II.--Pour avoir une idée nette de la manière dont le siège fut conduit

et dont la ville et sa montagne furent défendues et investies,

il faut suivre lentement la route de mi-coteau qui, par le flanc

méridional d’Alésia, mène de la bifurcation des chemins de fer jusqu’à

la rencontre du chemin de Darcey à Flavigny, en passant par les

Trois-Ormeaux et par le hameau des Celliers: cette route est peut-être

un des chemins qu’ont suivis les cavaliers gaulois de la ville pour

rejoindre leur camp d’Alésia, lorsqu’ils furent poursuivis par les

Germains après leur première défaite[135].--À partir des Celliers, nous

allons en effet retrouver l’emplacement de ce camp: c’est là, à droite

d’abord, puis des deux côtés de la route, que nous voyons les terrasses

en contre-bas du plateau, assez légèrement inclinées, où Vercingétorix

a établi et fortifié son camp.--Lorsque, marchant plus loin, nous

arrivons aux Chemins-Croisés[136] (c’est-à-dire au point culminant du

col qui rattache le mont d’Alésia au Mont Pévenel qui lui fait face),

nous comprenons mieux encore comment et pourquoi le chef gaulois a

voulu l’établissement de ce camp retranché en avant et au levant de

la ville: par ce col, Alésia s’unit sans peine aux collines voisines,

c’est-à-dire au Mont Pévenel et à ses dépendances; sur ce point, César

aurait pu, sans trop de peine, bâtir une terrasse d’approche presque

au niveau de la ville; il eût même pu, sans un danger excessif,

tenter l’assaut des remparts par l’escalade des roches. C’était,

évidemment, le secteur le plus faible des lignes de défense[137]. Aussi

Vercingétorix ferma le col et isola les terrasses qui le précédaient au

Couchant par une muraille continue: entre celle-ci et les remparts de

la ville, campèrent d’abord les Gaulois assiégés. _Sub muro, quæ pars

collis ad orientem solem spectabat, hunc omnem locum copiæ Gallorum

compleverant, fossamque et maceriam præduxerant_[138]. Il n’évacua

ce camp que lorsqu’il eut la certitude que César renonçait à l’assaut

(expugnatio) ou à la terrasse d’attaque (_oppugnatio_) pour recourir au

blocus (_obsidio_).

[135] VII, 70, 3. Cf. p. 266.

[136] On a une assez bonne vue de ce côté d’Alésia et des

Chemins-Croisés chez Napoléon III, atlas de l’_Histoire de Jules

César_, planche 26, no 3.

[137] D’Anville, dans un mémoire dont les modernes n’ont fait que

confirmer les conclusions (_Éclaircissemens_, 1741, p. 457), avait

déjà très bien vu que «c’étoit le côté faible de la ville».--Ce

point correspondait exactement, comme importance, au col des Goules

sur la montagne de Gergovie: et on a vu que Vercingétorix fit aussi

fortifier ce col, il est vrai seulement à la fin du siège (cf. ici,

p. 210 et 370).

[138] VII, 69, 5. Cf. p. 260.

Ce blocus, on peut en constater la nature et l’importance de ce

même col et carrefour des Chemins-Croisés. Qu’on regarde d’ici, à

l’extérieur du mont d’Alésia, et on apercevra, mieux que de n’importe

où, la presque totalité du cadre de montagnes qui enferme la colline

gauloise: le mont de Flavigny[139], avec ses trois bastions du Nord,

l’étroit promontoire boisé du Mont Pévenel, les roches grises et

escarpées du plateau d’entre Bussy et Darcey. Et, quand on se figure

tous ces sommets formant un colossal support aux camps, aux redoutes,

aux palissades et aux tours romaines, on demeure frappé à la fois de

l’énormité du travail ordonné par César, et de la sobriété précise avec

laquelle il l’a raconté dans ses Commentaires: _Regiones secutus quam

potuit æquissimas pro loci natura, XIV millia passuum complexus_[140].

[139] C’est le Mont Druaux de la carte de d’Anville.

[140] VII, 74, 1. _Castra opportunis locis erant posita_; VII, 69,

7. _Castris, quæ summum undique jugum tenebant_; VII, 80, 2. _Ex

superioribus castris_; VII, 82, 2. Cf. p. 263 et 273.

C’est enfin de ce point du col qu’on peut noter l’éloignement relatif

du Mont Réa, que César, à cause de cela, ne put ou ne voulut comprendre

dans ses lignes de blocus: _Collis, quem propter magnitudinem circuitus

opere circumplecti non potuerant nostri_[141]. Le Mont Réa, en effet,

est plus écarté d’Alésia que les montagnes de Flavigny et de Bussy;

une véritable plaine l’en sépare, formée par les méandres de l’Oze.

C’est une hauteur aux trois quarts isolée, distincte du système de

collines que César a fortifiées. S’il l’avait ajoutée à ses lignes de

circonvallation, il les eût, en quelque sorte, boursouflées, leur eût

fait perdre leur unité et leur cohésion. Il préféra les faire passer,

de ce côté, à mi-hauteur de la montagne[142].

[141] VII, 83, 2. Cf. p. 264.

[142] Sur ce point cependant, à dire vrai, il me reste encore

quelque doute. Je ne crois pas qu’il eût été absolument impossible

de comprendre le Mont Réa dans l’enceinte romaine, en la faisant

aller, par-dessus le col, de Grésigny à Ménétreux.--Il est certain

toutefois que, dans ce cas, les lignes de César eussent présenté,

au Nord-Ouest, une sorte de bouffissure: ce qui est très visible

dans l’ancienne carte de von Gœler (éd. de 1859, pl. III), qui

avait tout d’abord inséré le mont de Ménétreux dans l’enceinte de

César.

On achèvera d’étudier les lignes d’investissement et la situation

particulière du Mont Réa en revenant à la plaine des Laumes par la

vallée de l’Oze et la grande route qui côtoie la voie ferrée.

III.--C’est dans la plaine des Laumes qu’eurent lieu le premier

combat de cavalerie (livré par les assiégés)[143], le second combat

de cavalerie (livré par les troupes de secours le premier jour de

leur attaque)[144], et les trois tentatives faites contre les lignes

romaines de la plaine (le second jour d’attaque, par les troupes de

secours[145]; et les trois jours, par les assiégés[146]).--Du second

combat de cavalerie, César nous dit qu’il se livra en vue du reste des

armées, massées sur les hauteurs: _Erat ex omnibus castris, quae summum

undique jugum tenebant, despectus_[147]. Et en effet, la plaine des

Laumes ressemblait alors à une arène, fermée ou dominée de toutes parts

par les montagnes où campaient les Gaulois et les Romains, ceux-là sur

celles d’Alésia et de Mussy, ceux-ci au Mont Réa et sur les hauteurs

de Flavigny.--Aussi quand, dans l’attaque des lignes de la plaine, les

fantassins gaulois de l’armée de secours, aux premières lueurs du jour,

se virent battus, ils craignirent tout de suite d’être enveloppés, sur

leurs flancs découverts, par les légions descendues des camps d’en

haut, de celui qui était à mi-hauteur du Mont Réa, et de celui qui

occupait le plateau Nord-Ouest du mont de Flavigny[148].

[143] _Equestre prœlium in ea planicie, quam intermissam

collibustria millia passuum in longitudinem patere supra

demonstravimus_; VII, 70, 1; cf. 69, 3. Voir p. 266.

[144] _Omnem eam planiciem complent_; VII, 79, 2; cf. p. 286.

[145] _Ad campestres munitiones accedunt_; VII, 81, 1; cf. p. 288.

[146] VII, 79, 4; 82, 3; 84, 1. _Desperatis campestribus locis_;

VII, 86, 4; cf. p. 287, 290, 292, 294. C’est également de ces

lignes que s’approche, le dernier jour, la cavalerie du dehors;

cf. p. 291 et 293; VII, 83, 8: _Equitatus ad campestres munitiones

accedere_.

[147] VII, 80, 2. Ce qui est complété plus loin par: _Ex omnibus

partibus, et ii qui munitionibus continebantur_ [les Gaulois

d’Alésia], _et hi qui ad auxilium convenerant_; VII, 80, 4. Cf.

également VII, 79, 3: _Erat ex oppido Alesia despectus in campum_.

[148] _Veriti ne ab latere aperlo ex superioribus castris eruptione

circumvenirentur_; VII, 82, 2. Cf. p. 290.

IV.--Le troisième et dernier jour de l’attaque générale,

Vercassivellaun et les Gaulois du dehors assaillirent le camp du

Mont Réa ou de la montagne de Ménétreux.--Pour retrouver ce champ de

bataille, gravissez les pentes du Réa par le sentier qui traverse l’Oze

sur une passerelle en bois, et qui n’est sans doute qu’une ancienne

voie romaine. C’est à mi-hauteur, dans une sorte de terrasse que

domine le sommet boisé, que devait être le camp romain, et ici encore

toutes les expressions des Commentaires portent: le camp est bien

_pæne iniquo loco et leniter declivi_[149]. C’est derrière la montagne

que Vercassivellaun a caché les siens[150]. C’est par le sommet qu’il

a attaqué[151]. C’est de là qu’il a vu, sur les pentes du mont de

Flavigny, César s’avançant vers lui[152]. C’est sur cette terrasse

enfin qu’il a subi la charge irrésistible de Labiénus[153].

[149] VII, 83, 2. Cf. p. 264 et 291.

[150] _Post montem se occultavit_; VII, 83, 7. Cf. p. 291.

[151] _Ad superiores munitiones... Iniquum loci ad declivitatem

fustigium magnum habet momentum_; VII, 85, 4. Cf. p. 293.

[152] _De locis superioribus hæc declivia et devexa cernebantur_;

VII, 88, 1. Cf. p. 297. Nous avons maintenu la leçon des mss.

_hostes_.

[153] VII, 88, 1. Cf. p. 297.

V.--Pendant ce temps, Vercingétorix attaquait les lignes romaines de

la plaine (peut-être vers le moulin de Bèze)[154]. Puis, repoussé de ce

côté, il se portait à sa gauche vers l’Est ou le Sud-Est contre celles

des hauteurs, en escaladant le flanc du mont de Flavigny[155]. Je

suppose qu’il a conduit alors le gros de sa troupe du côté du sentier

qui monte au delà du moulin Duthu[156] (en amont du moulin de Bèze), et

qui se perd ensuite dans les terres. Mais j’avoue que, si sur ce point

la montée est un peu pénible, elle ne présente pas précisément les

loca prærupta dont parle César. Sans doute le proconsul a-t-il forcé

la note; et d’ailleurs la difficulté de l’escalade ne fut point telle

qu’elle pût empêcher Vercingétorix de conduire assez vite ses hommes et

ses machines jusqu’aux remparts romains.

[154] VII, 86, 4. Cf. p. 292.

[155] _Loca prærupta exscensu_ [_ex adscensu_ mss.] _tentant_; VII,

86, 4. Cf. p. 294. Le duc d’Aumale, dans un des plus intelligents

mémoires qui aient été écrits sur le siège d’Alésia (_Revue des

Deux Mondes_, 1858, 1er mai, p. 139) place cette escalade au Mont

Pévenel et au plateau de Savoigny (Mont de Bussy). Il faut écarter

le Mont Pévenel, trop éloigné du Mont Réa, d’où Vercassivellaun

aperçut César quittant Vercingétorix pour venir à lui (cf. ici, n.

4[152]). Le plateau de Savoigny (auquel pensait aussi d’Anville)

n’est pas impossible. Voyez en dernier lieu, sur cette question,

Rice Holmes _Cæsar’s Conquest of Gaul_, 1899, p. 796.

[156] D’après la carte de l’_Histoire de Jules César_. C’est le

moulin Savy du cadastre; le moulin est d’ailleurs connu sous les

deux noms.

VI.--Le dernier point qu’on puisse déterminer sur les lieux est celui

où se tint César au début de la dernière bataille[157]. De ce point,

dit-il, il la vit toute entière: or, elle se livra à la fois sur les

pentes du Mont Réa et dans la plaine. On peut donc supposer qu’il se

plaça sur le flanc ou au pied du mont de Flavigny, soit en bas, le long

du chemin qui mène de la grande route de Pouillenay au moulin de Bèze,

soit à mi-hauteur de ce même côté, près du petit bois.

[157] _Cæsar, idoneum locum nactus, quid quaque ex parte geratur

cognoscit_; VII, 85, 1. Cf. p. 292.

C’est de ce point qu’il se porta d’abord vers la plaine, pour arrêter

Vercingétorix vers le moulin de Bèze[158]: il resta à cette seconde

place assez longtemps, pouvant du reste suivre fort bien de là ce qui

se passait sur les pentes du Mont Réa et sur celles de la montagne de

Flavigny.--Puis il revint vers le plateau[159], lorsque son adversaire

attaqua de trop près la terrasse par le sentier du moulin Duthu.--De

cette troisième position enfin il redescendit vers la plaine,

pour rejoindre Labiénus sur les terrasses du Réa[160], et c’est en

descendant vers la vallée de l’Ozerain et le moulin de Bèze qu’il fut

aperçu par Vercassivellaun[161].--Tracez une ligne droite de la ferme

Lombard (sur le plateau de Flavigny) jusqu’au sommet du Mont Réa: cette

ligne passe par le moulin de Bèze, et vous aurez l’axe de la dernière

bataille, celui qu’ont sans cesse suivi les légats, les ordres, les

regards ou les pas mêmes de Jules César[162].

[158] _Ipse adit reliquos_; VII, 86, 3. Cf. p. 294.

[159] _Ipse... adducit_; VII, 87, 2. Cf. p. 296.

[160] _Eo quo Labienus miserat contendit_; VII, 87, 3. Cf. p. 296.

[161] Ici p. 392, n. 4[152].

[162] Il est impossible de dire où eut lieu l’entrevue entre

Vercingétorix et César (cf. p. 308). On sait seulement qu’elle se

passa _in munitione pro castris_ (VII, 89, 4), «dans les lignes

romaines», et sans doute devant le camp principal. On a conjecturé

que ce camp était celui du plateau N.-O. de Flavigny (près de la

ferme Lombard), vu que ce point était le plus commode pour dominer

à la fois Alésia et la plaine des Laumes, et que César, au cours

de la dernière bataille, ne quitta presque jamais les abords de

ce plateau. Si cette hypothèse est fondée, on pourra placer la

scène de la reddition à cet endroit, sur le rebord faisant face à

Alise-Sainte-Reine (opinion de von Gœler, 2e éd., p. 325).

⁂

Je ne donne toutes ces remarques que comme des hypothèses très

vraisemblables, destinées à répondre à ce besoin de précision,

même conjecturale, qu’éveille naturellement chez tous une étude

rétrospective de topographie militaire[163].

[163] Dans tout l’exposé qui précède, comme dans tout le récit, je

n’ai pas voulu tenir compte des fouilles faites autour d’Alésia,

sans prétendre d’ailleurs en nier le très grand intérêt et

l’importance; j’estime que l’on peut se passer de leurs résultats

pour expliquer et comprendre le texte de César, le duc d’Aumale

et bien d’autres l’ont prouvé.--Ceux qui voudront retrouver sur

les lieux l’emplacement des fossés et des camps signalés par les

auxiliaires de Napoléon III (surtout M. le colonel Stoffel; cf.

Rice Holmes, p. XXVIII) suivront les plans qu’il a fait dresser

(atlas, pl. 25 et 28; nous donnons, p. 265, une reproduction du

plan principal); ils s’aideront aussi, sur place, des bornes

qu’on a plantées le long des routes avoisinant Alésia, et dont

les inscriptions, _contrevallation_, _circonvallation_, _fossé de

vingt pieds_, etc., indiquent le tracé précis que les auteurs de

l’_Histoire de Jules César_ ont, d’après les fouilles, assigné à

ces différents ouvrages.

Mais, même quand on ne songe pas à expliquer les Commentaires, une

visite à Alise-Sainte-Reine a son charme archaïque. Elle apporte

des sensations presque aussi suggestives que des textes. J’écris ces

notes au pied même d’Alésia, par une admirable journée de printemps

succédant à un abominable hiver. Je perçois quelques-uns des sentiments

qui ont le plus fortement agi sur l’âme imaginative de nos ancêtres

gaulois. Ce qui me frappe, dans les bruits ou les aspects de la nature

environnante, c’est le ruissellement des sources éternelles le long

des rochers, l’isolement des sommets «rejoignant le ciel», les noirs

taillis couronnant les cimes, le chant continu de l’alouette des

bois, le vol lourd des corbeaux rasant les prés, la trinité solitaire

de vieux arbres robustes, et le gui verdoyant sur le squelette des

branches dénudées: toutes choses qui n’éveillent plus maintenant que

des impressions de poésie, mais qui déterminèrent chez les hommes de

jadis des actes de foi sincère.

NOTE VII[164]

La mort de Vercingétorix.

Nous nous sommes borné à dire, dans notre récit, que Vercingétorix

fut mis à mort. Nous ignorons en effet quelle fut la manière dont on

l’exécuta. Il n’existe, sur son supplice, que deux textes vagues de

Dion Cassius, où le genre de mort n’est pas indiqué[165].

[164] Cf. page 343.

[165] Dion Cassius, XL, 41, 3: (Καῖσαρ) ἐς τὰ ἐπινίκια μετὰ τοῦτο

πέμψας ἀπέκτεινε. XLIII, 19, 4: Ἄλλοι δὲ καὶ Οὐερκιγγετόριξ

ὲθανατώθησαν.

On a écrit, de façon à peu près constante, qu’il fut décapité. Il

est certain que, pendant longtemps, les victimes du triomphe ont été

frappées de la hache par le bourreau[166]. Il est douteux, cependant,

que cet usage existât encore au temps de Jules César[167].

[166] Tite-Live, VIII, 20, 7 (?); _epit._, XI, 2; XXVI, 13, 15.

Valère-Maxime, II, 7, 15, _in fine_.

[167] Cf. Mommsen, _Staatsrecht_, 2e éd., t. I, p. 129;

_Strafrecht_, p. 914, n. 2; p. 917, n. 4; p. 930; Marquardt,

_Staatsverwaltung_, t. II, p. 585.

Si l’on veut, à titre de conjecture, se figurer comment mourut

Vercingétorix, il faut chercher, avant et après l’année 46, les textes

les plus voisins de cette date qui relatent la mort de chefs de guerre

le jour du triomphe de leur vainqueur[168].

[168] Voyez aussi Cicéron, _Verrines_, V, 30, 77: _Cum de foro

in Capitolium currum flectere incipiunt, illos duci in carcerem

jubent. Idemque dies et victoribus imperii et victis vitæ finem

facit_.

Avant 46, le dernier adversaire de Rome qui mourut dans les mêmes

conditions que Vercingétorix fut Jugurtha. Deux traditions différentes

ont couru sur sa mort. D’après Plutarque, il fut traîné au triomphe en

costume d’apparat, puis les licteurs se partagèrent ses dépouilles,

et enfin il fut jeté tout nu dans la prison, où il mourut de faim le

sixième jour[169]. D’après Tite-Live ou ses dérivés, il fut étranglé,

également dans la prison[170].

[169] _Vita Marii_, XII.

[170] Eutrope, IV, (11), 27; Orose, V, 15, 19; Tite-Live, _epit._,

LXVII.

Après 46, mais, il est vrai, à cent dix-sept ans de là, nous possédons

de la mort de Simon Bargioras, le chef des Juifs révoltés contre

Vespasien, un récit fort circonstancié écrit par Josèphe[171].

L’historien grec raconte, à la date de 71, le triomphe de l’empereur:

«La procession», dit-il, «arriva enfin au temple de Jupiter Capitolin.

Là on fit halte. C’était un vieil usage romain d’y attendre le messager

chargé d’annoncer la mort du général des ennemis. Celui-ci était Simon

fils de Gioras, lequel avait suivi le cortège parmi les prisonniers.

Conduit dans un local dominant le forum, il y fut étranglé[172] par

le lacet, après avoir été maltraité par ceux qui le conduisaient[173]:

car la loi est de tuer en cet endroit ceux qui ont été condamnés à mort

pour leurs crimes[174]. Quand on vint annoncer que Simon avait vécu,

tous les assistants poussèrent des acclamations, et les sacrifices

commencèrent.»

[171] _Guerre des Juifs_, VII, 5, 6.

[172] Trébellius Pollion écrit, au sujet de la strangulation (_Tyr.

triginta_, XXII, 8): _Strangulatus in carcere captivorum veterum

more perhibetur._

[173] De même pour Jugurtha, Plutarque, _Marius_, XII.

[174] Exagéré; cf. Mommsen, _Strafrecht_, p. 930.

C’est, je crois, de cette manière qu’il faut se représenter les

derniers instants de Vercingétorix[175].

[175] Bien que j’aie voulu, à ces quelques notes près, exclure de

ce livre son appareil critique et bibliographique, me réservant

de le publier ailleurs, il est cependant de mon devoir de rappeler

que la vie de Vercingétorix a donné lieu, à la fin du XIXe siècle,

à trois travaux spéciaux: le livre de Fr. Monnier, _Vercingétorix

et l’indépendance gauloise, religion et institutions celtiques_

(2e édit., 1875, Paris, Didier), œuvre d’imagination et de verve,

trop influencée par certaines rêveries des «celtomanes» de son

temps; les articles de M. Albert Réville, _Vercingétorix et la

Gaule au temps de la conquête romaine_ (_Revue des Deux Mondes_

des 15 août et 1er sept. 1877), suggérés par le volume de Monnier,

mais pleins de remarques originales et d’hypothèses vraisemblables;

le livre de notre ami regretté Corréard, _Vercingétorix ou la

chute de l’indépendance gauloise_ (3e édit., 1889): livre destiné

sans doute à la _Bibliothèque des Écoles et des Familles_ (Paris,

Hachette), mais qui est l’ouvrage le plus sain et le plus sobre

qu’ait provoqué la vie de Vercingétorix, et qui est une œuvre de

haute probité historique, c’est-à-dire faite à la fois avec l’étude

immédiate des sources et la franchise reconnaissante des emprunts

aux devanciers.

TABLE DES MATIÈRES

CHAPITRE I

Le pays d’Auvergne.

I. -- L’Auvergne, centre de la Gaule. 1

II. -- Des routes qui y conduisent. 3

III. -- Auvergne et Morvan. 5

IV. -- Isolement relatif de l’Auvergne. 6

V. -- Plateaux et montagnes. 7

VI. -- Le Puy de Dôme. 10

VII. -- La Limagne. 11

VIII. -- Sources et lacs. 12

CHAPITRE II

Les dieux arvernes.

I. -- Auvergne et Campanie. 14

II. -- Dieux des bois, des sources et des lacs. 15

III. -- Dieux des montagnes. 18

IV. -- Les grands dieux et leurs résidences. 19

V. -- Teutatès au Puy de Dôme. 21

CHAPITRE III

Le peuple arverne.

I. -- Persistance des anciennes races en Auvergne. 23

II. -- Qualités nationales des Arvernes: courage,

patriotisme local, esprit de résistance. 25

III. -- Puissance de l’aristocratie; esprit d’association

et de famille. 27

IV. -- Goût des entreprises lointaines. 29

V. -- Cavaliers et fantassins arvernes. 31

VI. -- Fidélité aux traditions. 32

VII. -- Aptitude au travail et au progrès. 34

VIII. -- À quoi peut servir l’étude du milieu. 38

CHAPITRE IV

La royauté arverne; Bituit.

I. -- Tendances des Gaulois à l’unité. 40

II. -- Formation de l’empire arverne. 42

III. -- Ce qu’on peut supposer de son organisation. 44

IV. -- La royauté arverne: Luern et Bituit. 48

V. -- Degré de civilisation de cet empire. 50

VI. -- Défaite de Bituit par les Romains. 52

VII. -- Conséquences de la formation et de la chute de

l’empire arverne. 55

CHAPITRE V

Celtill, père de Vercingétorix.

I. -- Politique et alliances du sénat en Gaule. 57

II. -- Révolutions aristocratiques. 59

III. -- Cimbres et Teutons en Gaule. 60

IV. -- Celtill: reconstitution de l’empire arverne. 62

V. -- L’aristocratie arverne renverse Celtill. 63

VI. -- Formation des deux ligues arverne-séquane et

éduenne. 65

VII. -- Victoire de la première avec l’aide des Germains. 67

VIII. -- Le parti national: Orgétorix et Dumnorix. 69

CHAPITRE VI

Vercingétorix, ami de César.

I. -- L’aristocratie lutte contre le parti national. 71

II. -- Arrivée, projets politiques et auxiliaires de

César. 72

III. -- La Gaule soumise à César. 74

IV. -- De quelle manière César commandait à la Gaule. 77

V. -- César restaure la royauté: Vercingétorix, ami

de César. 79

VI. -- Ce que les Gaulois pouvaient penser de l’amitié

de César. 81

VII. -- Progrès continus du parti national: Dumnorix,

Indutiomar, Ambiorix. 83

CHAPITRE VII

Le nom de Vercingétorix.

I. -- Ce n’est pas un nom de fonction, mais de personne. 87

II. -- Si ce nom caractérise un membre de la plus

haute noblesse. 89

III. -- De l’importance qu’il a pu avoir. 91

CHAPITRE VIII

Vercingétorix, chef de clan.

I. -- Rôle effacé des Arvernes depuis l’arrivée de

César. 92

II. -- Caractère d’un chef gaulois. 94

III. -- Son éducation et ses aspirations. 95

IV. -- La puissance d’un chef; ceux qui dépendaient

de lui. 97

V. -- Force et nature d’un clan gaulois. 100

VI. -- Aspect physique de Vercingétorix. 103

CHAPITRE IX

Le soulèvement de la Gaule.

I. -- Révolte des Sénons et des Carnutes. 104

II. -- De l’intervention de la religion et des druides

dans le soulèvement général. 107

III. -- Campagne de 53. Départ de César. 111

IV. -- Bilan de l’œuvre de César en Gaule; motifs

de mécontentement. 113

V. -- Progrès de la conjuration: intervention de

Comm et de Vercingétorix. 115

VI. -- Assemblée générale des conjurés. 116

VII. -- Soulèvement. Vercingétorix, roi à Gergovie. 119

CHAPITRE X

L’empire gaulois.

I. -- Jusqu’à quel point le soulèvement s’explique

par un mouvement démocratique. 122

II. -- Quels peuples prirent part à la conjuration. 125

III. -- Vercingétorix élu chef suprême. 128

IV. -- Nature de ses pouvoirs. 129

V. -- S’il y a eu des institutions fédérales. Monnaies

frappées par les conjurés. 134

VI. -- Espérances et ambitions d’un empire gaulois. 137

CHAPITRE XI

Le passage des Cévennes par César.

I. -- Les forces romaines en février 52. 140

II. -- Forces de Vercingétorix; quelle tactique lui

était possible. 143

III. -- Son plan de guerre. Retour de César. 146

IV. -- Premières opérations autour de Sens, dans le

Berry, et vers le Sud. 148

V. -- César arrête Lucter dans le Sud. 150

VI. -- Il franchit les Cévennes; recul de Vercingétorix. 152

VII. -- César rejoint son armée. 154

CHAPITRE XII

Avaricum.

I. -- Préparatifs de César. 156

II. -- Vercingétorix attaque les Boïens: plan de

César. 159

III. -- Prise de Vellaunodunum et de Génabum. 162

IV. -- Premier combat, devant Noviodunum. 164

V. -- Vercingétorix décide les Gaulois à incendier le

pays. 166

VI. -- Avaricum: site de la place; comment on pouvait

l’attaquer: la terrasse. 169

VII. -- Opérations de Vercingétorix et misère de

l’armée romaine. 173

VIII. -- César en face du camp gaulois. 175

IX. -- Vercingétorix accusé de trahison. 177

Vercingétorix · 第 27 / 28 段