[47] La terrasse romaine avait 80 pieds de hauteur (VII, 24, 1).

Enlevez 30 ou 40 pieds correspondant à la hauteur des murs gaulois:

restent 40 à 50 pieds qu’il faut chercher au-dessous du niveau

actuel. C’est encore, il est vrai, beaucoup; et je me demande si

le sol naturel et primitif de l’Esplanade et de ses abords est

réellement à une profondeur de 13 à 17 mètres. Il est tout au moins

probable que la terrasse n’avait point partout cette profondeur,

c’est-à-dire la hauteur totale de 80 pieds: César ne doit indiquer

que la hauteur maxima, prise du fond du ravin.--D’après M. Stoffel

(_Guerre civile_, t. II, 1887, p. 360) et M. Fröhlich (_Das

Kriegswesen Cæsars_, 1891, p. 247), le sol de l’_agger_ devait

être de plain-pied, non pas avec le sommet des remparts ennemis,

mais avec leur base: le but de cette construction étant, suivant

eux, de faciliter, non pas l’assaut par des hommes, mais la brèche

par des machines. Je n’ai pu m’associer à cette théorie en ce qui

concerne le siège d’Avaricum: 1º si la hauteur de l’_agger_ n’avait

pas dépassé le pied des remparts, elle n’eût jamais pu atteindre

80 pieds; 2º César parle d’une escalade rapide et non pas d’une

brèche: _Murum celeriter compleverunt_ (VII, 27, 3).

Représentons-nous maintenant la chaussée de César s’arrêtant là où

commence aujourd’hui la ville proprement dite, à la Caserne. Elle a

330 pieds de largeur, c’est-à-dire qu’elle finit un peu à droite de

la rue Moyenne, un peu à gauche de l’avenue Séraucourt[48]. En face

d’elle s’élève le mur gaulois, percé de deux portes, à l’entrée de

l’une et de l’autre de ces rues[49]. Chacune de ces portes est encadrée

de tours, probablement plus hautes que les autres. Sur la terrasse

des assiégeants, deux tours ont été élevées, faisant face chacune à

une porte et aux tours de cette porte[50].--Quand les assiégés opèrent

leurs sorties, ils se répandent, en dehors de ces deux portes, sur les

flancs des tours romaines: _Toto muro clamore sublato, duabus portis ab

utroque latere turrium eruptio fiebat_[51]. Dans l’ouverture de chaque

porte, des groupes d’hommes préparent et font passer les matières

inflammables destinées à la tour qui leur fait face: _Quidam ante

portam oppidi Gallus per manus sebi ac picis traditas glebas in ignem e

regione turris projiciebat_[52].--C’est une de ces deux tours romaines

enfin qui, agrippant une des tours gauloises de porte, permit aux

assiégeants d’aller à l’abordage et de terminer l’assaut[53].

[48] Cf. p. 172.

[49] Cf. p. 361, n. 2[41].

[50] Le mur romain et le mur gaulois tournaient vers le Nord à

10 mètres de la rue Moyenne (vers les jardins de l’Archevêché).

Peut-être est-ce à dessein que César a placé sa terrasse en face

d’un secteur d’angle, de manière à menacer et commander à la fois

deux lignes du rempart ennemi.

[51] VII, 24, 3; cf. ici, p. 364, n. 1[52].

[52] VII, 25, 2. Cf. p. 181.

[53] VII, 27, 1. Le fait est raconté avec plus de détails par Dion

Cassius, XL, 34, 4: Καὶ πύργον τινὰ παραχρῆμα... ἑλόντες, ἔπειτα

καὶ τὰ λοιπὰ οὐ χαλεπῶς ἐχειρώσαντο. Cf. p. 182.

NOTE III[54]

Gergovie.

L’histoire des recherches provoquées par le siège de Gergovie prouve

que, sur bien des points, la science moderne est faite d’ingratitude ou

d’oubli. On répète sans cesse que les fouilles de Napoléon III et de

M. le colonel Stoffel ont fixé l’emplacement des camps romains et des

lieux d’attaque: elles n’ont fait que confirmer (et c’est d’ailleurs

un très beau résultat) ce qu’avaient supposé, sans autres ressources

que leur intelligence, les érudits d’autrefois.--Regardez la carte du

siège dressée en 1859 par von Gœler: le grand camp est entre Orcet et

le lac (desséché) de Sarlièves, le petit camp est à La Roche-Blanche,

la caponnière entre eux deux[55]: c’est-à-dire que tous ces ouvrages

sont aux points précis où, trois ans plus tard, on allait chercher

et retrouver leurs traces[56].--Un siècle plus tôt, l’ingénieur

bourguignon Pasumot[57] donnait à César, à peu de chose près, les

mêmes positions: il lui faisait établir son grand camp sur les bords de

l’Auzon[58], son petit camp à La Roche-Blanche, et il reconstituait sur

place la terrasse, le camp extérieur et les positions des Gaulois avec

une précision et une exactitude auxquelles les modernes n’ont ajouté

que fort peu[59].--Enfin, deux siècles auparavant, en 1560, Simeoni,

tout en étendant hors de toutes proportions les lignes de Jules César,

avait bien expliqué la marche générale des opérations du siège[60], et

retrouvé le vrai point de l’attaque romaine, le revers méridional du

plateau de Gergovie[61]. Ce qui était la première chose à résoudre, et

celle d’où dépendent toutes les autres questions.

[54] Voyez p. 196 et suiv., et les deux cartes de Gergovie, p. 203

et hors texte.--Je remercie MM. Audollent et Ehrhard, professeurs

à l’Université de Clermont, de l’obligeant appui qu’ils m’ont prêté

dans ces recherches sur Gergovie.

[55] _Cäsar’s Gallischer Krieg in dem Iahre 52 v. Chr._, Karlsruhe,

1859, pl. II et p. 35. Von Gœler ou ses éditeurs (2e éd.,

Tubingue, 1880, p. 266) ont eu raison de se plaindre du silence

gardé, à son endroit, par les auteurs de l’_Histoire de Jules

César_.

[56] Les fouilles des camps sont de 1862 (_Histoire de Jules

César_, t. II, 1866, p. 270; cf. en dernier lieu, Stoffel chez

Rice Holmes, _Cæsar’s Conquest of Gaul_, 1899, p. XXX).--Pour

l’histoire de ces fouilles et les attributions contradictoires

qu’elles provoquèrent chez quelques-uns, voyez en particulier les

plans de Trincard (mai 1863) et le mémoire de Mathieu (_Mémoires de

l’Académie de Clermont-Ferrand_, t. VI, 1864): ce dernier affirma

que les tranchées découvertes justifiaient sa théorie du grand camp

à Gondole, du petit à Orcet (cf. p. 14, etc.).

[57] Pasumot, _Mémoires géographiques_, Paris, 1765, p. 183 et

suiv. Le travail de Pasumot a été réimprimé avec additions par

Grivaud, _Dissertations_... de Pasumot, Paris, t. I, 1810, p. 96 et

s.

[58] Il est vrai sur la rive opposée à Gergovie. Avant Pasumot,

d’Anville (_Notice de l’ancienne Gaule_, 1760, p. 351) et de Caylus

(_Recueil d’antiquités_, t. V, 1762, p. 284) avaient placé le

grand camp dans la vallée de l’Auzon et l’attaque par les pentes

méridionales: mais ils se trompèrent pour le petit camp. Les plans

de Caylus (pl. CI-CIII), reproduits en partie par Pasumot (1re

édit.), sont presque aussi utiles aujourd’hui à consulter sur place

que ceux des modernes, même que la carte de l’État-Major; la carte

de Dailley (1766, 2e éd. de Pasumot) est trompeuse pour certaines

parties essentielles (le champ de bataille). Le travail manuscrit

de Le Masson (1748, Bibl. de Clermont, no 785) est une réfutation

de Lancelot et ne renferme rien sur la topographie du siège.

[59] Il y eut en France, de 1748 à 1765, un très beau mouvement

de recherches autour de Gergovie, comparable, comme résultats, à

celui de 1850-1863.--La presque totalité des savants qui reprirent

la question au XIXe siècle acceptèrent La Roche-Blanche pour le

petit camp; ils s’égarèrent pour l’autre, qu’ils placèrent le

plus souvent au Crest, contre toute vraisemblance: bévue que

n’avaient point commise leurs prédécesseurs du XVIIIe siècle

(Mérimée. _Notes d’un voyage en Auvergne_, 1838, p. 321-3; Vial,

_Mémoire sur Gergovie_, 1851, extrait des _Annales_, Clermont, p.

23; Fischer, _Annales de l’Auvergne_, t. XXVIII, 1855, p. 402; le

même, _Gergovia_, Leipzig, 1855, p. 24, etc.).--Olleris, en 1861,

et avant les fouilles, replaça le grand camp aux bords de l’Auzon,

au Puy de Chignat (_Examen des diverses opinions émises sur le

siège de Gergovie_, 1861, Clermont, p. 14; la carte qui accompagne

ce travail présente d’utiles détails).--Seul, Bouillet s’entêta

pendant quarante ans à chercher l’attaque contre Gergovie sur le

versant Nord (_Guide du voyageur à Clermont_, 1836; _Statistique

monumentale du Puy-de-Dôme_, 1846, p. 42; _Mémoires de l’Académie

de Clermont_, 1875, p. 49, etc.): opinion qui paraît avoir été

reprise en Angleterre, et que réfute à ce propos M. Rice Holmes (p.

739).

[60] En plaçant le grand camp à Gondole, le petit au Crest, et à

Montrognon la colline fortifiée par Vercingétorix.

[61] Symeoni, _Dialogo pio_, 1560, Lyon, p. 151; _Description de

la Limagne_, 1561, Lyon, p. 87 (c’est la traduction du précédent

ouvrage, par Chappuys).

⁂

I.--Toute étude sur le siège de Gergovie doit en effet commencer par

l’examen de la place et des conditions d’une attaque par escalade.

Suivons le rebord du plateau, c’est-à-dire la ligne que devaient

occuper les remparts et les portes, et regardons sur les flancs de la

montagne[62].

[62] César, VII, 36, 1: _Perspecto urbis situ quæ, posita in

altissimo monte, omnes aditus difficiles habebat._

Au Nord, vraiment, la pente est trop raide pour que César ait risqué

sur elle trois légions[63]. C’est tout au plus si, dans la direction

de la fontaine de Fontmort, les Gergoviens ont pu établir un sentier et

une porte.

[63] Comparez l’opinion la plus ancienne: «Duquel costé [Sud]

l’accès de la ville estoit plus facile, et nompas si droit, ne si

royde, que devers Cornon et Clairmont» (Symeoni, p. 87=p. 151),

à l’une des opinions les plus récentes: «Je ne vois pas [trois]

légions gravissant des pentes abruptes, formées d’une terre glaise

si épaisse que, pour qu’on puisse en faire l’ascension sans trop

de peine, il faut qu’il n’ait pas plu depuis huit jours» (Hauser,

_Club-alpin français, section d’Auvergne, Congrès de 1896_, p.

142).

À l’Est, l’escarpement est encore plus dur. Je ne comprends pas comment

César a pu confier aux Éduens la tâche de menacer sur ce point les

assiégés «par une autre montée», _ab dextra parte alio ascensu_[64].

S’il a prétendu inquiéter les Gaulois par cette diversion, ceux-ci

ont dû rire en voyant leurs adversaires, hommes ou chevaux, au pied de

ces roches et de ces ravins. Si les Éduens ont apparu sur le flanc Sud

de la montagne presque à la fin du combat, c’est parce qu’après avoir

cherché partout, à l’Est et au Nord, une montée commode, ils se sont

décidés à revenir par les sentiers de mi-côte, du domaine de Prat au

domaine de Gergovie et de là au village[65], et ils ont dû se présenter

assez brusquement, par le tournant S.-E. de la montagne.

[64] VII, 45, 10; 50, 1. César ne dit pas si ces Éduens avaient

gardé ou quitté leurs chevaux.

[65] Il me semble bien difficile de les faire arriver par les

sentiers supérieurs, par exemple celui qui mène de Prat au village

par le col des Roches-Rouges (voyez le plan d’Olleris). Ces

sentiers sont vraiment trop étroits.

C’est par le Sud au contraire qu’on monte d’ordinaire aux terres

du plateau. Là se trouve, outre les moindres sentiers, le chemin

traditionnel des villageois[66]. Gergovie devait avoir, par là, à

l’extrémité de ce chemin, sa porte ou ses portes principales[67].

Si le plateau de Gergovie appartient, aujourd’hui et de mémoire

d’homme, aux paysans et à la commune de La Roche-Blanche, si la seule

agglomération de maisons que porte la montagne est située sur son

flanc méridional[68], c’est parce que la voie d’accès du sommet était

sur ce côté.--Sur tout ce versant de Gergovie, vous remarquerez,

en contre-bas, une longue terrasse de largeur variable, formant

une sorte de palier qui interrompt et coupe la descente: c’est là

qu’étaient campés les Gaulois, dans des camps fort rapprochés l’un

de l’autre. Au rebord extérieur de ce vaste gradin, à l’endroit où

recommence la descente rapide, se trouvait le mur de six pieds qui

fermait les camps[69]. Cette terrasse était assez plane pour que les

chevaux pussent y trotter, témoin celui qui emporta Teutomat dans

sa fuite[70].--Enfin, regardez plus loin, et vous apercevrez les

terres basses que traverse l’Auzon, et où César plaça ses camps:

le grand camp à votre gauche, sur le mamelon au delà de la grande

route et des maisons du Petit-Orcet, le petit camp en face, sur La

Roche-Blanche. Ils sont assez près de Gergovie pour que les Gaulois

aient pu suivre les mouvements de troupes sans distinguer l’espèce des

combattants[71]. C’est dans ce bas-fond qu’ils ont aperçu les prétendus

cavaliers romains, se dirigeant à droite vers les hauteurs de Risolles

en contournant La Roche-Blanche et le Puy de Jussat de différents

côtés[72]; c’est là qu’ils virent la légion de l’attaque feinte, après

avoir remonté la vallée entre Gergovie et La Roche-Blanche, tourner

à sa gauche, descendre dans le ravin et disparaître dans les bois,

derrière le Puy de Jussat[73].

[66] Voir la carte de l’État-Major, et, sur celle de Caylus et

Pasumot (1re édition), le «chemin pour monter à Gergovia». La

publication des documents du Moyen Age pourrait rendre, à la

connaissance de ces chemins, de grands services.

[67] César, VII, 50, 4. De même Vial, p. 32.

[68] Je parle du très ancien village de Merdogne, Gergovie

depuis 1862 (l’appellation primitive est tombée en désuétude). Le

principal domaine, sinon le seul, qu’ait porté la montagne, celui

qui s’est appelé, peut-être dès les plus anciens temps du Moyen

Age, _Gergovia_, _Gergoieta_(?), ou Gergoviat (orthographe du

cadastre de 1816), est également situé au Sud.

[69] _A medio fere colle in longitudinem, ut natura montis ferebat_

[très bien observé, parce que le rebord de cette terrasse naturelle

semble fait exprès pour recevoir une muraille], _ex grandibus saxis

sex pedum murum, qui nostrorum impetum tardaret, præduxerant Galli,

atque, inferiore omni spatio vacuo relicto, superiorem partem

collis usque ad murum oppidi densissimis castris compleverant_;

César, VII, 46, 3.--Pareille terrasse se trouve du côté Nord. Je

ne puis affirmer qu’il n’y ait pas eu aussi des camps de ce côté,

puisque César dit ailleurs: _Omnibus ejus jugi collibus occupatis_

(VII, 36, 2): au surplus, ils ont pu être évacués quand les

Romains, leur camp construit, n’ont plus menacé que le Sud. Cf.

ici, p. 196 et p. 198.

[70] VII, 46, 5. Cf. p. 211.

[71] VII, 45, 4: _Hæc procul ex oppido videbantur, ut erat e

Gergovia despectus in castra_ [cf. Dion Cassius, p. 372, n. 1],

_neque tanto spatio certi quid esset, explorari poterat._

[72] _Collibus circumvehi... longo circuitu_; VII, 45, 2 et 3. Cf.

p. 211.

[73] _Legionem unam eodem jugo_ [le col entre le mont de Gergovie

et La Roche-Blanche, puis le flanc S.-E. du puy de Jussat] _mittit,

et paulum progressam inferiore constituit loco silvisque occultat_.

César, VII, 45, 5. Toute cette région, entre Jussat, Chanonat et

le château de Julliat, était autrefois boisée (cf. la carte de

Cassini, f. 52).

Enfin, on finira cette promenade circulaire en s’arrêtant, à l’Ouest,

sur l’arête du col des Goules, entre le plateau de Gergovie et les

hauteurs de Risolles[74]. Il suffira de regarder ce col et ses abords

pour être frappé de l’exactitude de la description faite par César:

_Dorsum esse ejus jugi prope æquum, sed hunc silvestrem et angustum,

qua esset aditus ad alteram partem oppidi_[75]. Seuls, les bois

manquent aujourd’hui à cette description: encore apercevons-nous

les vestiges de la forêt gauloise dans les flancs boisés du ravin de

Romagnat.--Comme au temps de César, c’est le seul point (avec le côté

du village) par où l’on aborde d’ordinaire aujourd’hui le plateau

de Gergovie.--C’était, évidemment, le secteur le plus faible des

lignes de défense. Quel que fût le système de l’attaque, elle ne se

serait jamais mieux faite que par là. L’escalade? elle n’était pas

impossible sur ce point, puisqu’on a pu y établir, en 1861, la seule

route carrossable qui conduit au plateau, et puisque les Gaulois, au

bruit et à la nouvelle de l’assaut, ont pu revenir par là au galop de

leurs chevaux[76]. La terrasse d’approche? elle pouvait, à la rigueur,

être bâtie sur ce col. Le blocus[77]? la possession du col était

essentielle pour l’établir, puisqu’il commande à la fois les vallons de

l’Artières au Nord et de l’Auzon au Sud; de ce col partent au Sud le

ravin de Macon (vers La Roche-Blanche), et au Nord celui de Romagnat,

ravins qui étaient tout désignés pour former le tracé des lignes

d’investissement qui couperaient la montagne et joindraient les deux

vallons. Vercingétorix s’est très nettement rendu compte de tout cela,

et, quand il a vu César s’emparer de La Roche-Blanche et s’approcher

par là du col des Goules, il s’est hâté d’occuper les hauteurs de

Risolles, qui le dominent, et d’y bâtir une muraille avancée pour

protéger les abords du col: _Vehementer huic illos loco timere, nec jam

aliter sentire, uno colle ab Romanis occupato, si alterum amisissent,

quin pæne circumvallati atque omni exitu et pabulatione interclusi

viderentur_[78].

[74] Une vue assez exacte de ce col a été donnée par W. C. Compton,

_Cæsar’s seventh Campaign in Gaul_, 5e éd., 1901, p. 29.

[75] VII, 44, 3. Cf. p. 198, 209 et 210.

[76] VII, 48, 1.

[77] César, avec deux ou trois fois plus d’hommes, eût pu continuer

le blocus, auquel il a vraiment songé (VII, 36, 1). Il suffit de

voir Gergovie pour comprendre pourquoi, n’ayant que six légions,

il ne pouvait ni investir ni bâtir un _agger_, et n’avait à compter

que sur un coup de main.

[78] VII, 44, 4. De la même manière, à Alésia (cf. p. 260 et

p. 389), Vercingétorix a fortifié par un boulevard le col des

Chemins-Croisés, qui correspond, fort exactement, à celui des

Goules dans la position de Gergovie.

II.--Descendons dans la plaine pour étudier les campements romains.

Le grand camp était placé sur la colline de la Serre[79], vaste

mamelon à l’est et près de la grande route, au nord-est des maisons

du Petit-Orcet. Il y avait là de l’espace[80], de l’eau, une surface

aplanie[81], on dominait la plaine, et on apercevait assez bien

quelques pentes principales du flanc Sud de Gergovie.--Il est vrai

que les Gaulois surveillaient le camp mieux encore qu’ils n’étaient

observés par lui[82].

[79] Ce nom n’est cité que sur le plan de Trincard. Les gens du

pays m’ont paru l’ignorer. Mais c’est le vrai nom.

[80] Les bornes plantées là par les soins de M. Stoffel donnent,

comme dimensions du camp retrouvé par les fouilles: 626 m. 30, 646

m. 20, 467 m., 634 m. 30, soit 34 hectares 80 ares.

[81] La dépression indiquée au centre de cet espace par la carte de

l’État-Major est en réalité insignifiante.

[82] Ce que dit Dion Cassius, XL, 36, 2. Dion dit aussi que César

campa «en plaine», ὲν πεδίω: vue du haut de Gergovie, la colline

de la Serre ne se différencie presque en rien de la plaine.

Au pied de ce camp, entre la grande route, l’Auzon et la montagne de

Gergovie, s’étend une vaste plaine en forme de triangle[83]: c’est

celle où ont eu lieu les combats de cavalerie[84], et où César a espéré

vainement attirer toute l’armée gauloise en lui offrant la bataille

le lendemain et le surlendemain de l’assaut. Je suppose qu’il plaça

ses légions ces jours-là sur le mamelon du Puy de Marmant, _idoneo

loco_[85], dit-il, c’est-à-dire sur une hauteur légère et facile[86].

[83] Les mamelons qui la coupent sont moins sensibles sur les lieux

qu’apparents sur les cartes.

[84] VII, 36, 1 et 4; 53, 2. Dion Cassius, XL, 36, 3.

[85] VII, 53, 1. Entre Donnezat et le Petit-Orcet.

[86] Voyez la définition de cette expression par César, II, 8, 2.

César établit son petit camp à La Roche-Blanche[87]. Cette hauteur

offre un plateau assez vaste pour recevoir deux légions et même

davantage; elle est exactement en face de la principale porte de

Gergovie, et à la base de la montagne, _e regione oppidi sub ipsis

radicibus montis_; elle commande le cours de l’Auzon et les gras

pâturages qui bordent la rivière: elle est isolée de toutes parts, et

suffisamment escarpée pour mériter les deux épithètes que César lui

donne, _egregie munitus atque ex omni parte circumcisus_[88].--C’est de

La Roche-Blanche que le proconsul, un matin, aperçut, en face de lui,

les pentes de Gergovie vides de soldats: _Animadvertit collem, qui ab

hostibus tenebatur, nudatum hominibus, qui superioribus diebus vix præ

multitudine cerni poterat_[89].

[87] Regardez La Roche-Blanche du mamelon du grand camp, et vous

verrez que César a dû tout de suite songer à l’occuper comme poste

d’approche vers Gergovie.

[88] VII, 36, 5.--M. Stock, dans son édition de César (Oxford,

1898, p. 315), nie que ces expressions puissent convenir à La

Roche-Blanche, qui n’est, dit-il, _precipitous_ que sur le côté

Sud, et qui présente sur le côté Nord _an easy slope_, «une pente

aisée». Mais César ne dit pas que l’escarpement fût partout aussi

raide que sur le versant Sud (où le flanc de la colline est droit

comme une muraille): _circumcisus_ implique plutôt l’isolement que

la taille à pic. Au reste, si La Roche-Blanche avait été partout

aussi inaccessible que par le Sud, César n’aurait eu aucun intérêt

à s’en emparer. Enfin, sur tous les points, j’ai constaté des

pentes assez rapides pour justifier l’_egregie munitus_. Et il

faut ajouter que les orages et les travaux de culture ont pu à la

fois combler les vallons latéraux et étager les pentes.--C’est à

La Roche-Blanche que j’applique (imitant Fischer, p. 405) le texte

de Polyen (_Stratagèmes_, VIII, 10; cf. p. 202): les bois seraient

derrière, vers Julliat et Jussat (cf. p. 370, n. 2[73]), c’est par

là qu’aurait eu lieu l’escalade secrète; César aurait attaqué par

Donnezat. Mais je ne me dissimule pas les incertitudes de cette

explication de Polyen.--Sur les fouilles du petit camp, cf. Stoffel

_apud_ Rice Holmes, p. XXX.

[89] VII, 44, 1. Dans ce chapitre, _collis_ désigne tantôt le flanc

méridional de Gergovie (1), tantôt La Roche-Blanche (4), tantôt

le massif de Risolles et du col des Goules (4), c’est-à-dire des

choses, géographiquement, très différentes. Mais César, qui parle

en soldat, ne voit que l’état relatif, la «hauteur» et «la plaine»,

_collis_ et _planicies_. Cf. p. 386.--Il était impossible, de La

Roche-Blanche, de voir les Gaulois travailler sur les hauteurs

boisées de Risolles et du col des Goules; de là _per exploratores

cognoverat_ (VII, 44, 3 et 2).--Nous ne pouvons entrer ici dans

la discussion des hypothèses infinies qui ont été émises sur ce

texte et les suivants. Disons seulement que nous ne saurions entre

autres accepter celle qui fait de ce _collis nudatus_ le Puy de

Jussat (Olleris, p. 18): le Puy de Jussat, à cause de sa position

excentrique et du ravin qui le sépare de Gergovie, a dû être tenu à

l’écart de toutes les opérations réelles.

Enfin, entre le grand et le petit camp, s’allongeait le double

fossé romain, qui devait suivre, à peu près, la route de voitures du

Petit-Orcet à Donnezat[90].

[90] VII, 36, 7.

III.--L’attaque eut lieu par le côté Sud. Son point de départ fut le

petit camp de La Roche-Blanche [91]. C’est donc au rebord septentrional

de cette colline qu’il faut se placer pour commencer l’étude du combat.

C’est de ce point que César donna le signal, que partirent les trois

légions de l’assaut, que se formèrent les cohortes de réserve de la Xe

légion.

[91] VII, 45, 7 et 10. César compte (46, 1) 1200 pas, en droite

ligne, de Gergovie «à la plaine»: c’est la distance, sur la carte,

entre le rebord méridional du plateau et le village de Donnezat.

Comme il y eut environ 12000 hommes d’engagés, l’escalade eut lieu,

droit vers le plateau, sur un assez grand nombre de points, à gauche

et à droite des chemins actuels. Je crois cependant que le gros des

assaillants a dû suivre la route qui traverse le village et qui par une

courbe appuie vers l’Ouest, de manière à arriver avec moins de fatigue

à la porte principale[92]. Le mur du boulevard franchi, la terrasse et

les camps occupés, un centurion de la VIIIe attaque cette porte[93].

[92] Cela me parait résulter, outre les nécessités du terrain, de

ce que dit César (VII, 46, 2): _Quidquid huc circuitus ad molliendum

clivum accesserat_ [c’est le chemin tracé qu’il désigne par là], _id

spatium itineris augebat_. De même Olleris, p. 25.

[93] VII, 50, 4. Cf. p. 213 et 215.

Vercingétorix · 第 25 / 28 段