À Chichen-Itza, nous voyons une de ces pyramides de maçonnerie couronnée

de son édifice, pl. XXXII, auquel on donne aujourd'hui le nom du

château. Vu de près, l'un de ces monuments, appelé la Prison, pl. XXXI,

présente une construction assez mal faite composée d'un blocage revêtu

d'un parement en gros moellons irrégulièrement taillés et posés. On

observera que les baies de cet édifice consistent en des pieds-droits

verticaux avec linteaux de pierre; que le couronnement présente une

combinaison de méandres formés de petites pierres juxtaposées et

scellées au blocage au moyen du mortier. Des pierres plus fortes

soutiennent les angles; mais cet édifice est un des moins bien

construits de l'Yucatan. Le monument de Chichen-Itza, connu sous le nom

du Cirque, pl. XXXIV, nous montre un appareil plus grand et dont une

partie est couverte de sculptures. Sur une frise, comprise entre deux

assises de rinceaux, sont figurés des tigres se suivant, ou affrontés

deux par deux et séparés par des couronnes, contenant de petits disques

percés. Bien que les parements de cet édifice soient mieux faits que

ceux de la Prison, cependant on observera que les joints des pierres ne

sont pas _coupés_ conformément à l'habitude des constructeurs

d'_appareils_, mais que les pierres, ne formant pas _liaison_,

présentent plusieurs joints les uns au-dessus des autres et ne tiennent

que par l'adhérence des mortiers qui les réunit au blocage intérieur.

Par le fait, ces parements ne sont autre chose qu'une décoration, un

revêtement collé devant un massif. Toutefois, rien dans cette

construction n'indique une tradition de structure en bois. C'est un

blocage revêtu, tandis que dans la plupart des autres monuments de

l'Yucatan, la structure de bois apparaît dans les bâtisses de pierre,

particulièrement dans ceux d'Uxmal, que nous allons examiner tout à

l'heure.

On voit sur la face du bâtiment du Cirque, pl. XXXIV, au-dessous de

l'assise des entrelacs inférieurs, cinq trous circulaires. Ces trous,

que nous retrouverons plus apparents encore dans d'autres monuments du

Mexique, paraissent avoir été réservés pour recevoir des _boulins_ ou

grosses perches de bois, auxquelles étaient attachées des bannes, afin

de former autour de l'édifice un portique couvert d'étoffes ou de

nattes. Mais une des salles intérieures du Cirque nous fournit un ample

sujet d'observations. Cette salle, pl. XXXIII, donne en coupe

transversale la section fig. 2. Les parements (mal appareillés, comme

ceux de l'extérieur) sont entièrement revêtus d'une série de sculptures

plates, représentant des hommes armés combattant des serpents et des

tigres. Si la signification de ce bas-relief est obscure, les types des

têtes, les costumes, les armes des personnages, donnent de précieux

renseignements. On remarque tout d'abord que les traits de la plupart de

ces personnages ne rappellent nullement les profils des figures de

Palenqué, ou ceux que l'on prête aux races indigènes du Mexique si

souvent reproduits par des terres cuites recueillies en grand nombre

dans ces contrées. Ainsi, fig. 3, nous donnons une copie fidèle de ces

terres cuites que M. Charnay a bien voulu déposer entre nos mains, et

fig. 3 _bis_, une tête d'un indigène, copiée par une photographie. Il

est clair que ces deux types appartiennent à une même race ou à un même

mélange de sang. La terre cuite, qui est d'une époque fort ancienne, et

le sujet nouveau présentent les mêmes caractères; front étroit,

naissance du nez mince et déprimée, sourcils rapprochés, paupières

supérieures recouvrant fortement l'angle externe de l'oeil, os du nez

saillant, narines maigres, anguleuses, ouvertes; pommettes plutôt

anguleuses que saillantes, joues plates, bouche large, abaissée vers

ses extrémités, lèvres grosses et coupées nettement, os maxillaire se

relevant sous la bouche. Or, ce type de Mexicain, donné fig. 3 _bis_,

est fréquent, et parmi nos photographies, nous en possédons plusieurs

qui conservent ce même caractère bien tranché. Nous ne pouvons donc

mettre en doute l'exactitude des traits reproduits par cette terre

cuite, puisque, encore de nos jours, ce type s'est conservé. À côté de

ces types, nous donnons, fig. 4, le _fac-simile_ d'une photographie

faite à Mexico: c'est un jeune sujet femelle. Ici le caractère de la

race finnique est des plus prononcés; front bas, angle externe de l'oeil

relevé, nez court, pommettes hautes, bouche large, lèvre supérieure

épaisse et coupée nettement, éloignée du nez, menton fuyant, base du

visage large; et ce sujet n'est pas le seul, nous en possédons un

certain nombre qui présentent les mêmes caractères et qui tous

appartiennent à la plus basse classe de Mexico. Le sujet fig. 3 _bis_ se

rapproche du type des figures de Palenqué, quoique, dans celles-ci, les

angles externes des yeux soient relevés et le menton fuyant. Mais voici,

fig. 5, une copie faite à la loupe, aussi exactement que possible, d'une

des têtes les mieux conservées du bas-relief de Chichen-Itza[40]. Le

profil du guerrier représenté ici se rapproche sensiblement des types du

nord de l'Europe, et l'influence toujours si apparente du sang jaune ne

s'y fait pas sentir. Dans le même bas-relief, nous voyons cependant des

personnages dont les traits paraissent beaucoup moins purs. Quelques-uns

ont un appendice qui leur traverse le nez, l'un d'eux même[41] semble

avoir devant les yeux une paire de besicles saillantes comme le seraient

de petites lorgnettes dites _jumelles_. En effet, dans la dissertation

de M. l'abbé Brasseur de Bourbourg, sur le _Livre sacré_[42], nous

lisons ce passage.

[Illustration: Fig. 2.]

[Illustration: Fig. 3.]

[Illustration: Fig. 3 _bis_.]

[Illustration: Fig. 4.]

[Illustration: Fig. 5.]

«Dans l'inscription des divers calendriers d'origine nahuatl, le premier

après Cipactli (Imox)[43], c'est _Ehecatl_ (_Ig_, dans l'Amérique

centrale), l'esprit, le souffle qui anime tout, le vent de la nuit;

_Opu_ ou l'invisible, personnification, sans doute, de _Hurakan_,

l'ouragan, appelé aussi le _Coeur de la Mer_, le _Coeur du Ciel_, le

_Centre de la Terre_, où il souffle la tempête. On lui prête, par

conséquent, les mêmes attributs qu'à _Tlaloc_ (le _Fécondateur de la

terre_), représenté la foudre à la main et commandant aux orages; puis

ceux de _Xiuhteuctli_ (le _Maître du feu_ ou _de l'année_), et aussi

ceux de _Tetzcatlipoca_ (_celui du miroir fumant?_), lançant la foudre

et qui souvent paraît avec de grandes lunettes devant les yeux.

Cependant, par l'effet d'une transition assez ordinaire dans cette

théogonie, _Ehecatl_, l'esprit ou le vent, se personnifie dans

Quetzalcohuatl; celui-ci devient alors le dieu de la pluie; ensuite il

se trouve chargé de balayer les nuages devant Tetzcatlipoca, qui devient

le soleil, _Tonatiuh_ le resplendissant, dans la langue nahuatl.»

Tous les personnages représentés sur le bas-relief intérieur du Cirque

sont richement vêtus, coiffés de casques ornés de plumes et très-variés

de forme. Dans la main gauche, ils portent un paquet de javelines, et

leur main droite tient une sorte de massue. Une garde, comme un épais

bracelet, entoure leur poignet. En examinant scrupuleusement ces masses

d'armes, on distingue à leur extrémité comme une pierre ou un morceau de

métal engagé dans une enveloppe volumineuse composée de deux parties

(voir la fig. 6 grossie à la loupe). De quelle matière étaient ces

enveloppes? C'est ce qu'il est difficile de dire; leur bord est strié

comme pour indiquer une fourrure ou une masse de bois rayée sur les

côtés. Quelques-unes de ces armes sont munies d'un manche; d'autres ont

un anneau qui sert à les tenir avec deux doigts seulement.

Le _Livre sacré_, dont l'importance historique s'accroît en analysant

les planches de M. Charnay, nous fournit, au sujet de ces masses

d'armes, un renseignement curieux. Quatre tribus quichées sont

retranchées sur le mont Hacavitz, personnifiées en Balam-Quitzé,

Balam-Agab, Mahucutah et Iqi-Balam. Les populations de la plaine se

réunissent pour les attaquer; mais celles-ci, arrivées au pied de la

montagne avant la nuit, font halte et s'endorment[44]. «Tous ensemble

donc ils firent halte dans la route; et, sans qu'ils s'en aperçussent,

tous finirent par s'endormir; après quoi on commença (les quatre

personnages quichés) à leur raser les sourcils avec leurs barbes; on

leur enleva le riche métal de leur col, avec leurs couronnes et leurs

ornements; mais ce ne fut que la _poignée de leurs masses_ qu'ils

prirent en fait de métal précieux; on le fit pour humilier leurs faces

et pour les prendre au piége, en signe de la grandeur de la nation

quichée. Ensuite, s'étant réveillés, ils cherchèrent aussitôt à prendre

leurs couronnes, avec la _poignée de leurs masses_, mais il n'y avait

plus d'argent ou d'or à la poignée, ni à leurs couronnes.....»

Quelques-unes des masses d'armes représentées entre les mains des

personnages du bas-relief du Cirque de Chichen-Itza sont, en effet,

garnies d'ornements à la poignée.

[Illustration: Fig. 6.]

Pour la facilité des lecteurs, nous donnons, fig. 7, deux des casques ou

bonnets chargés de plumes de ces guerriers, soigneusement copiés à la

loupe sur la photographie de M. Charnay. L'un de ces bonnets semble

couvert d'une fourrure crépue comme sont les bonnets portés par les

Persans de nos jours. Ces coiffures sont maintenues sous le menton au

moyen d'une jugulaire garnie d'une large oreillère ronde. Les ornements

qui sont attachés aux narines de quelques-uns des personnages de ce

bas-relief étaient probablement en pierre, car on en conserve plusieurs,

dans les collections de Mexico, qui paraissent avoir été destinés à cet

usage; ce sont des morceaux d'obsidienne finement taillés. On observera

aussi que le personnage portant une paire de lunettes, armé également

d'une massue, tient son paquet de javelines sous une cape. Tous les

guerriers sont très-vêtus, chaussés de bottes longues et amples avec un

bourrelet à la hauteur de la cheville. Le caractère de cette sculpture

présente un singulier mélange de barbarie comme dessin et de délicatesse

comme exécution. Les figures sont lourdes, leurs gestes sont gauchement

exprimés, et les détails de la sculpture indiquent un art avancé,

presque voisin de la décadence. La porte d'une autre salle du même

monument est terminée, à sa partie supérieure, par deux linteaux d'un

bois dur, rougeâtre, et qui provient de l'arbre nommé en espagnol

_zapote colorado_. Ces linteaux, qui sont parfaitement conservés, grâce

à l'extrême sécheresse de l'atmosphère dans la péninsule de l'Yucatan,

sont couverts de gravures. L'intérieur est peint, et les couleurs

employées sont le rouge, le noir, le jaune et le blanc. Du reste,

presque toutes les baies des monuments de l'Yucatan sont ainsi terminées

par des linteaux du même bois; car les constructeurs de cette contrée,

comme on peut le reconnaître facilement, n'employaient pas de matériaux

d'un fort volume; ils se fiaient à la bonté de leurs mortiers pour

maintenir les parements extérieurs mal liaisonnés et ces encorbellements

qui composent les salles. Ces mortiers sont faits avec une chaux

hydraulique presque pure, et ont une si complète adhérence, soit dans

les massifs, soit même lorsqu'ils sont appliqués comme enduits, comme à

Palenqué, qu'à peine si le marteau peut les entamer. On les employait

avec profusion, car il existe encore quelques routes antiques dont la

chaussée est entièrement revêtue d'un ciment très-dur.

[Illustration: Fig. 7.]

Les pl. XXVI, XXVII, XXVIII, XXIX et XXX, représentent les divers

aspects d'un des monuments de Chichen-Itza, désigné sous le nom de

_Palais des Nonnes_. L'architecture de cet édifice est plus franche que

celle de la Prison et du Cirque. La façade, pl. XXX, est même d'un beau

caractère, et la composition de la porte avec le bas-relief qui la

surmonte est pleine d'une grandeur sauvage, d'un effet saisissant. Mieux

traité que dans les exemples précédents, l'appareil des parements est

plus régulier, et il présente cette particularité très-remarquable qu'il

s'accorde exactement avec la décoration. Ainsi, les méandres, les têtes

monstrueuses qui garnissent les parois et les angles, sont composés au

moyen de pierres juxtaposées formant chacune un membre de l'ornement. Le

menton, les moustaches, les joues, le nez, les prunelles des yeux, les

sourcils et le bandeau frontal sont autant de morceaux présentant une

sorte de mosaïque saillante et sculptée.

Nous allons retrouver cet ornement bizarre répété à satiété sur les

parois des monuments de l'Yucatan. Mentionnons, pl. XXVII et XXIX, ces

treillis de pierre qui figurent des claires-voies de bois sur un des

soubassements et sur une frise du Palais des Nonnes. Constatons aussi la

présence de ces consoles sur le linteau de la porte, pl. XXX, qui

semblent figurer des bouts de solives. Ces caractères particuliers et la

perfection relative des tailles des parements doivent faire supposer que

ce Palais est d'une époque un peu postérieure à la Prison et au Cirque,

ou du moins qu'il a été élevé sous une influence nouvelle. Mais

poursuivons l'examen des photographies, nous reviendrons ensuite sur les

observations que cet examen fait naître.

RUINES D'UXMAL

En se dirigeant à l'ouest de Chichen dans l'Yucatan, on découvre, non

loin de Mérida et de Ticul, les ruines d'une ville importante, Uxmal.

Voici, fig. 8, un plan général de ces ruines. Au nord, en A, est un

vaste palais, dit _Palais des Nonnes_, comprenant divers bâtiments

disposés à angles droits et contenant une cour avec deux citernes _aa_

et chemin revêtu de ciment _e_. Le bâtiment _b_ est précédé d'une

esplanade surélevée _c_ avec logements au-dessous. En B, vers le

sud-est, est un téocalli elliptique bâti, avec large escalier, et

couronné par un temple connu aujourd'hui sous le nom de _Maison du

Nain_. Au sud, en C, est le palais dit _du Gouverneur_, et qui semble

également avoir été un temple. L'ensemble de cette construction

consiste en une première pyramide tronquée, ou première plate-forme

carrée de plus de 200m de côté. Une seconde plate-forme s'élève en

retraite sur la première; deux citernes _dd_ sont creusées sur le

plateau. Sur une troisième plate-forme _k_ est construit l'édifice

désigné par les gens du pays comme étant la résidence du gouverneur. Un

autel est placé en _g_, et une pierre en _h_, dite _Pierre du

Châtiment_. Vers la corne nord-ouest s'élève un petit bâtiment dit

_Maison des Tortues_. À l'extrémité sud-ouest est une autre pyramide D,

devant laquelle est bâti un édifice singulier, dit _Maison des

Colombes_. En E s'élève une autre pyramide couronnée par des débris.

Tout le sol situé entre ces constructions gigantesques est couvert de

ruines.

[Illustration: Fig. 8.]

Si l'on se place dans la cour du _Palais des Nonnes_, au point O,

regardant vers le sud, on découvre la vue générale donnée dans la pl.

XLIX. Sur le devant apparaît l'intérieur du bâtiment de face du _Palais

des Nonnes_, avec sa grande entrée formée d'assises en encorbellement;

sur le second plan, à droite, la _Maison des Colombes_; au milieu, les

deux pyramides du sud, devant lesquelles se détache la _Maison des

Tortues_; puis, sur la gauche, se découpant sur le ciel, le grand

_Palais du Gouverneur_, dont la longueur est de 100m environ. Si, du

même point O, pl. XXXVI, on se tourne vers l'est, on découvre, au-dessus

du bâtiment K de cette cour, la _Maison du Nain_ ou _du Sorcier_, bâtie

sur un tumulus elliptique.

Mais examinons un instant cette façade intérieure du bâtiment K. Ici, la

tradition d'une structure de bois par empilage, avec claires-voies

interposées, est évidente. D'ailleurs, les linteaux de ces portes

carrées sont en bois sous la maçonnerie. Au-dessus de la porte centrale,

on retrouve ces têtes monstrueuses que nous avons déjà vues à

Chichen-Itza. Entre les deux assises en saillie qui simulent des

sablières de charpente sur le soubassement, l'architecte a même placé

comme une suite de rondins de bois juxtaposés. Il n'est pas douteux ici

que l'on a cherché à rappeler ces bâtisses primitives de bois qui, chez

les peuples présentant un mélange de sang blanc et de sang jaune, ont

consisté d'abord en un empilage de troncs d'arbres disposés en

encorbellement, afin de réserver de larges vides à leur base. Ces vides

sont fermés par des treillis imitant des claires-voies.

Pour rendre parfaitement compréhensibles ces structures par empilages,

encore en usage dans les contrées où les deux sangs blanc et jaune sont

mêlés, il est utile de donner une figure de cette oeuvre primitive de

charpenterie.

En effet, fig. 9, supposons des piles ou murs de refend A; si l'on pose

à la tête des piles les premiers patins B, sur lesquels, à angle droit,

on embrèvera les traverses C, puis les secondes pièces B´,les deuxièmes

traverses C´en encorbellement également embrévées, et ainsi de suite,

on obtient, au droit des têtes de piles ou murs de refend, des parois

verticales, et, dans le sens des ouvertures, des parois inclinées

arrivant à porter les filières D avec potelets intercalés. Si, d'une

pile à l'autre, on pose les linteaux E en arrière du nu des pièces BB´

et que sur ces linteaux on établisse des treillis, on obtiendra une

construction de bois primitive, qui est évidemment le principe de la

décoration de la façade de pierre du bâtiment, pl. XXXIX. Mais cette

structure primitive n'était plus comprise par les artistes qui élevèrent

ces façades, car on remarquera que les encorbellements de bois par

empilage sont indifféremment disposés sur les pleins et les vides, ce

qui est un contre-sens; on observera encore, fig. 10 donnant une portion

du plan de ce bâtiment, que les parois inclinées des salles sont

disposées parallèlement aux murs de face, comme l'indique le rabattement

G, et non perpendiculairement à ces murs de face. Ainsi donc les

traditions de la structure de bois, bien que conservées dans leur

apparence à Uxmal, n'étaient plus admises autrement que comme une

décoration, ce qui indique une longue période d'art entre l'époque de

leur origine et celle de la construction de ces édifices.

[Illustration: Fig. 9.]

[Illustration: Fig. 10.]

Un détail de l'angle nord-ouest de ce bâtiment, pl. XXXIX, explique plus

clairement encore cette tradition de la construction de bois primitive.

La grande échelle de cette vue de détail permet de constater le

caractère des têtes humaines qui semblent accrochées au milieu des

empilages; ce ne sont pas là les types des figures de Palenqué, mais

bien plutôt ceux des figures des monuments assyriens. Sur la frise

supérieure sont attachées des rosettes avec franges qui ont toute

l'apparence d'un objet en passementerie, et cependant, à l'angle comme

au centre du bâtiment, apparaissent ces têtes monstrueuses qui semblent

n'avoir avec le reste de cette façade aucun rapport, ni comme style, ni

comme ornementation.

La façade nord intérieure du _Palais des Nonnes_, pl. XXXVI, présente

encore un bien autre mélange de style et de traditions. La structure de

bois est à peine observée, on n'en trouve plus que çà et là quelques

vestiges. Les grosses têtes forment la principale décoration des dessus

de portes; les treillis sont historiés, les encorbellements empilés

supprimés. Ces amoncellements verticaux d'ornements rappellent certaines

décorations des monuments de l'Inde septentrionale, tels que ceux, par

exemple, de la pagode Noire à Kanaruc.

Sous la dernière porte à gauche, pl. XXXVI, on distingue parfaitement

l'un des linteaux de bois dur dont nous avons parlé et qui a fléchi sous

la charge. Si l'on se retourne vers le bâtiment de l'entrée et que l'on

regarde la façade intérieure, pl. XLII, on retrouve là encore la

tradition des constructions primitives en rondins. Ce sont des travées

entières de cylindres de pierre juxtaposés comme une palissade de troncs

d'arbre. Le treillis et les grosses têtes complètent la décoration. À

la porte principale, que l'on voit à droite, c'était bien le cas

d'adopter le parti figuré des bois empilés en encorbellement; cependant

l'architecte s'est contenté de deux parements de pierre inclinés, comme

dans les constructions pélasgiques. Ce fait seul prouverait que les

artistes qui ont construit ces édifices subissaient l'influence de

traditions très-diverses et les appliquaient indifféremment sans se

rendre compte de leurs origines; qu'ils venaient donc après des peuples

ayant laissé des traces de toutes ces traditions sur le sol de

l'Amérique centrale.

Sans sortir de cette cour si riche, et regardant vers l'ouest, on

aperçoit la façade, fort ruinée malheureusement, d'un bâtiment qui, dans

sa décoration, présente une particularité curieuse, pl. XL. On connaît

aujourd'hui cette façade sous le nom du _Serpent_, et, en effet, un

serpent immense, formant des entrelacs, mais dont la tête et la queue

ont été préservées de la ruine, fait avec les éternelles grosses têtes,

tous les frais de la décoration de cette façade.

Dans le Livre sacré de la nation quichée, les quatre sages ou héros

primitifs des tribus sont _Xmucané_ et _Æpiyacoc_, puis _Tepeu_ (le

Dominateur) et _Gucumatz_ (le Serpent orné de plumes). Ces deux

derniers, dit M. l'abbé Brasseur de Bourbourg, paraissent commander; les

deux premiers agissent. L'état de ruine du bâtiment permet de voir en

coupe deux des salles qu'il contient et dont les parois intérieures

inclinées supportaient un étroit plafond de pierre.

La pl. XLI donne le détail de la tête et de la queue du serpent. Un

ornement, imité d'une sorte de pompon en passementerie terminé par une

frange, se voit au-dessus de la queue du reptile. On découvre également

dans la frise ces rosettes frangées comme celles signalées dans le

bâtiment de l'est.

La pl. XLIV présente une partie conservée des entrelacs formés par les

anneaux du serpent, et, au milieu d'une grecque, composée de pierres

juxtaposées, une figure humaine tenant un bâton ou une arme. Nous

constaterons encore ici que le caractère de la tête de ce personnage ne

rappelle point les traits des figures de Palenqué.

La pl. XLVIII donne la vue extérieure du bâtiment dit _des Tortues_,

posé sur l'angle nord-ouest de la plate-forme du palais _du Gouverneur_.

La décoration du parement de cet édifice ne consiste qu'en une imitation

de palissade formée de rondins de bois. Sur la frise supérieure, des

tortues saillantes rompent seules les lignes horizontales. Au fond, sur

la gauche, on aperçoit le bâtiment principal planté sur la plate-forme

la plus élevée. Des linteaux de bois, brisés aujourd'hui, et visibles

dans l'épreuve photographique, couronnaient la porte de la salle _des

Tortues_.

Les pl. XLV et XLVI donnent la façade principale du palais dit _du

Gouverneur_. On remarquera le renfoncement terminé par une vaste

construction en encorbellement, muré postérieurement mais faisant

apparaître au dehors la section ordinaire des salles.

La pl. XLVII montre l'entrée du bâtiment dit _du Gouverneur_. À travers

ces grands méandres formés par l'appareil se montrent, ici encore, la

tradition des constructions de bois par empilages, en encorbellement et

le treillis. Cette construction est une des plus soignées parmi celles

d'Uxmal; les parements sont dressés avec art et la décoration pleine de

grandeur.

Le palais _du Nain_ ou _du Sorcier_ est représenté sur la pl. XXXV.

Ainsi que l'indique le plan général, ce temple (car c'est évidemment un

temple) est bâti au sommet d'un téocalli très-élevé, à base elliptique,

et entièrement composé d'un blocage de maçonnerie revêtu de gros

moellons parementés. Dans la vue photographique, la porte s'ouvrant à la

base de l'édifice est opposée à l'emmarchement qui permet de monter au

temple. Cette porte, surmontée de la tête monstrueuse, était donc

destinée à faire voir au peuple assemblé les sacrifices offerts à la

divinité. C'était comme la _montre_ du temple dont l'intérieur n'était

ouvert qu'aux sacrificateurs. La base de la colline factice est revêtue

d'un parement vertical avec une frise dans laquelle on retrouve

l'imitation des rondins de bois, surmontés d'une sorte de balustrade

presque entièrement détruite.

La pl. XLIII donne l'extrémité d'un des bâtiments du palais des Nonnes.

À ces vingt-cinq planches, si complètes d'ailleurs, se borne la

collection des monuments du plateau de Yucatan recueillis par M.

Charnay. Elles suffisent, et au delà, pour démontrer aux moins

clairvoyants que ces monuments n'ont pu être élevés que par un peuple

chez lequel la civilisation était arrivée à un développement

considérable; que ce peuple avait dû subir des influences très-diverses,

parmi lesquelles il est difficile de ne point reconnaître celles des

races blanches du nord de l'Inde, soit que ces influences aient été

produites par des émigrations venues du nord du Japon ou des contrées

Scandinaves: mais nous reviendrons plus tard sur ces différentes

origines, continuons la description des monuments.

Cités et ruines américaines: Mitla, Palenqué, Izamal, Chichen-Itza, Uxmal · 第 3 / 30 段