«Comme les avenues qui conduisent à ces temples sont ordinairement

plantées de cyprès, si ces arbres ont eu autrefois, comme parmi les

anciens Romains, quelque chose de funèbre, on pourrait dire que les Mias

étaient à leur origine les tombeaux des Camis, les seuls dieux que les

Japonais ont adorés pendant plusieurs siècles, et que les cyprès ne sont

devenus des arbres de bon augure que depuis que ces tombeaux sont

devenus des temples pour l'apothéose de ceux dont ils renfermaient les

cendres[20]. On monte ordinairement aux Mias par un escalier de pierre

qui conduit à une espèce d'esplanade, où l'on entre par une seconde

porte semblable à la première, et sur laquelle il y a souvent plusieurs

de ces temples ou des chapelles qui accompagnent le temple

principal..... L'édifice est soutenu sur des piliers de bois et

communément carré; les poutres en sont fort grosses, et il règne tout

autour, en dehors, une galerie où l'on monte par quelques degrés..... Le

lieu prétendu saint est ordinairement fermé, si ce n'est les jours de

fêtes; la plupart des sanctuaires ont un pronaos. Les portes et fenêtres

de ce pronaos sont grillées et le pavé en est couvert de nattes fines.

Le toit des temples est couvert de tuiles de pierre ou de bois; il

avance assez de chaque côté pour couvrir la galerie, et il diffère de

celui des autres bâtiments en ce qu'il est recourbé avec plus d'art et

composé de plusieurs couches de belles poutres dont l'arrangement a

quelque chose de fort singulier. À la cime du toit, il y a quelquefois

une poutre plus grosse que les autres; elle est posée de long; et à ses

extrémités, elle en reçoit deux autres qui se croisent, et souvent une

troisième derrière qui est en travers.

«Cette structure est faite sur le modèle du premier temple, qui est à

Ixò, où Jasanami, le dernier des sept grands esprits célestes et le père

de Tensiò Dai Dsin, a fait, dit-on, quelque temps sa résidence. Quoique

cette structure soit très-simple, elle est très-ingénieuse et presque

inimitable. En effet, le poids et les liaisons de toutes ces poutres

entrelacées les unes dans les autres servent beaucoup à affermir tout

l'édifice et le rendent moins sujet à être renversé par les tremblements

de terre.....»

Si les monuments du Mexique que nous allons examiner ne sont pas

construits en bois, il est impossible de ne pas reconnaître, dans leur

disposition générale et dans certains de leurs membres architectoniques,

la tradition des constructions de bois. Si, à côté de ces traditions,

nous constatons la présence de types de figures humaines appartenant aux

races blanches, il faudra bien admettre que ces étranges monuments ont

été élevés par des peuplades formées d'un mélange de races blanches

venues du nord-est et de races jaunes aborigènes ou venues du

nord-ouest, celles-ci établies sur le sol du Mexique avant l'arrivée des

premières, soumises et prêtant leurs bras à l'édification de ces vastes

constructions sous la domination de leurs nouveaux maîtres. Mais il ne

faudrait pas s'y tromper, il y a dans les monuments du Mexique et de

l'Yucatan photographiés par M. Charnay deux époques, ou plutôt deux

écoles différentes qui paraissent être l'expression d'art de deux

populations, produits de mélanges de races à doses inégales. Il y a

certainement dans les monuments de l'Yucatan une influence des races

blanches plus forte que dans ceux de Mitla et de Palenqué; c'est un fait

que nous pensons pouvoir éclaircir aux yeux de nos lecteurs. Encore

aujourd'hui, les indigènes de l'Yucatan présentent des types

remarquablement beaux relativement à ceux des populations étrangement

mêlées des plateaux du Mexique. On observe également des types de races

très-diverses dans les vastes contrées situées entre le golfe de la

Californie et le Nouveau-Mexique ou le Mexique du Nord. Certaines tribus

indiennes se composent d'individus de petite taille, agiles, aux membres

grêles; d'autres, comme les Osages, sont grands, robustes; d'autres

encore, plus à l'est dans la prairie, sont presque blancs, les hommes

sont barbus, et le colonel Emory[21] signale des Indiens rappelant les

plus belles races blanches de l'Europe. Or le Nouveau-Mexique a été

sillonné par ces migrations venant du nord et se rendant vers les

régions méridionales, et par celles postérieures, quittant le Mexique

proprement dit, pour revenir, à une époque plus récente, vers le

Mississipi et dans la Floride. Ces diverses tribus ne sont-elles pas des

débris, restés en chemin, de ces colonnes mobiles?

«Les Néo-Mexicains, dit M. l'abbé Brasseur de Bourbourg[22], paraissent

au premier abord parfaitement étrangers aux peuples dont ils sont

entourés aujourd'hui. Dernier reste d'un groupe antérieur, ils n'ont de

rapport qu'avec les races déjà éteintes ou déplacées. Leur industrie, si

supérieure à celle des nomades de la plaine[23], conservait, au XVIe

siècle, et même aujourd'hui conserve encore quelque ressemblance avec

celle des Toltèques, ainsi que des nations inconnues dont les

forteresses et les pyramides subsistent dans la région des lacs et sur

les deux rives du Mississipi. Mais la preuve la plus frappante de leur

ancienneté, c'est que, hors de la contrée qu'ils habitaient et de

quelques parages plus méridionaux de la basse Californie, de la Sonora

et de Chihuahua, les traces de leurs hautes constructions et de leurs

vastes souterrains n'ont été retrouvées nulle part....»

Castañeda, dans sa relation d'un voyage à Cibola[24], parlant du pays

d'où ces Néo-Mexicains prétendaient être sortis, fournit de fortes

présomptions en faveur d'une origine septentrionale: «D'après la route

qu'ils ont suivie, dit-il, ils ont dû venir de l'extrémité de l'Inde

orientale et d'une contrée inconnue, qui, d'après la configuration des

côtes, serait située très-avant dans l'intérieur des terres, entre la

Chine et la Norvége. Il doit y avoir, en effet, une immense distance

d'une mer à l'autre, suivant la forme des côtes, comme l'a découvert le

capitaine Villalobos, qui alla dans cette direction à la recherche de la

Chine. Il en est de même quand on suit la côte de la Floride; elle se

rapproche toujours de la Norvége, jusqu'à ce que l'on soit arrivé au

pays des Bacallaos[25].»

Ouvrons le _Popol-Vuh_[26], le Livre sacré. Nous trouvons, dans ce

curieux récit héroïque de l'histoire des Quichés, des rapports frappants

avec les habitudes des races blanches des plateaux septentrionaux de

l'Inde, qui ont successivement poussé leurs conquêtes jusqu'à l'Égypte

et dans toute l'Europe occidentale. Il s'agit de la création d'une race

supérieure[27]; Celui qui engendre et Celui qui donne l'être, le

Créateur et le Formateur pensent à faire sortir l'homme du néant.

«Peu s'en fallait encore, dit le texte, que le soleil, la lune et les

étoiles se manifestassent au-dessus d'eux, du Créateur et du Formateur.»

C'est-à-dire que l'ordre des temps n'était pas encore fixé. «En _Paxil_

et en _Cayala_, ainsi qu'on nomme (ce lieu)[28], vinrent les épis de

maïs jaune et les épis de maïs blanc.--Or, voici les noms des barbares

qui allèrent chercher l'alimentation: le Renard, le Chacal, la Perruche

et le Corbeau, quatre barbares qui leur apprirent la nouvelle des épis

de maïs jaune et des épis de maïs blanc qui venaient en Paxil et qui

leur montrèrent le chemin de Paxil[29]....»

C'est dans le Paxil, c'est-à-dire dans la partie orientale du Mexique,

que ces premiers humains supérieurs trouvent leur nourriture et se

fortifient. «Il y avait des aliments de toute sorte, aliments petits et

grands; plantes petites et grandes, dont le chemin leur avait été montré

par les barbares. Alors on commença à moudre le maïs jaune, le maïs

blanc, et Xmucané en composa neuf boissons.... Aussitôt ils commencèrent

à parler de faire (le Créateur et le Formateur), et de former notre

première mère et notre premier père...» Les premiers hommes créés sont

au nombre de quatre[30]. Ces êtres supérieurs, non engendrés par la

femme, apparaissent tout à coup; leur intelligence embrasse tout, leur

sagesse est infinie, leurs connaissances sans limites, ils mesurent et

voient ce qui est aux quatre angles dans le ciel et sur la terre.

L'Édificateur et le Formateur en furent effrayés: «Ce n'est pas bien ce

que disent nos créatures. Elles savent toutes choses, grandes et

petites... Elles seront autant de dieux... Troublons un peu notre oeuvre,

afin qu'il leur manque quelque chose... Voudraient-ils par hasard

s'égaler à nous qui les avons faits, à nous dont la sagesse s'étend au

loin et connaît tout?... Alors un nuage leur fut soufflé sur la prunelle

des yeux par le Coeur du Ciel, et elle se voila comme la face d'un miroir

qui se couvre de vapeur...; ils ne virent plus que ce qui était

rapproché...--Ainsi fut détruite leur sagesse ainsi que toute la science

des quatre hommes, son principe et son commencement. Ainsi furent formés

nos premiers aïeux et pères par le Coeur du Ciel, le Coeur de la

Terre...--Alors existèrent aussi leurs épouses, et leurs femmes furent

faites...--Ceux-ci engendrèrent les hommes, les tribus petites et

grandes[31], et ceux-ci furent notre souche à nous, la nation _quichée_:

en grand nombre existèrent en même temps les sacrificateurs[32]; ils ne

furent pas seulement quatre, mais quatre seulement furent nos mères à

nous, la nation quichée...» Suit le dénombrement des tribus de sang

noble ou plutôt de la caste supérieure, «qui vinrent ensemble d'Orient

et qui se propagèrent dans les contrées où le soleil se lève. Ces tribus

se multiplient «durant l'obscurité,» dit le texte. Alors ils ne se

servaient pas encore et ne soutenaient point (les autels des dieux);

seulement ils tournaient leur visage vers le ciel, et ils ne savaient

pas ce qu'ils étaient venus faire de si loin.--Là vivaient dans la joie

les _hommes noirs_ et les _hommes blancs_; doux était l'aspect de ces

gens, doux le langage de ces peuples, et ils étaient fort intelligents.»

Mais voici ces tribus qui trouvent mauvais que des barbares parcourent

les montagnes, ne possédant point de maisons; elles insultent ces

peuples nomades.--«Ainsi parlaient ceux de là-bas qui voyaient lever le

soleil. Or, tous n'avaient qu'une seule langue: ils n'invoquaient encore

ni _le bois_ ni _la pierre_; et ils ne se souvenaient que de la parole

du Créateur et du Formateur, du Coeur du Ciel et du Coeur de la Terre.--Et

ils parlaient en méditant sur ce qui cachait le lever du jour... Ils

parlaient, invoquant le retour de la lumière, et dans l'attente du lever

du soleil, ils contemplaient l'étoile du matin....» Ces premières tribus

n'adoraient point des idoles de pierre ou de bois, et leur culte

consistait en une attente du lever du soleil: elles étaient déjà

nombreuses ces tribus d'Orient et on comptait parmi elles la nation des

_Yaqui_, des sacrificateurs. Ce titre de _Yaqui_ était donné

primitivement aux populations parlant la langue nahuatl, aux Toltèques.

Quatre personnages, _Balam-Quitzé_, _Balam-Agab_, _Mahucutah_ et

_Iqi-Balam_, veulent partir pour aller chercher ce qui leur manque; une

_arche_ pour renfermer leurs symboles, le feu qui doit brûler devant.

Une ville seule les suit. Ils arrivent à la ville des Sept-Grottes,

Sept-Ravins, _Tulan-Zuiva_. Là, les quatre personnages reçoivent un dieu

principal Tohil, trois autres dieux et le feu. D'autres tribus les

suivent et viennent à leur tour à Tulan réclamer les dieux et le feu.

Mais bientôt Tohil, le dieu, réclame les sacrifices humains pour

accorder le feu; une seule tribu résiste à la demande du dieu, toutes

les autres fournissent des victimes, elles partent de Tulan et se

dirigent vers l'ouest. Leur voyage est pénible, elles séjournent

longtemps sur la montagne _Chi Pixab_ portant leurs dieux avec elles.

Les tribus se séparent sur le conseil de Tohil, elles vont dans le bois

et placent leurs divinités sur des pyramides (mot à mot: à la cime d'une

maison de feu) et fondent des villes autour. Enfin l'aurore paraît; le

soleil se lève en Tohil, en Avilix, en Hacavitz[33]. L'auteur du Livre

sacré[34] fait alors une description poétique de cette apparition de

l'astre du jour. Ce chapitre, l'un des plus remarquables, est empreint

d'une certaine grandeur. Les animaux eux-mêmes sortent des ravins, des

eaux, s'élèvent sur les sommets et tournent leurs têtes du côté où

s'avance le soleil; les sacrificateurs sont prosternés; les nations sont

toutes dans l'attente. Mais voici un passage d'un grand intérêt: «Avant

que le soleil se manifestât, fangeuse et humide était la surface de la

terre, et c'était avant que parût le soleil; et alors seulement le

soleil se leva semblable à un homme.--Mais sa chaleur n'avait point de

force, et il ne fit que se montrer lorsqu'il se leva; il ne resta que

comme (une image) dans un miroir, et ce n'est pas véritablement le même

soleil qui paraît aujourd'hui, dit-on dans les histoires.--Aussitôt

après cela (le lever du soleil), Tohil, Avilix et Hacavitz se

pétrifièrent, ainsi que les dieux du Lion, du Tigre et de la Vipère, du

Quanti, du Blanc Frotteur de Feu; leurs bras se cramponnèrent aux

branches des arbres, au moment où se montrèrent le soleil, la lune et

les étoiles; de toutes parts devint pierre...»

D'où sont venues ces traditions qui semblent remonter aux époques

antérieures à l'existence de l'homme? et ces dieux changés en pierre?

Est-ce une figure indiquant, par le lever de l'aurore, le commencement

d'une civilisation ou l'arrivée des tribus sous une latitude moins

septentrionale, et, par la pétrification des divinités, l'origine d'un

culte des idoles de pierre substituées à l'adoration d'êtres invisibles?

Il ne faut pas, il est vrai, prendre le _Livre sacré_ pour une oeuvre des

temps primitifs, mais pour une compilation de documents de différentes

époques rassemblés sans ordre et sans critique; cependant ces documents

ont avec les monuments qui nous occupent des affinités si intimes que

l'on ne saurait les négliger. Tous ceux qui s'occupent d'histoire et

d'archéologie savent combien les traditions sont respectables et combien

elles doivent être consultées lorsqu'on cherche la vérité; or, le

_Popol-Vuh_, le Livre national ou le Livre sacré, traduit avec tant de

soin et de conscience par M. l'abbé Brasseur de Bourbourg, est sinon une

oeuvre originale, d'une antiquité incontestable, au moins un recueil de

traditions précieuses. Certains passages de ce livre ont avec les

histoires héroïques de l'Inde une singulière analogie.

Ainsi dans l'origine, les Hindous ne bâtissaient pas en l'honneur de la

divinité; aux yeux des castes supérieures primitives de l'Inde, toute

réalité extérieure est mauvaise et périssable. Dans la plus haute

expression de la sagesse, l'Hindou se replie au dedans de lui-même et

reste abîmé dans la contemplation de l'esprit qui réside dans les plus

secrets replis du coeur. Le brahmane orthodoxe n'a pas besoin, pour prier

ou sacrifier, d'un lieu spécialement approprié au culte. Le vrai temple

de la divinité, c'est la forêt silencieuse; le tabernacle, c'est le coeur

de l'homme où Dieu lui-même est présent. Le sage reste absorbé en

lui-même. Mais le peuple, qui ne saurait atteindre à la hauteur de cet

idéalisme, a besoin de figures pour comprendre; il met à la place de

Brahma une série de dieux créés qui sont les attributs divers du Dieu

créateur.

Nous trouvons, dans les traditions grossières du _Popol-Vuh_, ces

esprits supérieurs, comprenant tout, n'ayant pas de culte et vivant dans

la contemplation, l'attente de la lumière, le besoin d'un culte pour la

foule, la révélation d'un Dieu supérieur et de dieux secondaires qui ne

sont que des attributs de la puissance suprême, les arches ou

tabernacles visibles de ces divinités. Les dieux sortent de la ville aux

_sept grottes_, et les arches qui les renferment ou les symbolisent sont

déposées au milieu des forêts solitaires. De même dans l'Inde, les

grottes sont les sanctuaires ou plutôt les symboles de la divinité;

elles sont éclairées par des torches allumées au feu sacré, extrait du

bois qui le recèle et ravi de force par le frottement. Ces grottes sont

un symbole du dieu obscur, nu et vide, dont les formes ne nous

apparaissent dans la création, qui seule se révèle, qu'à la clarté

fugitive du Maya. Il est impossible de ne point être frappé de

l'analogie qui existe entre les idées brahmaniques sur la divinité et

les passages du _Popol-Vuh_ cités plus haut.

Mais si nous consultons les traditions beaucoup plus récentes,

conservées même après l'établissement du christianisme en Suède, nous

trouverons encore, entre les coutumes religieuses des populations de ces

contrées et celles qui nous sont retracées dans le _Popol-Vuh_, plus

d'un rapport.

Adam de Brême, dans son _Histoire ecclésiastique_, parle ainsi des

peuples scandinaves[35]: «La nation des Suédois a un temple célèbre,

celui d'Upsal, non loin de la ville de Sictona ou Birka. Dans ce temple,

qui est tout orné d'or, le peuple vénère les statues de trois dieux,

dont le plus puissant, qui est Thor, occupe seul, au milieu, le

triclinium. À droite et à gauche sont Wodan et Fricco. Voici leur

signification: Thor, disent-ils, règne dans l'air et gouverne les

tonnerres et les éclairs[36], les vents et les pluies, les temps et les

productions de la terre. Le second, Wodan, c'est-à-dire le fort, préside

à la guerre et inspire le courage des hommes contre les ennemis. Le

troisième est Fricco, qui accorde aux mortels la paix et les plaisirs,

et qui est représenté par un grand phalle. Quant à Wodan, ils le

façonnent tout armé, comme les nôtres ont coutume de représenter Mars.

Thor, lui, avec son sceptre, semblait reproduire Jupiter. Ils honorent

aussi des hommes élevés au rang des dieux et que, pour leurs grandes

actions, ils ont gratifiés de l'immortalité[37], comme est dit avoir

fait le roi Éric dans la vie de saint Ansgar, c'est-à-dire qu'ils

assignent à tous les dieux des prêtres chargés d'offrir les sacrifices

du peuple. Si l'on est menacé de la peste ou de la famine, on sacrifie à

l'idole de Thor; si c'est de la guerre, on sacrifie à Wodan; s'il s'agit

d'un mariage, à Fricco. Tous les neuf ans, on a coutume de célébrer une

solennité où se réunissent toutes les provinces de la Suède: personne

n'est dispensé de s'y rendre. Les rois et tout le peuple envoient leurs

offrandes à Upsal, et, ce qu'il y a de plus douloureux au monde, ceux

qui ont embrassé le christianisme se rachètent par ces cérémonies. Le

sacrifice consiste à offrir neuf têtes d'hommes ou d'animaux mâles de

toute espèce, par le sang desquels on a coutume de fléchir ces dieux.

Leurs corps sont suspendus _dans le bois_ qui est voisin du temple[38].

Ce bois est tellement sacré pour les païens, qu'ils en croient tous les

arbres divins, comme étant nourris du sang des victimes. Il y a des

chiens suspendus avec des hommes: un chrétien m'a dit avoir vu

soixante-dix corps d'hommes ou d'animaux mêlés ensemble qui pendaient

aux arbres. Du reste, il se pratique dans ces cérémonies une foule

d'autres choses pour la plupart déshonnêtes, et que, pour cela, nous

passerons sous silence[39]...»

Soit que l'on considère les nombreuses migrations qui, du nord, sont

descendues vers l'Amérique centrale comme étant venues par le détroit

de Behring ou par le Groenland, c'est-à-dire du nord-ouest ou du

nord-est, toujours est-il qu'il existe entre les idées religieuses, les

habitudes et les moeurs de ces tribus émigrantes et celles des

populations antiques descendues des plateaux septentrionaux de l'Asie,

des rapports frappants.

Examinons donc les monuments. Nous avons dit précédemment que ces

monuments ne pouvaient appartenir ni à une seule époque, ni à une seule

race. À nos yeux, les monuments de Palenqué seraient les plus anciens;

ils seraient dus à une race déjà mêlée cependant d'aborigènes ou

d'indigènes jaunes et des premières migrations blanches, aux Olmécas.

Ceux de l'Yucatan auraient été élevés après l'invasion de la puissante

émigration blanche des Quichés dans l'empire de Xibalba; ceux de Mitla,

au départ de certaines tribus quichées de Tulan et à leur établissement

postérieur à la conquête de Xibalba. C'est ce que nous tenterons de

démontrer, après avoir décrit les curieuses ruines qui nous occupent.

Les monuments de l'Yucatan, quoique bâtis, pensons-nous, dans l'espace

d'un siècle à peine, présentent entre eux des dissemblances de style qui

nous obligent à les classer séparément.

RUINES D'ISAMAL

À la base d'une des pyramides, seuls débris de cette ville antique de

l'Yucatan, il existe, pl. XXV, une tête gigantesque modelée au moyen

d'un ciment enveloppant des moellons irréguliers. C'est une sorte de

gros blocage dont les moellons, posés avec art par le sculpteur au

milieu d'un mortier très-dur, ont formé les joues, la bouche, le nez,

les yeux. Cette tête colossale est réellement une bâtisse enduite.

Autour, des enroulements enchevêtrés, également modelés en ciment,

forment un parement irrégulier. Le caractère de la tête ne rappelle pas

le type de celles des sculptures de Palenqué; les traits sont beaux, la

bouche est bien faite, les yeux grands sans être saillants, le front,

couvert d'un ornement, ne semble point fuyant. Cette tête était peinte

comme toute l'architecture mexicaine, et des traces de la peinture sont

encore très-visibles dans la bouche. Ici, comme on le voit,

non-seulement le mortier est employé comme moyen d'agglutination des

matériaux, mais il sert à modeler; c'est une pâte que le sculpteur met

en oeuvre, et cette pâte, ce stuc a été appliqué par des ouvriers

très-expérimentés, puisqu'il a résisté aux intempéries pendant une

longue suite de siècles; or un peuple primitif, chez lequel les arts

sont à l'état d'enfance, assemble du bois, ou accumule des blocs de

pierre à force de bras; mais il n'arrive que bien tard à mettre en oeuvre

avec succès une matière comme le mortier, qui demande non-seulement des

préparations diverses, mais une longue pratique et des observations

très-délicates; encore faut-il que ces constructeurs possèdent les

aptitudes naturelles aux races qui, sur la surface du globe, semblent

spécialement destinées à employer la chaux dans leurs constructions. Je

le répète, ni les Égyptiens, ni les Grecs même, n'ont jamais employé la

chaux et le sable dans leurs bâtisses. Le mortier, la matière

agglutinante qui réunit des pierres pour n'en former qu'un roc,

n'appartient qu'aux races touraniennes ou à celles qui ont reçu du sang

jaune dans leurs veines.

La pl. XXIV présente un ensemble de la pyramide au bas de laquelle est

modelée la tête précédente.

La pl. XXIII fait voir l'ensemble de la grande pyramide à deux étages

d'Isamal. La base de la plate-forme inférieure n'a pas moins de 250m

de côté; son plateau, 200m environ; sa hauteur totale est de 15 à

20m. La pyramide supérieure a 20m environ. Il faut observer que

ces pyramides élevées en pays plat sont entièrement en maçonnerie

pleine. Dans la pl. XXIII, on distingue parfaitement les escaliers qui

permettaient de monter jusqu'à la plate-forme supérieure, privée

malheureusement de l'édifice qui la couronnait.

RUINES DE CHICHEN-ITZA

Cités et ruines américaines: Mitla, Palenqué, Izamal, Chichen-Itza, Uxmal · 第 2 / 30 段