Les métaux de la meilleure fabrication et les plus légers ont été

employés à la fabrication des vélocipèdes. Le fer a, de bonne heure,

remplacé le bois, puis on s'est servi de l'acier. Enfin, on a employé le

bronze d'aluminium. Le but que tous les constructeurs se sont proposé a

été de fabriquer un appareil qui unisse la plus grande légèreté à la

plus grande solidité. On a successivement diminué les dimensions des

différentes parties du véhicule jusqu'au moment où elles sont devenues

si faibles qu'on a dû s'arrêter, dans la crainte de ne pas les voir

résister aux efforts auxquels elles peuvent être soumises.

L'un des changements les plus importants (on ne saurait dire encore si

c'est un perfectionnement) consiste dans la substitution des roues

métalliques à tension aux roues en bois. Chaque rais se trouve tendu par

un écrou rattaché au moyeu et dont l'action se règle à volonté. Les

roues, entièrement métalliques, sont garnies de caoutchouc coulé à chaud

et vulcanisé sur le fer. Les roues en bois, qu'on ne peut introduire

dans les chaudières à vulcaniser, sont cerclées de bandages en

caoutchouc ordinaire.

Emprunter à un agent, autre que le cavalier, la force nécessaire à la

mise en mouvement de l'appareil, présentait un vif intérêt. On s'est

donné libre carrière et on a proposé les moyens les plus excentriques.

La vapeur tout d'abord! Et comme le véloceman aurait dû remplir ses

poches de charbon, on a proposé de remplacer ce combustible par le

pétrole, d'un transport plus facile. On a reconnu bientôt que la vapeur

n'était pas plus possible que l'air comprimé, que l'air chaud. On ne

peut se figurer, installé sur un de ces légers appareils, tout le lourd

attirail de cylindres, de bielles, de générateurs, de pièces mécaniques

qu'exige l'emploi d'un de ces agents. Autant vaudrait charger un canon

sur des araignées.

[Illustration: Fig. 63.--Vélocipède à voile.]

Nous devons dire cependant qu'un vélocipède à vapeur a fonctionné à

Marseille: joujou curieux, mais nullement pratique.

L'électricité, que les Américains ont appliquée à la mise en mouvement

des locomotives, deviendra-t-elle quelque jour le moteur des véloces? On

ne peut rien affirmer, mais les résultats obtenus jusqu'à présent ne

font pas entrevoir cet événement comme prochain.

Un essai a été fait dans les ateliers de la Compagnie parisienne. Le

projet semblait promettre un bon résultat; mais l'appareil, construit à

moitié, était déjà d'un poids inadmissible. Il a fallu y renoncer.

Le vent reste, seul moteur facilement applicable au vélocipède. Une

voile légère peut être ajoutée à l'instrument, sans qu'il en résulte

aucun inconvénient pour le cavalier, lorsque le calme ou une direction

contraire le forcent à la laisser fermée. Le _Vélocipède illustré_, que

nous avons déjà cité plusieurs fois, rapporte qu'une vitesse de 25

kilomètres à l'heure a pu être obtenue sans fatigue, à l'aide d'une

voile, sur un terrain plat; 3 kilomètres ont été parcourus sans que les

pieds touchent les pédales.

C'est là, croyons-nous, un auxiliaire précieux qui pourra rendre, dans

certains cas, d'utiles services.

Et l'homme désormais, suivant les hirondelles,

Pourra dire aux oiseaux: Me voici, j'ai des ailes!

CHAPITRE IX

LOCOMOTION AU-DESSUS ET AU-DESSOUS DU SOL ET DANS DIVERS SENS

A.--LOCOMOTION AU-DESSUS DU SOL ET À FAIBLE HAUTEUR.

_a._--Les cordes.--Les échelles.--Les escaliers.--Les ascenseurs.

Les échelles et les machines de sauvetage des incendies.

Nous n'avons parlé jusqu'à présent que des moyens employés par l'homme

pour se mouvoir à la surface de la terre, et nous n'avons rien dit de

ceux qu'il emploie pour s'élever au-dessus ou pour s'abaisser au-dessous

de sa surface. Tel va être le sujet de ce chapitre, qui comprendra trois

divisions.

Nous raconterons, dans un premier paragraphe, les procédés employés pour

atteindre aux plus hauts points de la terre; puis, dans un second, les

moyens en usage pour pénétrer dans son sein, aux plus grandes

profondeurs connues et pour en rapporter les matières précieuses qui y

sont cachées.

Enfin, dans une troisième division, nous décrirons le moyen de

locomotion tantôt aérien, tantôt souterrain, tantôt sous-marin, employé

dans quelques cas particuliers au transport des menus objets et, en

particulier, au transport des dépêches.

Nos pères n'avaient que des moyens primitifs pour s'élever au-dessus du

sol. De leur temps, il est vrai, les habitations n'avaient pas huit

étages! Les maisons ressemblaient aux temples, et le grenier, qui

régnait au-dessus du rez-de-chaussée, n'était pas habité. L'échelle

était le seul moyen de communication. Elle est conservée dans les

campagnes, où le confortable des escaliers est trop coûteux. Son

invention remonte aux temps les plus reculés. Elle servait dans

l'antiquité, non-seulement aux usages domestiques, mais encore à la

guerre pour franchir les remparts ennemis ou pour gravir les passages

difficiles. Les hommes des habitations lacustres l'employaient pour

monter de leurs bateaux dans leurs demeures, comme certaines peuplades

sauvages l'emploient pour atteindre leurs cases construites sur les

arbres ou sur de hautes perches.

L'homme des bois a pour s'élever la liane qui pend aux branches du

cocotier, le pauvre des campagnes a l'échelle; l'homme aisé, l'escalier

aux marches en pente douce; le riche, l'ascenseur.

Nous ne parlons pas du plan incliné. À part quelques cas particuliers,

il n'est pas employé. Nous n'en connaissons que deux exemples

remarquables, celui de la Giralda de Séville, _maravilla octava!_ et

celui de la Tour de la Trinité, à Copenhague. Une rampe douce, pavée en

briques, interrompue par vingt-huit paliers, conduit jusqu'à la

plate-forme de la vieille tour de Huever, haute de 250 pieds au-dessus

du _Patio de los Naranjos_. Deux cavaliers, marchant de front, peuvent,

à cheval, arriver au sommet. OEuvre curieuse, admirable, comme toute la

cathédrale qui s'étend à ses pieds, mais absolument dépourvue d'utilité.

L'église de la _Trinité_, à Copenhague, est flanquée de cette tour

célèbre, la _Tour ronde_, haute de 38 mètres et demi, qui a servi

d'observatoire. L'intérieur est disposé en spirale, de manière à

permettre d'y monter en voiture, comme l'a fait Pierre le Grand.

Les escaliers n'ont rien de remarquable, au point de vue qui nous

occupe, que leur grande hauteur. Les plus hauts monuments sont donc pour

nous les plus intéressants, et au premier rang se place la cathédrale de

Strasbourg. Ce monument a 142mèt.,112 de hauteur (deux mètres de moins

que la plus haute pyramide d'Égypte), et l'escalier, qui se termine à la

base de la flèche, compte 360 marches.

L'ascenseur vient enfin prêter son aide aux boiteux et aux paralytiques,

aussi bien qu'aux gens riches. Les ascenseurs sont d'espèces variées.

Tout moyen de traction mécanique appliqué à une corde ou à une chaîne,

portant un plateau guidé verticalement, donnera un ascenseur. Que

l'agent producteur du mouvement soit la vapeur d'eau ou l'air dilaté,

qu'il soit la pression de l'eau ou toute autre force, ce sera toujours

le même ascenseur.

Les premiers appareils de ce genre, établis en France, étaient mis en

mouvement par des moteurs à gaz. On connaît ces ingénieuses petites

machines, inventées par M. Lenoir, où la force est produite par la

dilatation d'un mélange d'air et de gaz d'éclairage enflammé par une

étincelle électrique. Le gaz circule aujourd'hui dans toutes les grandes

villes; il suffit d'un branchement et d'une pile de quelques éléments

pour donner la vie à cette machine. En arrivant sur le plateau de

l'ascenseur, on pousse le bouton et l'on s'élève. Veut-on s'arrêter à un

étage quelconque, on tire une corde, le robinet se ferme et l'on quitte

l'appareil. Veut-on descendre, on s'abandonne à la pesanteur en modérant

son action par l'usage d'un frein.

[Illustration: Fig. 64.--Ascenseur mécanique.]

Toutes ces manoeuvres ont l'inconvénient d'être compliquées et de ne

pouvoir être faites par quiconque, sans une instruction préalable. Le

concierge ou mieux un mécanicien attitré, ainsi que cela a lieu dans les

hôtels importants, est chargé de la direction de l'appareil, mais on

comprend qu'une semblable sujétion équivaut souvent à une impossibilité,

et qu'une telle machine devient plutôt une charge et une gêne qu'un

auxiliaire avantageux.

L'exposition de 1867 a fait faire un pas notable aux ascenseurs, et a vu

surgir de nouveaux appareils, autrement pratiques que ceux qui les

avaient précédés. M. Edoux en est l'inventeur. Qu'on se figure une

longue tige cylindrique de métal, de la hauteur d'une maison, et pouvant

disparaître dans un cylindre qui l'enveloppe et s'enfonce dans le sol.

L'eau des conduites urbaines est introduite en dessous de cette grande

tige cylindrique faisant piston, et sa pression détermine l'ascension du

plateau superposé et des personnes qui y sont placées. Ce plateau, guidé

dans ses mouvements, est surmonté d'une cage destinée à empêcher la

chute des ascensionnistes et, au besoin, garnie de siéges. Une corde

passe dans l'angle de la cage; elle s'étend du haut en bas de la

tourelle parcourue par l'appareil. Il suffit de la tirer de bas en haut

ou de haut en bas, selon qu'on veut monter ou descendre. Dans un cas, on

ouvre le robinet d'accès de l'eau; dans l'autre, le robinet

d'échappement. La fermeture des deux robinets, amenée par un état de

tension convenable de la corde, détermine l'arrêt.

Comme on le voit, cet appareil est d'une manoeuvre infiniment plus

simple que celui que nous avons décrit tout d'abord, mais son emploi ne

laisse pas que d'être encore assez coûteux. Paris possède aujourd'hui un

grand nombre de ces appareils.

Il y a loin de ces moyens d'ascension perfectionnés à la corde à noeuds

du badigeonneur, à l'échelle de corde du ravaleur, du marin ou du

pompier. Chacun de ces engins suffit à la tâche qu'il sert à accomplir,

et sa simplicité fait son plus grand mérite. Et puisque nous parlons du

pompier, disons un mot des instruments de sauvetage qui servent à fuir

le haut des habitations dont l'escalier est devenu inaccessible.

[Illustration: Fig. 65.--Échelles de pompier.]

C'est à l'aide d'une simple petite échelle brisée en deux segments, de 2

mètres chacun, et dont les montants se terminent en forme de grands

crochets, capables d'embrasser l'épaisseur d'un appui de fenêtre, que

les pompiers montent d'étage en étage jusqu'au sommet des habitations.

Mais souvent les murs eux-mêmes ne peuvent fournir un appui: la base

brûle et il faut atteindre le quatrième, le cinquième étage ou le

comble. On fait usage alors d'appareils mobiles que l'on dresse aussi

près que possible des lieux à atteindre, et au sommet desquels on peut

rapidement monter.

Ces appareils sont de différentes sortes. Nous donnerons une idée de

leur construction.

On connaît ces croisillons en bois, figurant une série de losanges

juxtaposés, dont les articulations sont formées par de petites chevilles

sur lesquelles les enfants fixent des soldats. Selon qu'on rapproche ou

qu'on éloigne deux sommets opposés de l'un des losanges, on allonge ou

l'on raccourcit le petit appareil, et l'on groupe ou l'on fait marcher

en avant le corps d'armée qu'il supporte.

Il en est de même de l'échelle à incendie de Jandeau. Deux systèmes de

losanges, dont les plans sont disposés à angle droit pour donner à

l'ensemble la rigidité voulue, sont portés sur un chariot. Les losanges,

formés de pièces de charpente articulées, sont refermés sur eux-mêmes.

Ils s'entr'ouvrent et leur squelette s'élève vers la maison embrasée,

lorsque les extrémités des deux branches inférieures sont rapprochées

l'une de l'autre. Une plate-forme et une cage, disposées à la partie

supérieure, reçoivent les incendiés.

[Illustration: Fig. 66.--Les échelles, le boyau de toile des incendies.]

Un autre appareil, qui nous semble beaucoup plus pratique, consiste en

une série d'anneaux de charpente, entrés les uns dans les autres comme

les anneaux d'un télescope, et dont la succession forme une haute

tourelle qui peut atteindre jusqu'au sommet des habitations. Une cage,

devant laquelle s'abaisse un petit pont-levis, donne accès aux

incendiés, qui sont ensuite descendus à terre. Telle est l'échelle à

incendie, inventée par Kermarec, maître de la compagnie des pompiers de

la marine, au port de Brest.

Ce sont là les moyens lents de descente, mais il en est de rapides et de

beaucoup plus simples dont l'emploi, quand il est possible, est

assurément préférable. Un long boyau en fort treillis de toile, attaché

au balcon d'une fenêtre, descend sur le sol en s'infléchissant. Les gens

et les choses y sont successivement engagés et descendent à l'extrémité

inférieure, convenablement soutenus pour éviter tout choc dangereux.

Tous les objets précieux sont ainsi rapidement enlevés et soustraits au

fléau destructeur.

_b._--Les chèvres et les grues à bras, à manége, à vapeur, à eau

(système Armstrong).--Les tourelles.--Les monte-charges à vapeur,

hydrauliques.--La toile sans fin.--La chaîne à godets.--La vis

d'Archimède.--Le _tip_ hydraulique et à contre-poids.--Le _drop_.

Il faudrait un énorme volume pour décrire les principaux systèmes

employés pour élever, non plus l'homme, dont le transport impose des

conditions spéciales, mais les fardeaux de toutes sortes. Aussi

n'avons-nous pas la prétention de les faire connaître tous dans les

quelques pages qui vont suivre. Nous dirons seulement quelques mots des

appareils les plus remarquables.

Le poids, le volume, la nature, le nombre des fardeaux qu'on peut avoir

à soulever varient à l'infini. La hauteur à laquelle on doit monter ou

descendre est aussi très-variable. Il en est de même de la distance

horizontale à laquelle le transport doit avoir lieu et de la vitesse

avec laquelle les mouvements doivent s'accomplir. C'est donc un problème

très-complexe et infiniment varié que celui de la construction de ces

appareils locomoteurs.

Les chèvres et les grues sont des assemblages de pièces de charpente, ou

de métal, quelquefois de bois et de métal en même temps, tantôt fixes,

tantôt mobiles, tantôt roulant, à portée constante, à portée variable, à

une, à deux ou à plusieurs vitesses et mues par l'homme, par les

animaux, par la vapeur ou par l'eau.

[Illustration: Fig. 67.--Grue roulante, à double volée.]

Les grues sont les bras de l'industrie. Si ces appareils venaient à

manquer, on verrait en même temps tous les chantiers, tous les ateliers

s'arrêter. Les ports se fermeraient, car les bateaux pleins

conserveraient leur chargement et les bateaux vides n'en pourraient

recevoir de nouveau; les gares de chemins de fer ne pourraient livrer

les marchandises arrivées, et n'en pourraient expédier de nouvelles;

les chantiers de construction, les ateliers où se forgent ces énormes

pièces de machines qui excitent à un si haut point l'admiration,

devraient suspendre leurs travaux. Tout s'arrêterait, la force

disparaissant.

[Illustration: Fig. 68.--Grue à vapeur.]

C'est tantôt la vapeur et tantôt l'eau qui les anime. Dans les grandes

machines, des batteries de chaudières, monstres de métal allongés sur la

flamme, produisent la vapeur qu'un ensemble de canaux distribue à tous

les appareils, prêts à marcher à chaque instant. Dans les ports

importants, dans les docks, indépendamment des grues qui portent

elles-mêmes leur machine à vapeur, il existe souvent une circulation

d'eau à haute pression qui alimente toutes les grues employées au

chargement et au déchargement des navires. M. Armstrong est l'inventeur

de cet ingénieux système.

Dans Victoria-dock, MM. William Cory et Cie, marchands de charbons à

Londres, ont fait une installation de six grues au-dessus du niveau du

quai. Le travail de déchargement des charbons amenés par les navires se

continue jour et nuit; la cale du steamer est éclairée au moyen du gaz

que des tubes flexibles en caoutchouc conduisent dans toutes les

directions. En douze heures, _une grue décharge_ 500 _tonnes_,

c'est-à-dire le contenu de _cinquante_ wagons, à l'aide de _neuf_

hommes, dont six sont occupés au remplissage des bennes et trois à la

manoeuvre de la grue et à celle des wagons. Aussi le prix de revient,

par tonne débarquée, n'est-il que de 0f,127.

Dans certaines gares de chemins de fer, à Paris, par exemple, aux deux

gares de l'Ouest, et dans les usines métallurgiques, à côté des

hauts-fourneaux, on trouve des appareils appelés _monte-charges_ et qui

sont destinés à monter les bagages à la hauteur des voies, ou les

matières premières: charbon, minerai, castine, au niveau du

_gueulard_[9] du haut-fourneau.

[Note 9: C'est ainsi qu'on appelle l'orifice supérieur de ces grands

appareils.]

Le monte-charge de la gare Montparnasse a été établi par M. Baude. Les

wagonnets chargés de bagages sont amenés sur un grand plateau, qui est

élevé par une chaîne s'enroulant sur une poulie à gorge hélicoïdale.

Tandis qu'un plateau monte les bagages au niveau du quai du départ, un

autre descend à la salle des bagages un wagonnet qui doit recevoir un

nouveau chargement. Chacun des plateaux est équilibré par un

contre-poids en fonte relié au piston d'un cylindre dans lequel on

introduit l'eau de la ville. L'arrivée du liquide, en détruisant

l'équilibre, détermine le mouvement de l'appareil.

Le monte-charge de la gare Saint-Lazare, établi par M. Flachat,

manoeuvre d'une manière différente. Dans un cylindre se meut un piston à

double tige. Selon que l'eau est introduite sur l'une ou sur l'autre des

faces du piston, le mouvement a lieu dans un sens ou en sens contraire.

Il en est de même des deux plateaux qui sont rattachés à chaque

extrémité.

Les monte-charges hydrauliques établis pour le montage des matériaux des

maisons en construction, à Paris, sont plus simples que les précédents.

Les deux plateaux du monte-charge sont des caisses en tôle qui se font

équilibre. Quand on veut élever les matériaux placés sur l'un des

plateaux, on remplit l'autre de l'eau prise aux conduites de la ville.

La descente de ce plateau, devenu plus lourd, détermine l'ascension de

l'autre. C'est une véritable balance hydraulique.

Dans les usines métallurgiques où l'eau est abondante, on l'utilise pour

faire mouvoir les monte-charges. Dans les établissements où elle est

rare, on a recours à la vapeur. Voici comment on procède: on recueille,

au gueulard du haut-fourneau, les gaz provenant des actions chimiques

qui s'y produisent et qu'on laissait perdre autrefois, et on les dirige

vers des générateurs de vapeur. Cette vapeur, à son tour, est conduite à

de puissantes machines qui mettent à la fois en mouvement les

souffleries et les monte-charges.

À Pont-à-Mousson, on a réuni dans un même bâtiment de 18 mètres de

hauteur, l'escalier qui sert à la montée et à la descente des ouvriers,

les deux tourelles pour le montage des wagonnets de houille et de

minerai, et enfin un monte-charge à plateaux.

Ce dernier appareil est semblable, aux dimensions près, à celui qu'on

emploie dans les briqueteries pour monter les briques et les poteries

fraîches dans les séchoirs disposés au-dessus des fours. Il est

semblable aussi à ces appareils qui servent, dans les raffineries, au

transport des pains de sucre. Deux chaînes sans fin, disposées dans des

plans parallèles, ont leurs chaînons réunis deux à deux par des tiges

transversales qui font articulation et auxquelles on accroche, par des

moyens divers, les objets à transporter ou les caisses destinées à les

recevoir. Les chaînes s'enroulent sur des tambours auxquels on donne un

mouvement de rotation au moyen d'une machine quelconque.

S'il s'agit d'une drague, c'est une puissante machine à vapeur; s'il

s'agit simplement d'un monte-plats, c'est un contre-poids ou même une

hélice en tôle placée dans la cheminée de la cuisine et que

l'échappement des produits de la combustion anime d'un mouvement rapide;

s'il s'agit d'une noria, c'est un cheval, un boeuf ou un âne: selon les

applications, le moteur varie.

Un moyen de transport fréquemment employé dans la construction des

machines et pour le transport des matières premières ou des produits

entre deux étages d'une usine, est la vis d'Archimède: une hélice

enfermée dans un cylindre et qui reçoit un mouvement de rotation. C'est

au moyen d'appareils de ce genre qu'on opère le transport des grains

dans les silos et celui du tabac dans les manufactures.

Nous avons déjà parlé des grues hydrauliques employées à l'embarquement

des charbons dans les ports anglais. Ce ne sont pas les seuls appareils

en usage.

Il n'était certainement pas facile de faire passer, du wagon dans le

fond de la cale des bâtiments, le charbon qui, sans être une matière

précieuse, perd notablement de sa valeur lorsqu'il se divise, ce qui

arrive à chacune des manipulations qu'on lui fait subir.

On a imaginé des appareils appelés _drops_, à l'aide desquels le

charbon est pris dans le wagon et descendu jusqu'au fond du bâtiment.

Qu'on se figure une longue bigue ou flèche en bois, articulée à sa base

et portant une poulie à sa partie supérieure. C'est le bras qui prend

sur le wagon la caisse pleine de charbon, la soulève, l'abaisse et la

descend au fond du navire. À son arrivée dans la cale, deux volets à

charnières, qui forment le fond de la caisse, s'entr'ouvrent et laissent

tomber son contenu. On réduit ainsi la hauteur de chute à son minimum et

on évite les déchets autant qu'il est possible.

À côté des drops, s'élèvent souvent d'autres machines appelées _tips_,

et qui servent aussi à l'embarquement des charbons. Le travail de ces

machines est encore plus rapide que celui des drops. Un wagon arrive sur

la plate-forme du tip, il est soulevé, puis renversé, et le charbon

glisse par l'extrémité ou par le fond du wagon dans un long couloir qui

s'avance au-dessus du navire. Le wagon reprend sa position horizontale,

redescend et s'en va. Un autre le remplace, et toutes ces manoeuvres

s'opèrent avec une vitesse de 1,000 tonnes en douze heures, soit plus de

83 tonnes à l'heure et au prix surprenant de 0f,025 par tonne.

Tous ces mouvements s'exécutent au moyen de ces moteurs hydrauliques

dont nous avons parlé précédemment. Pour faire avancer les wagons sur

les voies de garage, on ouvre un robinet: un cabestan se met à tourner

et tire la chaîne fixée au crochet d'attelage du wagon. L'eau comprimée

distribue la vie à tous les appareils et toutes les manoeuvres

s'opèrent sans bruit, sans déploiement apparent, de force et comme par

enchantement.

B.--LOCOMOTION AU-DESSOUS DU SOL ET À TOUTE PROFONDEUR.

_a._--Les sentiers.--Les échelles.--La corde.--Le panier.--La

benne.--La caisse.--Les Fahrkunst.

Lorsque la tarière ou le trépan sont descendus aux profondeurs où l'on

trouve les métaux et la houille, après avoir creusé pendant des mois ou

des années, il reste à organiser le transport des produits de la mine et

tout d'abord celui des ouvriers.

Si l'exploitation est peu profonde et à flanc de coteau, c'est par des

sentiers, en pentes plus ou moins rapides, ou par des échelles que vont

et viennent les ouvriers. Mais dès que l'exploitation atteint une

certaine profondeur, et qu'aucune galerie horizontale ou peu inclinée

n'aboutit au jour, il faut avoir recours aux moyens d'ascension

verticale les plus simples, les plus sûrs et les plus prompts à la fois.

Que l'on suppose, en effet, un puits de 400 mètres de profondeur, et 300

ouvriers nécessaires à l'exploitation. À la vitesse de 3 mètres par

seconde, il faudra 2 minutes pour le trajet et, en comptant le temps

nécessaire au départ et à l'arrivée pour monter et descendre, 2 minutes

et demie, ce qui permet 20 voyages par heure. Il faudra donc une heure

et demie pour descendre les 300 ouvriers au fond du puits, en admettant

qu'on en descende 10 à la fois. Et si, comme le fait remarquer M.

Burat, la machine d'extraction marche 11 heures par jour, il ne restera

que 8 heures pour l'extraction des produits de la mine.

Les Merveilles de la Locomotion · 第 13 / 15 段