A la même heure, Fierce rentrait à bord du _Bayard._

Il était courbaturé de lassitude, et trempé jusqu'aux os par l'embrun

du large. Le sel des vagues poudrerizait âprement son visage et brûlait

ses yeux.

Mais une joie saine courait dans ses artères.--Parfois, des souvenirs

assiégeaient ses heures oisives, des souvenirs d'avant Sélysette,

des souvenirs de débauche et de scepticisme,--qui ressemblaient à

des nostalgies;--mais aujourd'hui, la rude journée pleine de rafales

avait balayé loin ces nostalgies mauvaises. Et il se retrouvait

dans sa chambre bleue, à l'heure du sommeil, simple de cœur et naïf

d'esprit,--pas civilisé;--amoureux.

Une singulière ivresse le charma. Confusément, il eut conscience d'une

maladie étrange à quoi il échappait,--la Civilisation;--il se crut

convalescent; il escompta l'avenir, un avenir de guérison, de santé

radieuse.

Au mur, dans un cadre bizarre et somptueux, fait d'une fourrure

de panthère noire, un pastel souriait,--Sélysette Sylva, d'après

la photographie volée l'autre semaine. Fierce, religieusement,

s'agenouilla devant son médecin, et cherchant au fond de sa mémoire des

paroles adoratrices, il pria, pour la première fois, certes, depuis sa

très petite enfance.

Les civilisés: Roman · 第 35 / 56 题