Du wagon à quatre roues, on est passé au wagon à six roues, l'un des

essieux pouvant se déplacer d'une petite quantité dans un plan parallèle

à celui de la voie, de manière à prendre, au passage d'une courbe, la

direction de son rayon; les roues restant, d'ailleurs, toujours calées

sur les essieux.

Enfin, on a fait des wagons à huit roues, en groupant les essieux deux

par deux et composant deux trucks indépendants, reliés à la caisse du

véhicule au moyen de chevilles ouvrières, comme celles qui sont à

l'avant-train des voitures ordinaires.

Ces premières expériences achevées, on s'est occupé de la construction

du wagon, en faisant de chacune de ses parties, appelées à répondre à

des besoins nouveaux, une étude minutieuse.

Il fallait s'occuper des attaches des wagons les uns aux autres, des

chocs des wagons entre eux, de la suspension du véhicule sur les roues,

des moyens de modérer la vitesse à certains moments de la marche. On

composa alors un _châssis_, sorte de cadre en charpente, rendu

indéformable par des pièces mises en croix: on eut une carcasse

s'appliquant, d'une manière à peu près générale, à tous les véhicules

quelle que fût leur destination spéciale, et portant, à ses extrémités,

les crochets d'attelage et les tampons de choc, les premiers reliés à la

partie centrale, les seconds aux extrémités des ressorts disposés au

centre du châssis; sur les côtés, les plaques de garde qui assurent le

parallélisme des essieux tout en permettant les mouvements d'oscillation

des boîtes à graisse sous l'action des ressorts de suspension.

À ces parties essentielles, on ajouta les ferrures, les chaînes de

sûreté et, selon la destination du wagon, des marchepieds, un frein,

etc.

B.--WAGONS À MARCHANDISES, À BESTIAUX ET DIVERS.--Wagons pour le

transport du ballast, du coke, du charbon, des marchandises, du

lait, des bestiaux.--Transport des filets de boeuf, du gibier, du

vin de Champagne, des fraises, des fromages.--Wagons à écurie, à

bagages, des postes.

Sur le châssis, que nous avons décrit, se place une caisse appropriée

au transport auquel le véhicule est destiné. On fait des wagons pour le

transport des déblais, du ballast, de la houille, du coke, du charbon de

bois, des marchandises de diverses natures, des voitures de rouliers et

des voitures ordinaires, montées sur leurs roues, des diligences, des

bestiaux de grande et de petite taille, des chevaux, du lait, des

bagages, des pièces de charpente, et enfin des voyageurs.

Les wagons de terrassement sont d'une construction grossière, ainsi

qu'il convient à l'usage auquel ils sont destinés. Leur caisse est

placée en porte-à-faux, de manière à pouvoir basculer aisément et se

vider d'elle-même. Ces wagons à ballast sont, d'ordinaire, des wagons

plats que l'on vide à la pelle.

Pour le transport des houilles, on a employé longtemps des wagons de

forme trapézoïdale se vidant par le fond au moyen d'une trappe; on y a

renoncé et on n'emploie plus que des wagons de forme prismatique se

vidant par les portes. Le transport du coke s'effectue souvent à l'aide

de caisses posées sur le wagon et que de puissantes grues élèvent et

basculent au lieu du déchargement. La quantité des houilles et cokes

transportés, en 1865, par les six Compagnies françaises a été de

9,548,540 tonnes. Elle augmente tous les jours.

Le transport du charbon de bois s'opère parfois de la même manière, au

moyen de caisses qui peuvent tenir, au nombre de quatre, sur un wagon.

C'est la même caisse qui passe successivement de la voiture du

charbonnier en forêt sur le wagon qui la mène à l'usine. Lorsque le

transport du charbon se fait dans des sacs, on dispose ceux-ci sur des

plates-formes qui viennent de la meule au dépôt de la ville et qui

passent successivement de la charrette sur le wagon et de celui-ci sur

la charrette.

[Illustration: Fig. 30.--Diligence montée sur un truck.]

Les voitures de rouliers se chargent sur des wagons plats appelés

_maringottes_. Les chaises de poste passent avec leurs roues sur des

wagons plates-formes, de même que les diligences, mais les roues de

celles-ci sont enlevées au départ et remises à l'arrivée. Ce transport

a, d'ailleurs, beaucoup perdu de l'importance qu'il avait à l'origine

des chemins de fer, alors que les voies ferrées présentaient de

nombreuses discontinuités. On se rappelle les émotions qu'on éprouvait

en arrivant sous la grue chargée d'enlever le lourd véhicule, et chacun

de se dire: «Si l'une des chaînes cassait!» Une fois séparée de ses

essieux, la diligence était emportée latéralement par le treuil roulant

auquel elle était suspendue, puis redescendue sur le wagon qui devait

l'emporter. À l'arrivée, c'était une manoeuvre inverse. Les chaînes ne

cassaient pas, mais les craquements qu'elles faisaient entendre en

s'enroulant ou en se déroulant, ne contribuaient pas peu à augmenter les

craintes qu'on avait à cette époque sur les voyages en chemin de fer.

Quant aux wagons destinés au transport des marchandises, ils sont

généralement de deux formes. Ce sont des wagons plats, munis de bâches

en toile ou en bourre de soie et recouvertes d'un enduit dont la base

est le caoutchouc; ou bien des wagons à parois latérales, les uns

couverts, les autres découverts. Ces wagons, à l'origine des chemins de

fer, ne recevaient que de faibles charges, cinq tonnes seulement;

aujourd'hui, ce poids a beaucoup augmenté; il a même été porté au

double, soit dix tonnes par certaines Compagnies, et le rapport du poids

mort au poids utile s'est ainsi abaissé de 0,90 à 0,47.

Le transport du lait s'effectue dans de grandes boîtes en fer-blanc de

vingt litres, qui peuvent se charger au nombre de deux cents dans une

caisse à claire-voie.

La ville de Paris a reçu en moyenne, chaque jour de l'année 1865,

260,621 litres de lait. On estime la consommation journalière à 320,000

litres. Les quatre cinquièmes sont donc fournis par les chemins de fer,

et si leur service venait à manquer subitement, fait remarquer M.

Jacqmin, directeur de l'exploitation de la Compagnie de l'Est, au livre

duquel nous empruntons ces chiffres, 700 à 800 mille personnes seraient

chaque matin privées de leur tasse de café au lait.

Les bestiaux se transportent dans des wagons qui diffèrent peu des

wagons à marchandises couverts, nous parlons des bestiaux de grande

taille; quant aux moutons, on les superpose et on les fait voyager dans

des voitures à deux étages, munis de planchers étanches. Aux prix des

tarifs généraux, les moutons, les brebis, les agneaux et les chèvres

payent en petite vitesse 0 fr. 02 par kilomètre et par tête; les veaux

et les porcs payent le double; les boeufs, les vaches, les taureaux, les

chevaux, les mulets et les bêtes de trait payent 0 fr. 10. Les tarifs

spéciaux sont pour eux des tarifs de faveur, mais le transport en grande

vitesse double le prix de leur place. Lorsque ces animaux sont envoyés

aux concours agricoles pour y faire admirer la rondeur de leurs formes

ou leurs belles proportions, les Compagnies leur accordent encore une

réduction de 50 pour 100 sur les prix des tarifs généraux. Veut-on

savoir maintenant à quel chiffre énorme s'est élevé le transport des

bestiaux en 1863 sur les six grands réseaux français? à 4,145,287. Les

moutons seuls entrent dans ce chiffre pour 2,131,936.

Les transports de bestiaux amenés, à Paris seulement se sont élevés dans

la même année à 79,034 wagons, ce qui donne environ 1,500,000 têtes.

Quant aux _filets de boeuf_ amenés par la Compagnie de l'Est, de la

Suisse allemande et du grand-duché de Bade, le poids, qui n'était que de

602,615 kilogrammes en 1863, s'est élevé à 1,421,030 kilogrammes en

1866, et, à l'époque de la chasse, les arrivages de gibier se sont

élevés, certains jours, jusqu'à 30,000 kilogrammes, soit: 6,000

_lièvres_ et 500 _chevreuils_.

Qui aurait songé, il y a trente ans, que les chemins de fer donneraient

lieu à des transports d'une telle nature et d'une telle importance?

Et puisque nous parlons du transport des choses délicates au goût, nous

dirons ce qu'il sort de vins mousseux, par le chemin de fer, de la seule

Champagne: 17,940,000 bouteilles en 1866; ce chiffre n'était que de

9,210,000 bouteilles en 1845, et, tandis que l'Amérique ne nous en

enlevait que 4,380,000 bouteilles en 1845, elle en a pris 10,413,000 en

1866. Je laisse à penser si le tout est du pur jus de la vigne!

Le transport des fromages de Brie, venant de Meaux seulement, chaque

samedi, exige douze ou quinze wagons; parfois trente wagons ont été

nécessaires.

Les chevaux se transportent dans des wagons spéciaux, appelés

_wagons-écuries_, qui ne diffèrent des wagons à bestiaux, employés

souvent à cet usage, que par une division de la caisse en stalles

isolant ces animaux les uns des autres. Les portes sont placées sur les

parois extrêmes, l'une s'abat pour servir de pont, l'autre se relève en

forme de toit; les cloisons étant mobiles sur charnières, les portes

livrent toutes deux accès aux chevaux dans toute la longueur du wagon.

Un compartiment spécial est réservé au palefrenier qui les accompagne.

Les wagons à bagages sont de grands wagons fermés, à portes roulantes,

ayant, d'ordinaire, une guérite de vigie pour le conducteur du train,

quelques petites armoires ou casiers pour le rangement des petits colis,

pour des valeurs, pour la boîte de secours et deux ou trois niches à

chiens. La Compagnie du Midi a fait construire de nouveaux fourgons à

bagages destinés au service des trains express et qui contiennent des

water-closets, avec deux petits compartiments d'attente, dans lesquels

un voyageur peut monter durant le trajet entre deux stations.

Le service des postes, depuis l'ouverture de nos grandes voies ferrées,

a lieu dans les wagons mêmes qui servent au transport des dépêches.

Toutes les opérations de classement, de triage, qui se faisaient

autrefois avant le départ du courrier, se font maintenant durant le

trajet. Les postes ont, dans ce but, de grands wagons, appelés bureaux

ambulants, garnis de tablettes et de casiers, chauffés et éclairés comme

le seraient des bureaux ordinaires.

Ces voitures, en Angleterre, présentent latéralement des filets destinés

à prendre les dépêches et à les laisser au passage des stations. Lorsque

le transport des dépêches exige plusieurs wagons, des ponts volants

s'abaissent sur les tampons, abrités par des espèces de cages à

soufflet, en cuir, qui s'appliquent exactement contre les parois des

baies de communication. En Prusse, on a aussi un filet pour les dépêches

à prendre en marche; mais pour celles qu'on doit laisser, on se contente

de les jeter sur le trottoir. En France, nous n'avons rien ni pour

prendre les dépêches, ni pour les laisser!

C.--WAGONS À VOYAGEURS.--Matériel français, anglais, allemand,

américain.--Voitures spéciales des chemins du Grand-Tronc, du

Mont-Cenis, de Sceaux.--Valeur du matériel roulant.--Nombre de

véhicules sur tous les chemins du globe.

Nous arrivons enfin à la description des voitures à voyageurs, mais les

détails de leur agencement sont tellement connus aujourd'hui que nous

nous bornerons à appeler l'attention sur les innovations récentes

introduites dans leur construction.

On juge des progrès réalisés quand on se rappelle les anciennes voitures

de troisième classe, ouvertes à l'origine et sans toiture, des chemins

de Rouen, d'Orléans et d'Alsace. Plus tard, ces voitures ont été

couvertes; elles n'avaient pour parois que de légers filets en ficelle

livrant passage au soleil, durant l'été, au vent et à la pluie, durant

l'hiver. Les voitures de troisième classe, sans être aujourd'hui tout ce

que l'on peut désirer, sont néanmoins complètement exemptes des défauts

de leur origine et, ce qui prouve qu'elles ne sont pas si désagréables

qu'on le dit bien souvent, c'est qu'elles sont fréquentées, pour tous

les petits parcours, par une foule de personnes qui préfèrent une

économie au plus grand confortable.

En France, le matériel le plus répandu se compose de voitures de

première, de seconde et de troisième classe, montées sur quatre roues

(le nombre des voitures à six roues est très-limité), de voitures mixtes

contenant des compartiments de différentes classes et qui servent

spécialement au transport sur les petites lignes. Toutes ces voitures

n'ont qu'un étage et contiennent de 24 à 50 voyageurs.

Les lignes de banlieue, établies dans le voisinage des grandes villes,

qui ne servent qu'à de petits parcours, ont des voitures à impériale

couverte. On accède à ces impériales au moyen d'escaliers placés aux

extrémités du véhicule. La voiture contient alors 72 places. La

Compagnie de l'Est avait exposé, en 1867, une voiture à deux étages, de

78 places (système Vidard et Bournique), dont l'impériale était fermée

et réservée aux voyageurs de troisième classe. Au rez-de-chaussée de la

voiture se trouvaient les compartiments de première, de deuxième classe

et un compartiment de troisième classe pour les personnes peu valides.

Ces voitures sont aujourd'hui nombreuses sur son réseau. Ainsi qu'on le

voit, les recherches des ingénieurs, chargés de la carrosserie dans les

Compagnies de chemins de fer, tendent toujours à diminuer le rapport du

poids mort au poids utile; ces recherches aboutissent, mais ce n'est pas

évidemment sans porter plus ou moins atteinte au confortable que les

voyageurs de toutes classes réclament avec tant d'insistance.

Les personnes qui ont voyagé en Angleterre et en France s'accordent

généralement à reconnaître la supériorité de notre matériel sur celui de

nos voisins. Si les voitures de première classe se valent, celles de

deuxième et de troisième classe sont assurément moins bonnes que leurs

similaires françaises. Les siéges laissent à désirer, les dossiers

manquent dans les secondes classes, les rideaux sont absents dans les

secondes et dans les troisièmes classes. C'est le nécessaire, mais rien

de plus.

On trouve en Allemagne des voitures à quatre, six et huit roues. Les

voitures à huit roues se rapprochent, parleur construction, des voitures

américaines, les autres ressemblent à nos voitures françaises. Les

grandes voitures à huit roues tendent, d'ailleurs, à disparaître et le

matériel à s'uniformiser. Ces longs véhicules avec portières extrêmes,

couloir central, banquettes transversales ne sont plus en usage que dans

le Wurtemberg, et les voitures parties du centre de l'Autriche ou de

l'Allemagne peuvent arriver et arrivent chaque jour dans la gare de

l'Est. Mieux que les montagnes, les barrières qui séparent les peuples

s'abaissent, et les chemins de fer, en nivelant le sol, effacent ou

tendent à effacer les jalousies et les vieilles rancunes, et à faire

naître entre eux de bons rapports et des amitiés durables[8].

[Note 8: Ces lignes étaient écrites avant la guerre affreuse que nous

venons de soutenir contre l'Allemagne. Rien ne faisait pressentir à ce

moment les événements qui se sont accomplis.]

En Amérique, ce pays de la liberté, sinon de l'égalité, les voitures ne

sont que d'une seule classe, mais les gens de couleur sont placés dans

les wagons à bagages! Les véhicules, portés sur deux trains de quatre

roues chacun, ont jusqu'à 18 mètres de longueur. Un couloir règne au

centre, les banquettes, recouvertes en crin noir, sont disposées

transversalement, et les voyageurs peuvent passer d'une voiture à

l'autre et se promener dans toute la longueur du train. Ces wagons

peuvent contenir jusqu'à quatre-vingts personnes. Autre pays! autres

moeurs!

[Illustration: Fig. 31.--Wagon américain.]

Le plus remarquable modèle que les Américains nous aient donné de leurs

voitures est celui qui figurait à l'Exposition dernière et qui était

destiné au chemin du Grand-Tronc. On a réuni dans cette voiture, comme

dans ces superbes paquebots qui font le service des deux continents,

tout ce qui est nécessaire à la vie. Le chemin qui va de New-York à

San-Francisco et traverse l'Amérique septentrionale dans toute sa

largeur, n'a pas moins de 5,000 kilomètres de longueur, au milieu de

pays déserts et parfois habités par des peuplades sauvages; le trajet

dure sept jours. Les voyageurs qui font ce long parcours ont besoin

d'être logés, chauffés, éclairés, nourris. Ils le sont presque aussi

convenablement que dans nos meilleurs hôtels.

Avec les moyens de locomotion en usage aujourd'hui, on peut faire le

tour du monde en quatre-vingts jours. C'est le temps qu'autrefois un

grand seigneur aurait mis à faire le voyage de Paris à

Saint-Pétersbourg.

De Paris à New-York 11 jours.

De New-York à San-Francisco (chemin de fer) 7 --

De San-Francisco à Yokohama (bateau à vapeur) 21 --

De Yokohama à Hong-Kong (bateau à vapeur) 6 --

De Hong-Kong à Calcutta (bateau à vapeur) 12 --

De Calcutta à Bombay (chemin de fer) 3 --

De Bombay au Caire (bateau à vapeur et chemin de fer) 14 --

Du Caire à Paris (bateau à vapeur et chemin de fer) 6 --

-----------

TOTAL 80 jours.

Sur tout cet immense parcours, il n'y a que 140 milles anglais, entre

Alahabad et Bombay, que l'on soit obligé de parcourir sans se servir de

vapeur; mais cette lacune sera bientôt comblée, car on travaille à

l'établissement d'un chemin de fer.

Nous avons parlé de la voiture de nos grandes lignes, de la voiture

Vidard à deux étages pour les chemins départementaux, de la voiture

américaine pour les longs trajets dans des pays sans ressources, faisons

connaître maintenant la voiture du chemin de fer de montagne. MM.

Chevalier, Cheylus ont construit pour le chemin de fer Fell du

Mont-Cenis une voiture qui présente les dispositions de nos omnibus: un

couloir central de chaque côté duquel peuvent se ranger six voyageurs.

Ces voitures communiquent entre elles au moyen de ponts jetés sur les

tampons, d'où les voyageurs peuvent aller contempler les forêts de

sapins et les âpres beautés du paysage. Ces voitures sont surtout

remarquables par les freins spéciaux qui leur sont appliqués. Ce sont

des espèces de mâchoires qui étreignent le rail central et viennent en

aide aux freins ordinaires à sabots dont ces véhicules sont également

pourvus.

[Illustration: Fig. 32.--Système de wagons articulés de M. Arnoux.]

Depuis de longues années, un petit chemin des environs de Paris,

construit dans des conditions exceptionnelles, fait son exploitation

avec un matériel d'une construction particulière. C'est le chemin de

Sceaux, dont le tracé présente une série de courbes de très-petits

rayons; le matériel employé a été inventé par M. Arnoux, et perfectionné

par son fils, auquel il a valu le grand prix de mécanique, décerné par

l'Académie. Les dispositions spéciales du wagon Arnoux consistent dans

le montage des essieux sur chevilles ouvrières et dans la mobilité

laissée aux roues sur ces essieux. L'essieu de la première voiture est

assujetti à un système de quatre gros galets inclinés sur les rails, qui

servent à donner à cet essieu une direction normale à la courbe et à

annihiler le frottement qui se produit, en pareil cas, avec les wagons

ordinaires. La même direction est donnée aux essieux des voitures

suivantes au moyen de chaînes croisées dans le système de M. Arnoux

père, et à l'aide de tringles rigides ou bielles dans le système

perfectionné de M. Arnoux fils. C'est une très-remarquable invention,

mais que sa complication rend d'un usage incommode et qui ne paraît pas

devoir se répandre.

Ainsi donc, selon le pays, selon les produits à transporter, selon le

tracé du chemin, le véhicule de chemin de fer varie. On se fait une idée

des études qu'a exigées la construction de ce matériel dans des

conditions si variées. Il faut avoir suivi les travaux des bureaux

techniques de nos chemins de fer, pour savoir avec quel soin chaque menu

détail est étudié, est calculé, est représenté: le moindre boulon, la

plus petite ferrure sont refaits bien des fois avant d'être

définitivement adoptés. Il n'y a, en effet, dans tous ces travaux, aucun

détail insignifiant, tant l'application est étendue, tant le but à

atteindre est élevé.

Donnons quelques chiffres.

On évalue, en France, à 25,000 francs, en moyenne, la dépense

kilométrique de premier établissement afférente au matériel roulant des

chemins de fer. Pour les 17,000 kilomètres exploités, c'est une dépense

de 425 millions.

Et, si l'on prend seulement 20,000 francs comme moyenne pour tous les

chemins du globe, la dépense ressort à 3 milliards 520 millions pour les

176,000 kilomètres environ, aujourd'hui exploités.

À quel nombre de véhicules correspond cette énorme dépense? Le calcul en

est facile. On compte, en France, par kilomètre de chemin exploité, un

nombre moyen de voitures représenté par 0,75 (soit 3 voitures pour 4

kilomètres), et un nombre moyen de fourgons et wagons représenté par

7,25 (soit 29 par 4 kilomètre); ces chiffres étant pris comme bases, on

trouve pour les 176,000 kilomètres de voies ferrées du globe:

Voitures 152,000 } soit 1,408,000 véhicules,

Fourgons et wagons 1,279,000 } presque 1 million et demi!

IV.--LA TRACTION.--LES MOTEURS ANIMÉS ET INANIMÉS. LA VAPEUR.

Nous arrivons à la partie la plus intéressante de l'histoire des chemins

de fer, à celle où les découvertes se pressent, fécondes en résultats

inattendus et merveilleux. De grands travaux ont été exécutés, des

ouvrages gigantesques ont été élevés pour supporter cette voie de fer,

peu différente aujourd'hui, après ses quarante ans d'existence, de ce

qu'elle était à son origine, pour donner passage à ces véhicules de

formes diverses.

La découverte de la machine à vapeur et son application à la locomotion

ouvrent une ère nouvelle aux chemins de fer. L'avenir se révèle, et

c'est avec un véritable respect que nous écrivons les noms de Cugnot, de

Stephenson, de Séguin, les inventeurs de la locomotive.

A.--MOTEURS ANIMÉS ET INANIMÉS.--Le cheval et les chemins de fer

dans les villes et dans les mines.--La pesanteur et les plans

automoteurs.--L'eau, la machine à vapeur fixe et les plans

inclinés.--L'air et le système atmosphérique.--Papin, Medhurst,

Vallance.

Qu'étaient les chemins de fer avant l'invention de la locomotive? Ce

qu'on les voit aujourd'hui encore sur presque tous les points où un

autre mode de traction a été adopté ou conservé: des instruments

imparfaits, coûteux, et par-dessus tout lents et d'un usage incommode.

Au lieu d'une locomotive aux entrailles de fer, à la respiration active

et pressée, on n'a, comme moteur, qu'un coursier dont les poumons sont

fragiles, et qui, malgré ses jambes aux sabots ferrés, se fatigue et

s'use vite, rendant des services assurément, mais incomparablement

moindres que ceux de la locomotive, s'attelant aux wagons des mines, aux

wagons à voyageurs dans certains cas particuliers, mais toujours

restreints.

Dans l'intérieur des villes d'Amérique, les stations sont placées le

plus près possible du centre des affaires. Les wagons en partent tirés

par des chevaux pour aller, dans une partie moins populeuse de la cité,

former des trains qui sont alors remorqués par des locomotives.

[Illustration: Fig. 33.--Tramway à Vienne.]

À New-York, le chemin de Hudson-River et le New-York and Alem-Bahn ont

leur station de voyageurs dans le voisinage de la Maison de Ville,

tandis que le point de départ des locomotives a lieu à 4 kilomètres de

là. À Philadelphie, au contraire, les locomotives pénètrent jusqu'au

centre de la ville.

Les chemins américains, à rails creux, de Versailles et de Saint-Cloud,

qui s'arrêtaient à la place de la Concorde, où les roues à boudin

saillant étaient remplacées par des roues à jante plate pour atteindre

la station centrale du Palais-Royal, ont été prolongés jusqu'au Louvre.

Tandis qu'à New-York on comptait, en 1858, 42 kilomètres de chemin à

double voie, il y en avait 96 en exploitation à Philadelphie. Boston,

qui n'a que 200,000 habitants, avait 40 kilomètres, et sur une portion

de ces chemins de 27 kilomètres seulement, la circulation, cette même

année, était de huit millions de voyageurs.

Les Merveilles de la Locomotion · 第 8 / 15 段