(_Aultre lettre à part._)
Madame, quant Vostre Majesté me dépescha, présent le Roy et
Monseigneur, voz enfans, pour venir en ceste charge, elle me
descouvrit ce mesmes désir, dont, à présent, il luy playt me fère
mencion par sa petite lettre du XXe du passé[17]; et je vous suplie
très humblement, Madame, de croyre que j'ay toutjour, despuys, fort
soigneusement regardé s'il y auroit nul moyen de l'effectuer, sans que
j'ay esté ny endormy, ny paresseux, de pénétrer, aultant qu'il m'a
esté possible, ez affères de deçà et en l'intention de ceux qui les
manyent, par des voyes toutesfoys bien esloignées du dict propos, pour
voir s'il y auroit rien qui s'y peult bien raporter et accomoder. En
quoy, si j'eusse trouvé quelque fondement, je n'eusse différé une
seule heure de le vous mander, ny en eusse perdu une aultre à le bien
et dilligemment poursuyvre. Mais, Madame, voycy en quoy, pour quel
regard que ce soit, en sont meintennant les choses: que la Royne
d'Angleterre, quoy qu'elle ayt donné charge au jeune Coban de
renouveller, par motz couverts et artificieulx, le propos du mariage
de l'archiduc; et que, assés souvant, elle et les siens en jettent
d'aultres, bien exprès, touchant Monseigneur vostre filz, ce n'est
toutesfoys, quant à l'archiduc, que pour monstrer de vouloir accepter
l'alliance de la maison, d'où les deux grandz Roys se sont
nouvellement allyez; et rabiller par ce moyen, si elle peult, ses
différans avec le Roy d'Espaigne, et fère prendre de là quelque
jalouzie à Voz Majestez Très Chrestiennes, comme aussi en fère prendre
encores une plus grande au Roy d'Espaigne du propos de Mon dict
Seigneur, vostre filz; et s'entretenir, par la réputation de ces deux
grandz partys, en plus grande estime envers les siens. Mais le
jugement d'ung chacun est conforme à celluy que faict Vostre Majesté,
qu'elle ne se soubsmettra jamais à nul mary, ainsy que, d'elle mesmes,
elle s'en monstre toutjour assés esloignée; et les siens l'en
détournent davantaige, affin de disposer toutjour, ainsy qu'ilz font,
d'elle et de son royaulme.
[17] _Lettre, escrite de la main de la Roine mère, à Mr de La
Mothe Fénélon, pour lui estre rendue en mains propres_, du 20
octobre 1570:--«Monsieur de La Mothe Fénélon, monsieur le
cardinal de Chastillon a faict tenir propos à mon fils, le duc
d'Anjou, d'une ouverture de mariage de la royne d'Angleterre et
de mon dict fils...» Voir le _Supplément à la Correspondance
Diplomatique de La Mothe Fénélon_, contenant les lettres qui lui
étaient écrites de la cour.
Et ung des principaulx, qui soit auprès d'elle, a naguières dict que,
despuys trois moys, le vydame de Chartres a mené une secrecte pratique
avec le secrétaire Cecille, pour le mariage de Mon dict Seigneur,
vostre filz, avec elle; et qu'il a offert de fère, par ce moyen,
advancer le tiltre de ceux de Herfort à ceste couronne, au cas que la
dicte Dame ne puysse avoir d'enfans; et que le propos n'a peu estre
que bien ouy, pour le regard de Mon dict Seigneur, de presque toute la
noblesse; mais que la pluspart d'icelle l'a mal receu et heu fort
odieux touchant ceux de Herfort; et qu'il jugeoit que le dict vydame
n'y avoit pas grand moyen, mais qu'il avoit advancé cella pour
complayre au dict Cecille, sachant l'extrême affection, qu'il a, à
ceulx de Herfort; lesquelz sont deux petitz masles, issuz de celle
madame Catherine[18], prochaine de ceste couronne, qui est morte dans
la Tour. Et n'y a poinct de fille en ce royaulme, petite ny grande,
qui prétande à la dicte succession, sinon une soeur de la dicte dame
Catherine, qui est bossue, et a espousé un huissier de la salle de
présence, ny la Royne d'Angleterre n'a la vollonté d'en adopter pas
une; et croy que, quant elle le vouldroit fère, au préjudice de ceulx
qui y prétandent droict, qu'elle ne le pourroit effectuer par le
parlement, ny mesmes en fère déclairer ung des prétandans, tant les
partz sont contraires, et les maysons principalles de ce royaulme
opposantes l'une à l'aultre sur ce poinct. De quoy j'estime que le
droict de la Royne d'Escoce ne s'en rendra que plus fort, bien qu'il
semble qu'un tel faict ne se démeslera, sans beaucoup de débat.
[18] Catherine, soeur puînée de Jeanne Gray. Elle avait épousé le
comte de Hereford, et deux enfans étaient issus de ce mariage,
Henri et Édouard. Marie, dernière soeur de Jeanne Gray, avait été
mariée à un simple gentilhomme nommé Keyt.
Quelcun m'a dict qu'on a vollu aussi proposer le mariage du Prince de
Navarre avec ceste Royne, le faisant le plus riche subject de
l'Europe, et allégant quelques droictz, qu'il a nouvellement gaignez,
en la chambre impérialle, contre le Roy d'Espaigne, qu'on dict valloir
plusieurs millions d'or, mais le propos n'a esté suyvy.
Or, Madame, je ne voys pas qu'il y ayt lieu de mettre, pour ceste
heure, rien en avant de nostre costé, et, par ainsy, je m'en tayray du
tout, ainsy qu'il vous playt me le commander, bien que je vous suplye
de ne laysser de suyvre et escouter bénignement ce qu'on vous en
pourra toucher, monstrant que les plus grandes difficultez vous
semblent estre du costé de la dicte Dame; sans toutesfoys advancer
parolle, de laquelle elle se puysse advantaiger. Et cependant je
veilleray, plus que jamais, sur ce qui se pourra descouvrir ou venir
en lumyère, propre à cest effect, vous voulant bien advertyr, au
reste, Madame, que de France, l'on a naguières escript à la Royne
d'Angleterre que Vostre Majesté ne desire aulcunement l'expédition des
affères de la Royne d'Escoce, ains que vous auriez playsir qu'elle ne
bougeât encores d'Angleterre; de quoy semble que l'évesque de Roz ayt
heu un semblable adviz de ceste court, mais je luy ay faict cognoistre
qu'il n'y a rien au monde plus faulx que cella. Sur ce, etc.
Ce IXe jour de novembre 1570.
POURRA LE DICT SIEUR DE L'AUBESPINE, oultre le contenu de la
dépesche, dire à Leurs Majestez:
Que quelques ungs du conseil d'Angleterre incistent fermement à
la Royne, leur Mestresse, de ne debvoir, en façon du monde,
tretter avec la Royne d'Escoce; et que, pour nulles menaces, ny
effortz, qu'elle ayt à craindre du costé du Roy, elle né se doibt
haster de la délivrer, car jugent que la paix ne sera de durée en
France; et que, par aulcunes lettres et adviz, qu'ilz ont de
dellà la mer, ilz ont descouvert que le Pape, le Roy d'Espaigne,
et les Véniciens sont proprement ceulx qui ont conseillé de la
fère ainsy qu'elle est, pour peur, qu'ilz avoient, que ceux de la
nouvelle religion ne gaignassent tant d'advantaige, pendant que
eulx seroient occupez en la guerre du Turc et en celle des Mores,
qu'il ne fût, puys après, plus temps d'y remédier; et que
néantmoins, ilz ont promiz au Roy, qu'aussitost qu'ils se
verroient démeslez de ces deux guerres, qu'ilz luy fornyroient
ung si notable secours qu'il pourroit fort ayséement purger son
royaulme de toute ceste secte de Huguenotz;
Que cella se trouvoit ainsy confirmé par une dépesche de Mr le
Nonce à l'aultre Nonce, qui est en Espaigne, laquelle avoit esté
interceptée, et qu'on avoit trouvé dedans la coppie d'une lettre
du Pape à Mr le cardinal de Lorrayne, qui en faisoit assés
expresse mencion;
Que, nonobstant les bonnes démonstrations du Roy sur l'observance
de la paix, que les aultres Princes et les principaulx de la
court ozoient assés ouvertement déclairer qu'ilz l'avoient à
contre cueur; et que, à Thoulouse et à Lyon, ne la vouloient
encores bien recepvoir, ce qui estoit signe qu'elle s'en iroit
plustost rompue que establye;
Et qu'ilz sçavoient que le Roy mesmes, accompaigné de Mrs les
cardinaulx, et d'aulcuns princes, et aultres plus privez de son
conseil, avoit, par acte fort secrect, dict et déclairé, en sa
court de parlement de Paris, que son intention n'estoit
d'entretenir aulcunement deux religions en son royaulme; et que
ce, qu'il avoit instantment pourchassé la paix, avoit esté pour
séparer l'armée des Huguenotz, et renvoyer les estrangiers; mais
qu'après cella il mettroit aultre ordre et une meilleure forme
aulx affères de la dicte religion; et que aulcuns des assistans
avoient fort loué et magniffié son opinion, et avoient tout hault
randu grâces à Dieu qu'il eust miz un si catholique desir dans le
cueur de nostre Roy;
Que Messieurs les Princes et Admyral, estantz assez informez de
cecy, se tenoient sur leurs gardes, et avoient desjà envoyé
notiffier toutes ces particullaritez à leurs amys en Allemaigne;
et que mesmes les cappitaines et colonnelz, qui estoient venuz
vers Hembourg, pour s'asseurer de certaines levées de gens de
guerre pour les princes protestans, en avoient parlé assés clair;
par lesquelles remonstrances l'on a fort essayé de persuader la
dicte Dame qu'elle devoit attandre l'événement de ces choses de
France, premier que de rien remuer en celles d'Escoce.
Mais j'ay, à ceste heure, tout à propos, par la venue du dict Sr
de L'Aubespine, notiffié à la dicte Dame, et assés publié en sa
court, le bon ordre, que le Roy a prins, d'envoyer messieurs les
mareschaulx et aultres seigneurs et cappitaines, avec des
maistres de requestes et des commissaires, par toutz les lieux et
provinces de son royaulme, pour y exécuter son éedict sans dilay,
ni excuse; ce qui faict prendre à la dicte Dame et aulx siens
meilleure opinion de nostre paix, et semble qu'elle se résould de
passer oultre au tretté de la Royne d'Escoce.
Car voycy en quoy en sont meintennant les choses, que le
secrétaire Cecille et maistre Mildmay, estans de retour vers
elle, luy ont, d'entrée, protesté qu'encor qu'ilz eussent
l'honneur d'estre toutz entièrement siens, ses conseillers et
subjectz, qu'ilz avoient néantmoins juré à la Royne d'Escoce de
luy rapporter aultant fidellement et à la vérité tout ce qu'ilz
avoient veu, cogneu et ouy d'elle, comme s'ilz fussent ses
propres messagiers; et ainsy ont faict leur raport si bon que la
dicte Dame est demeurée fort satisfaicte de la dicte Royne, sa
cousine, et en grande vollonté de conclurre ung bon tretté avec
elle.
Sur quoy, icelluy Cecille luy a demandé d'où estoit doncques
advenu que, pendant qu'ilz estoient sur le lieu, elle leur eust
mandé d'agraver les condicions à la dicte Royne d'Escoce, et les
luy proposer plus dures, qu'elle ne leur avoit commandé de le
fère, quant ilz partirent:--«Prenez vous en, respondit elle, à
millord Quiper, vostre beau frère; car c'est luy qui m'y a
contraincte.»
Et j'ay sceu, à la vérité, que, quant le Sr de Valsingan revint
de France, la dicte Dame assembla ceulx de son conseil pour
déterminer des affères de la dicte Royne d'Escoce, suyvant ce que
le Roy luy en mandoit, et leur ayant elle mesmes proposé les
choses en une façon, qui la monstroient incliner bien fort à la
restitution de la dicte Dame, le dict Quiper luy respondit
seulement:--«Qu'il la voyoit si disposée en cest affère, qu'il ne
failloit que l'exécuter, sans plus le mettre en
dellibération.»--«Ouy, dict elle, beaucoup d'ocasions, à la
vérité, me meuvent de le desirer ainsy: mais je veux modérer mon
desir par vostre adviz.» Il répliqua soubdain:--«Qu'il estoit là
pour la conseiller et non pour la contredire, et que, voyant son
conseil ne pouvoir avoir lieu, qu'il se déportoit de le bailler.»
Sur quoy la dicte Dame, assés en collère, luy adressa ces
parolles:--«Je vous ay creu, ces deux ans passez, de toutes
choses, en mon royaulme, et je n'y ay veu que troubles, despenses
et dangiers. Je veux, à ceste heure, user, aultant de temps, de
mon propre conseil, pour voir si je m'en trouveray mieux.» Et,
sur ce poinct, elle se retira dans son cabinet; mais le dict
Quiper et ceulx du conseil ne layssèrent pour cella, d'altérer
assez la besoigne, et s'esforcèrent, par plusieurs moyens, de
randre, touchant ceste négociation, bien fort suspect Cecille à
la dicte Dame.
Néantmoins, despuys le retour du dict Cecille, ayant de rechef
esté le conseil rassemblé pour ouyr son raport et les responces
de la dicte Royne d'Escoce, encor que le dict Quiper se soit
opiniastré contre la restitution d'elle, et soubstenu qu'on
debvoit délaysser ce tretté, il semble qu'il n'ayt peu rien
gaigner; et qu'à ceste occasion, il soit party de court mal
contant; et que la dicte Royne d'Angleterre se soit confirmée, de
plus en plus, de vouloir tretter.
Dont despuys, ayant Mr l'évesque de Roz esté devers elle, elle
luy a dict:--«Que ses deux depputez luy avoient raporté beaucoup
de satisfaction de la dicte Royne d'Escoce, et qu'elle trouvoit
ses responces fort honnorables; dont elles deux s'acorderoient
fort ayséement des aultres choses, qui sembloient demeurer
encores en différant; et qu'il ne restoit plus que l'arrivée des
depputez d'Escoce, lesquelz elle vouloit attandre, premier que de
passer plus oultre.» Et, comme le dict sieur évesque luy toucha
ung mot de la difficulté, qu'il y avoit, de conclurre la ligue,
de peur de préjudicier à celle de France, et qu'il la pryoit
qu'il en peult communiquer avecques moi:--«Je veulx bien, dict
elle, que vous en communiquiez à l'ambassadeur du Roy, mais il ne
fault que luy, ny aultre, m'estiment si sotte, puysque la Royne
d'Escoce est entre mes mains, que je ne veuille bien pourvoir,
premier qu'elle en sorte, qu'elle n'aille estre ung instrument à
ung aultre prince de me fère la guerre.»
Et ainsy le dict sieur évesque de Roz, et moy, sommes après à
conférer ensemble les articles et condicions, qu'on propose à la
dicte Royne d'Escosse; en quoy je incisteray fermement que
l'intention du Roy soit suyvye, ou, au moins, qu'il ne soit faict
préjudice à rien, qui touche son service; et semble qu'il est
expédiant d'accommoder ces affères par le présent tretté, sans
les remettre à une aultre fois, car aultrement la dicte Dame et
son estat restent en ung très grand dangier; et de tant que les
dicts depputez d'Escosse sont desjà acheminez, sçavoir: du party
de la Royne, milord Herys, milord Bonet et le dict sieur évesque,
qui est desjà icy; et, de la part du régent, le comte de Morthon,
milord Clames et l'abbé de Domfermelin; et qu'on les attand toutz
dans six ou sept jours, et que desjà il se parle de l'entrevue
des deux Roynes, ung chacun espère que l'accord réuscyra.
Pendant que les dicts depputez estoient avec la Royne d'Escosse,
elle a dépesché ung sien tapissier, nommé Serve, en Flandres,
devers milord de Sethon, luy apporter ung pouvoir et procuration
d'elle, en forme, pour tretter avec le duc d'Alve; et luy
communiquer les articles, que les dicts depputez luy ont
proposez; et l'asseurer, qu'encor qu'elle soit en beaucoup de
nécessitez, qu'elle toutesfoys ne conclurra rien sans l'adviz de
ses amys. Néantmoins, elle a, d'elle mesmes, accordé, par une
lettre de sa main, de bailler le Prince, son filz, à la Royne
d'Angleterre; et l'ambassadeur d'Espaigne, qui est icy,
conseilloit néantmoins qu'elle luy accordât plustost les places
de Dombertran, Lislebourg, et d'Esterlin, et force ostaiges, que
non le dict Prince.
Les gracieulx propos et honnestes lettres, que la Royne
d'Espaigne a mandez à la Royne d'Angleterre, sont cause que le
dict sieur ambassadeur commance d'estre plus respecté et favorisé
des Anglois qu'il ne souloit, et qu'il est recherché, soubz main,
de vouloir demander audience de la dicte Dame, à laquelle il n'a
parlé, XXII moys a, et qu'elle la luy ottroyera fort vollontiers.
Sur quoy il a respondu qu'en ayant esté plusieurs foys reffuzé,
il importe beaucoup à l'honneur de son Maistre que la dicte Dame
la luy veuille ottroyer d'elle mesmes; et, par ainsy, qu'il est
dellibéré d'attandre qu'elle le luy mande, ou le luy face dire
par quelcun des siens.
Et cependant, l'on a pareillement recerché le Sr Ridolfy de
reprendre le propos de l'accord des différans des prinses, sellon
ce qu'il en avoit quelquefoys miz en avant, dont desjà il en a
escript une lettre à Mr le comte de Lestre, qui monstre d'y avoir
quelque affection, et il a esté assés bien respondu. Je croy que
cest affère se rendra de tant plus facille, que les Anglois
trouveront de difficultez en nous; et semble que Mr Norrys se
soit, puys peu de jours, pleinct de quelque deffaveur, qu'on luy
a faicte en France, et que sa Mestresse en soit bien mal
contante:
Comme aussi le Sr de Valsingan, parmy les propos, qu'il m'a
tenuz, des honnestes faveurs, qu'il avoit receues de Leurs
Majestez Très Chrestiennes, il y a meslé je ne sçay quoy de
deffaveur, qu'il luy sembloit que le Roy luy ayt faict, en la
seconde audience, de ne luy avoir monstré si bon visage, ny usé
de si gracieuses parolles, que en la première; et d'avoir, luy
présent, dict à Mr Norrys qu'il estoit marry qu'il s'en volust
sitost retourner, l'ayant trouvé homme de bien en sa charge; et
qu'il vouloit prier la Royne d'Angleterre, sa bonne soeur, de ne
luy bailler poinct de successeur, qui fût turbulant, ny homme qui
n'aymât la paix et le repos; comme si Sa Majesté entendoit de
dresser ce propos à luy, car il estoit en termes de luy succéder;
et qu'il croyoit que Mr de Glasco luy eust faict donner ceste
attache, bien qu'il ne se soit, à ce qu'il dict, jamais ingéré ez
affères de la Royne d'Escosse, sinon quant la Royne, sa
Mestresse, le luy a commandé; et que je sçay bien qu'il fault
obéyr à son naturel prince, quant il commande quelque chose.
Ce qui l'avoit fort descouragé d'accepter la légation en France,
craignant de n'estre agréable à Sa Majesté; toutesfoys que la
Royne, sa Mestresse, luy avoit commandé de s'aprester, me priant
d'asseurer Leurs dictes Majestez Très Chrestiennes que nul jamais
ne tiendra ce lieu, qui ayt plus droicte intention à meintenir la
paix et la bonne amytié entre nos deux Maistres et leurs deux
royaumes que luy; et que, s'en allant l'affère de la Royne
d'Escoce composé, il luy sembloit qu'il ne restoit plus aulcune
occasion de différant entre la France et l'Angleterre. A toutes
lesquelles choses je luy ay respondu, sellon l'honneur et
grandeur du Roy, et comme il debvoit prendre la franchise du
parler de Sa Majesté en bonne part; et luy ay donné, au reste,
toute bonne espérance de sa légation, voyant qu'aussi bien elle
luy estoit desjà commise; et estime l'on qu'encor qu'il soit tenu
pour homme fort affectionné à la religion nouvelle, et assés
contraire de la Royne d'Escoce, que néantmoins il se rendra
modéré.