Sire, j'ay esté, ceste saincte sepmaine, devers la Royne d'Angleterre
pour luy fère veoir que le bon ordre, que Vostre Majesté avoit miz de
deffandre, pour l'amour d'elle, la publication du discours des
troubles de son royaulme imprimé à Paris, luy debvoit estre ung bien
asseuré tesmoignage de vostre droicte intention envers elle, et que,
prenant par là toute asseurance de vous trouver toutjour franc, clair
et bien disposé à ne favoriser les entreprises de ceulx qui
vouldroient troubler son estat, qui mesmes ne vouliez souffrir leurs
escriptz, que de mesmes elle cessât, et fît cesser ses subjectz de ne
porter aulcune faveur à ceulx qui troubloient le vostre; et qu'au
surplus, j'estois bien ayse que ce qu'on luy avoit raporté du
serviteur de Mr Norrys, qu'on l'eust arresté à Amyens, et qu'on luy
eust osté les pacquetz de la dicte Dame, ne fût vray, affin de n'estre
si offancée de ces deux choses, comme, par le propos de son principal
secrétaire, il sembloit qu'elle les print à cueur; luy récitant les
dicts propos en la façon que par mes précédantes je les ay mandez; et
que je luy voulois respondre de ma vye pour Voz Très Chrestiennes
Majestez que, despuys la paix, il n'estoit en cella, ny en nulle
aultre chose, rien procédé de vostre vouloir et commandement, par où
vous eussiez jamais prétandu qu'elle deubt estre offancée; et que,
pour mon regard, je serois à trop grand regrect une seulle heure en ce
royaulme, après que j'aurois tant soit peu commancé de cognoistre que
je ne luy seroys plus agréable; et que je suplieroys très humblement
Vostre Majesté d'y envoyer ung aultre; mais ne lairroys pourtant de me
plaindre meintennant à elle du tort qu'on avoit naguières faict à ung
mien secrétaire, qui portoit vostre pacquet, de luy avoir osté son
argent à Douvres, la priant de m'en fère rayson.
Sur lesquelles choses la dicte Dame m'a respondu qu'elle n'avoit rien
sceu du petit discours imprimé à Paris, parce, à son adviz, que
Cecille ne luy avoit vollu donner l'ennuy de luy en parler, mais ne
layssoit pourtant de vous avoir grande obligation de l'avoir deffandu,
dont vous en remercyoit de bon cueur; et puysque luy aviez monstré ce
bon tesmoignage de vostre droicte intention en ses affères, qu'elle
correspondroit de mesmes aulx vostres de ne pourter aulcune faveur à
ceulx de la Rochelle, ny souffrir que les siens leur en portassent; et
encor que aulcuns luy incrèpent le désir qu'elle a à la paix de vostre
royaulme, comme ung désir qui admènera la guerre au sien, qu'elle n'en
veult rien croyre, ny ne veult cesser de la desirer; qu'elle estoit
bien ayse que l'homme de son ambassadeur et ses pacquetz n'eussent
esté arrestez, bien qu'il avoit esté unze jours sans qu'on sceût de
ses nouvelles; que pour le regard de ma négociation, je ne vollusse
aulcunement doubter qu'elle ne luy fût bien fort agréable; et usa de
toute l'expression qu'il est possible pour me le donner ainsy à
cognoistre; et que j'avois bien veu en quelle peyne elle avoit esté
pour mes pacquetz perduz; dont me feroit fère si bonne rayson
meintennant de l'argent de mon secrétaire, que j'en demeureroys
contant.
Et, en toutes sortes, sa responce a esté si honneste que, l'en ayant
remercyée, j'ay suyvy à luy dire que j'avois d'aultres choses à luy
faire entendre, lesquelles je la supplioys prendre la peyne elle
mesmes de les lyre aulx propres termes que Vostre Majesté me les
mandoit, qui estoient si bons que je n'y voullois rien adjouxter, ny
rien diminuer; et ainsy, luy ay monstré celle partie de vostre lettre
du IIIe du présent, dont vous renvoye l'extraict, laquelle elle a leue
bien fort curieusement; et puys ay adjouxté que vous expliquiez là
dedans si à clair vostre intention, que je n'avois à y fère aultre
office envers elle que de bien recuillyr ce que, pour satisfère à
trois choses principallement, il luy plairroit de m'y respondre: la
première, quelle opinion elle avoit des honnestes condicions que vous
offriez à vos subjectz; la segonde, quelle elle l'auroit de voz
subjectz, s'ilz estoient si durs et si obstinés de ne les accepter; et
la troysiesme, si, en ce cas de leur obstiné reffuz, elle non
seulement les exclurra de sa faveur et de celle de son royaulme, mais
si elle ne se unyra pas avec Vostre Majesté pour réprimer leur
témérité et le pernicieulx exemple qu'ilz s'esforcent de relever au
monde contre l'authorité des princes souverains: car, quant à la levée
qu'on disoit se fère en Allemaigne pour elle, et aulx deniers qu'on
dict encores qui s'y espèrent et d'aultres qui s'espèrent aussi à la
Rochelle d'elle et de son royaulme contre vous, je ne la vouloys
suplier, sinon de vous en esclarcyr si bien une foys qu'il ne vous en
peult plus rester aulcun doubte.
La dicte Dame, après m'avoir par beaulcoup de bonnes parolles et en
plusieurs façons donné à cognoistre qu'elle avoit ung très grand
contantement de ceste confiance, que vous monstriez avoir d'elle sur
la paciffication de vostre royaulme, m'a respondu qu'elle vouloit très
fermement croyre que le contenu ez articles, que je luy avois
dernièrement monstrez, estoit proprement ce que vostre Majesté avoit
intention d'accorder et meintenir de bonne foy à ses subjectz pour
parvenir à une bonne paciffication, et qu'elle me diroit de rechef le
mesmes qu'allors, que, si eulx de leur costé ne monstroient rayson
suffizante pourquoy ilz ne puyssent avec cella vivre soubz vostre
authorité, leur conscience saulve, et leurs vyes asseurées, que non
seulement elle ne les vouldra favoriser, ains les réputera pour
traistres et rebelles, dignes d'estre chassez de tout le monde; et que
si, pour entendre à quoy ilz se pourroient arrester, il vous playsoit
luy donner congé qu'elle s'en meslât, qu'elle y procèderoit avec
aultant de considération de l'authorité qui vous est deuhe sur voz
subjectz, comme s'il estoit question de saulver la sienne sur les
siens; et que si, par voz lettres, je cognoissoys que vous l'eussiez
agréable, qu'elle s'y employeroit tout incontinent.
Je luy ay respondu que je ne pouvois ny voulois m'advancer à rien de
plus que ce qu'elle venoit de lyre; car n'en avois aultre
commandement, dont tornasmes relyre le dict extret de la lettre mot à
mot; puys, me pria que je vous vollusse asseurer de la continuation de
sa bonne vollonté et grande affection à la paix de vostre royaulme, et
que s'il vous playsoit qu'elle s'en meslât, qu'elle envoyeroit devers
Vostre Majesté, ou bien là où il seroit besoing, ung personnaige de
qualité correspondante à ung si grand négoce, comme elle estime cestuy
cy, pour y besoigner, ainsy que vous adviseriez, ou bien tretteroit
icy avec Mr le cardinal de Chatillon; lequel elle cognoissoit très
desireux de la paix, et l'avoit toutjours cogneu très respectueulx à
Voz Très Chrestiennes Majestez; et qu'elle estimoit qu'il ne vous
pourroit revenir qu'à honneur, comme elle mettroit bien peyne qu'il
vous revînt à proffict, qu'elle s'employât envers ceulx de sa religion
à les exorter qu'ilz se veuillent contanter des offres de leur prince
et seigneur, ou bien de suplier Vostre Majesté d'eslargir ung peu sa
grâce envers eulx; et qu'elle sçayt bien que le différer en cecy sera
pour vous rendre en brief la dicte paciffication beaucoup plus
malaysée, encor qu'elle peult bien asseurer que, en Allemaigne, ny à
la Rochelle, il n'est allé, ny yra rien, de sa part, qui soit contre
Vostre Majesté.
Je luy ay grandement loué ceste sienne bonne intention, avec promesse
de la vous fère bien entendre, et qu'elle se pouvoit asseurer que la
paix de France seroit la paix d'Angleterre; et que, si l'occasion de
ceste guerre, laquelle faisoit toutjour mal passer quelque chose entre
voz deux royaulmes et voz communs subjectz, estoit ostée; et que
d'ailleurs elle vollût donner quelque accommodement aulx affères de la
Royne d'Escoce, elle se pouvoit asseurer que nul prince ny princesse
de la terre n'auroit son règne plus estably ny reposé que seroit le
sien; et que Vostre Majesté avoit acepté l'offre qu'elle faisoit de
vouloir entendre à quelque bon expédiant entre elles deux, si vous le
leur métiez en avant; que vous aviez estimé, si les propres offres de
la Royne d'Escoce ne luy sembloient suffizantes, que c'estoit à elle
d'en adviser de plus grandes, et que, si elles n'estoient par trop
disraysonnables, vous croyés fermement, que la dicte Dame les
accorderoit, et que vous, comme son principal allié, non seulement les
confirmeriez, mais métriez peyne de les luy fère accomplyr.
Elle a répliqué que la Royne d'Escoce n'avoit jamais parlé que en
général, et qu'il failloit venir aulx choses particullières, dont,
s'il luy en estoit miz en avant quelques unes, que pour l'honneur de
Vostre Majesté elle les suyvroit; ayant néantmoins à se pleindre
encores de nouveau de la dicte Royne d'Escoce, qu'estant, ainsy
qu'elle est, entre ses mains, elle n'avoit toutesfoys layssé, par
ceulx qui tiennent son party en Escoce, de fère retirer ses fuytifz;
et que, en toutes sortes, elle estoit résolue de chastier et
poursuyvre ses dicts fuytifz, et ceulx qui les soubstiennent, me
signiffiant aulcunement qu'elle entreprendroit de fère entrer des
forces dans le pays.
Je luy ay respondu qu'elle advisât de ne contrevenir aulx trettez, et
que, s'il luy plaisoit de mettre en liberté l'évesque de Roz, luy et
moy adviserions de luy ouvrir des moyens pour esteindre toutz ces
différantz d'entre elles deux et leurs deux royaulmes.
«Il n'est pas, dict elle, tant prisonnier qu'il ne puysse tretter par
lettres avecques sa Mestresse, et n'est retenu que _pro formâ_ pour
quelque démonstration contre la pratique qu'il a meue avec ceulx du
North; mais bientost il sera en liberté.» Et ainsy gracieusement s'est
achevée ceste audience, laquelle je vous ay bien vollu ainsy au long
réciter, Sire, affin que l'intention de la dicte Dame vous soit mieulx
cogneue, et remectz les aultres choses au Sr de Vassal, présent
porteur, auquel je vous supplie très humblement donner foy: et sur ce,
etc.
Ce XXVIIe jour de mars 1570.