[18] Le _temps maniable_ est le temps qui permet de _manier_ le navire.
C'est encore le principe actif pris pour le passif, car lorsque le temps
est favorable, ce n'est pas lui qu'on _manie_, mais bien lui, au
contraire, qui laisse aux marins la facilité de _manier_ à volonté leur
bâtiment. L'habitude de lutter contre tous les élémens, pour parvenir à
en triompher, a dû porter assez généralement les marins, à regarder
comme des choses passives, les causes naturelles et très agissantes
quelquefois, qu'ils cherchent à soumettre à la puissance de leurs
efforts.
Presque toujours, du reste, le langage fait et parlé par les marins,
porte l'empreinte de cette idée de domination avec laquelle la
continuité de la lutte qu'ils livrent aux élémens, tend de bonne heure à
les familiariser. Ils disent, par exemple, beaucoup plus par habitude
que par orgueil, qu'ils chicanent le vent ou qu'ils font tête à la lame,
lorsque c'est le plus souvent le vent qui les chicane en les
contrariant, ou la lame qui les emporte sans qu'ils aient pu réussir à
lui faire tête. Mais tout en faisant remarquer chez eux cette propension
naturelle à l'hyperbole, on ne peut s'empêcher de reconnaître dans ces
sortes d'expressions exagérées, une certaine élévation de langage qui
doit plaire surtout à tous ceux qui savent combien cette énergie de
termes techniques s'allie intimement à l'énergie des idées ordinaires
aux hommes de mer.