A LA ROYNE.

Madame, il est venu fort à propos, par l'arrivée de Mr de L'Aubespine,

que j'aye heu à parler à la Royne d'Angleterre du contenu de la

dépesche, qu'il m'a apportée, de Voz Majestez, du XIXe du passé;

suyvant laquelle j'ay adoulcy, par les gracieulx propos du mariage du

Roy, le mieulx que j'ay peu, le courroux, que la dicte Dame avoit, du

malcontantement, que son ambassadeur, Mr Norrys, luy avoit mandé qu'on

luy avoit naguières donné en France, ainsy que, plus au long, je

l'escriptz en la lettre du Roy, vous supliant très humblement, Madame,

que, la première foys que Voz Majestez verront le dict ambassadeur,

elles luy veuillent dire quelque bonne parolle de faveur, et me

commander, par vos premières, d'en dire quelque aultre de satisfaction

icy à la dicte Dame; car, avec bien peu, j'espère que tout cella se

rabillera. Elle a suyvy avecques playsir et a faict longuement durer

le propos, que je luy ay commancé, du dict mariage du Roy, et est

venue à parler du sien: qu'elle n'avoit faict bien de ne se maryer

poinct, mais qu'elle estoit desjà si vieille que nul, de ceulx qui y

pourroient prétandre, n'en avoit plus de volonté, et qu'elle n'avoit

jamais pensé d'en espouser, qui ne fût de mayson royalle; que

l'Empereur avoit bien employé son voyage d'avoir logé ses deux filles

aulx deux plus grandz Roys; et qu'elle avoit esté bien ayse de pouvoir

honorer celle qui estoit allée en Hespaigne, pour l'amour du père, qui

la luy avoit recommandée, et l'avoit priée de favoriser et asseurer

son passaige; et que, ayant sceu comme elle estoit arrivée, à

saulvement, en Espaigne, elle avoit soubdain dépesché ung homme exprès

à Espire pour l'en advertyr; qu'elle s'asseuroit que, là où l'Empereur

establyroit son alliance, qu'il procureroit d'y confirmer aussi celle

d'Angleterre.

Ausquelles choses je luy ay respondu que Voz Majestez recepvroient

grand contantement des honnorables propos, qu'elle tenoit du mariage

du Roy, et loueroient fort sa prudente dellibération d'avoir réservé

franche sa vollonté pour se maryer, quant il luy plairoit, et que

mesmes ce soit avec un royal prince; que, à la vérité, elle avoit

favorisé et honnoré grandement le passaige de la Royne d'Espaigne, de

laquelle j'entendois qu'elle se contantoit bien fort, par les bonnes

parolles et honnestes lettres, que sire Charles Havart luy en avoit

raporté; et que j'espérois qu'elle recepvroit encore plus de

contantement de la Royne, sa soeur, et se termina pour lors le propos,

et toute l'audience, avec beaucoup de plésir et contantement de la

dicte Dame; laquelle, demeurant en quelque craincte de la déterminée

résolution en quoy elle voyt que Voz Majestez Très Chrestiennes, pour

leur honneur, persévèrent de vouloir secourir la Royne d'Escoce, et

néantmoins que vous avez désir de conserver son amytié, et ne

l'offancer, elle se monstre plus disposée de parachever le tretté;

lequel nous poursuyvrons, avec la plus continuelle instance, qu'il

nous sera possible, comme la Royne d'Escoce, de son costé, ne pert en

cella heure, ny moment. Sur ce, etc.

Ce IXe jour de novembre 1570.

Correspondance Diplomatique de Bertrand de Salignac de La Mothe Fénélon, Tome Troisième · 第 189 / 318 题