
Nouveau coup de fouet. Le cheval, une bête jeune et rétive, hésite, se
cabre, lève les naseaux et part comme une flèche.
Il enfile la rue Royale, traverse d'un trait la place de la Concorde,
et s'élance dans le boulevard Saint-Germain.
Quatre heures de l'après-midi. Circulation intense.
Le cocher, arcbouté sur son siège, incapable de maîtriser l'animal,
parvient à le diriger, à grand'peine.
Un tramway poussif barre la route.
Pour le dépasser, l'homme lance sa voiture à gauche, sur les rails
libres. Il n'a pas vu le tramway qui vient en sens inverse...
Impossible de ralentir... Impossible de passer entre les deux
véhicules...
Barois, blême, se jette en arrière, contre les coussins. La vision de
son impuissance au fond de cette boîte, la certitude de l'inévitable,
pénètrent en lui, comme la foudre.