[8] Le militaire nomme le soldat près duquel il couche à la caserne, son
camarade de lit. Le marin appelle _son matelot_, le camarade avec lequel
il partage son hamac. Ce nom de mon matelot, qui a quelque chose de si
confraternel et de si touchant dans son acception la plus restreinte, a
été introduit avec assez de bonheur dans le langage imposant de la
tactique navale. Dans une escadre, le matelot d'avant ou le matelot
d'arrière d'un vaisseau, est le vaisseau qui le précède, ou celui qui le
suit en ligne: c'est en un mot son ami de bataille, son compagnon de
manoeuvre et son camarade au feu.
Amateloter deux hommes dans le service du bord, c'est leur donner le
même hamac, c'est leur affecter le même poste de repos dans la batterie
ou l'entrepont; c'est le plus souvent, aussi, lier ensemble leurs deux
existences, et leur imposer en quelque sorte, avec les mêmes devoirs,
une amitié qui ne finit ordinairement qu'avec leur vie. Dans cette
carrière de l'homme de mer, semée de tant de fatigues et de privations,
hérissée de tant de vicissitudes et de dangers, s'il est entre deux
hommes, un nom plus doux que celui de _mon ami_, un titre presque aussi
tendre et aussi sacré que celui de _mon frère_, c'est bien certainement
celui de _mon matelot_.