=Chiffre.=--[Madame, je n'ay peu contanter l'homme, duquel je vous ay
naguière escript par mon secrétaire, de la responce que mon dict
secrétaire m'a raportée, bien que je la lui aye baillée en la façon
que ce mien gentilhomme vous dira; par lequel il vous plairra, Madame,
me mander comment je l'en debvray résouldre, car il me presse bien
fort de le fère, et si, a des considérations telles qu'il ne peult
penser que ne le debviez accepter. Au reste, Madame, la Royne
d'Angleterre, pour me tenir la promesse qu'elle m'avoit faicte de
m'advertyr des choses qu'elle entendroit se fère en Allemaigne contre
Voz Majestez, m'a dict que, dans trois sepmaines, ceulx de la religion
doibvent envoyer gens exprès devers les princes protestans pour
résouldre l'entreprinse de France, si la paix ne sort à effect; et que
pourtant elle seroit bien ayse de pouvoir ayder à la conclurre
bientost; de quoy je vous ay bien vollu fère ce mot et le vous
escripre ainsy à part, parce que la dicte Dame m'a dict qu'elle m'en
advertissoit soubz sacrement de confession, en ce temps de caresme,
affin que je ne la nommasse pas; car, si les aultres se plaignoient
qu'elle m'eust donné cest adviz, elle serait contraincte de dire
qu'elle ne m'en avoit point parlé; et bien que ce ne soit ung faict de
grand importance, je ne vouldrois toutesfoys l'avoir mise en peyne de
me désadvouher.] Sur ce, etc.
Ce XXVIIe jour de mars 1570.
OULTRE LES SUSDICTES LETTRES, le dict Sr de Vassal pourra dire à
Leurs Majestez:
Qu'il a esté naguières remonstré à la Royne d'Angleterre qu'elle
et son royaulme estoient pour tumber en ung prochain
inconvéniant, pour la multitude des difficultez, ès quelles elle
se trouvoit embroillée avecques le Roy, avecques le Roy
d'Espaigne, avecques la Royne d'Escoce, avec les Irlandoys, et
avec les naturelz de ce royaulme, qui sont prisonniers, fuytifz,
ou mal contantz, si elle s'opinyastroit de les vouloir toutes en
ung temps surmonter par la force ou par la despence; dont,
induicte par le conseil des plus modérez d'auprès d'elle, avoit
advisé d'y procéder par les gracieux expédians qui s'ensuyvent:
En premier lieu, pour le regard du Roy, que, pour effacer la
mémoire des choses qui pourroient avoir mal passé contre luy du
costé de ce royaulme, despuys ses derniers troubles, elle
s'employeroit tout ouvertement de luy procurer une paix tant
advantaigeuse et honnorable avecques ses subjectz, qu'elle le se
randroit bienveuillant, et luy offriroit au reste quelque
honneste accommodement ez affères de la Royne d'Escoce; dont, par
ces deux poinctz, elle se conserveroit la paix avecques luy;
Que, du costé du Roy d'Espaigne, elle envoyeroit des depputez en
Flandres, ainsi qu'on luy en faisoit encores lors grande
instance, affin d'accorder les différans des prinses, et que ces
mesmes depputez essayeroient d'entrer plus avant en matière pour
voir s'ilz pourroient parvenir à ung général accord de toutes
aultres choses.
Au regard de la Royne d'Escoce, qu'elle luy escriproit une bonne
lettre, et que, jouxte ce qu'elle m'avoit naguières promis, elle
l'exorteroit de mettre en avant quelques bons et honnestes
expédians entre elles deux, et luy promettroit d'y entendre et
les recepvoir de bon cueur.
Quant aulx choses d'Irlande et de ce royaulme, qu'elle
rapelleroit gracieusement aulcuns des seigneurs qui sont les
moins offancez, et par le moyen de ceulx là, elle essayeroit de
radoulcyr les aultres et les remettre en leurs degrez et estatz;
et puys, avec l'unyon et conformité de leurs bons conseilz, et de
leur ayde, elle pourroit ayséement remettre les choses en ung
paysible et bien asseuré estat; dont luy fut sur ce proposé une
forme de rémission pour les fuytifz, et la comtesse de
Vuesmerland s'aprocha en ceste ville pour poursuyvre le rapel de
son mary.
Suyvant laquelle délibération, parce que ceulx qui vouldroient le
trouble n'eurent de quoy suffizamment la débattre, aulcunes des
dictes choses ont esté despuys commencées, aultres ont esté en
aparance accomplyes, mais nulles n'ont sorty à bon effect; ains
les ont ces gens là tornées en aultre et quasi contraire sens de
ce qu'on espéroit.
Car, touchant la paix de France, estant la dicte Dame sur le
poinct d'envoyer ung personnaige de grande qualité devers le Roy
pour ayder à la conclurre, ilz ne luy ont pas ozé oster ce sien
honneste desir, parce qu'ilz ont pensé que la dicte paix se
pourroit conclurre de deçà comme dellà, et possible à leur
dommaige; mais ilz luy ont bien persuadé, qu'ayant la dicte Dame
esté mal ouye, la première foys qu'elle s'est offerte d'en
parler, qu'elle debvoit meintennant attendre que le Roy l'en
pryât, ce qui se raporte au propos qu'elle m'en a tenu en ceste
audience.
Et des choses de Flandres, ilz luy ont persuadé de deffandre aulx
depputez, qui alloient par dellà, de ne s'ingérer à rien
davantaige qu'au simple faict, duquel la dicte Dame estoit
maintennant recerchée, qui estoit des merchandises; aultrement ce
seroit faire amande honnorable au duc d'Alve; et que pourtant
leur commission debvoit estre leue publicquement en présence du
Sr Thomas de Fiesque; et à icelle adjouxté la restriction de ne
parler ny tretter d'aultre chose que des merchandises
d'Angleterre, et de pouvoir simplement accorder que personnaiges
de semblable qualité puissent venir par deçà pour tretter de
celles d'Espaigne, ce qui a esté ainsy faict.
Et pour l'importance des affères d'Escoce, affin que la dicte
Dame ne s'obligeât trop par ses lettres à la Royne d'Escoce sa
cousine, le secrétaire Cecille les a escriptes et a contrefaict
la main de sa Mestresse, avec plusieurs parolles de consolation
et de commémoration des bénéfices passez, mais tellement couchées
qu'on ne peut comprendre où va son intention; toutesfoys la Royne
d'Escoce ne laysse d'y respondre.
Quant à radoulcyr et rappeller les seigneurs mal contantz, l'on
a, à la vérité, miz en plus grande mais non en entière liberté
millord de Lomellé; et le comte d'Arondel, qui estoit, plus de
six sepmaines a, sur le poinct d'estre rappelé, demeure encores
confiné en sa mayson de Noncich, et n'y a nulle apparance de la
liberté du duc. Par ainsy la noblesse reste aussi mal satisfaicte
que auparavant, et le comte de Pembroc, qui estoit ung médiateur
en cella, est naguières trespassé.
Or, sur la grande instance que le sir Randolf, despuys qu'il est
en Escoce, a toutjours faicte à la dicte Dame, de vouloir, par
les meilleurs et plus promptz moyens qu'elle pourroit, assister
ces seigneurs de dellà, qui veulent dépendre d'elle, lesquelz,
pour establyr l'authorité du petit prince, et oster celle de la
Royne d'Escoce, demandent avoir le comte de Lenoz pour régent, ou
aultrement, que la part de la Royne d'Escoce va prévaloir dans le
pays; la matière en a esté avec grande contention débattue entre
ceulx de ce conseil, qui enfin ont miz en considération que le
dict comte de Lenoz estoit suspect de la religion catholique, et
qu'il n'estoit de suffisance ny d'expériance pour conduyre, à
l'intention de la dicte Dame, les grandz affères qui se
présentent meintenant en Escoce; ains seroit pour y aporter plus
de retardement que d'advancement: par ainsy, ont résolu qu'on se
déporteroit de plus luy pourchasser la charge ny la régence du
dict pays, et que, estant le comte de Sussex desjà dépesché, avec
tout ample pouvoir, au pays du North, il luy seroit encores
commis cest affère d'Escoce, car c'estoit tout vers ung mesmes
quartier.
Dont, à sa commission des choses du dict pays du North, laquelle
portoit de marcher seulement jusques à la frontière d'Escoce,
avec quatre mil hommes de pied et douze centz chevaulx; et de
faire procéder au jugement des coulpables de la première
ellévation et exécuter les condampnez, et poursuyvre par deffault
les absentz, confisquer leurs biens et prendre possession
d'iceulx au nom de la dicte Dame, et en vendre ce qu'il pourroit;
a esté adjouxté qu'il pourra lever jusques à dix mil hommes, et
qu'il procèdera aulx affères d'Escoce tant contre les rebelles
qui s'y sont retirez que au faict de l'estat; qu'il marchera en
pays, s'il est besoing, et ainsy que l'occasion s'en présentera;
et qu'il pourvoirra surtout que nulz Françoys ny Espaignolz, ny
aultres estrangiers preignent pied par dellà; et, pour cest
effect, ordonné luy estre forny contant XX mil {lt} d'esterlin,
c'est LXVII mil trois centz escuz, et que, dans six sepmaines, il
luy en sera envoyé aultant. Despuys, la dicte Dame m'a
résoluement déclaré qu'elle envoyera poursuyvre et chastier ses
fuytifz et ceulx qui les soubstiennent, jusques dans l'Escoce.
L'on faict aller fort secrètes et fort déguysées les nouvelles
qui viennent du dict pays d'Escoce; néantmoins l'on m'a dict que
le duc de Chastellerault, et les comtes d'Arguil, d'Honteley,
d'Atil et toutz les principaulx du pays estoient à l'Islebourg au
commencement de mars, et les comtes de Northomberland, de
Vuesmerland et aultres fuytifz d'Angleterre avec eulx; qu'ilz
estoient après à tenir une assemblée d'Estatz, remise du IIIIe au
Xe du dict moys, pour regarder à ce qu'ilz auroient à fère pour
la restitution de leur Royne; que cependant ilz avoient faict
proclamer par tout le pays l'authorité de la dicte Dame; que,
parce que le comte de Mar faisoit difficulté de se joindre à
eulx, ilz avoient proposé de marcher en armes vers Esterlin pour
le dessaysir du gouvernement du petit prince; que despuys il
s'estoit rallyé avecques eulx; qu'on ne sçavoit qu'estoit devenu
le comte de Morthon, et sembloit qu'il se fût retiré en
Angleterre; que quelques navyres, avec gens de guerre, avoient
apparu au North d'Escoce, dont aulcuns disoient que c'estoit le
secours de Flandres, que le frère du comte d'Honteley admenoit,
les aultres disoient que c'estoit le comte de Bodouel qui venoit
de Danemarc, avec quelques gens qu'il avoit ramassez.