M. Fougères compose un avant-train suspendu sur ressorts et porté sur

deux roues motrices à action solidaire, ou indépendante à volonté, qui

reçoivent le mouvement de quatre cylindres, groupés deux à deux,

disposés à effet contraire et actionnant deux arbres contigus, à

mouvements indépendants. Selon la vitesse à laquelle on veut marcher, la

transmission est directe, ou s'opère au moyen d'une chaîne. Signalons

enfin la chaudière, qui est verticale et à système inexplosible, avec

retour de flamme et, comme détail intéressant, les barres à crémaillères

que le conducteur tient de son siége et manie comme le cocher d'une

voiture ordinaire, selon qu'il veut avancer, s'arrêter, reculer ou

tourner.

Cette machine est certainement l'une des plus intéressantes de celles

qui ont été produites pour résoudre l'intéressant problème de la

locomotion routière. Et si elle ne triomphe pas de toutes les

difficultés qu'il présente, elle met au jour des idées nouvelles, dont

la pratique ne peut manquer de tirer bientôt un parti avantageux.

C.--L'avenir de la locomotion routière à vapeur.--Usages actuels

en agriculture, en industrie.

Nous avons fait connaître bien sommairement les principales machines

routières aujourd'hui employées et décrit rapidement les organes dont

ces machines se composent. Il nous reste à indiquer maintenant les

principaux usages auxquels elles ont été jusqu'ici appliquées et ceux

auxquels elles conviennent le mieux, puis à faire connaître les causes

qui arrêtent, en ce moment, leur perfectionnement et s'opposent à leur

prompte adoption par l'industrie.

[Illustration: Fig. 55.--Machine routière avec grue.]

En général, les lourds transports à de longues distances sont ceux qui

conviennent le mieux aux locomotives routières. Aussi les a-t-on

employées avec succès au remorquage des bateaux sur les canaux. Des

machines ont circulé ainsi le long des canaux qui réunissent Saint-Omer

et Caen à la mer et ont fait un excellent service.

[Illustration: Fig. 56.--Rouleaux-compresseurs.]

Les briqueteries, les sucreries, les papeteries et généralement les

industries qui mettent en oeuvre ou produisent une grande quantité de

matières lourdes, ont intérêt à se servir de ces machines, qu'elles

utilisent fréquemment, au départ ou à l'arrivée, pour le chargement ou

le déchargement des matières transportées. Les mines, les houillères

peuvent encore, dans certaines circonstances particulières, utiliser ces

précieux engins. En Angleterre, en Irlande, les machines routières sont

employées avec avantage pour les travaux d'empierrement de routes. La

machine prend dans la carrière les matériaux qu'elle va répandre aux

points voulus et dont elle règle ensuite la surface par son passage. Les

roues sont alors de larges cylindres compresseurs, placés deux à

l'avant, deux à l'arrière du véhicule, et suivant des frayées

différentes.

Les locomotives routières ont été appliquées à l'enlèvement des

vidanges. La même force, qui enlève les matières de la fosse et les fait

monter dans les tonneaux, est employée à remorquer ceux-ci et à les

conduire en rase campagne. La désinfection est même rendue inutile par

un procédé ingénieux de combustion des gaz méphitiques. L'économie

considérable et les avantages de ce système contribueront, il faut

l'espérer, à le répandre.

Malheureusement, les vieilles habitudes ont de telles racines qu'on ne

peut les détruire qu'avec le temps et à force de persévérance. Aussi,

les transports agricoles s'exécuteront-ils pendant longtemps encore par

bêtes de trait. Dans la ferme, en effet, on ne peut se refuser à en

convenir, le matériel existe et on ne peut atteler une locomotive

routière à une charrette, comme on fait d'un cheval, d'un âne ou d'un

mulet que l'on tient à l'écurie, pour lequel on a toujours un peu de

fourrage, et qui, en échange, donne un fumier précieux. Tout petit

agriculteur a, au moins, l'un de ces animaux à son service, mais une

locomotive routière ne peut convenir qu'à une grande exploitation, qui a

de vastes champs à labourer, d'importants transports, des travaux de

battage ou d'une autre nature à opérer. Aussi, croyons-nous que la

locomotive routière ne viendra sérieusement en aide à la petite culture

que le jour où, dans les campagnes, circuleront des entrepreneurs qui

loueront leur matériel pour un temps ou pour un travail déterminé, comme

ils louent déjà des machines à battre, des pressoirs ou des appareils de

distillation portatifs durant le temps nécessaire à chacune de ces

opérations.

[Illustration: Fig. 57.--Labourage à vapeur.]

Ainsi donc, en admettant la locomotive routière actuelle parfaite, nous

voyons combien d'obstacles il lui faudrait vaincre pour l'emporter sur

les moteurs animés, utilisés en agriculture et en industrie. Mais,

combien elle est loin de la perfection et que de difficultés encore à

surmonter par le constructeur! Nous en ferons connaître quelques-unes

pour appeler l'attention sur certains faits pleins d'importance,

évidemment trop négligés.

Les locomotives routières sont destinées à remplacer le cheval et les

autres bêtes de trait que nous connaissons, c'est-à-dire une grande

variété d'animaux, présentant chacun des races aux aptitudes diverses,

capables de prendre les uns une allure rapide, en remorquant une charge

légère, les autres une marche lente en traînant une grosse charge,

ceux-ci ne pouvant marcher que sur une route en bon état, ceux-là

habitués aux traverses et aux mauvais chemins, enfin quelques-uns ne

pouvant travailler que peu d'heures par jour, d'autres capables, au

contraire, de fournir un long travail. Et pour remplacer tous ces

animaux, qu'offre-t-on? Le plus souvent, une seule et même machine,

munie parfois d'engrenages qui permettent l'emploi de deux ou trois

vitesses différentes et de roues dont la jante a une largeur constante

et peut être garnie de nervures destinées à faciliter la prise avec le

sol. Quelques constructeurs présentent différents types de machines.

Tous compliquent le problème en cherchant à construire une machine

capable de servir à d'autres usages qu'à la traction proprement dite, et

mettent souvent la locomotive de leur fabrication hors d'état de

répondre d'une manière satisfaisante à la principale des fonctions

qu'elle doit remplir.

[Illustration: Fig. 58.--Les messageries à vapeur.]

Simplifier c'est résoudre. Que l'on considère, en effet, les progrès

accomplis dans la construction des machines à vapeur, ou mieux encore,

dans celle des locomotives, et l'on reconnaîtra que c'est du jour où

l'on a créé des types de machines pour telle ou telle nature de

transport, sur une voie au profil plat ou accidenté, au tracé

rectiligne ou tourmenté, qu'on a perfectionné les machines

primitivement employées. Et combien le problème des locomotives

routières est-il plus difficile à résoudre que celui des locomotives des

voies ferrées, quelle complication résulte de la substitution de la

route rugueuse et accidentée à la voie unie des chemins de fer! Aussi,

tandis que les types de locomotives sont plus nombreux, doit-on

considérer comme très-considérable le nombre des types de locomotives

routières?

D'où il suit que l'on ne doit attendre de perfectionnements, dans la

construction de ces nouvelles machines, que des compagnies assez

puissantes pour entreprendre ces essais multipliés et coûteux qu'une

persévérance soutenue fait presque toujours aboutir.

Que des compagnies, comme les Messageries à vapeur, poursuivent la

création du type de locomotives routières propres au transport des

voyageurs; que la compagnie des Omnibus recherche le type tout

particulier de locomotive routière capable de s'accommoder à la

circulation des grandes villes, que des compagnies de transport encore à

créer perfectionnent le type de la locomotive routière à marchandises,

et, dans quelques années, la question sera résolue; mais il n'est pas

possible que des industriels risquent des ressources souvent

très-limitées dans des essais dont la durée est illimitée.

Voilà, croyons-nous, de quelle manière il faut espérer voir des

améliorations sérieuses se produire. Passant de cette considération

générale aux questions de détail, qu'il nous soit permis d'appeler

l'attention sur certaines dispositions adoptées d'ordinaire par les

constructeurs et qui nous semblent tout au moins défavorables.

L'une des plus grandes difficultés de la construction des locomotives

routières consiste dans l'établissement des deux mécanismes directeur et

propulseur. Sur les locomotives des voies ferrées, ce dernier seul

existe, l'action des rails sur les boudins des roues remplaçant le

premier. Les moteurs animés, attelés à une voiture, en dirigent la

marche en même temps qu'ils en produisent le mouvement. Il y a, de la

part des moteurs, simultanéité des deux actions directrice et

propulsive. Pourquoi toutes les locomotives routières, à part celle de

M. Feugères, ne satisfont-elles pas à cette condition et comment

prétend-on obtenir une action efficace d'un système de roues si

légèrement chargées que la main du mécanicien seule suffit à le

déplacer? Pourquoi ne pas chercher à commander ces deux roues du train

d'avant comme un cocher commande ses chevaux, en leur imprimant à

volonté des vitesses variables; et pourquoi ne pas faire des roues

d'arrière, jusqu'ici motrices, de simples roues porteuses, comme celles

des véhicules ordinaires? Nous posons une question, et nous ne la

résolvons pas, mais nous croyons qu'avant d'abandonner un système

généralement suivi, il faut voir s'il ne satisfait pas mieux que toute

conception nouvelle au problème qu'on s'est posé, sauf à y renoncer

définitivement si la pratique le démontre inacceptable.

Ce qui rend si difficile la solution cherchée, est un fait que peu de

personnes ont remarqué, la différence des nombres de tours effectués par

les _quatre_ roues du véhicule, d'où résulte la nécessité d'une

indépendance complète des organes transmettant le mouvement et

l'accroissement du nombre de ces organes. Ces quatre roues, faisant des

nombres de tours différents, marchent avec des vitesses différentes,

qu'elles reçoivent d'organes animés des mêmes vitesses, concourant tous

à produire comme résultat unique: la progression du véhicule suivant une

ligne variable à chaque instant, en raison des obstacles rencontrés.

Que l'on ajoute à cette première difficulté toutes les autres, moins

graves à la vérité, de changement de vitesse suivant le profil du chemin

ou l'état de sa surface, de maintien du niveau de l'eau dans la

chaudière sur une pente quelconque, d'alimentation de la machine,

d'arrêt rapide de celle-ci et du train qu'elle remorque, au moment de la

rupture subite d'une des pièces du mécanisme, de bruit produit par le

tirage dû au jet de vapeur, d'échappement des escarbilles par la

cheminée, et on se fera une idée des efforts que doivent encore faire

nos constructeurs pour perfectionner la machine routière.

Et encore, quelle masse énorme à remuer pour faire avancer un train

relativement peu chargé! Quelle quantité de métal, de charbon et d'eau

pour produire l'effet nécessaire! L'esprit admet avec peine que la

production de la puissance exige l'accumulation et l'association de si

grandes quantités de matières.

CHAPITRE VIII

LES VÉLOCIPÈDES

Instrument raide

En fer battu,

Qui dépossède

Le char tortu;

Vélocipède,

Rail impromptu,

Fils d'Archimède,

D'où nous viens-tu?

CH. MONSELET.

Nous ne pouvons terminer ce petit livre sans dire quelques mots des

véloces en général, qui ont été l'objet d'un si grand engouement, pour

lesquels on a monté des ateliers considérables, engagé des sommes

folles, comme s'il s'agissait d'un véhicule capable de modifier

profondément, ou de remplacer, l'un de ceux dont nous nous servons

depuis longtemps.

Un écrivain, qui s'appelle le Grand Jacques et dont la plume célèbre les

prouesses du vélocipède, écrit:

«Le vélocipède est un des signes du temps.

«Après le coche, la diligence;--après la diligence, le chemin de

fer;--après le chemin de fer, le vélocipède....»

Si cette phrase n'était qu'un simple énoncé chronologique, nous

n'aurions rien à dire, mais elle vise plus haut. Elle indique plus qu'un

perfectionnement dans l'art de la carrosserie, elle annonce un progrès

dans la science des moyens de transport.

[Illustration: Fig. 59.--Vélocipède Michaux.]

Notre avis est qu'il ne faut pas attribuer à ces légers appareils une

vertu si grande. On ne pourra nous contester qu'un véhicule est d'autant

plus parfait qu'il réclame pour se mouvoir une arène ou une voie moins

parfaite. Or, la condition première d'emploi du vélocipède et des

véloces, en général, est l'existence d'une route bitumée ou macadamisée

en bon état. Le pavé, qui convient si bien aux voitures, cause une

fatigue insupportable aux vélocemen par les cahots incessants qu'il

produit. Les ornières rendent la marche impossible. Quelle est la cause

de l'infériorité des locomotives? C'est qu'on n'a réussi, jusqu'à

présent, à les employer avantageusement que dans les pays plats ou peu

accidentés. Quelle est la cause de l'infériorité des locomotives

routières? C'est, entre autres choses, qu'elles exigent une voie solide

et durcie pour se mouvoir dans de bonnes conditions.

Nous avons commencé par faire le procès du vélocipède, disons maintenant

ce qu'il a de bon.

Chacun sait qu'il est plus facile de rouler un fardeau que de le porter

sur ses épaules. L'homme est à lui-même son propre fardeau. S'il marche,

il se porte; s'il est monté sur un véloce, il se roule.

L'homme pèse, en moyenne, de 65 à 70 kilogrammes et _marche_ avec une

vitesse de 1m,50 par seconde. Il développe donc un travail de 100

kilogrammètres environ. (Nous avons dit précédemment le sens de ce mot.)

Si l'homme pouvait _se rouler_ sans aucun intermédiaire, l'effort de

traction qu'il aurait à fournir sur une route ordinaire, en bon état,

serait le 1/30 de son poids, ou 2kil,14 à 2kil,31, et le travail

correspondant, en admettant la même vitesse de 1m,50 par seconde,

varierait de 3kgm,21 à 3kgm,46.

Mais il faut tenir compte du travail absorbé par le vélocipède lui-même.

Nous l'évaluerons à 2 kilogrammètres, la vitesse étant de 1m,50, ou à 8

kilogrammètres, la vitesse étant de 6 mètres par seconde, vitesse

normale du vélocipède.

Dans cette nouvelle hypothèse, le travail que doit développer le

voyageur pour son propre déplacement, la vitesse étant quadruplée,

devient 12kgm,84 à 13kgm,84.

Ces chiffres ajoutés aux 8 kilogrammètres, travail du vélocipède,

donnent: 20kgm,84 à 21kgm,84.

Rapprochant ces chiffres du premier que nous avons posé: 100

kilogrammètres, travail de l'homme en marche; nous voyons que le

vélocipède bicycle a pour effet _de réduire le travail dans le rapport

de 20 à 100 ou de 1 à 5, en quadruplant l'effet produit, c'est-à-dire la

vitesse obtenue_.

On admet dans tout ce qui précède un terrain horizontal et en bon état.

Si la route présente des montées ou des accidents, l'avantage du

vélocipède disparaît promptement. Par contre, il est vrai, le véhicule

devient automoteur aux descentes et le voyageur se laisse entraîner sans

fatigue.

Nous bornerons à ces quelques lignes la théorie du vélocipède, ajoutant

seulement que, lorsque du bicycle on passe au tricycle, on perd en force

dépensée ce que l'on gagne en stabilité.

À quelle époque remonte l'invention du vélocipède?

Nous n'irons pas, comme on l'a fait, fouiller les monuments égyptiens ou

passer en revue les fresques des villes enfouies sous la lave, à la

recherche des génies ailés ou des amours à cheval sur un bâton monté sur

des roues. Autant vaudrait parler de la Fortune, qui, plus adroite que

nos vélocemen modernes, a résolu depuis longtemps le problème tant

cherché du monocycle.

Il nous suffira de dire que le vélocipède est le perfectionnement du

célérifère, construit pour la première fois en 1818. Le célérifère

consiste en un bloc de bois de forme allongée, monté sur deux roues en

flèche, d'assez faible diamètre pour que le cavalier puisse avoir ses

pieds sur le sol. Celui-ci enfourche sa monture de bois et, poussant à

droite, poussant à gauche, il s'avance à grandes enjambées ou à grands

tours de roue.

[Illustration: Fig. 60.--Célérifère de 1818.]

Le tricycle est beaucoup plus ancien que le vélocipède. Depuis bien des

années, on voit des amateurs de promenade, désireux de faire l'économie

d'un cheval, parcourir les abords des grandes villes sur ces légères

voitures, formées essentiellement d'un essieu doublement coudé, mis en

mouvement par les pieds ou par les mains, et d'une roue dont le plan,

mobile à volonté, forme l'avant-train. Ce n'est pas autre chose que la

voiture dont se servent les invalides ou les paralytiques et qu'ils

actionnent à la main au moyen de deux leviers.

On nous a raconté qu'un jour un de ces tricycles fut apporté à la maison

Michaux, moins connue alors qu'elle ne l'était il y a quelques années,

pour y être réparé. Le fils de la maison joue avec l'appareil. Au lieu

de trois roues, il n'en met que deux, et il actionne la roue d'avant

avec les pieds. Il essaye, il se lance, il tombe. Il se lance encore, sa

course devient plus sûre. Chaque chute excite son courage. Le véhicule

n'a plus que deux roues. L'homme court sur cet appareil, qui ne peut se

tenir droit au repos, et le vélocipède est inventé. La maison Michaux se

fonde, puis donne naissance à la Compagnie parisienne. Des vélocipèdes

se fabriquent et s'expédient de tous côtés. Des machines sont inventées

pour les fabriquer plus promptement et d'une manière plus parfaite.

Aussi, ce qui existe aujourd'hui de véloces suffira-t-il à tous les

besoins pour de longues années et cette industrie est-elle en ce moment

dans le marasme!

La vitesse que l'homme peut atteindre, monté sur un vélocipède, est la

cause de l'enthousiasme dont on s'est pris pour ce nouveau moyen de

transport. Cette vitesse varie, on le comprend, avec la force du

véloceman, avec la nature et l'inclinaison de la voie parcourue, et

selon la plus ou moins bonne construction de l'appareil. Le club Bernois

évalue à 10 kilomètres la vitesse à l'heure des vélocemen sur les routes

qui entourent Berne. À Paris, sur les bonnes promenades, dit le

_Vélocipède illustré_, la vitesse normale est de 15 kilomètres. Dans une

grande quantité de courses et sur des pistes accidentées, les

vélocipédistes exercés parcourent 1 kilomètre en 2 minutes, soit 30

kilomètres à l'heure. Et sur une piste asphaltée, d'un niveau parfait,

la vitesse peut atteindre 40 kilomètres.

Ces derniers chiffres constituent, en réalité, des exceptions. Car 30

kilomètres à l'heure pour un vélocipède à roue motrice d'un mètre de

diamètre représentent près de 10,000 tours de pédales: 3 tours environ

par seconde! On conçoit qu'il faut un jarret doué d'une vigueur

exceptionnelle pour fournir pendant un certain temps un semblable

travail.

De longs voyages ont été entrepris sur des vélocipèdes. On cite, entre

autres, celui de deux vélocipédistes qui ont accompli en six jours une

course de 150 lieues: la distance de Paris à Bordeaux; ce qui donne une

vitesse moyenne de 25 lieues, ou 100 kilomètres par jour.

On trouve encore dans les annales de la vélocipédie qu'une course de 250

kilomètres a été faite en vingt heures consécutives, y compris le temps

du repos. C'est 500 mètres par minute ou 12kil,5 à l'heure.

Mais ces tours de force, si remarquables qu'ils soient d'ailleurs, au

double point de vue de la vitesse obtenue et de la durée de la course,

ne doivent être considérés que comme des faits exceptionnels, dus à des

circonstances spéciales, et, en premier lieu, à l'excellence du

véloceman.

Nous ne saurions trop le répéter: le véloce, d'une manière générale, ne

deviendra un véhicule réellement pratique que le jour où il n'exigera

plus des voies parfaites. Alors, le facteur rural s'en servira pour

faire ses tournées quotidiennes; plusieurs facteurs s'en servent dès à

présent d'une manière régulière; des percepteurs, des employés des

contributions les ont aussi adoptés; le maraîcher, la laitière, pour

porter, celui-ci ses légumes et celle-là son lait à la ville. Le véloce

pourra détrôner l'âne, ce cheval du pauvre, car, si élevé que soit resté

son prix d'achat, sa nourriture préoccupera moins encore que les

chardons, les ronces ou l'herbe vaine qui pousse dans les fossés des

chemins.

DES VARIÉTÉS DU VÉLOCE.

Il y a peu d'inventions aussi simples que celle du vélocipède; il y en a

peu qui aient été l'objet de plus de brevets pris dans un temps plus

court.

Ce que l'on a inventé de soi-disant perfectionnements qui ne sont, pour

la plupart, que des complications inutiles, est inimaginable. Ces

inventions ont trait les unes à la forme générale du véloce, les autres

à telle ou telle de ses parties. On a cherché enfin à employer des

moteurs autres que la force de l'homme: le vent, la vapeur,

l'électricité. Nous dirons rapidement quelques mots des idées les plus

curieuses qui se sont produites.

Mille moyens ont été proposés, chaque constructeur a le sien pour

réunir les deux roues du bicycle et poser sur la pièce qui les assemble

la selle du cavalier. La roue d'avant est généralement motrice,

directrice et porteuse. Certains vélocipèdes reçoivent, au contraire,

leur direction par l'arrière, tel est celui dont le dessin est donné

ci-dessous. Nous ne croyons pas que cette solution soit avantageuse.

[Illustration: Fig. 61.--Vélocipède-raquette.]

Les tricycles varient à l'infini, tantôt ils sont à une place, tantôt à

deux places, mus par les pieds ou par les mains, ou par les pieds et les

mains à la fois. De là des variétés innombrables.

Nous ne parlerons pas des quatricycles, nous retomberions dans la

voiture ordinaire.

[Illustration: Fig. 62.--Monocycle-sphère.]

Quant au monocycle, on est encore à le chercher. Placer le véloceman

au-dessus de la roue, nous doutons que son équilibre soit bien stable.

Le placer au centre, il ne nous semble pas beaucoup plus solide: la roue

se trouve réduite à une jante assez facilement déformable, et la

transmission de mouvement ne paraît pas devoir être simple. On dit

cependant que le problème serait résolu. M. Jackson aurait fait un

voyage de Paris à Versailles ou à Saint-Cloud sur un monocycle. Dans ce

cas, le véloceman, placé au milieu du cercle, était porté par une

circonférence concentrique à la roue, et qui frotte sur des galets.

C'est en inclinant le corps, à droite ou à gauche, qu'il dirigeait

l'appareil. Il n'y a là rien d'impossible, assurément, mais l'adresse

de l'homme nous paraît merveilleuse.

Néanmoins, nous aimons la simplicité du monocycle du _Vélocipède

illustré_: LA SPHÈRE!

Le mode d'actionnement, s'il ne donne pas toute satisfaction, est du

moins tellement primitif, qu'il ne le cède à aucun autre.

Le champ reste, d'ailleurs, ouvert aux inventeurs.

Les perfectionnements des différentes parties des véloces ont été

généralement plus heureux que ceux qui ont porté sur l'ensemble.

Les manivelles, ou les _pédivelles_ (comme on devrait les nommer), ont

été améliorées. Le frein, le gouvernail, la lanterne, les burettes de

graissage, la selle, se font aujourd'hui avec un soin et une perfection

qui seront difficilement dépassés.

La jante a été d'abord garnie d'un boudin plein, rond ou rectangulaire,

en caoutchouc, servant à empêcher les chocs produits par les inégalités

et les aspérités du chemin. Aujourd'hui, ce boudin est creux et contient

un fil de fer dont les extrémités sont réunies au moyen d'un écrou à

deux pas contraires et serrant le caoutchouc contre la jante de la roue.

Les inventeurs ont souvent cherché à simplifier le moyen de transmission

du moteur à l'appareil. Ils ont proposé des pédales disposées de

diverses manières, dans le but de remplacer le mouvement de rotation des

pieds par un simple mouvement de va-et-vient. Aucun de ces moyens n'a

réussi. Tous ont été trop compliqués et ont absorbé une telle fraction

de la force motrice qu'il n'y avait plus avantage.

Les Merveilles de la Locomotion · 第 12 / 15 段