Les ouvriers reprennent possession de leur chantier souterrain, qui

présente désormais deux attaques dirigées en sens contraire. L'activité

s'accroît. La poudre et les bois descendent, les déblais remontent; les

hommes se remplacent toutes les six heures, le travail ne chôme pas un

moment. En avant, marche la petite galerie que le tracé accompagne et

dirige. Derrière vient le battage au large, l'ouverture à grande

section. Un muraillement ou un revêtement général est à faire; on

procède alors par tronçons ou par chambres alternatives, les éventails

sont établis, les cintres sont dressés, les maçons suivent les boiseurs,

et chaque jour, à pas lents, au milieu d'incidents sans gravité ou

d'accidents épouvantables, le travail s'avance. C'est un vrai trou de

taupe, car dans certains terrains l'homme le creuse avec ses mains,

tantôt sur le ventre, tantôt sur le côté, tantôt sur le dos. L'ouvrier

des souterrains s'identifie à sa besogne; à la lumière du soleil, il

préfère celle de sa lampe, au grand air l'atmosphère humide, fumeuse et

parfois fétide de son chantier. Son visage a pris une teinte pâle

uniforme; ses yeux, ses narines et ses lèvres sont d'un rose maladif et

ses cheveux sont parfois décolorés. On croirait à la souffrance, si le

soleil, l'air vivifiant du dehors, une nourriture plus forte et plus

substantielle, ne venaient le transformer et lui donner la force brutale

qu'il montre dans ces rixes qu'amènent parfois la jalousie ou la colère,

et que termine trop souvent le couteau.

Les souterrains les plus remarquables sont:

La Nerthe, entre Avignon et Marseille, d'une longueur de 4,600 mètres;

Blaisy, entre Tonnerre et Dijon, de 4,100 mètres;

Le Credo, sur le chemin de Lyon à Genève, de 3,900 mètres;

Rilly, sur l'embranchement de Reims, de 3,500 mètres;

Le tunnel des Alpes ou du Mont-Cenis, de 12,220 mètres de longueur.

L'un des tunnels les plus connus est celui de Blaisy, à 288 kilomètres

de Paris. Voici quelques détails sur sa construction: Sa longueur,

avons-nous dit, est de 4,100 mètres, sa largeur entre les pieds-droits

de 8 mètres et sa hauteur sous clef de 8 mètres également. On a percé

22 puits pour sa construction; le plus profond a 197 mètres de hauteur.

Quinze de ces puits sont conservés pour l'aérage du souterrain.

L'ensemble des 22 puits a coûté deux millions. Le cube des déblais

extraits du souterrain est évalué à 350,000 mètres et celui des

matériaux de construction à 150,000. On a employé plus de 150,000

kilogrammes de poudre. Ce souterrain a coûté, sans les puits, 1,900

francs par mètre courant, soit 7,900,000 francs pour l'ensemble.

Disons quelques mots encore du tunnel des Alpes. Ce qui le distingue

essentiellement des autres souterrains construits jusqu'à présent, c'est

sa grande longueur (12kil,220) et l'impossibilité où l'on a été, en

raison de la grande hauteur de la calotte, de l'attaquer par des puits.

Il n'y a donc eu que deux chantiers partis des deux têtes, de Modane et

de Bardonèche, et allant à la rencontre l'un de l'autre. L'ouverture à

l'exploitation remonte au mois d'octobre 1871. Il a fallu, en raison du

nombre restreint des attaques, employer les moyens de perforation les

plus rapides. Voici ce qu'on a fait: On a appliqué à la compression de

l'air la force produite par la chute des cours d'eau descendant du

faîte. L'air comprimé, à son tour, a servi à mettre en mouvement de

petites machines perforatrices qui remplacent le travail lent et pénible

des ouvriers. MM. Grandis, Grattone et Sommeiller sont les inventeurs de

ces machines. Aujourd'hui, une voie nouvelle, franchie en 20 ou 25

minutes, remplace l'ancienne route de la montagne, que les chevaux de

poste mettaient 10 à 12 heures à parcourir et que le chemin de fer

Fell[7], dont nous aurons bientôt à parler, a fait franchir en 5 heures

seulement. Maintenant, une communion plus intime peut s'établir entre la

France et l'Italie et permettre à notre industrie d'aller puiser de

nouvelles et vivifiantes inspirations dans la péninsule;--à nos voisins

de venir étudier nos procédés rapides et perfectionnés de fabrication.

[Note 7: Un chemin de fer, d'un système analogue, permet de monter au

sommet du Righi.]

La nécessité de traverser de larges fleuves et des vallées profondes,

imposée par le tracé des grandes voies ferrées, a donné naissance à des

ouvrages dont nos pères n'abordaient la construction qu'à de rares

intervalles et qu'ils mettaient de longues années à élever. Nous voulons

parler d'abord de ces imposants viaducs en maçonnerie qui l'emportent

bien, à notre avis, sur les aqueducs tant vantés des Romains et des

Sarrazins, puis de ces ouvrages en tôle portés sur piles en maçonnerie

ou sur piles métalliques, dont la construction remonte à quelques années

seulement et qui s'est déjà beaucoup répandue, tant elle fournit un

moyen économique et facile de franchir les vallées profondes.

Les viaducs en maçonnerie, construits pour le passage des chemins de

fer, sont remarquables à divers titres: leur longueur, leur hauteur, la

mauvaise nature du terrain qui les supporte, augmentent les difficultés

de leur construction et en élèvent le prix de revient.

[Illustration: Fig. 25.--Le chemin de fer du Righi.]

Parmi les viaducs les plus longs, on cite surtout celui qui a été

construit sur les lagunes de Venise pour le passage du chemin de

Vicence, et qui a 3,598 mètres de longueur;

Celui qui traverse la ville de Nîmes, ayant 1,670 mètres de longueur,

sur le chemin de Tarascon à Cette;

Celui de Wittemberg, qui a 1,147 mètres de longueur;

Enfin celui d'Arles, sur le chemin de Lyon à Marseille, et qui a 769

mètres de longueur.

La hauteur la plus grande de ces viaducs ne dépasse pas 15 mètres.

Les viaducs les plus remarquables par leur grande longueur et par leur

grande hauteur, sont: celui de Nogent-sur-Marne, qui a une longueur

totale de 830 mètres et une hauteur de 29 mètres. Ce viaduc franchit la

rivière au moyen de trois arches de 50 mètres d'ouverture. Il a été

construit en dix-huit mois. Le viaduc de l'Indre mesure 751 mètres de

longueur totale et 23 mètres de hauteur maxima.

L'un des ouvrages les plus renommés par sa légèreté est le viaduc de

Chaumont, sur le chemin de Mulhouse à Gray. Sa longueur est de 600

mètres et sa plus grande hauteur de 50 mètres. Il a été exécuté en

quinze mois.

L'un des viaducs les plus remarquables par ses dimensions et le plus

grand de ceux construits en Allemagne pour le passage d'un chemin de

fer, est celui du Goeltzschthal, sur le chemin de fer saxo-bavarois,

entre Reichenbach et Plauen. Il a 579 mètres de longueur et sa hauteur

maxima est de 80m,37; c'est à peu près la même que celle de notre

aqueduc de Roquefavour, qui a 81 mètres. C'est la hauteur des tours de

Notre-Dame.

Nous pourrions citer encore plusieurs ouvrages en maçonnerie dignes de

fixer l'attention; la France, les environs de Paris même en offrent de

nombreux, mais nous devons indiquer maintenant quelques-uns des

magnifiques travaux en charpente construits en Amérique, en Allemagne et

en Russie, et qui, forêts suspendues, sont de véritables merveilles

d'assemblage. Les uns sont à poutres droites, comme celui de Peacock,

celui du Connecticut (384 mètres de longueur, avec des travées de 54

mètres);

Celui de Landore (496 mètres de longueur);

Celui de la Mesta, sur le chemin de Saint-Pétersbourg à Moscou (547

mètres de longueur, avec des travées de 60 mètres et une hauteur maxima

de 32 mètres);

Les autres sont en arc de cercle, comme celui de Willington (319 mètres

de longueur avec des arcs de 39 à 35 mètres de largeur);

Celui de la rivière l'Etherow (long de 158 mètres, avec une arche de 54

mètres d'ouverture et une hauteur maxima de 41 mètres);

Celui de la Cascade-Glen (présentant un arc de cercle de 84 mètres

d'ouverture, le plus grand qu'on ait encore construit, et 53 mètres de

hauteur).

Mais le plus remarquable de ces ouvrages est le pont du Haut-Portage sur

le chemin de Buffalon à New-York; sa longueur est de 267 mètres et sa

hauteur de 79m,50!

Le fer vient parer d'une manière avantageuse aux inconvénients des

constructions en charpente. On peut dire que la construction des chemins

de fer a produit les ponts en tôle, de même aussi que ces combles légers

abritant nos grandes gares et une foule de constructions métalliques de

différents genres.

Les ponts en tôle sont ou à poutres droites, pleines ou à treillis, ou

en arc de cercle. Les plus remarquables, parmi les premiers, sont: le

grand pont Britannia, sur le détroit de Menai, dont l'ingénieur est

Robert Stephenson (longueur entre culées: 453 mètres en quatre travées;

hauteur de la pile du milieu 67 mètres);

Le viaduc de Crumlin, pour le chemin de fer de Pontypool à Swansea

(longueur: 498 mètres, 10 travées de 45m,75, hauteur du rail, au-dessus

du fond de la vallée: 58m,56);

Le grand pont sur la Vistule, à Dirschau (chemin de fer de l'Est de la

Prusse: six travées de 138m,40 de long chacune; longueur totale, 882

mètres);

Le pont sur le Sitter (163 mètres de long en trois travées, 62 mètres de

hauteur);

Le pont de Marienbourg (en deux travées de 106 mètres chacune).

Le premier pont en tôle construit en France est celui d'Asnières, sur le

chemin de l'Ouest, qui est dû à M. Eug. Flachat; il a remplacé le pont

de bois brûlé en 1848 (sa longueur est de 168 mètres en cinq travées).

D'autres ponts du même genre se sont succédé bientôt en grand nombre.

On remarque surtout le pont de Langon (228 mètres en trois travées) et

celui de Bordeaux (629m,11), sur la Garonne.--Dans ces dernières,

années, on a construit sur le Rhin le fameux pont de Kehl (235 mètres de

longueur), qui réunit le duché de Bade à la France, et que ses

fondations, sur un sol de gravier d'une profondeur indéfinie, rend

particulièrement remarquable. Il a coûté 8 millions.

Nous ne citerons, comme type de légèreté des ponts en arc, que le pont

d'Arcole, construit à Paris, en face de l'Hôtel de ville, pour remplacer

l'ancien pont suspendu, qui donnait seulement passage aux piétons.

Mentionnons aussi le fameux pont de Saltash, sur le bras de mer de

Hamoaze, près de Plymouth, et dont Brunel est l'ingénieur (deux travées

de 138m,68 chacune, laissent aux navires, au moment de la haute mer, un

passage libre de 30m,48 de hauteur).

Mais un des ouvrages construits avec le plus de hardiesse est celui qui

a été lancé par l'ingénieur Roebling au-dessus des chutes du Niagara

(249m,75 de longueur en une seule travée, à 74 mètres au-dessus de la

rivière). Ce pont est à la fois en treillis et suspendu. Quatre câbles

s'appuient sur les piles élevées, placées sur les deux rives; deux

supportent le tablier supérieur sur lequel passe la voie unique de fer,

deux autres supportent le tablier inférieur qui sert au passage des

voitures et des piétons. Mais, comme les grands vents, qui soufflent

dans ces parages, auraient pu soulever le tablier, des haubans, partant

des parois de la roche, viennent s'attacher, en divergeant, à

différents points du tablier et lui donner une rigidité considérable.

Cet ouvrage n'a coûté que deux millions.

Parmi les ponts en fonte, nous ne citerons que le beau pont de Tarascon

(592 mètres de longueur, sept arches de 60 mètres d'ouverture), et le

viaduc de Newcastle (408 mètres de longueur, six travées de 39 mètres).

Tous les ouvrages en fonte, dès qu'ils atteignent une portée de 8 à 10

mètres, sont en arc; les défauts, inhérents à la fabrication de la

fonte, ne permettent pas son emploi en grandes poutres droites.

Tels sont les plus remarquables des grands ouvrages dont les chemins de

fer ont nécessité l'exécution. Ils occupent, dans la construction des

voies ferrées, une place si importante et ils excitent à un si haut

point l'admiration, que nous n'avons pas cru devoir sans en faire

connaître au moins les noms et les dimensions principales.

C.--SUPERSTRUCTURE.--Stations et maisons de garde.--La voie: Les

ornières des mines de Newcastle. Ornières creuses et saillantes.

Roues plates et à rebords.--Rails méplats, à champignon simple, à

double champignon, Vignole, Brunel, Barlow, Hartwich; rails en

acier.--Traverses en bois et métalliques.--Coussinets, coins,

éclisses, boulons, crampons, chevillettes, etc.

La plate-forme du chemin est dressée, l'_infrastructure_ est maintenant

terminée. Les stations et les maisons de garde s'élèvent, depuis

l'humble halte, qui n'a parfois qu'une femme pour tout personnel,

jusqu'à la grande gare avec ses centaines d'agents. Les rails et les

traverses sont en dépôt aux extrémités de la ligne et sur divers points

de son parcours. La pose commence, les wagons, les locomotives la

suivent; le ballast, cette matière perméable et élastique qui doit

former son lit, est apporté, et la commission administrative peut

procéder à la réception du chemin.

Avant de parler des machines et des wagons, du matériel locomoteur, en

un mot, arrêtons-nous au matériel fixe, à _ces humbles barres de fer

couchées sur la poudre des chemins_, comme on les a nommées.

C'est à la fin du dix-huitième siècle que l'on fait remonter l'emploi

des premières _ornières_ saillantes en bois, et c'est dans le voisinage

des mines de Newcastle que ces rails furent employés pour la première

fois. Les wagonnets, ou _chaldrons_, pleins de houille, allaient sur les

voies artificielles de l'orifice du puits aux bords de la Tyne, où ils

déchargeaient leur contenu dans les bateaux. Mais ces bois s'usaient, se

fendillaient et exigeaient un remplacement fréquent et coûteux. L'action

alternative du soleil et de la pluie hâtait leur fin. C'est alors qu'on

eut l'idée de les recouvrir, pour en prolonger la durée, de bandes de

fer dans les parties les plus sujettes aux détériorations. Cette

amélioration partielle de la voie de transport devint bientôt générale:

le bois, enfin, fut écarté comme rail et remplacé par la fonte. Cette

application est due à l'ingénieur William Reynolds et date de cent ans

environ. Elle remonte à l'année 1768, selon les uns, à l'année 1780,

selon les autres. Mais les rails n'avaient pas la forme qu'ils ont

aujourd'hui; ils étaient plats, avec un rebord saillant intérieur, la

roue était semblable à celle des voitures ordinaires. Vers 1789, Jessop

transforma la jante des roues et leur donna le rebord qu'on voit

aujourd'hui aux roues des wagons; les rails se réduisirent alors à de

simples barres de fer fixées sur des traverses en bois.

Pour utiliser toute la résistance du fer, ces barres ou mieux ces lames

de fer étaient placées sur leur tranche ou _de champ_, comme disent les

ouvriers, et maintenues dans cette position par le serrage d'un coin en

bois dans l'entaille d'une traverse. La voie était donc bien simple:

rails, traverses et coins, c'était tout. Les petites voies de

terrassement ne sont pas autres encore aujourd'hui. Les rails en fer

s'obtenaient par le laminage; c'était la méthode appliquée depuis plus

de deux siècles à la fabrication des monnaies, à Paris, et que

l'Angleterre pratiquait depuis l'année 1663.

Les améliorations de la voie actuelle de nos chemins de fer résultent

principalement des perfectionnements qui ont été apportés à la

préparation de ces parties essentielles. On reconnut bientôt que les

rails méplats, sous les fortes charges, creusaient des sillons dans la

jante des roues et les mettaient promptement hors de service, qu'au

passage des courbes et sous l'action de la force centrifuge ils se

déjetaient en dehors de la courbe et faisaient ventre entre leurs

supports. De là, la nécessité d'abandonner la forme méplate, pour donner

aux rails une saillie latérale, capable à la fois d'empêcher ces

déformations et de fournir une surface de roulement bombée et non plus

tranchante. Le _champignon_ du rail était inventé. Le désir d'utiliser

le rail après l'usure de son champignon supérieur, donna l'idée de lui

ajouter un champignon inférieur, symétrique du premier, permettant son

retournement dans ses supports et donnant un nouveau service.

[Illustration: Fig. 26.--Rail à double champignon.]

Notre rail actuel, à double champignon, n'est autre que celui que nous

venons de décrire. C'est le propre des grandes inventions d'atteindre

dès le début le degré de perfectionnement qu'elles ne doivent guère

dépasser. Tantôt l'_âme_ du rail est plus haute et plus étroite, le

champignon plus ou moins bombé, plus ou moins large; mais ces variations

se chiffrent par millimètres ou par fractions de millimètre. La forme et

les dimensions générales varient peu. Il en est de même du _coussinet_

ou _chair_, de cette main de fonte dans laquelle on serre le rail à

l'aide d'un coin en bois, et de ce coin lui-même.

La traverse est une bille de bois, de forme quadrangulaire, triangulaire

ou semi-circulaire dont la nature varie suivant les pays. En France et

en Belgique, en Allemagne, en Angleterre, on emploie le chêne, le hêtre,

le sapin et le pin préparé. En Suisse, on emploie le mélèze; en

Amérique, on a employé le gaïac.

[Illustration: Fig. 27.--Rail Vignoles.]

Les coins sont en chêne et ne présentent rien de particulier.

Une autre espèce de rail est employée en Amérique, en Allemagne, et sur

quelques-unes de nos lignes françaises. C'est le rail _à patin_,

américain, ou Vignoles, du nom de l'ingénieur anglais qui, le premier,

l'a employé en Angleterre. Il ne diffère du rail à double champignon

qu'en ce que le champignon inférieur a été remplacé par un patin qui

lui sert d'appui sur la traverse, à laquelle il est relié par des

crampons en fer. Ce rail ne peut donc pas être retourné comme le

premier, mais l'avantage dont il est privé est diversement apprécié par

les ingénieurs et contesté par certains d'entre eux.

Nous indiquerons encore deux sortes de rails, dont l'usage tend de plus

en plus à disparaître et que les Compagnies utilisent seulement

aujourd'hui pour l'établissement de leurs voies de garage; ce sont: le

rail Brunel (bridge-rail), qui a la forme d'un U renversé, se posant sur

longrines, et le rail Barlow, dont la section est celle d'un V renversé,

s'appuyant directement sur le ballast.

[Illustration: Fig. 28.--Rail Brunel.]

[Illustration: Fig. 29.--Rail Barlow.]

La dernière Exposition universelle a fait connaître une nouvelle espèce

de rails employée en Allemagne, et qui présenterait des avantages

notables sur les précédents, c'est le rail Hartwich, essayé sur les

chemins de fer de Coblentz à Oberlahnstein et de Euskirchen à

Mechernich. Ce rail n'est autre que le rail Vignoles dont l'âme a

augmenté de hauteur, et dont le patin s'est élargi. Il se pose

directement dans le ballast sans aucun intermédiaire. Mais il pèse 60

kilogr. environ le mètre courant: il coûte par conséquent fort cher. Et,

comme le temps seul permet de porter un jugement sur les mérites de ce

rail, on doit, avant d'abandonner les systèmes déjà essayés, attendre,

pour l'adopter, que l'expérience ait fait connaître sa véritable valeur.

Les charges imposées aux véhicules des chemins de fer, wagons et

machines, ont tellement augmenté depuis leur origine, que, pour ne pas

voir les rails s'écraser et se déformer promptement, on a dû en

augmenter la résistance en en forçant les dimensions et par conséquent

le poids. Les premiers rails employés au chemin de Saint-Étienne, à

Lyon, pesaient 13 kilogr. le mètre courant. Bientôt ce poids dut être

porté à 25 kilogr., et aujourd'hui, sur nos grandes lignes, il est de 30

à 37 kilogr. Ce chiffre s'élève même parfois à 40 kilogr. Encore les

rails ne durent-ils guère qu'une quinzaine d'années! On comprend que ce

chiffre varie dans d'assez grandes limites, suivant la qualité des

rails, leur position en plaine, en rampe ou en courbe, et la circulation

qui s'opère à leur surface. Au bout de ce temps, ils ont perdu environ

100 francs par tonne de leur valeur, repassent à la forge, où ils sont

employés à fabriquer des rails neufs, qui rentrent dans les parcs de la

voie.

Malgré l'économie qui résulte de ce réemploi des vieux rails,

l'opération de la réfection des voies ne laisse pas que d'être

très-coûteuse, aussi a-t-on cherché à employer des rails capables de

résister plus longtemps aux causes de destruction rapide auxquelles ils

sont soumis dans certains cas. On a associé le fer à l'acier, celui-ci

occupant la surface des tables de roulement, qui s'altèrent par le

frottement, mais on a été peu satisfait du résultat obtenu, le fer et

l'acier ne se soudant que difficilement. On en est venu à fabriquer des

rails exclusivement en acier fondu Bessemer. Plusieurs Compagnies en ont

fait déjà des commandes importantes pour les parties les plus fatiguées

de leur réseau.

Quant aux traverses, on cherche de plus en plus à substituer la tôle au

bois. La durée et la résistance du fer, qualités si précieuses pour des

travaux dont l'existence doit être indéfinie, justifient ces recherches;

mais des difficultés sérieuses, telles que le mode de fixation du rail

sur la traverse, le bourrage facile de celle-ci, retardent la solution

du problème. On ne peut, d'ailleurs, contrairement à un préjugé assez

répandu, adopter promptement toutes les innovations qui sont proposées

pour l'amélioration des voies. Les Compagnies travaillent sans cesse à

perfectionner ce qui existe; leurs essais sont constants, mais elles

sont trop soucieuses de la sécurité des voyageurs (elles savent ce que

coûtent les bras ou les jambes cassés), elles sont trop soucieuses aussi

des intérêts qui leur sont confiés (l'emploi d'un rail, trop promptement

adopté, a coûté à une Compagnie 14 millions et a entraîné une perte de 8

millions), pour s'engager à la légère dans des innovations d'une valeur

incertaine et que leur application sur une grande échelle peut rendre

des plus compromettantes.

On se fera une idée de l'importance de ces questions quand on saura

qu'au cours de 210 francs la tonne, la valeur des rails du réseau

exploité était représentée, en 1867, par une somme de 386 _millions de

francs_.

Mais revenons aux traverses métalliques. Les essais continuent, les

Compagnies font des commandes, constatent les avantages et les

inconvénients. Elles vont avec la prudence qu'exige le renouvellement,

au fur et à mesure des besoins, de 25 millions de traverses en bois,

qui, au prix variable de 3 à 6 francs, représentent un capital de 113

millions de francs. En comptant les traverses en tôle à 180 francs la

tonne, leur ensemble coûterait 180 millions, soit 67 millions de plus.

Quelle sera la durée? Là est la question. L'avenir répondra.

Nous ne nous arrêterons pas aux pièces accessoires, éclisses, selles,

boulons, chevillettes, crampons, etc., qui servent à réunir deux rails

qui se suivent, à leur fournir un appui sur la traverse ou à les fixer à

celle-ci. Ce sont choses de détail. Nous parlerons maintenant des

véhicules des chemins de fer.

III.--LES WAGONS.

A.--Les wagons en général.--Voitures à 2, 4, 6 et 8

roues.--Construction d'un wagon: châssis, caisse.

La construction de la première voiture de chemins de fer n'a pas été

aussi simple qu'on serait tout d'abord tenté de le croire. Il semble, en

effet, _a priori_, qu'il y a bien moins de difficulté à faire suivre

aux roues munies de rebords, d'un véhicule, deux ornières saillantes ou

deux ornières creuses, qu'à les faire courir sur un chemin semé

d'obstacles. Il n'en est rien.

On a reconnu, dès le début, que l'emploi des voitures à deux roues était

absolument impossible.

On a essayé alors des voitures à quatre roues, en laissant aux essieux

la faculté de se placer dans une direction normale aux courbes

parcourues, et aux roues la mobilité sur ces essieux qu'on regardait

aussi comme indispensable au parcours de chemins de différentes

longueurs sur les deux files de rails. Mais la pratique, ainsi qu'il

arrive parfois, a renversé ces prévisions, et l'on a bientôt reconnu que

le véhicule ne pouvait être maintenu sur le rail qu'à la double

condition d'avoir ses essieux toujours parallèles et solidaires du

châssis du véhicule, et les roues jumelles invariablement fixées sur

l'essieu qui les porte.

On a créé ainsi des résistances accessoires, mais on a assuré le

maintien du véhicule sur la voie.

Les Merveilles de la Locomotion · 第 7 / 15 段