Les plaines alors, semblables à d'immenses lacs, n'offrent à l'oeil que

l'aspect d'énormes vagues de nuages, d'où surgissent, au milieu de cette

mer aérienne, les noirs sommets des pitons de la vallée. Mais le soleil

monte, et vous assistez ébloui aux magiques transformations de cette

nature enchanteresse: les vapeurs se groupent et s'élèvent, des

éclaircies se forment, et comme au travers d'un ciel moutonneux on

aperçoit par moment les étoiles, l'oeil saisit, dans les méandres des

nuées qui s'agitent, quelque blanche maison, une partie de village, la

rive d'un lac, un bouquet de verdure, ou le scintillement des clochers

lointains.

Puis comme un voile qu'on déchire, et dont les lambeaux sont emportés

par les vents, les nuages disparaissent, et la vallée tout entière

développe aux regards ses merveilleuses beautés.

Des hauteurs de glace où vous trônez, un prodigieux royaume s'offre à

vous: grâce à la transparence de cette atmosphère lumineuse, tout se

rapproche et se dessine, la distance est anéantie, et l'oeil distingue, à

vingt lieues au delà, les plus légers détails de cet admirable tableau.

Voilà le bourg d'Améca et le _sacro monté_ qui le garde, et la plaine

fleurie qui l'entoure; à gauche, la vallée d'Ozumba; à droite, les monts

de Tlalmanalco, Miraflores et ses clochers mauresques; plus loin, Chalco

se mire au soleil dans les eaux de ses lagunes; ici, c'est le Peñon, le

lac de Tezcuco, sur les bords duquel se traîne languissante, à l'ombre

des _sabinos_ centenaires, l'héritière de la grande ville aztèque; puis

les murailles étincelantes de Mexico, les mille clochers qui les

dominent, et les ravissantes villas qui l'accompagnent: toutes, malgré

les vingt lieues qui vous séparent d'elles, se distinguent encore dans

l'éloignement; voilà San Agustin la joueuse, Tacubaya la blonde,

Chapultepec d'impériale mémoire, et Guadelupe la Sainte. C'est un

ensemble extraordinaire de déserts, de lacs, de villes et de villages,

de plaines verdoyantes, de monts volcaniques et de sommets boisés. Comme

ceinture à ce magnifique tableau, la Cordillère étend au loin les lignes

sombres de ses monts de porphyre.

Mais la plaine de Puebla nous appelle, offrant les mêmes perspectives

avec plus de lointain encore dans l'horizon; à douze lieues, la ville

semble à vos pieds, et le regard, en suivant la vallée de Tehuacan,

pénètre jusqu'en Terre Chaude, pour saisir la silhouette des cactus

gigantesques et des palmiers sauvages.

Cinq volcans, cinq pics neigeux, la Nevada de Toluca, l'Iztaccihuatl, la

Malincha, l'Orizaba, le Popocatepetl, ce dernier, maître et roi de ces

géants domptés, s'élèvent au-dessus des plateaux de l'Anahuac; chaque

soir, le soleil les dore de ses feux, alors que dès longtemps il

abandonna les plaines; on dirait de cinq lustres immenses que la main du

Tout-Puissant espaça dans ces hauteurs, pour illuminer le plus

merveilleux panorama du globe.

En descendant, nous trouvâmes la tente établie à cent pieds environ,

dans un premier repli du cratère, sur la petite esplanade du _Malacate_

(c'est un cylindre de bois, autour duquel s'enroule le câble qui permet

de descendre dans le fond du cratère et d'en remonter les matières

soufrées qu'on exploite à Tlamacas). Une heure à peine nous suffit pour

prendre les vues du côté droit du cratère, du fond même du volcan et de

_L'Espinago del diablo_, le côté gauche; les bains d'argent se voilaient

bien d'une légère couche de sulfure, mais les vues réussirent cependant,

et deux surtout furent très-belles.

Nous voulûmes descendre dans le cratère. Amarrés à l'extrémité du câble,

le cylindre se déroula lentement, nous isolant dans l'abîme; nous avions

à la main un bâton pour nous éloigner des anfractuosités de la roche;

des pierres tombaient de temps à autre, nous menaçant d'une lapidation

d'un nouveau genre. La descente paraît longue; car le coeur volontiers se

trouverait pris de défaillance dans le parcours de cette prodigieuse

descente; elle me sembla de plus de trois cents pieds; on arrive alors

au cône tronqué formé par la chute continue des sables et des pierres du

sommet; ce cône s'élance du fond du cratère, pour atteindre lui-même à

une hauteur d'au moins deux cents pieds, avec une pente de 45°: on roule

plutôt qu'on arrive jusqu'au fond du cratère, toute sa surface est

couverte de neige, sauf aux abords des _respiraderos_ (il y en a deux,

le plus important est à gauche); on ne peut en approcher qu'à dix

mètres, encore la chaleur est-elle intense et les émanations

suffocantes. Ces deux jets de vapeur, qui, du haut du cratère

apparaissent comme de minces filets blancs et dont on distingue à peine

le bruit, sont, de près, deux énormes ouvertures lançant avec un bruit

de tonnerre une épaisse colonne de vapeur sulfureuse. Une source vient

déverser ses eaux dans une petite mare verdâtre, au milieu du cratère.

Cette même source, me disait depuis don Cyrilo Perez, alimente à douze

et à quatorze lieues, l'une à Puebla, et l'autre a Cuernavucca, deux

sources thermales. Une multitude de fumeroles s'échappe en sifflant des

murailles du cratère, et le soufre qu'on exploite se trouve, mélangé à

la terre, déposé en fleurs aux environs des _respiraderos_, ou bien en

morceaux d'un jaune clair et d'une cassure brillante; j'en ai rapporté

quelques beaux échantillons. Mais malgré les prodigieuses quantités qui

gisent au fond du volcan, le soufre d'Europe se vend encore à Mexico

meilleur marché que celui du Popocatepetl, ce qui peut donner une idée

de l'exploitation de ce produit dans la pauvre usine de Tlamacas.

Il était trois heures quand, après avoir gravi le cône de débris, nous

regagnâmes l'orifice du volcan.

La déclivité du pic est si rapide que les Indiens préposés à

l'extraction du soufre se contentent d'imprimer aux charges de terre

soufrée tirées du volcan un léger élan, de façon qu'elles arrivent

seules jusqu'à la limite des neiges. Cela s'appelle _la corrida_;

lorsque la neige n'est point trop durcie par la gelée, les hommes se

mettent à cheval sur les ballots et descendent avec eux; mais quand la

surface est glacée, la _corrida_ menaçant d'être trop rapide, ils

descendent a pied de peur des accidents. Cela me donna l'idée d'opérer

ma descente de la même manière.

Je m'assis donc simplement sur mon chapeau de feutre plié en quatre, et,

sur ce léger traîneau, je me laissai couler sur la pente, au grand

étonnement de nos guides, qui n'osèrent point s'engager dans pareille

entreprise. Don Louis me suivait; nous atteignîmes en peu d'instants une

vitesse prodigieuse; nous allions comme un tourbillon sur les flancs de

la montagne; le bâton qui devait guider notre marche n'entravait en rien

la rapidité de la chute; nous passions comme des aérolithes, c'était un

délire.

Jamais montagne russe ne donna l'idée d'une course semblable; impossible

de nous arrêter: aveuglés par une poussière de neige, enivrés de

sensations étranges, inconscients du danger, nous arrivâmes aux cendres

qui bordent les neiges, et roulant plus de vingt fois sur nous-mêmes,

nous nous relevâmes émus, mais intacts. Nous avions parcouru près de

deux kilomètres en sept minutes. Cela seul valait l'ascension. Je ne

prétendrais pas que nos postérieurs ne fussent point endommagés; mais

c'était la moindre des choses en échange d'une jouissance si grande, et

j'aurais certainement, au même prix, recommencé avec plaisir.

Le lendemain nous arrivions à Amécaméca, où don Pablo Ferez, tout

surpris de notre réussite, admirait en s'exclamant la beauté de nos

vues.

Quinze jours après je reprenais la diligence de Vera-Cruz; je revenais

en Europe. Au sortir d'Ayotla, nous nous trouvâmes pris entre deux

partis, dont les avant-gardes tiraillaient à cent mètres l'une de

l'autre. Il fallut s'arrêter, et nous entendions siffler les balles;

cela me mit à même de juger du tir mexicain. Pendant une heure au moins

que dura l'escarmouche, je ne vis pas tomber un seul homme.

L'engagement ayant cessé, je m'informai; il n'y avait pas eu un seul

blessé. Nous passâmes, et tombant dans l'arrière-garde de l'autre

troupe, je m'informai également du résultat de la bataille.--Baste! ce

sont des maladroits, me répondit un sous-lieutenant, nous n'avons pas eu

un homme de touché. C'était charmant.

Ce qui le fut moins, c'est qu'une fois engagés dans les bois de Rio

Frio, une demi-heure à peine après avoir quitté le petit corps d'armée,

nous fûmes arrêtés par deux bandits les plus déguenillés que j'aie

jamais vus; aussi furent-ils sans pitié. Comme d'habitude, il fallut

mettre pied à terre. Ces brigands étaient des créatures chétives qu'on

eût anéanties d'un coup de poing, et telle est la résignation des

voyageurs, ou la crainte qu'on a des camarades cachés dans le bois, que

personne ne manifesta la moindre idée de résistance. Pour cette fois, je

fus bien et dûment dépouillé; j'avais deux caisses, une malle bien

garnie, quelque argent, je complais sur le hasard pour passer, je tombai

mal: ils m'enlevèrent tout. L'un d'eux ouvrit d'abord ma malle, faisant

mine de choisir parmi les effets.

--En somme, dit-il, je prends tout. Et il passa l'objet à son acolyte;

mes papiers, mes notes, quelques précieuses curiosités, furent perdus;

je les réclamai vainement. J'avais sur les épaules un paletot neuf que

j'espérais conserver.

--Tiens, dit l'un d'eux en s'en allant, passez-moi donc cette pelure,

elle est fort belle.

Je la lui passai, ce qui me permit d'arriver à Puebla en manche de

chemise.

Ce ne fut point ma dernière aventure. En sortant de Puebla, nous avions

une nouvelle compagne de voyage: c'était une jeune fille de seize ans,

nommée Dolorès Molina; elle était fort belle, et d'une beauté dangereuse

pour braver, par ces temps de troubles, les hasards des grands chemins.

Elle allait à Cordova rejoindre sa mère qui l'attendait, et se faisait

une fête de l'embrasser, l'ayant quittée depuis longtemps.

La diligence eut le bonheur d'arriver à Tehuacan sans accident, et les

voyageurs qui couvaient de l'oeil la belle enfant n'avaient trouvé rien

de mieux à faire que de l'épouvanter par des alarmes continuelles. Au

moindre arrêt de la voiture, elle pâlissait et se récriait, à la grande

joie de ces messieurs. L'un d'eux, enfin, plus galant que les autres, et

pensant faire preuve d'esprit, lui dit:

--_Señorita_, c'est chose bien imprudente à vous de voyager dans les

temps où nous sommes, et si j'étais coureur de route, ce n'est point à

la bourse de ces messieurs que je m'adresserais; j'ambitionnerais de

plus doux trésors, et je vous emporterais si loin qu'on ne vous verrait

plus.

Cette délicate plaisanterie fit monter le rouge à la figure de la jeune

fille et des larmes à ses yeux. On imposa silence au malencontreux

galant; mais à partir de ce moment, Dolorès, sous le coup de douloureux

pressentiments, se trouvait prise à la moindre alerte de tremblements

convulsifs et d'une épouvante que rien ne pouvait calmer. J'étais

silencieux témoin de ce prologue et je flairais dans l'air une vague

odeur de drame. Cependant nous arrivâmes à Tehuacan sans que rien

justifiât les alarmes de Dolorès. Nous devions repartir le lendemain

pour Cordova, et cette partie de la route n'offre d'habitude aucun

danger.

Mais la fatalité voulut que la diligence d'Orizaba n'arrivât point; il

fallut donc séjourner à Tehuacan, et nous y restâmes trois jours,

attendant vainement la diligence. Je conseillai à la jeune fille de se

montrer le moins possible, afin de ne point attirer les regards; aussi

ne sortit-elle pas de l'intérieur de la _fonda_, vivant dans l'intimité

des femmes de la maison.

La diligence arriva cependant, et le quatrième jour, à deux heures et

demie du matin, nous partions pour Orizaba. Nous n'étions que cinq

voyageurs: une vieille femme et ses deux enfants, Dolorès et moi; nos

compagnons de Puebla avaient suivi d'autres routes. Nous roulions depuis

deux heures dans le _monte_ sauvage qui se trouve aux environs de la

ville; il faisait un clair de lune splendide, et les palmiers nains et

les grands _organos_ qui bordaient la route, les plantes épineuses où

disparaissaient les _coyotes_, prêtaient au paysage la poétique

physionomie du grand désert. Tout à coup un bruit de sabots frappant le

sol se fit entendre à l'avant; Dolorès, frémissante, se jeta dans mes

bras; une troupe de cavaliers arrivait sur nous au triple galop,

soulevant des flots de poussière. La diligence s'arrêta.

--Pied à terre, fit l'un d'eux; et comme je descendais seul:

--N'y a-t-il qu'un homme dans ta voiture? dit-il au cocher.

--Qu'un seul, répondit celui-ci: le tableau rappelait une scène de _Fra

Diavolo_ ou de _Marco Spada_, mais avec un cadre plus grandiose. Je me

trouvais en présence de sept cavaliers montés sur des chevaux

admirables; ils avaient des costumes de grand prix, de belles armes, des

_chappareras_ de peaux de tigres, et leurs grands chapeaux mexicains

étaient galonnés d'or avec des toquilles énormes. Je n'avais jamais vu,

ma foi, de voleurs aussi bien habillés. «Passez devant, me dit l'un

d'eux avec une grâce parfaite, il ne vous sera fait aucun mal.» Bronzé

par une vie d'aventure, j'assistai indifférent à la scène qui suivit;

j'y éprouvais même une certaine jouissance, c'était le complément de ma

vie de voyage. Cependant, lorsque j'entendis les cris déchirants que

poussa la jeune fille, je ne pus m'empêcher de voler à son aide; elle se

jeta sur moi, enlaçant mon cou de ses beaux bras blancs et pleurant,

suppliant, invoquant sa mère.

--Ah! sauvez-moi, disait-elle, sauvez-moi! Pauvre enfant, la sauver! de

toute mon âme..... mais que faire? Sept hommes armés, seul, et pas un

couteau. Ces messieurs néanmoins n'usèrent ni de brutalité, ni de

menaces.

--Allons, ma chère enfant, disait le chef, séchez vos larmes, _somos

caballeros_, nous sommes des gens bien élevés et vous n'aurez aucun

mauvais traitement à subir. Venez, le temps presse, partons; et comme la

jeune fille se débattait en désespérée, deux des hommes l'enlevèrent de

force et la posèrent en croupe sur la monture de l'un d'eux. _Vamos_,

commanda le chef. Ils disparurent dans le _monte_, où bientôt les cris

de la pauvre Dolorès se perdirent dans le lointain. Au premier village

où nous arrivâmes, il y avait un relai.

--Ne ferez-vous point une déposition? fis-je au cocher.

--À quoi bon, dit-il? on la rendra bien toujours à sa mère.

Nous passâmes. Peu après nous descendions les _cumbres_ d'Aculcingo, et

sur les trois heures de l'après-midi, nous arrivions à l'hôtel des

Diligences, à Orizaba. La mère de Dolorès était là, attendant sa fille:

il fallut lui conter l'enlèvement; je ne dirai point sa douleur.

J'ignore si jamais son enfant lui fut rendue.

Un jour encore et j'allais atteindre Vera Cruz, revoir la mer et

m'embarquer pour l'Europe: je n'osais croire à tant de bonheur, et cet

Océan que j'ai toujours tant redouté n'avait plus pour moi que des

sourires. Le 28 décembre 1859, je faisais mes adieux aux plages

mexicaines; j'allais traverser de nouveau les États-Unis, alors en voie

d'insurrection. Après quatre années d'absence, le 2 février 1861, je

foulais la terre d'Europe.

FIN

NOTES:

[1] Par Orderic Vital, entre autres.

[2] _Popol-Vuh, le Livre sacré et les Mythes de l'antiquité mexicaine._

Paris, 1861.

[3] _Lettre_ adressée à M. l'abbé Brasseur de Bourbourg.

[4] «_Tulan en Xibalbay_, c'est-à-dire la cité bâtie par les _Nahuas_,

après leur colonisation en _Tamoanchan_.»

[5] «Un troisième _Tulan_, à l'occident du côte américain de l'Océan,

peut-être le _Tile_ désigné par M. Rafn, qu'il faudrait placer au nord

des États-Unis, et enfin le _Tulan_ où est le dieu, qui correspondrait à

_Tula_ ou _Tollan_, l'une des capitales toltèques de l'Anahuac, à 14

lieues au nord de Mexico, aujourd'hui la petite ville de _Tula_, route

de Queretaro.»

[6] _Melpomène_, ch. LXII.

[7] _Melpomène_, ch. LXIV.

[8] Sahagun, _Hist. de Nueva España_, lib. X, cap. XXIX. (_V_. le _Livre

sacré_, par M. l'abbé Brasseur de Bourbourg, p. CXLV.)

[9] _History of the conquest of Mexico_, t. III, p. 255.

[10] Le _Livre sacré_, par M. l'abbé Brasseur de Bourbourg, p. CLXV.

Beauvois, _Découvertes des Scandinaves en Amérique_, dans la _Revue

orientale et américaine_, t. II, p. 116.

[11] _Le Livre sacré_, par M. l'abbé Brasseur de Bourbourg, p. CLXV.

Beauvois, _Découvertes des Scandinaves en Amérique_, dans la _Revue

orientale et américaine_, t. II, p. 116.

[12] _Relation_ d'Escalante Fontanedo, p. 24.

[13] _Relation_ de Biedma, p. 104.

[14] _Le Livre sacré_, par M. l'abbé Brasseur de Bourbourg, p. CLXXIV.

[15] _Transact. Americ._ Phil. Soc., v. I, p. 158.

[16] Séance du 14 mai 1859.

[17] Voir, dans le compte rendu de cette même séance, un _fac-simile_.

[18] Quand nous disons bâtir, nous entendons construire au moyen de

blocs équarris taillés, et posés jointifs. Nous mettons les dolmens,

menhirs, etc., en dehors des constructions de pierre. Au contraire, ces

monuments, si improprement appelés druidiques à notre sens, paraissent

appartenir à des races touraniennes, finniques, ou du moins

très-profondément pénétrées de sang jaune. Mais ce n'est pas ici le lieu

de développer cette opinion.

[19] Histoire du Japon. édit. de 1754, t. I, chap. X, p. 171 et suiv.

[20] Nous retrouvons ce culte des Camis chez les peuples aryans, ce sont

les _Çoura_, les _Célestes_, héros qui, après leur mort, allaient

habiter le Svarga, où ils étaient reçus par Indra, le plus grand des

dieux; où, devenus dieux eux-mêmes, ils formaient ce conseil turbulent

qui menaçait sans cesse le dieu suprême Indra. La mythologie scandinave

nous présente cette même divinisation du héros. Il n'est pas besoin de

dire que, chez les Grecs, l'époque héroïque n'est qu'un développement de

la même idée.

[21] Emory, _Notes_. Voy. les planches.

[22] _Le Livre sacré_, p. CXC.

[23] Ces restes des anciennes tribus, qui ont une parenté directe avec

les anciens possesseurs du Mexique, habitent les montagnes et vivent de

préférence dans des souterrains.

[24] Part. II, chap. VI.

[25] Terre-Neuve.

[26] _Ouvrage original des indigènes de Guatémala_, traduit par M.

l'abbé Brasseur de Bourbourg.

[27] Troisième partie du _Livre sacré_, ch. I.

[28] Lieu marécageux, la région, pense le traducteur, arrosée par les

affluents de l'Uzumacinta et du Tabasco, entre la mer et les montagnes,

etc.

[29] Les barbares, ce sont les indigènes, qui, dans tous les récits du

_Livre sacré_, sont toujours représentés sous la figure d'animaux.

[30] Le nombre _quatre_ est sacré dans les mystères quichés (ch. II).

[31] Chap. III.

[32] Princes purificateurs de la race quichée.

[33] Les trois cimes de _Mamah_, d'_Avilix_ et de _Tohil_, sont situées

au nord-est de _Santa-Cruz del Quiché_.

[34] Chap. VIII.

[35] _Historia ecclesiastica Adami Bremensis. Libellus de situ Daniæ et

reliquarum quæ trans Daniam sunt regionum naturâ._ Edit. curâ ac labore

Erpoldi Lindenbruch, Lugduni Batavorum. Leyde, 1595 (CI[C]I[C]XCV), p. 143.

[36] Parmi les divinités primitives des Quichés, on reconnaît également:

Le sillonnement de l'Éclair, la Foudre qui frappe, Celui qui engendre et

Celui qui donne l'être, l'Édificateur et le Formateur. Plus tard,

lorsque les Quichés sont arrivés à Tulan, c'est Tohil (le bruit, le

grondement, l'averse) qui est le Dieu suprême. C'est Avilix et Hacavitz

qui sont les dieux secondaires, mais dont les attributions ne sont pas

définies.

[37] Comme les Quichés honoraient les chefs des familles nobles, tels

que Balam-Quitzé, Balam-Agab, Mahucutah et Iqi-Balam. C'est-à-dire:

_Tigre au doux sourire_, _Tigre de la nuit_, _Nom signalé_, _Tigre de la

lune_.

[38] «Qu'on aille mettre la tête de Hun-hun-Ahpu dans l'arbre qui est au

milieu du chemin, ajoutèrent Hun-Camé et Vukub-Camé. Au moment où on

alla placer la tête au milieu de l'arbre, cet arbre se couvrit aussitôt

de fruits...... Grand dans leur pensée devint le caractère de cet arbre,

à cause de ce qui s'était accompli si subitement, quand on avait mis la

tête de Hun-hun-Ahpu entre ses branches. Alors ceux du Xibalba se

parlèrent entre eux: Qu'il n'y ait personne qui (soit assez hardi) pour

s'asseoir au pied de l'arbre, dirent tous ceux de Xibalba, s'interdisant

mutuellement et se défendant (d'en approcher).» Le _Popol-Vuh_, part.

II, chap. II, trad. de M. l'abbé Brasseur de Bourbourg.

[39] On retrouvait encore des institutions phalliques chez les Natchez

au commencement du XVIIIe siècle (Charlevoix). Les Toltèques, dans leur

retour vers le nord, fondèrent de grandes cités dans les vallées

arrosées par le Rio-Gila. Au temps de la conquête, il existait encore

sur les rivages du golfe de Californie une monarchie puissante, dont la

capitale (Colhuacan) était populeuse et florissante. Les institutions

phalliques y étaient en honneur de temps immémorial. (_Hist. apol. de

las Ind. occid._, t. I, cap. LIII et LIV, manuscrit cité par M. l'abbé

Brasseur de Bourbourg.--_Relation de Castañeda_, coll. Ternaux, deuxième

partie, chap. I, p. 150.)

[40] Troisième assise, commençant par le bas, deuxième pierre, côté

gauche.

[41] Quatrième assise, commençant par le haut, côté droit.

[42] P. CXXI.

[43] L'_ancien_, l'aïeul.

[44] Chap. III, quatrième partie.

[45] Depuis que les édifices de Palenqué sont sortis de l'oubli, s'ils

n'ont plus à craindre le vandalisme des fanatiques, ils subissent la

destruction méthodique des amateurs. La plupart des voyageurs curieux en

arrachent des fragments pour enrichir leurs collections. Une des parties

du bas-relief _de la croix_ a ainsi été enlevée, l'autre, descellée de

sa place, est restée au milieu des broussailles, où M. Charnay a pu la

photographier. Mais tel est encore l'état de barbarie de notre temps,

qui cependant prétend être civilisé, que pendant nos discussions sur tel

monument dont l'existence importe à l'histoire du monde entier, quelque

obscur voyageur enlève ou détruit pour toujours l'objet de ces

discussions: et cela n'a pas lieu qu'à Palenqué!

[46] Ces linteaux s'étant brisés, on a ajouté, à une époque récente,

deux pieds-droits en maçonnerie pour rétrécir l'entrée.

[47] Prichard, entre autres.

[48] Ewald, _Geschichte des volkes d'Israël_. Lassen, _Indische

Alterthums Kunde_.

[49] M. Charnay a bien voulu nous remettre quelques-uns de ces objets.

Au Mexique, les Toltèques et leurs successeurs ne connaissaient pas le

fer: nous avons eu entre les mains de beaux outils de cuivre rosette,

seul métal dont ils pussent faire emploi pour leurs armes comme pour

leurs ustensiles et outils journaliers.

[50] _Hist. apol. de las Ind. Occid._, t. IV, cap. CCXXXV, MS. Nous

empruntons ici à M. l'abbé Brasseur de Bourbourg la traduction de ce

passage.

[51] À l'époque de la conquête, le _Tlapallan_, qui avoisinait Xibalba,

et qui bornait au sud le golfe de Honduras, contenait une ville aussi

grande que Mexico.

[52] Les noms dans lesquels l'épithète de _blanc_ se répète paraissent

assez indiquer une race comparativement pure.

[53] Au temps de la conquête, les derniers descendants peut-être de

cette race de Xibalba, les Mayas de l'Yucatan, se peignaient encore le

visage.

[54] Ixtlilxochitl, _Sumaria Relacion_.

[55] M. l'abbé Brasseur de Bourbourg, p. CXXXIII. Dans le _Livre sacré_,

on lit ce passage curieux, qui indique la culture des arts chez les

hommes de race nahuatl ou toltèque. La mère de Hun-hun-Ahpu et de

Vukub-Hunahpu, victimes des princes de Xibalba, a deux autres fils,

Hunbatz et Hunchoven; mais ceux-ci, résignés à leur sort, ne cherchent

point à affranchir la nation du joug de Xibalba: «À jouer de la flûte et

à chanter ils s'occupaient uniquement; à peindre et à sculpter ils

employaient tout le jour, et ils étaient la consolation de la vieille

(chap. IV, p. 103). Et plus loin: «Or, Hunbatz et Hunchoven étaient de

très-grands musiciens et chanteurs; ayant crû au milieu de grandes

peines et de grands travaux qu'ils avaient passés, tourmentés de toute

manière, ils étaient devenus de grands sages; ils s'étaient rendus

également (habiles comme) joueurs de flûte, chanteurs, peintres et

sculpteurs; tout sortait parfait de leurs mains (chapitre V).»

Toutefois, dans le _Livre sacré_, devant les descendants miraculeux de

Hun-hun-Ahpu, destinés à devenir les libérateurs de la nation nahuatl et

à conquérir Xibalba, ces deux artistes sont changés en singes, comme

indignes, probablement, de concourir à l'oeuvre héroïque.

[56] _Hist. antigua de Mexico_, t. I, cap XII.

[57] Au signe _Ome-Tochtli_, II. Lapin.

Cités et ruines américaines: Mitla, Palenqué, Izamal, Chichen-Itza, Uxmal · 第 29 / 30 段