a droit également à notre attention; c'est aussi une grande et belle
partie des destinées d'un peuple que la série de ses efforts et de ses
progrès dans la philosophie, les sciences et les lettres. Sans doute
l'abondance et le caractère spécial des monuments de ce genre doivent
nous prescrire à cet égard quelque réserve; ils ne sauraient être
accueillis facilement ni en très-grand nombre dans une collection dont
l'histoire proprement dite est l'objet dominant. Mais les ouvrages qui,
à certaines époques, ont fortement agité les esprits et exercé une
action puissante sur le développement intellectuel des générations
contemporaines, ceux qui ont ouvert, dans le mouvement des idées, une
ère nouvelle, ceux enfin qui, sous une forme purement littéraire, nous
révèlent des moeurs oubliées, des usages ou des faits sociaux dont on
avait perdu la trace, de tels ouvrages se rattachent de bien près à
l'histoire; et si nous découvrions quelques monuments de ce genre, nous
croirions devoir nous empresser de les publier, en en formant dans la
collection générale une série particulière.
Je puis déjà, Sire, signaler en ce genre à Votre Majesté une découverte
récente et d'un haut intérêt pour les personnes qui se vouent à l'étude
de la philosophie et de son histoire parmi nous. Le manuscrit du fameux
ouvrage d'Abailard, intitulé le _Oui et non (Sic et non)_, vient d'être
retrouvé dans la bibliothèque d'Avranches. Ce livre, qu'on croyait
irréparablement perdu, est celui qui donna lieu à la condamnation
d'Abailard, au concile de Sens, en 1140. M. Cousin en surveillera la
publication.
Enfin, Sire, l'histoire des arts doit occuper une place dans ce vaste
ensemble de recherches qui embrasse toutes les parties de l'existence
et des destinées nationales. Aucune étude peut-être ne nous révèle plus
vivement l'état social et le véritable esprit des générations passées
que celle de leurs monuments religieux, civils, publics, domestiques,
des idées et des règles diverses qui ont présidé à leur construction,
l'étude, en un mot, de toutes les oeuvres et de toutes les variations de
l'architecture qui est à la fois le commencement et le résumé de tous
les arts.
Je me propose, Sire, de faire incessamment commencer un travail
considérable sur cette matière: je m'appliquerai à faire dresser un
inventaire complet, un catalogue descriptif et raisonné des monuments
de tous les genres et de toutes les époques qui ont existé ou existent
encore sur le sol de la France. Un tel travail, en raison de sa nature
spéciale, de son importance et de sa nouveauté, doit demeurer distinct
des autres travaux historiques dont je viens d'entretenir Votre Majesté;
aussi mon intention est-elle d'en confier la direction à un comité
spécial, et d'en faire l'objet de mesures particulières que j'aurai
l'honneur de proposer à Votre Majesté.
Telles sont, Sire, les mesures que j'ai prises, préparées ou projetées
pour assurer l'accomplissement de la grande entreprise au sujet de
laquelle le vote des Chambres a répondu aux vues de Votre Majesté. Cette
entreprise ne doit pas être un effort accidentel et passager; ce sera un
long hommage et, pour ainsi dire, une institution durable en l'honneur
des origines, des souvenirs et de la gloire de la France. J'ose espérer
que, grâce au savant et zélé concours des personnes qui veulent bien me
seconder, les premiers résultats ne se feront pas longtemps attendre et
ne seront pas indignes de la noble pensée dont Votre Majesté a daigné me
confier l'exécution.
Je suis avec le plus profond respect,
Sire,
De Votre Majesté,
Le très-humble et très-obéissant serviteur et fidèle sujet,
Le ministre de l'instruction publique,
Guizot.
X
_Rapport à M. le comte Pelet de la Lozère, ministre de l'instruction
publique, sur l'état des travaux relatifs à la collection des documents
inédits concernant l'histoire de France_.
(23 mars 1836.)
Monsieur le ministre,
Depuis la dernière réunion du comité, les travaux historiques entrepris
par les ordres de M. le ministre, votre prédécesseur, n'ont pas été
interrompus. Ces travaux, ainsi que j'ai déjà eu l'honneur de vous
l'expliquer, sont de deux sortes: la _recherche_ des documents et leur
_publication_; cette division est indiquée par le texte même de la loi
des finances, qui ouvre au ministère de l'instruction publique un crédit
spécial pour recueil et publication des monuments inédits relatifs à
l'histoire de France.
La recherche des documents comprend le dépouillement et le classement
des collections diverses de manuscrits, l'analyse des pièces qui
paraissent dignes d'attention, et l'examen des propositions adressées au
ministre.
Parmi les publications, il en est qui sont terminées, d'autres qui sont
seulement commencées, quelques-unes enfin qui ont été prescrites
par arrêtés ministériels, et dont les matériaux ne sont pas encore
suffisamment préparés pour l'impression.
Je me propose de mettre sous vos yeux, dans ce rapport, la situation
actuelle des travaux historiques entrepris sous la direction du premier
comité, afin que vous puissiez apprécier par vous-même, monsieur le
ministre, ce qui a été fait jusqu'à ce jour, et ce qu'il conviendra de
faire ultérieurement.
Il n'y a qu'une seule publication qui soit véritablement terminée, c'est
celle du _Journal des États-généraux de_ 1484, par Jehan Masselin.
L'ouvrage a été imprimé et livré au public depuis trois mois.
Les tomes I et II des _Négociations relatives à la succession d'Espagne_
ont été mis au jour par M. Mignet, ainsi que le 1er tome du _Recueil
de pièces pour servir à l'histoire de la guerre de la succession
d'Espagne_, par M. le général baron Pelet, directeur du dépôt de la
guerre. Le travail nécessaire à l'achèvement de ces deux grandes
publications se poursuit sans relâche.
Un volume intitulé: _Journal des séances du conseil du roi Charles VIII_
va paraître immédiatement; M. Fallot a bien voulu se charger de rédiger
une introduction à cet ouvrage.
Plusieurs autres ouvrages sont livrés à l'impression:
1° _L'Histoire en vers de la croisade contre les hérétiques albigeois_,
traduite sur le texte provençal par M. Fauriel;
2° _Un choix de lettres de rois, reines, princes et princesses de
France_, par M. Champollion-Figeac, extraites des copies de Bréquigny;
3° _La chronique du religieux de Saint-Denis._
MM. Fauriel et Champollion voudront bien expliquer au comité à quel
degré d'avancement leur travail est parvenu.
M. Ravenel a terminé son travail sur _les carnets de Mazarin_; il a
joint au texte de ces carnets divers papiers inédits de Mazarin, sa
correspondance avec Colbert, et plusieurs autres pièces relatives aux
troubles de la Fronde.
M. le ministre de l'instruction publique n'a point encore donné
l'autorisation nécessaire pour l'impression du travail de M. Ravenel; il
serait bon de prendre, à cet égard, l'avis du comité, dans sa prochaine
séance.
M. Francisque Michel poursuit la publication de la _Chro__nique en vers
des ducs de Normandie_, par Benoît de Sainte-Maure, dont il a recueilli
le texte dans son dernier voyage en Angleterre.
Je ne mentionnerai pas ici la publication presque entièrement terminée
des ouvrages inédits d'Abailard, par M. Cousin, le second comité
étant spécialement chargé de la direction de tout ce qui concerne la
littérature, la philosophie, les sciences et les arts, dans leurs
rapports avec l'histoire générale.
M. le ministre, votre prédécesseur, a autorisé récemment la publication
de plusieurs autres ouvrages qu'il a jugés dignes d'intérêt.
M. Jules Desnoyers, membre du premier comité, a été chargé de rédiger
un _Exposé critique des recherches entreprises en France à toutes les
époques, et qui ont eu pour but l'étude et la publication des anciens
monuments de l'histoire nationale_. Ce travail est destiné à servir
d'analogue à celui qui a été confié à M. Sainte-Beuve, _sur l'histoire
de la critique littéraire_.
Les Bénédictins de Solesmes, réunis en société sous la direction de M.
l'abbé Guéranger, chanoine de la ville du Mans, ont reçu la mission de
continuer le recueil intitulé: _Gallia christiana_. Ils travailleront
d'abord, pendant un an, à la rédaction du volume pour lequel ils ont
déjà rassemblé un nombre considérable de matériaux. Le comité, après
avoir examiné le résultat de ces travaux, décidera s'il convient de leur
confier cette entreprise pour un temps plus long.
M. Tommaseo publiera, sous la direction de M. Mignet, _les Relations
des ambassadeurs vénitiens sur les affaires de France_, pendant le XVIe
siècle.
M. Claude fait imprimer, sous la direction et la surveillance de M.
Guérard, _le Cartulaire de l'abbaye de Saint-Bertin._ Quand cet ouvrage
aura été mis au jour, le même travail aura lieu pour _le Cartulaire de
l'église de Notre-Dame de Chartres_.
Le dépouillement des manuscrits de la Bibliothèque royale, confié à M.
Champollion-Figeac, a donné d'importants résultats pendant le cours de
l'année 1835; depuis un mois, ce service a été complètement
réorganisé, sept personnes y sont employées au lieu de douze, et trois
principalement ont pour fonction spéciale de recueillir et d'analyser
les pièces qui contiennent des documents précieux pour l'histoire de
France.
La commission instituée à Besançon, sous la présidence de M. Weiss,
continue le dépouillement des papiers manuscrits du cardinal de
Granvelle.
M. Leglay poursuit son travail sur les manuscrits déposés aux archives
de Lille et de Cambray.
M. de Courson exécute des recherches semblables à Rennes, de concert
avec M. Maillet, bibliothécaire de cette ville.
La correspondance des départements a donné, depuis quelque temps,
d'utiles renseignements. Je vais vous exposer en peu de mots,
monsieur le ministre, le résumé des travaux les plus importants des
correspondants du ministre.
M. Maillard de Chambure, correspondant pour le département de la Côte
d'Or, adresse (29 juin 1835) une notice sur _le manuscrit de l'histoire
de Saint Jean de Réôme_, lequel provient de l'abbaye de Moutiers-Saint
Jean, où il était mal à propos désigné sous le titre de Cartulaire de
Réôme.
Le même correspondant fait part (24 juillet 1835) de la découverte qu'il
a faite, dans la bibliothèque de l'Académie des sciences de Dijon,
de deux manuscrits, dont l'un, qui a appartenu à la bibliothèque du
président Bouhier, est intitulé: _Journal de ce qui s'est passé en
Bourgogne, durant la Ligue de_ 1571 à 1601, _par le sieur Pépin,
chanoine musical de la sainte chapelle de Dijon_, petit in-4°, mentionné
dans la bibliothèque historique, n° 38,897.--Le second manuscrit a pour
titre: _Mémoire de ce qui s'est passé au Parlement de Dijon, du_ 10
_novembre_ 1574 _au_ 3 _juillet_ 1602, _par Gabriel Breunot, conseiller
au Parlement_. Grand in-8°, n° 33,053.
M. Piers, correspondant à Saint-Omer, envoie la continuation de ses
notices sur les manuscrits que possède la bibliothèque historique de
cette ville. Celles qu'il adresse aujourd'hui sont relatives aux
n° 249: _Cyrilli Alexandrini Thesaurus;_---n° 750: _Cartularium
Folciami_;--n° 769: _vita beati Petri, Tharantasiensis archipiscopi_.
Enfin, il indique encore les suivants: _Vita beatoe Marioe de
Onyaco--Genealogia comitum Flandrensium,_ etc. M. Piers joint à ces
renseignements une notice biographique sur l'abbaye de Clairmarais avec
la description de l'Église; cette dernière partie se rapporte plutôt aux
travaux spéciaux du second comité.
M. Maurice Ardant jeune, président du tribunal de commerce de Limoges,
adresse une copie d'un manuscrit intitulé: _De l'affranchissement des
habitants de Rochechouart et de la création de leur commune en 1296_.
M. le docteur Leglay, en poursuivant ses investigations dans les
archives et les bibliothèques du département du Nord, a trouvé plusieurs
manuscrits qu'il a jugés dignes d'attention, et qui mériteraient,
suivant lui, d'être imprimés et publiés par le gouvernement, sinon
en totalité, du moins en grande partie. Il a signalé d'abord deux
chapitres, inédits jusqu'à ce jour, de la chronique de Molinet.
Peut-être conviendrait-il d'ordonner la copie de ces fragments, afin de
les publier plus tard dans un recueil de pièces diverses. Les mémoires
de Robert d'Esclaibes, gentilhomme de Hainaut, qui servait dans l'armée
de la Ligue du temps de Henri III et de Henri IV, ont été signalés par
M. Leglay; ceux du baron de Fuverdin, formant au moins dix gros volumes,
lui ont paru contenir aussi une foule de renseignements intéressants
et souvent inconnus sur les affaires publiques du XVIIe siècle. Si le
comité croyait devoir donner suite aux propositions de M. Leglay, il
ajouterait de nouveaux détails sur ces deux ouvrages à ceux que renferme
déjà la lettre adressée par lui à M. le Ministre de l'instruction
publique. On s'est borné provisoirement à remercier M. Leglay des
communications qu'il avait faites au Ministre; on lui répondra d'une
manière plus précise lorsque vous aurez consulté le comité à ce sujet.
M. Jouffroy et M. Weiss ont indiqué aussi, comme un monument historique
d'une haute importance, une _Histoire en 16 livres, des guerres de la
Franche-Comté de 1632 à 1642, par le sieur Girardot de Beauchemin_,
conseiller au Parlement de Dôle, et membre du gouvernement de la
province à cette époque. Cet ouvrage intéresse non-seulement par
l'exposé des faits qu'il raconte, mais encore par un style vif et animé,
par la représentation fidèle de l'esprit du temps, et une intelligence
remarquable des événements politiques. M. le ministre, votre
prédécesseur a autorisé M. Weiss à s'occuper de la publication de cette
histoire; il lui a demandé, toute fois, quel plan de travail il comptait
suivre, à quelle époque il pourrait se mettre à l'oeuvre, et combien de
temps serait nécessaire pour l'achèvement de cette entreprise. M. Weiss
n'a point encore envoyé sa réponse.
Divers documents, faisant partie des papiers inédits du cardinal
Granvelle, ont été recueillis à Bruxelles par M. le baron de Reiffenberg
et M. Gachard, archiviste de Belgique; ils ont bien voulu nous adresser
ces documents qui ont été mis à la disposition de la commission de
Besançon.
M. Larrigaudière, relieur à Moissac (Tarn-et-Garonne), et possesseur
d'un certain nombre de chartes et de manuscrits relatifs à l'abbaye de
Moissac, propose de vendre ces documents au gouvernement. M. le ministre
de l'instruction publique n'a pu obtenir encore, sur la valeur des
pièces qu'on lui offrait, des renseignements suffisants pour être en
mesure de prendre aucune décision à cet égard. Il n'y a d'ailleurs aucun
fonds au budget du ministère qui puisse être appliqué à des dépenses de
cette nature. Si l'on employait, à l'achat des pièces historiques qui
sont tombées entre les mains des particuliers, le crédit destiné aux
travaux de recherche et de publication, ce crédit, déjà fort borné,
serait bientôt insuffisant; et le ministère ne pouvant, d'ailleurs,
conserver dans ses archives les documents qu'il aurait achetés, se
trouverait obligé de les donner à des établissements qui doivent
eux-mêmes avoir des fonds pour des acquisitions de cette nature. M.
Larrigaudière a donc gardé ses manuscrits; il menace _de les employer
aux travaux de son état_; ce sont là les expressions dont il se sert; il
n'est pas inutile, je pense, d'appeler sur cette affaire l'attention du
comité.
M. Buchon adresse un rapport sur plusieurs manuscrits de George
Chastelain, qu'il dit avoir découverts en visitant les bibliothèques de
l'ancienne Flandre. Il n'y a plus lieu de s'occuper des propositions de
M. Buchon; depuis l'époque où il a écrit au Ministre à ce sujet, il a
annoncé l'intention de publier ces documents pour son propre compte,
dans la collection générale qu'il a entrepris de mettre au jour.
M. de Formeville, conseiller à la Cour royale de Caen et correspondant
du ministère, communique l'inventaire des documents qu'il a recueillis
dans divers dépôts publics et particuliers du département du Calvados.
La lettre de M. de Formeville et les indications qui s'y trouvaient
jointes ont été examinées avec le plus grand soin par M. Champollion, et
d'après l'avis que M. Champollion a bien voulu donner au ministre, de
nouvelles instructions ont été adressées à M. de Formeville, dont on
attend maintenant la réponse.
M. Maillet, correspondant du ministère et bibliothécaire de la ville
de Rennes, annonce qu'il existe, dans une petite commune, située à six
lieues de cette ville, un manuscrit de 1225, contenant des concessions
de privilèges faites par le duc Pierre, dit de Mauclerc, et confirmées
par ses successeurs. D'autres communications de M. Maillet ont été
examinées par M. Fallot. On attend la réponse que M. Maillet doit
adresser au ministère consécutivement aux instructions spéciales qu'il a
reçues depuis cette époque.
M. le baron de Gaujal, premier président de la Cour royale de Limoges,
informe M. le ministre qu'il est parvenu à réunir la collection complète
des coutumes et privilèges des villes de l'ancienne province du
Rouergue, depuis le commencement du XIIe siècle jusqu'à la fin du XIVe.
Il pense que ces documents offrent assez d'intérêt pour être publiés aux
frais de l'État dans la collection des monuments inédits de l'histoire
de France.
M. Adhelm Bernier propose de publier, à la suite du journal des séances
du conseil privé du roi Charles VIII, les pièces suivantes qu'il assure
être inédites:
1° Un document original concernant les ducs de Lorraine, entre autres
celui qui figure principalement dans le conseil privé de Charles VIII;
2° Poésies historiques sur Charles VIII, qui se composent de la
prophétie du roi Charles VIII par Guilloche, et d'une satyre intitulée:
_L'aisnée fille de Fortune, ou louange d'Anne de Beaujeu_.
Monsieur le ministre n'ayant point de renseignements précis sur les
monuments indiqués par M. Bernier, et se proposant, d'une autre part,
de publier très-prochainement le journal du Conseil privé, a renvoyé à
l'examen du comité les nouvelles propositions de M. Bernier.
Le même M. Bernier transmet au ministre la chronique inédite de Gaston
IV, comte de Foix, gouverneur, pour Charles VIII et Louis XI, de la
province de Guyenne, écrite par Guillaume Leseur, son domestique, et
copiée sur le manuscrit unique de la Bibliothèque Royale.
M. le baron Laugier de Chartrouse, correspondant et ancien maire de la
ville d'Arles, transmet une notice sur un grand nombre de documents
historiques tirés des archives de la ville d'Arles. M. de Chartrouse ne
donne guère que des titres; si l'un de messieurs les membres du comité
voulait bien prendre la peine de les examiner, on pourrait, demander a
M. de Chartrouse des détails plus étendus et plus circonstanciés.
M. Henri, correspondant et bibliothécaire de la ville de Perpignan, fait
connaître le résultat des recherches auxquelles il s'est livré dans
divers dépôts d'archives. Les renseignements qu'il fournit sont
trop vagues pour qu'il ait été possible d'accéder, sur cette simple
information, au désir exprimé par M. Henri, qui demandait une allocation
spéciale pour poursuivre ses recherches.
M. Léchaudé d'Anisy, correspondant à Caen, donne des renseignements
sur les débris des archives de l'abbaye de Savigny, déposés à la
sous-préfecture de Mortain. M. le ministre avait spécialement chargé M.
Léchaudé d'Anisy d'examiner ces pièces, sur lesquelles on avait appelé
son attention. Il reste démontré qu'elles sont loin d'avoir l'importance
qu'on leur supposait.
M. Legonidec, qui s'est livré depuis longtemps à une étude approfondie
des dialectes breton et gallois, prie M. le ministre de lui faire
délivrer une commission pour la recherche des monuments celtiques, des
manuscrits, chartes, etc., qui pourront se trouver dans la Bretagne
et les provinces qui l'avoisinent. M. le ministre a décidé que cette
proposition serait soumise au comité.
M. Ollivier, correspondant de Valence (Drôme), adresse un rapport fort
étendu sur les manuscrits relatifs à l'histoire de France que possède la
ville de Grenoble. Une indemnité a été accordée à M. Ollivier, et il a
été chargé de continuer ses travaux de dépouillement.
M. Chambaud, secrétaire de l'administration du musée Calvet à Avignon,
a entrepris, par les ordres de M. le préfet de Vaucluse et avec
l'autorisation du ministre, le dépouillement des archives communales de
ce département; il communique, dans une première lettre, les résultats
de son travail.
Enfin, monsieur le ministre, des missions particulières ont été confiées
à quelques personnes.
M. Michelet a relevé les catalogues des manuscrits que possèdent les
bibliothèques de Poitiers, La Rochelle, Angoulême, Bordeaux, Toulouse,
Limoges et Bourges; un rapport détaillé de M. Michelet a été remis par
lui à M. le ministre de l'instruction publique.
Un autre rapport a été fait par M. Granier de Cassagnac, chargé de faire
une tournée dans quelques départements du sud-ouest de la France,
à l'effet de vérifier la situation des archives et le travail des
correspondants.
M. Dugua, correspondant pour le département de Vaucluse, a fait
connaître aussi les résultats du travail auquel il s'est livré, par
ordre du ministre, sur les manuscrits historiques de la bibliothèque de
Carpentras, et sur ceux qui appartiennent à M. Requien d'Avignon.
Tels sont, monsieur le ministre, les travaux terminés, commencés ou
proposés. Je n'ai rien à dire de tout ce qui est terminé. Pour ce
qui est commencé, il s'agit de poursuivre; le zèle éclairé des
collaborateurs du ministère n'a pas besoin d'être stimulé, puisque,
chaque jour, un progrès remarquable se fait sentir dans leurs travaux.
Quant aux propositions diverses qui vous ont été faites, le comité les
examinera successivement, et verra ce qu'il y aura lieu de faire pour
chacune d'elles. Je me bornerai à vous faire remarquer que les fonds
alloués au budget pour les travaux historiques, bien loin d'excéder les
besoins, seraient, au contraire, insuffisants si l'administration ne se
faisait un devoir d'ajourner un grand nombre d'entreprises utiles, si
elle accordait seulement, à toutes les personnes qu'elle emploie, des
indemnités convenables et méritées. Sur tous les points du royaume, de
longues et pénibles recherches s'exécutent sans relâche; il n'est
point un seul dépôt de quelque importance qui ne soit exploré avec une
activité d'autant plus digne d'éloges qu'elle est presque toujours
désintéressée. L'amour de la science suffit seul à tant de travaux. Vous
penserez sans doute, monsieur le ministre, qu'il est de l'honneur, je
dirai plus, qu'il est du devoir du Gouvernement de s'associer de plus en
plus à ces nobles efforts, en les secondant par tous les moyens qui sont
en son pouvoir, en augmentant surtout les ressources nécessaires pour
garantir leur durée et assurer leur succès.
Le chef de la 3e division,
Signé: Hippolyte Royer-Collard.
XI
_Tableau comparatif des lois rendues de 1830 à 1837, les unes pour
la résistance au désordre et la défense du pouvoir, les autres pour
l'extension et la garantie des libertés publiques_.
Lois pour la résistance au désordre Lois pour l'extension et la
et la défense du pouvoir. garantie des libertés publiques.
1830. 1830
_10 décembre_. Loi sur les affiches, _12 septembre_. réélection des
Loi sur la afficheurs et crieurs députés nommés à des fonctions
publics. publiques.
1831. _8 octobre_. Loi sur l'application
du jury aux délits de la presse
_8 avril_. Loi sur le cautionnement et aux délits politiques.
des journaux ou écrits périodiques,
modifiant l'article 1er de la loi _11 octobre_. Loi relative au vote
du 14 décembre 1830. annuel du contingent de l'armée.
--Loi sur la procédure en matière _24 décembre_. Loi qui réduit le
de délits de la presse, cautionnement et le droit de
d'affichage et de criage publics. timbre des journaux.
_10 avril_. Loi sur les attroupe- 1831
ments. _8 février_. Loi qui met les
traitements du culte israélite
1832. à la charge de l'état.
_avril_. Loi qui autorise le _4 mars_. Loi sur la composition
gouvernement à suspendre des cours d'assises et la
pour un an l'élection des déclaration du jury.
conseils municipaux dans
certaines communes. _21 mars_. Loi sur l'organisation
municipale.
1834.
_16 février_. Loi sur les crieurs _22 mars_. Loi sur la garde
publics. nationale.